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sciences sociales

Chapitre 3: L’homophobie en milieu de travail

Nous avons documenté l’homophobie en milieu de travail dans ses volets quantitatif et qualitatif. Dans ce chapitre, nous présenterons les données quantitatives, que nous avons choisi d’enrichir avec les données qualitatives. Dans le questionnaire, il était demandé aux répondantes d’estimer, dans leur emploi actuel, la fréquence d’une série d’attitudes et de comportements homophobes de gravité variable, allant des blagues offensantes jusqu’à l’agression physique. Nous faisons ici la distinction entre l’homophobie diffuse et l’homophobie directe, ainsi que les formes violentes d’homophobie (agression physique, verbale, harcèlement à caractère sexuel ou non, menaces, etc.).

Chapitre 2: Méthodologie de la recherche

La méthodologie de recherche a été définie en fonction des visées exploratoires de l’étude. Compte tenu du peu de connaissances acquises jusque-là en ce qui concerne l’insertion des personnes homosexuelles dans leur environnement de travail, il nous semblait prématuré d’envisager d’élaborer des hypothèses dont la vérification aurait nécessité des analyses complexes mettant en relation plusieurs facteurs. Nous avons ainsi opté pour une méthode d’enquête comprenant les deux volets suivants: 1) le volet quantitatif recourt à la technique du questionnaire d’enquête et permet de décrire diverses facettes de la condition des personnes homosexuelles dans leur milieu de travail à l’aide de mesures statistiques portant sur un vaste échantillon; 2) le volet qualitatif emploie la technique de l’entrevue en face à face afin de cerner les perceptions des travailleurs gais et des travailleuses lesbiennes vis-à-vis de leur environnement de travail et permetd’illustrer la complexité des expériences en milieu de travail. Les résultats présentés dans ce cahier concernent exclusivement les travailleuses lesbiennes. Rappelons que la recherche portait sur une population féminine et masculine et que les outils de collecte ont été conçus en fonction de cette mixité.

Chapitre 1: Perspectives théoriques: de la discrimination à l’hétéronormativité

Dans ce chapitre, nous examinerons les définitions et les théories mises à contribution pour examiner les expériences des travailleuses lesbiennes en emploi. Nous présenterons et clarifierons dans un premier temps les concepts d’homophobie, d’hétérosexisme et d’hétéronormativité. Dans un second temps, nous proposerons de distinguer les expériences spécifiques de discrimination vécues par les femmes homosexuelles en recourant au concept de lesbophobie. Dans un troisième temps, nous aborderons les notions reliées aux droits relatifs au travail. Ensuite, nous distinguons différents types de discrimination de façon à rendre compte des expériences diverses des travailleuses lesbiennes. Enfin, nous expliciterons les concepts d’aménagement de l’identité lesbienne en milieu de travail et de stratégies identitaires, qui nous permettront d’analyser les choix et les motivations des travailleuses lesbiennes, notamment en matière de visibilité.

Introduction

Ce cahier propose une analyse de la situation des travailleuses lesbiennes dans leur environnement de travail. Plus spécifiquement, il décrit d’abord brièvement les dynamiques de discrimination et d’exclusion auxquelles elles sont confrontées, puis il examine les stratégies qu’elles adoptent afin de se tailler une place satisfaisante, tant sur le plan psychologique que professionnel, dans un environnement caractérisé, à des degrés divers, par des attentes hétéronormatives et par des préjugés hétérosexistes susceptibles d’engendrer des discriminations à leur égard. Pour ce faire, ce cahier assemble les principaux résultats concernant les lesbiennes en provenance d’une étude conduite il y a quelques années sur l’insertion des travailleurs gais et des travailleuses lesbiennes dans leur milieu de travail. Cette nouvelle présentation des résultats nous a en outre fourni l’occasion de les examiner dans une perspective féministe, d’interroger les concepts initiaux de la recherche ainsi que les données empiriques en prenant en compte le double positionnement de ces travailleuses, en tant que femmes et en tant que lesbiennes.

La prostituée comme martyre et héroïne urbaine à New York, 1830-1916

À partir des années 1830, la ville de New York entre dans un cycle de croissance exponentielle qui fera d’elle la plus importante des villes américaines. En raison de sa situation géographique, puis par un effet d’entraînement irrésistible, New York devient prospère, attirant à elle nombre d’hommes, puis plus tard de femmes des régions et de l’étranger, qui viennent y tenter leur chance. On peut imaginer sans peine le choc puissant que constitue pour ces gens élevés dans de petites communautés la rencontre d’une grande ville comme New York, chaotique, anonyme et tentatrice. Les New-Yorkais les plus prospères s’inquiètent de ses effets dévastateurs sur la moralité de leurs concitoyens. Un courant majeur de réformes tire sa source de cette angoisse, porté par des gens cherchant à recréer dans le contexte de la grande ville les outils de contrôle social existant dans leur communauté d’origine. Parmi les inquiétudes de ces premiers réformateurs issus des classes plus aisées, il en est une qui devient prépondérante à partir des années 1830: la corruption des bonnes mœurs par la prostitution.

La place des veuves dans un monde d’hommes: Genre et classe à Charleston, Caroline du Sud, au début du XIXe siècle

En écho au témoignage de l’historien David Ramsay, ce chapitre veut cerner la place qu’occupaient les veuves dans une société régie par des hommes et saisir la particularité de leur expérience par rapport à celle des autres femmes. Les traces qu’ont laissées plusieurs veuves dans les sources documentaires de la Caroline du Sud du début du XIXe siècle limitent nos références à l’élite sociale blanche. Mais bien qu’elles soient fragmentaires, ces archives permettent d’explorer l’histoire du veuvage féminin à l’échelle régionale et de remettre en question la soi-disant invisibilité des femmes de cette époque. Comme ailleurs en Amérique du Nord et en Europe, les représentations du veuvage féminin offraient surtout des images de désolation et de précarité. Cependant, les stéréotypes de veuves esseulées, vieilles, acariâtres, pauvres, ou encore ceux de la veuve joyeuse, qui ont été véhiculés à travers les âges, masquent une autre réalité historique: celle d’une catégorie de femmes que leur statut de veuves distinguait de la majorité silencieuse des épouses et mères, sans pour autant les élever au même rang que les hommes dans la société patriarcale du XIXe siècle. La présente étude examine le cas de jeunes femmes devenues chefs de famille à la suite de la perte de leur époux et se retrouvant à la tête d’exploitations agricoles ou commerciales. Les histoires singulières de ces veuves du Sud des États-Unis permettent ainsi de documenter un volet de l’histoire des femmes trop longtemps négligé ou incompris.

Dans la maison du maître: Femmes blanches et espace domestique dans la littérature du Sud esclavagiste américain

Bien au-delà de la guerre de Sécession, l’impact de La Case de l’oncle Tom est tel que les personnages créés par Harriet Beecher Stowe s’imposent dans l’imaginaire collectif américain. Oncle Tom devient le Sambo, cet esclave docile et passif que l’on retrouvejusque dans l’historiographie des années 1960 (Elkins, 1959). De son côté, l’immobile Marie St-Clare incarne la négligence et l’oisiveté des femmes sudistes, tandis que la dynamique cousine Ophélia sauve l’honneur de la féminité américaine par son inébranlable sens du devoir. Femmes du Nord et du Sud apparaissent ainsi en dichotomie quant à leur rapport à l’espace domestique. Mais cette représentation de la passivité des maîtresses d’esclaves trouve-t-elle écho dans le Sud? Ou serait-elle plutôt le produit de préjugés abolitionnistes sur l’effet corrupteur de l’institution particulière? Le Sud propose-il d’autres représentations du rapport des femmes à l’espace domestique?

Deux femmes célibataires du Sud: L’amour, le mariage et l’élite esclavagiste

Les femmes célibataires, communément appelées «vieilles filles», sont des demi-sœurs de l’histoire des femmes, pour reprendre une analogie de l’historienne Catherine Clinton au sujet des femmes du Sud dans l’histoire des femmes des États-Unis (Clinton, 1994: 6). En effet, jusqu’à tout récemment, on s’est peu interrogé sur ces femmes et, de ce fait, les ouvrages historiques ne leur consacrent souvent que quelques pages, voire quelques lignes. De surcroît, on conçoit généralement leur célibat comme n’étant pas un choix. Elles sembleraient, en outre, avoir intériorisé la conception sociale péjorative de la «vieille fille». La centralité, pour les femmes du passé, de l’institution du mariage, conjuguée à l’aspect ringard et vieillot qui entoure l’image stéréotypée de la «vieille fille» sont sans doute des facteurs qui contribuent à cet oubli. Notre objectif est ici de combler, en partie, cette lacune historiographique et, ce faisant, de nuancer cette image réductrice en explorant le célibat féminin de la première moitié du dix-neuvième siècle aux États-Unis. Plus spécifiquement, nous nous proposons d’explorer le rapport au célibat de deux femmes célibataires blanches provenant de la classe nantie et esclavagiste du Sud des États-Unis dans la période antebellum: Ellen Mordecai de la Virginie, née en 1790, et Lizzie Graves de la Géorgie, qui voit le jour en 1820.

Famille et femmes noires dans une société esclavagiste: La Nouvelle-Orléans, 1830-1860

L’objet du présent article est d’examiner l’institution esclavagiste à travers l’expérience des femmes qui l’ont vécue dans la Nouvelle-Orléans du XIXe siècle. Le périmètre urbain offre un cadre d’analyse particulièrement intéressant pour l’étude des esclaves féminins puisque leurs effectifs en ville étaient de beaucoup supérieurs en nombre à ceux des hommes. Cette réalité démographique était le résultat de la nature de l’esclavage urbain qui favorisait essentiellement l’emploi de domestiques et de nourrices, des fonctions pour la plupart comblées par les femmes noires. L’esclavage en ville était surtout féminin, causant ainsi un écart démographique considérable entre hommes et femmes. Dans les pages qui vont suivre, il s’agira d’en examiner l’impact sur la famille et sur le rôle des femmes noires. Plus spécifiquement, il s’agira de montrer qu’en milieu urbain, la nature de l’esclavage a restreint la capacité des femmes noires à former des familles biparentales traditionnelles, les empêchant de se conformer au modèle familial prescrit par la société victorienne, mais qu’elle leur a permis, en contrepartie, de jouir d’une plus grande liberté et de garder un certain contrôle sur leur vie.

Écrire l’histoire des femmes au pluriel

C’est en 1837 que Sarah Moore Grimké faisait ce constat sur la servitude des femmes et l’institution du mariage. L’activiste originaire de Caroline du Sud effectuait alors une tournée en Nouvelle Angleterre en compagnie de sa jeune sœur Angelina2. Prenant conscience des multiples interdits contre la prise de parole des femmes en public, Sarah et Angelina Grimké se sont engagées à défendre à la fois la cause des Noirs en esclavage et les droits des femmes. Cette collaboration des deux sœurs facilita la convergence des mouvements abolitionniste et féministe (Sklar, 2000; Yellin, 1989).