Cahier 5

Cahier 5, «De l’assignation à l’éclatement. Continuités et ruptures dans les représentations des femmes»

Date de publication : 01 septembre 2013

Sous l’égide de l’Institut de recherches et d’études féministes de l’Université du Québec à Montréal et de l’Institut d’études des femmes de l’Université d’Ottawa, l’ouvrage De l’assignation à l’éclatement. Continuités et ruptures dans les représentations des femmes rassemble douze textes pour la plupart issus du colloque « Représentations des femmes : médias, arts, société », tenu dans le cadre du 79e Congrès de l’Association francophone pour le savoir (Acfas) en mai 2011. Ces articles offrent une occasion de poursuivre la réflexion théorique sur les mécanismes de représentation qui interviennent dans les dynamiques et les rapports sociaux de sexe et de genre. Sans nécessairement reprendre cette double signification du terme représentation, les auteures explorent, à partir de leurs disciplines et ancrages, diverses facettes de l’expérience des femmes, telle qu’elle nous est présentée dans: les discours de presse, les médias, les politiques, la fiction, les pratiques créatrices, les préconceptions et le passage du temps. Les représentations qui s’en dégagent tanguent entre le pôle convenu de l’assignation et celui, libérateur, de l’éclatement comme condition préalable aux choix, à la pleine liberté.

Avec des textes de Carole Boulebsol, Dominique Bourque, Rachel Chagnon, Michèle Charpentier, Francine Descarries, Caroline Désy, Marcelle Dubé, Catherine Dussault Frenette, Lilia Goldfarb, Émilie Goulet, Marie-Noëlle Huet, Geneviève Lafleur, Ève Lamoureux, Chantal Maillé, Isabelle Marchand et Anne Quéniart.

ISBN: 978-2-922045-42-0

ISSN 3110-9489

Présentation: de l’assignation à l’éclatement

Au moment de lancer l’appel à propositions pour le colloque à l’origine de cette publication, nous misions sur la double signification du terme représentation, pour traiter tant de la place que de l’image des femmes dans l’espace public, les médias et les arts. Notre objectif était de favoriser le dialogue entre des chercheures de différents horizons disciplinaires qui s’intéressent, d’une part, aux figures des femmes dans les récits, discours et mises en scènes et, d’autre part, aux places et positions qu’elles occupent ou qui leur sont accordées dans l’espace public comme dans l’imaginaire collectif.

Pratiques contraignantes

Politiques fascistes du corps féminin: santé, beauté, maternité

D’énormes difficultés surgissent dès que l’on s’engage à définir le fascisme: ses frontières sont floues et d’illustres historiens refusent d’admettre que le fascisme italien et le nazisme allemand relèvent du même phénomène. De même, des régimes pas vraiment fascistes ont emprunté dans les années trente quelques éléments «de décor» pour se donner des signes extérieurs de puissance. Mais il existe un phénomène général qu’on peut qualifier de «Fascisme», quitte à le mettre au pluriel pour tenir compte des différences nationales. Ainsi, le régime de Vichy ne semble pas fasciste à ses débuts, mais il le devient lorsqu’il se transforme en État policier (Paxton, 1994). On peut aussi inclure dans le groupe l’Espagne de Franco et le Portugal de Salazar, qui ne seront pas abordés ici faute d’espace. Ce texte traite du fascisme historique de la période 1922-1945: il s’attarde aux politiques fascistes qui touchent le corps féminin et qui viennent appuyer la domination traditionnelle des femmes et ce, malgré les projets révolutionnaires à l’origine de ces régimes.

Colonisation et sexualisation des jeunes filles

Lorsque l’on aborde un phénomène aussi complexe et hétérogène que le processus de sexualisation des jeunes, il est important de le comprendre et de le décortiquer en prenant garde de ne pas confondre ses origines, les valeurs qu’il sous-tend, ses mécanismes, ses impacts et la perception des personnes concernées. Par ailleurs, si ce phénomène est inégalitaire et induit de la violence, il convient d’identifier les facteurs qui le favorisent et ceux qui le neutralisent, afin de mettre en place des solutions de remplacement. La culture ultra-sexualisée des sociétés occidentales ou occidentalisées modernes s’inscrit dans une longue tradition patriarcale de contrôle du corps et de l’imaginaire des femmes et se caractérise, dans son état actuel, par une complicité accrue avec le système capitaliste.

Les médias canadiens et la lutte aux stéréotypes sexuels: voyage (décevant) au pays de l’autorégulation

Ce texte présente les résultats préliminaires d’une recherche en cours. Nous ferons tout d’abord une présentation très brève des organismes qui réglementent les médias. Nous nous intéresserons par la suite plus précisément à l’un de ces organismes, le Conseil canadien des normes de la radiotélévision (CCNR), dont nous avons analysé les décisions portant sur les questions liées au genre. Enfin, nous ferons état de ce que nous avons découvert à la lecture de ces décisions.

Les stratégies féministes de représentation des femmes dans l’action politique au Québec

Ce texte s’intéresse aux représentations des femmes et de la politique qui sont produites par les interventions du mouvement des femmes au Québec. Quelles sont les stratégies et interventions qui ont été mises de l’avant par le mouvement des femmes au Québec en réponse au constat de ce qui est parfois désigné comme «la sous-représentation politique des femmes»? Sur quelles analyses reposent-elles? Notre analyse vise à faire ressortir les images qui ont été ou sont véhiculées à travers les interventions du mouvement des femmes destinées à faire la promotion de la présence des femmes dans la politique active, lesquelles suggèrent trop souvent des associations négatives entre les femmes et la politique, reflétant certains clichés de la science politique américaine du vingtième siècle.

Représentations

Répercussions du discours antiféministe dans les médias sur le mouvement des femmes québécois

Ce texte présente les résultats d’une recherche menée dans le cadre de notre mémoire de maîtrise, qui portait sur les transformations du mouvement des femmes et les répercussions du discours antiféministe sur lui. L’objectif du présent texte est d’analyser les interactions entre le mouvement des femmes québécois et le contre-mouvement masculiniste telles qu’elles sont révélées par l’analyse d’articles de la presse écrite. Ainsi, après une brève présentation de nos résultats sur la présence des discours antiféministes dans les médias, nous traiterons de l’argumentaire masculiniste qui est présent dans les deux journaux retenus, pour enfin aborder la question des répercussions de ces discours sur le mouvement des femmes québécois.

Récurrences dans les représentations du féminin dans la presse écrite chez les galeristes montréalaises Lavigueur, Lefort et Millman

Notre recherche vise à pallier quelque peu cette lacune en abordant la situation des femmes fondatrices et gestionnaires d’une galerie d’art à Montréal durant les décennies 1940, 1950 et début 1960. Dans ces quelques pages, nous nous intéressons aux représentations véhiculées dans les journaux et périodiques de l’époque (ainsi que quelques imprimés plus récents) de trois de ces femmes galeristes actives entre 1941 et 1961. Notre intention est de vérifier si les représentations qui y sont véhiculées participent de la minimisation du rôle de ces femmes dans l’histoire de l’art au Québec et, plus largement, d’une vision traditionnelle du rôle des femmes au sein de la société québécoise. L’analyse des commentaires sur les parcours de trois galeristes, soit Rose Millman, Agnès Lefort et Jessie Lavigueur, nous permettra de dégager certaines représentations récurrentes dans les portraits qui sont faits d’elles.

Regards de femmes aînées sur la vieillesse: représentations sociales et rapports au temps

Quelque quarante ans après avoir massivement investi le travail rémunéré au cours de leur vie, toute une génération de Québécoises atteint présentement l’âge de la retraite. Fait sociohistorique nouveau, les trajectoires des septuagénaires d’aujourd’hui ont été, plus que celles des hommes, bouleversées par la «double transformation» du monde du travail et de la famille (Attias-Donfut, 2009: 189). On assiste ainsi à une pluralité de parcours et de transitions entre travail et retraite: sortie précoce, préretraite (Quéniart, 2006, 2007), maintien en emploi, réinsertion tardive ou postcarrière (Lesemann, 2007; Guillemard, 2007). Sur le plan des sciences sociales et de la gérontologie, un des effets de cette incursion des femmes dans l’univers du travail est la diversification des figures féminines du vieillissement, et notamment l’émergence des représentations autour de la «mamie» moderne, active, indépendante et engagée dans plusieurs sphères publiques, qui fait contrepoids au modèle de la femme aînée traditionnelle, centrée sur les pratiques de maternage et de soins (Langevin, 2002; Charpentier et Quéniart, 2009). À cela s’ajoute plus largement l’apparition de nouvelles conceptualisations gérontologiques à propos de la «vieillesse réussie» ou du «bien vieillir» (Rowe et Kahn, 1997; Gangbè et Ducharme, 2006). Toutefois, l’avancée en âge continue d’être marquée, dans le discours et les pratiques sociales, par la persistance de représentations négatives et de stéréotypes dégradants, notamment «l’indigence et la dépendance» (Feller, 2004) des personnes aînées. En effet, dans une société dominée par la productivité et la performance, cette «population grise» a la plupart du temps été perçue comme un groupe stagnant, immobile et timoré, caractéristiques antithétiques de toute organisation sociale moderne se voulant innovante et dynamique (Pitrou, 1997). Or, faisons-nous l’hypothèse, ces conceptions dominantes semblent être en décalage avec les expériences contemporaines des femmes à l’âge de la vieillesse.

Les représentations des femmes, des féministes, du féminisme: échos d’un récit de pratique de formation

La thématique proposée par le colloque à l’origine de ce texte invitait à saisir le terme de représentation(s) sous une double signification, soit celle de la place et de l’image des femmes. Pour ma part, je propose d’entrecroiser les visions que m’ont fournies les étudiantes et les étudiants qui ont pu, par le biais de ce cours, s’interroger sur les places qu’occupent les femmes et les hommes dans cette société hypermoderne et partager certaines de leurs représentations des femmes, des hommes, des féministes et du féminisme qu’elles et ils se faisaient au départ et au terme de cette démarche pédagogique.

Imaginaires

Les représentations littéraires du désir féminin adolescent: l’initiation sexuelle des jeunes filles dans la culture patriarcale

Le désir féminin, engoncé dans des schèmes sociaux androcentriques, a ainsi longtemps été occulté, subordonné au désir masculin qui, à l’opposé, domine et façonne l’ensemble des scénarios culturels (Gagnon, [1991] 2008). L’émergence d’une subjectivité féminine dans la sphère littéraire notamment a entraîné une variante sur le plan des représentations traditionnelles du désir. Dorénavant, le désir féminin ne se pose plus uniquement comme une projection masculine (Dardigna, 1980). La prise de parole des femmes permet-elle pour autant de redéfinir les conduites attendues selon le sexe dans l’expression du désir et de la sexualité?