Cahier 5, «De l’assignation à l’éclatement. Continuités et ruptures dans les représentations des femmes»
Sous l’égide de l’Institut de recherches et d’études féministes de l’Université du Québec à Montréal et de l’Institut d’études des femmes de l’Université d’Ottawa, l’ouvrage De l’assignation à l’éclatement. Continuités et ruptures dans les représentations des femmes rassemble douze textes pour la plupart issus du colloque « Représentations des femmes : médias, arts, société », tenu dans le cadre du 79e Congrès de l’Association francophone pour le savoir (Acfas) en mai 2011. Ces articles offrent une occasion de poursuivre la réflexion théorique sur les mécanismes de représentation qui interviennent dans les dynamiques et les rapports sociaux de sexe et de genre. Sans nécessairement reprendre cette double signification du terme représentation, les auteures explorent, à partir de leurs disciplines et ancrages, diverses facettes de l’expérience des femmes, telle qu’elle nous est présentée dans: les discours de presse, les médias, les politiques, la fiction, les pratiques créatrices, les préconceptions et le passage du temps. Les représentations qui s’en dégagent tanguent entre le pôle convenu de l’assignation et celui, libérateur, de l’éclatement comme condition préalable aux choix, à la pleine liberté.
Avec des textes de Carole Boulebsol, Dominique Bourque, Rachel Chagnon, Michèle Charpentier, Francine Descarries, Caroline Désy, Marcelle Dubé, Catherine Dussault Frenette, Lilia Goldfarb, Émilie Goulet, Marie-Noëlle Huet, Geneviève Lafleur, Ève Lamoureux, Chantal Maillé, Isabelle Marchand et Anne Quéniart.
ISBN: 978-2-922045-42-0
ISSN 3110-9489
Les femmes artistes québécoises en arts visuels: évolution de leur autoreprésentation depuis les années 1970
La question de la représentation des femmes a été, dès les débuts de l’art féministe, un enjeu fondamental. Les artistes femmes prennent le contrôle de leur mise en image et s’emploient à contrer leurs représentations stéréotypées. Elles contestent le fait que tout au long de l’histoire de l’art, elles aient été confinées à la position d’objet par opposition à celle de sujet. Le recours à l’autoportrait sera alors un des procédés essentiels employés par les artistes femmes pour contrer cette objectivisation. C’est pourquoi nous souhaitons explorer ce genre artistique dans le présent texte en explicitant, d’abord, les transformations qu’amène, dans l’art québécois, l’arrivée massive d’artistes femmes bien résolues à intégrer et à transformer ce milieu. Ensuite, nous analyserons l’évolution de l’autoreprésentation des artistes femmes durant les quarante dernières années.
Claude Cahun ou l’art de se dé-marquer
Parallèlement à la démocratisation des structures politiques au XVIIIe siècle, émerge, en Allemagne, une nouvelle perspective sur les différences sociales, désormais perçues comme fixes plutôt que circonstancielles (lieu, climat, culture, etc.). Ainsi, les femmes, les Noirs ou les «sauvages», qui pouvaient par exemple espérer, avant la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen (1789), un changement de statut par la «grâce de Dieu» (à force de vertu ou par une conversion), voient leur altérité se figer en hétérogénéité, devenir immuable. À l’ère des Lumières, la nature a en effet remplacé le divin comme source de différenciation des groupes sociaux (Guillaumin, 2002). Le célèbre professeur Cesare Lombroso (1835-1909) considérait ainsi que les humains à peau pâle étaient plus évolués que les autres, que les individus de sexe masculin possédaient une intelligence supérieure à ceux du sexe féminin et les criminels, une physionomie qui leur était propre (Lombroso, 1887).