Appels à contribution en cours
Près de 25 ans plus tard : revisiter les thèmes de l’ouvrage Espaces et temps de la maternité – Appel à propositions date limite le 15 octobre 2026
En 2002, Francine Descarries publiait avec sa collègue Christine Corbeil l’ouvrage collectif intitulé Espaces et temps de la maternité. Près de 25 ans plus tard, pour honorer la mémoire de cette grande figure de la recherche féministe au Québec, nous proposons un numéro qui revisite les principaux thèmes explorés dans ce livre à partir de recherches et d’analyses contemporaines liées à la maternité. Déjà, dans cet ouvrage de référence, l’objectif était de « traduire, sous différentes thématiques, la diversité et la complexité des vécus maternels, et leurs enjeux spécifiques » (Descarries et Corbeil, 2002 : 16). La maternité y était mise en débats. Descarries et Corbeil s’interrogeant sur les manières de « tenir compte de l’attachement des femmes à la maternité tout en évitant de souscrire à une propagande nataliste ou familialiste » et sur les façons de « s’intéresser aux spécificités de l’expérience maternelles et paternelles sans réifier la différence et recourir à des interprétations essentialistes et culturalistes » (p.16). Tant la maternité dans toutes ses formes que la « non-maternité comme choix légitime pour les femmes » sont abordés. Présenté comme « une occasion de consolidation d’espace conceptuel féministe sur la maternité et la famille », l’ouvrage propose des réflexions sur des thèmes aussi variés que la lutte en faveur du droit à l’avortement (Louise Desmarais), l’imposition de la notion de « désir d’enfant » (Christine Delphy), les mots pour désigner la spécificité des familles homoparentales (Nathalie Ricard) et la précarité maternelle comme déterminant social de la santé (Maria De Koninck).
Les contributions attendues devront s’inscrire dans l’un ou l’autre des quatre grands axes qui structuraient l’ouvrage Espaces et temps de la maternité, soit : « la construction sociale de la maternité », « les maternités plurielles », les « questions de santé et de reproduction », ainsi que « projet familial et rapports sociaux ». L’objectif est d’en proposer une relecture à partir des réalités, débats et enjeux contemporains.
Sous l’angle de la construction sociale de la maternité, les propositions pourront notamment interroger les transformations récentes des normes, représentations et prescriptions entourant la maternité et la parentalité. Les auteur·ices pourront, par exemple, s’intéresser aux cultures parentales contemporaines et à l’évolution historique des savoirs experts qui encadrent les pratiques parentales, aux nouvelles injonctions adressées aux mères, ou encore aux tensions qui traversent aujourd’hui les catégories de « femme », de « mère » et de « parentalité » dans des contextes marqués par la reconnaissance croissante de la diversité et des identités de genre.
L’axe portant sur les maternités plurielles pourra accueillir des travaux consacrés à la diversité des expériences maternelles et parentales ainsi qu’aux nouvelles formes de non-maternité. Les contributions pourront notamment explorer la manière dont les expériences de la maternité, de la parentalité ou de la non-parentalité se déploient dans des contextes sociaux, culturels, économiques et familiaux diversifiés. Les réflexions portant sur les choix reproductifs dans un contexte de crises environnementales, climatiques ou géopolitiques, sur les effets de l’éco-anxiété sur les projets parentaux, ou encore sur les transformations contemporaines des significations associées au désir d’enfant, à la maternité et à la non-maternité constituent quelques exemples de thématiques susceptibles d’y trouver leur place
Dans le domaine de la santé et de la reproduction, les propositions pourront explorer les transformations contemporaines des savoirs, pratiques et technologies touchant la reproduction, la grossesse, l’accouchement, la contraception, la santé menstruelle, la santé maternelle et la justice reproductive. Les recherches portant sur les inégalités sociales de santé, les rapports entre santé, reproduction et biomédecine, l’accès aux soins, les parcours de fertilité et d’infertilité, la conservation de la fertilité, les inégalités d’accès aux traitements de procréation assistée, les enjeux entourant la gestation pour autrui ou encore les dimensions éthiques, sociales et politiques des choix reproductifs sont particulièrement bienvenues.
Enfin, l’axe consacré au projet familial et aux rapports sociaux pourra donner lieu à des analyses des transformations contemporaines des rapports entre famille, travail et citoyenneté. Les recherches portant sur les politiques familiales, « l’articulation famille/travail » (Descarries et Corbeil, 2002), le travail domestique, la « charge mentale » (Haicault, 2020), les conditions de travail des parents, les approches développées en ergonomie ou en santé au travail, les violences conjugales/familiales, la coercition reproductive, la socialisation genrée des enfants ou encore les effets différenciés des rapports sociaux – comme la racialisation, le capacitisme, le (cis)sexisme – sur les expériences parentales, s’inscrivent pleinement dans cette perspective. Les analyses sur l’utilisation de la maternité à des fins de mobilisations collectives tant progressistes que réactionnaires sont aussi les bienvenues.
Les exemples présentés dans chacun des axes ont une valeur illustrative et non limitative. Nous souhaitons accueillir des contributions basées sur un corpus originales et contemporaines (textes, matériaux visuels, entretiens, etc.) qui contribuent à renouveler les connaissances féministes sur la maternité, la parentalité et la famille, tout en poursuivant le dialogue critique amorcé par Francine Descarries et Christine Corbeil dans Espaces et temps de la maternité.
Numéro dirigé par Mélissa Blais, Isabelle Courcy, Catherine Des Rivières-Pigeon
Calendrier de travail
15 octobre 2026 – Date limite des propositions comprenant un résumé de 400 mots et une notice biographique. Formulaire de dépôt
19 octobre 2026 – Sélection des propositions et décisions aux personnes autrices
29 janvier 2027 – Date limite de dépôt des textes finaux dans OJS (8 000 mots maximum)
De février à mars 2027 – Révision des textes
Fin avril 2027 – Remise des versions finales :
De mai à juin 2027 – Deuxième ronde de révision, si nécessaire
De juillet à septembre 2027 – éditions des textes
Octobre 2027 – Mise en ligne et lancement du numéro
Protocoles et Politiques éditoriales de la revue PréfiX
Teresa de Lauretis : queer et excentricité – Appel à propositions date limite le 2 mars 2027
Quelques mois après le décès de Teresa de Lauretis, cet appel à contributions vise à promouvoir une réflexion critique sur l’actualité de sa contribution théorique et méthodologique aux sciences sociales, en accordant une attention particulière à sa réception, à ses réinterprétations et à ses applications possibles dans la sociologie italienne et dans le panorama plus large des études sur le genre, la sexualité, la subjectivité et la différence.
L’intention n’est pas de se limiter à une reconstruction purement exégétique de la pensée de de Lauretis, mais d’en valoriser la portée analytique et heuristique dans l’étude contemporaine des questions liées aux genres, aux sexualités, aux identités et aux pratiques individuelles ou collectives.
Excentricité. En 1987, de Lauretis rédige l’article Eccentric Subjects: Feminist Theory and Historical Consciousness, qui sera publié trois ans plus tard, en 1990. Cet essai ouvrira ensuite le volume Eccentric Subjects, un recueil d’articles écrits entre 1987 et 1988. La question à laquelle de Lauretis tente de répondre est la suivante : de quelle manière les études de genre – qui constituaient un champ de savoir nouveau et original apparu à cette époque – interrogent-elles les relations entre genre, sexualité et sujet ? La perspective de de Lauretis est particulièrement intéressante dans la mesure où elle fait du sujet excentrique, et non de la femme, le protagoniste de l’énonciation dans le discours théorique féministe. Le sujet qui incarne la théorie féministe est immanent et, en même temps, transcendant par rapport aux dispositifs sociaux et culturels, au symbolique, « au langage lui-même » (de Lauretis 2025, 74). Son identité est définie par sa propre position « mobile, multiple, précaire, inévitablement compromise mais absolument nouvelle dans la pensée occidentale » (ibid.). C’est pourquoi le sujet de la conscience féministe occupe « des positions multiples, réparties sur divers axes de différence » (ibid., 115).
Queer. En 1991, Teresa de Lauretis, dans un numéro spécial de la revue Differences, invente – pour reprendre l’expression bien trouvée de Massimo Prearo (2012) – la théorie queer. Ce numéro spécial rassemble les différentes contributions qui ont animé une conférence sur l’homosexualité organisée en 1990 à l’université californienne de Santa Cruz et promue par Teresa de Lauretis elle-même qui, comme l’explique la chercheuse, souhaitait « forger une nouvelle expression qui inciterait les participants à considérer les deux formes d’homosexualité – lesbienne et gay – dans leurs conditions d’existence historiques, matérielles, sociales et symboliques respectives, et à en faire l’objet d’une réflexion théorique » (de Lauretis 1999, 105). De Lauretis espérait que la conférence jetterait les bases d’une nouvelle approche de l’étude de l’homosexualité afin qu’elle ne soit plus « considérée » (de Lauretis 1991, iv) comme marginale, transgressive et déviante par rapport à la forme dominante et stable, à savoir l’hétérosexualité. Au contraire, les homosexualités masculines et féminines devaient être « reconceptualisées » (ibid.) – reconstruites – en tant que « formes sociales et culturelles ». Le concept « queer » a permis de résoudre une grave antinomie dans laquelle les études sur l’homosexualité étaient tombées : si, d’une part, les termes « lesbienne » et « gay » – note de Lauretis (ibid., v) – désignaient un monde multiforme et bigarré de modes de vie, de sexualités, de pratiques sexuelles, de discours et de connaissances scientifiques, d’autre part, cependant, l’expression « lesbiennes et gays » s’était progressivement standardisée ». La théorie queer, en revanche, a permis « à la fois de transgresser et de transcender (…) de problématiser » ces catégories pour parvenir à saisir toutes les différences. Le queer permet de saisir les configurations de l’expérience sexuelle et affective marginalisées ou pas encore pleinement thématisées. De Lauretis admet que « nous ne savons pas suffisamment comment théoriser ces différences » (ibid.) : le queer est l’épistémologie qui permet de le faire.
L’appel à contributions « Teresa de Lauretis : queer et excentricité » invite à réfléchir au dépassement des frontières épistémologiques (entre disciplines et domaines de recherche), spatiales (pratiques, représentations et identités spécifiques) et des distinctions (homme/femme, masculin/féminin, binaire/non-binaire, etc.).
Partant de ces prémisses, l’intention des organisateurs est d’explorer les ramifications et les applications de la théorie de de Lauretis au sein du vaste champ des sciences sociales, en accordant une attention particulière aux défis théoriques et méthodologiques émergents. Cet appel vise à recueillir des contributions d’autr*es qui, bien qu’adoptant des perspectives différentes, sont unies par la volonté de souligner le lien entre la théorie de de Lauretis et différentes disciplines, en explorant les synergies et les tensions qui peuvent surgir, tant dans le contexte italien qu’international. Nous invitons des contributions allant de la théorie à la pratique, de la critique des normes sociales et culturelles existantes à l’analyse des expériences individuelles et collectives, révélant les nouveaux horizons et potentiels que la théorie queer, excentrique et féministe de de Lauretis ouvre dans le panorama scientifique et social, mais aussi en mettant en évidence les obstacles et les aspects critiques.
L’objectif de cet appel est de proposer des réflexions théoriques et empiriques sur les pistes de recherche suivantes (bien que non exhaustives) :
- Les théories queer et les théories féministes : généalogies, méthodologies, épistémologies, positionnements, tensions et pratiques de recherche
- Sémiotique queer et de l’excentricité dans l’intimité : expériences liées à la sphère sexuelle et affective, à la filiation et aux formes familiales qui se constituent en alternative et en opposition aux modèles hétéro-cis-patriarcaux et hétéro-cis-normatifs, fondateurs d’une vision de la famille « naturelle »
- Identités et processus de subjectivation : identités binaires et non binaires, réception et réarticulation des théories féministes et queer
- Nouvelles pratiques sexuelles : sexe kinky, non-monogamie, polyamour et autres configurations émergentes des relations en tant qu’expressions néo-communautaires
- Inclusion et diversité identitaire : approches visant à éliminer et à combattre les confusions entre sexe, genre, identité de genre et orientation sexuelle, ainsi que les stéréotypes et les formes de marginalisation
- Associations et mouvements : rôle des mouvements, des associations et des communautés au sein du réseau LGBTQ* et alliances avec le « monde » hétéro
- Intersectionnalité et épistémologie queer et excentrique : comment les catégories utilisées pour définir les appartenances (ethnie, classe sociale, âge, genre, orientation sexuelle, confession religieuse, etc.) s’inscrivent dans les processus de formation et de transformation de l’identité individuelle, générant des dynamiques de discrimination, de marginalisation et d’exclusion, mais aussi de résistance et de renégociation
- Représentations : expressions culturelles, artistiques et médiatiques queer et féministes.
L’appel est ouvert à des contributions interdisciplinaires mobilisant des approches issues des études féministes, des études queer, de la sociologie, des études culturelles, des études médiatiques. Les contributions pourront être théoriques, empiriques, méthodologiques ou réflexives, à condition de s’inscrire dans un cadre analytique explicite.
Nous accueillerons 15 propositions. Les propositions devront compter entre 500 et 700 mots (bibliographie comprise) et avoir une brève notice biographique. Les propositions sont à envoyer par courriel à Luca Guizzardi (luca.guizzardi@unibo.it) et à Salvatore Monaco (salvatore.monaco@unifg.it) (envoyer vos propositions aux deux adresses). La date limite est le 2 mars 2027.
Calendrier provisoire:
- 2 mars 2027 – Date limite de soumission des propositions
- 20 mars 2027 – Communication des décisions aux auteur·rices
- 2 juillet 2027 – Date limite de remise des articles et des productions
- 20 septembre 2027 – Retour des évaluations par les pairs
- 2 novembre 2027 – Remise des versions finales des articles et des productions
- Décembre 2027 et janvier 2028 – Deuxième ronde de révision, si nécessaire
- 2 février 2028 – Mise en ligne du numéro et activités de lancement
Références
de Lauretis, T. (1987). Technologies of Gender: Essays on Theory, Film, and Fiction. Bloomington : Indiana University Press.
de Lauretis, T. (1989). Differenza e indifferenza sessuale. Florence : Estro Editrice.
de Lauretis, T. (1994). Habits Changes. differences: A Journal of Feminist Cultural Studies. 6(2+3), 296-313.
de Lauretis, T. (1996). Sui generis : scritti di teoria femminista. Milan : Feltrinelli, 1996.
de Lauretis, T. (1997). Pratique de l’amour. Parcours du désir pervers. Milan : La Tartaruga (éd. orig. 1994).
de Lauretis, T. (2025). Soggetti eccentrici. Con il saggio di teoria femminista: “sessualità lesbica d gay. Un’ introduzione”. Sesto San Giovanni (MI) : Asterisco Edizioni.
Pour soumettre un appel à contribution pour un numéros de PréfiX, écrivez-nous à hildgen.bronja@uqam.ca.
Pour connaître les règles de soumission des articles et numéros, consultez la section Soumettre.
Appels à contributions échus
Femmes racisées, immigration et instabilité institutionnelle au Québec : expériences vécues, trajectoires et analyses critiques -Appel à propositions date limite le 2 juillet 2026
Alors que les régimes migratoires contemporains sont souvent présentés comme de simples dispositifs techniques de gestion des flux, ils participent en réalité à une reconfiguration profonde des hiérarchies sociales, genrées et racialisées. Au Québec comme au Canada, les politiques et cadres réglementaires en matière d’immigration ont connu, au cours des dernières années, des transformations fréquentes, parfois abruptes, qui redéfinissent continuellement les conditions d’admission, de séjour, d’accès au marché du travail et à la résidence permanente.
Dans ce contexte, ces reconfigurations successives, inscrites dans des logiques de gouvernementalité migratoire, de rationalité néolibérale et de sécurisation des frontières, contribuent à instaurer un régime d’instabilité institutionnelle durable. Loin de relever d’une simple contingence administrative, cette instabilité constitue un mode de gestion différenciée des mobilités, produisant des formes structurelles de précarité statutaire.
Parallèlement, l’immigration fait l’objet d’une politisation croissante, qui renforce son rôle dans les dynamiques politiques contemporaines. Cette évolution se traduit notamment par une polarisation accrue des systèmes partisans autour de cette question. Comme le montrent Xhardez et Paquet (2021), l’intensification de cette politisation contribue à reconfigurer l’espace politique dans lequel les enjeux migratoires sont débattus.
Dans l’espace public, ces transformations s’accompagnent de discours récurrents qui présentent l’immigration comme une menace économique et sociale. En discutant les thèses de David Goodhart, Jonathan Portes montre que ces discours reposent souvent sur une conception implicite de l’immigration comme un jeu à somme nulle, où les travailleurs immigrants seraient en concurrence directe avec les natifs (Goodhart, 2013 ; Portes, 2013). Or, cette idée demeure peu étayée empiriquement, malgré sa forte circulation dans les sphères politiques et médiatiques (Portes, 2013). Fondée sur une logique de compétition, elle continue néanmoins de structurer l’imaginaire public.
Dans le même sens, Phillip Cole souligne que l’immigration est souvent associée à des représentations négatives, notamment comme une charge pour les ressources publiques ou une menace pour la cohésion sociale (Cole, 2015). Ces discours participent à moraliser l’immigration et à légitimer des politiques restrictives ainsi que des formes différenciées d’appartenance. De leur côté, Akakpo et Lenard rappellent que l’exclusion reste au cœur des enjeux, tout en montrant les limites des cadres théoriques pour en rendre compte (Akakpo et Lenard, 2015). Cette perspective invite à relier l’analyse normative aux formes concrètes que prend l’exclusion.
C’est à l’articulation entre discours publics et dispositifs administratifs que se construit la précarité contemporaine. Elle se manifeste par la multiplication des statuts temporaires, la dépendance à l’emploi, l’imprévisibilité bureaucratique et les restrictions au regroupement familial. Ces dynamiques relèvent de formes de violence administrative ou herméneutique, au sens de Miranda Fricker, en ce qu’elles limitent la capacité à comprendre et à formuler ces expériences (Fricker, 2007). Elles produisent des effets bien réels, tout en demeurant souvent peu visibles.
Si ces dynamiques affectent l’ensemble des populations migrantes, elles touchent de manière disproportionnée les femmes racisées, en raison de l’imbrication des rapports de pouvoir liés au genre, à la racialisation, au statut migratoire et à la classe sociale. Une approche féministe intersectionnelle permet de saisir comment ces rapports se co-produisent et génèrent des formes spécifiques de citoyenneté différenciée. Dans cette perspective, Macé met en évidence l’existence de frontières invisibles qui structurent les expériences et les vulnérabilités (Macé, 2017), invitant à porter attention aux trajectoires situées de celles qui vivent à ces marges.
De nombreuses femmes entreprennent un projet migratoire dans l’espoir d’accéder à une autonomie économique, à une liberté académique ou à des conditions de vie plus justes. Une fois au Québec, elles se heurtent toutefois à des mécanismes structurels de déqualification, à la non-reconnaissance des diplômes, à la segmentation racialisée et genrée du marché du travail, ainsi qu’à des formes de dépendance statutaire et de violence symbolique et systémique (Pierre, 2005). Ces situations concernent également les étudiantes internationales, chercheuses, artistes et professionnelles du milieu culturel. Malgré un niveau de scolarité souvent élevé, elles rencontrent des obstacles persistants en matière d’accès à l’emploi, de reconnaissance professionnelle et de stabilité institutionnelle. Cette tension met en évidence des logiques de hiérarchisation implicite des compétences et des savoirs selon des critères nationaux et racialisés.
Ces formes de précarisation débordent largement les dimensions juridiques et économiques. Elles se manifestent aussi sur les plans psychologique et affectif, en contribuant à des formes d’épuisement institutionnel, de surcharge émotionnelle et d’insécurité chronique. Bien qu’elles soient au cœur de l’expérience migratoire, ces dimensions restent largement invisibilisées dans les cadres politiques et médiatiques (Eberl et al., 2018).
Cet appel à contributions s’inscrit dans une perspective féministe intersectionnelle et mobilise les épistémologies du vécu et des savoirs situés afin d’analyser les expériences migratoires contemporaines. Il propose d’envisager les politiques migratoires non seulement comme des instruments administratifs, mais comme des technologies de pouvoir participant activement à la production de la vulnérabilité, à la hiérarchisation des vies et à la régulation différenciée des corps et des trajectoires.
L’objectif n’est pas uniquement descriptif. Il s’agit de dépasser une analyse strictement administrative des politiques migratoires afin d’interroger les fondements normatifs des régimes contemporains d’appartenance, les mécanismes de racialisation institutionnelle et les conditions structurelles de production de la précarité.
Les propositions pourront notamment explorer :
- les effets genrés et racialisés de l’instabilité des politiques migratoires au Québec et au Canada ;
- les formes contemporaines de précarité statutaire et de dépendance institutionnelle ;
- les rapports entre femmes racisées, travail migrant et exploitation dans une perspective de division sexuelle et racialisée du travail ;
- la précarité académique, la mobilité étudiante contrainte et la hiérarchisation des savoirs ;
- les enjeux de santé mentale, d’affectivité et d’épuisement institutionnel liés à la violence administrative ;
- les discours publics sur l’immigration, les théories de l’exclusion et leurs effets performatifs ;
- les récits de vécu, auto-ethnographies, ethnographies institutionnelles et analyses discursives comme outils critiques ;
- les pratiques de résistance, de solidarité et d’organisation féministe face aux régimes contemporains de gouvernance migratoire.
L’appel est ouvert à des contributions interdisciplinaires mobilisant des approches issues des études féministes, des études migratoires, de la sociologie, des études culturelles, des études médiatiques, des études postcoloniales et décoloniales, ou de l’analyse des politiques publiques. Les contributions pourront être théoriques, empiriques, méthodologiques ou réflexives, à condition de s’inscrire dans un cadre analytique explicite.
L’appel accueille également des contributions en recherche-création, des récits analytiques ou auto-ethnographiques, ainsi que des formats multimédias ou hybrides (essais visuels, productions audio ou audiovisuelles, projets numériques), à condition que la démarche critique, théorique ou méthodologique soit clairement explicitée. Selon leur nature, ces propositions pourront être publiées hors numéro, notamment dans des sections complémentaires comme MultimiX ou Féminisphère, et feront l’objet d’une évaluation par les pairs.
En mettant en dialogue analyses structurelles et expériences vécues, cet appel vise à éclairer les formes contemporaines d’exclusion et de citoyenneté différenciée et à contribuer aux débats académiques et politiques sur l’immigration, le genre, la racialisation et la justice sociale.
Les propositions devront comprendre un résumé de 300 à 400 mots accompagné d’une brève notice biographique. Pour les projets de recherche-création ou les formats multimédias, le résumé devra préciser la nature du médium, la démarche adoptée ainsi que les modalités de présentation envisagées. Les contributions peuvent être soumises en français ou en anglais. Les propositions sont à envoyer par courriel à Aynaz Ghaderi Ghalehno (ghaderi_ghalehno.aynaz@uqam.ca), à Thais Fernandes Santos (fernandes_santos.thais@uqam.ca) et à l’IREF (iref@uqam.ca) (envoyer vos propositions aux trois adresses). La date limite est le 2 juillet 2026.