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anticonformisme

Sexualité des femmes et activisme féministe: le cas (controversé) de la SlutWalk

En 2011, un officier de la police de Toronto a déclaré devant des étudiants-es de l’université York que les femmes devaient éviter de s’habiller comme des salopes (sluts) si elles ne voulaient pas être victimes d’agression sexuelle. En réaction à cet incident, une première SlutWalk a été organisée à Toronto afin de protester contre l’humiliation des femmes taxées de salopes (slut-shaming) et la culpabilisation des victimes de viol et d’agression sexuelle (victim-blaming). Le mouvement a rapidement pris de l’ampleur et des SlutWalks se sont déroulées dans plus de 200 villes réparties dans une quarantaine de pays (Carr, 2013). Il est à noter que le nom de l’événement a parfois été modifié ou traduit selon les contextes sociolinguistiques. Ainsi, la SlutWalk est parfois devenue la Marche des salopes, ou encore, la Marcha de las Putas. Dans la plupart de ces marches, des femmes, en majorité jeunes, mais pas uniquement, prennent la rue dans un effort de réappropriation positive de l’insulte slut (ou salope, ou puta) et de détournement du sens péjoratif dont est chargée la sexualité féminine.

La prostituée comme martyre et héroïne urbaine à New York, 1830-1916

À partir des années 1830, la ville de New York entre dans un cycle de croissance exponentielle qui fera d’elle la plus importante des villes américaines. En raison de sa situation géographique, puis par un effet d’entraînement irrésistible, New York devient prospère, attirant à elle nombre d’hommes, puis plus tard de femmes des régions et de l’étranger, qui viennent y tenter leur chance. On peut imaginer sans peine le choc puissant que constitue pour ces gens élevés dans de petites communautés la rencontre d’une grande ville comme New York, chaotique, anonyme et tentatrice. Les New-Yorkais les plus prospères s’inquiètent de ses effets dévastateurs sur la moralité de leurs concitoyens. Un courant majeur de réformes tire sa source de cette angoisse, porté par des gens cherchant à recréer dans le contexte de la grande ville les outils de contrôle social existant dans leur communauté d’origine. Parmi les inquiétudes de ces premiers réformateurs issus des classes plus aisées, il en est une qui devient prépondérante à partir des années 1830: la corruption des bonnes mœurs par la prostitution.