Cahier IREF

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Deux femmes célibataires du Sud: L’amour, le mariage et l’élite esclavagiste

Les femmes célibataires, communément appelées «vieilles filles», sont des demi-sœurs de l’histoire des femmes, pour reprendre une analogie de l’historienne Catherine Clinton au sujet des femmes du Sud dans l’histoire des femmes des États-Unis (Clinton, 1994: 6). En effet, jusqu’à tout récemment, on s’est peu interrogé sur ces femmes et, de ce fait, les ouvrages historiques ne leur consacrent souvent que quelques pages, voire quelques lignes. De surcroît, on conçoit généralement leur célibat comme n’étant pas un choix. Elles sembleraient, en outre, avoir intériorisé la conception sociale péjorative de la «vieille fille». La centralité, pour les femmes du passé, de l’institution du mariage, conjuguée à l’aspect ringard et vieillot qui entoure l’image stéréotypée de la «vieille fille» sont sans doute des facteurs qui contribuent à cet oubli. Notre objectif est ici de combler, en partie, cette lacune historiographique et, ce faisant, de nuancer cette image réductrice en explorant le célibat féminin de la première moitié du dix-neuvième siècle aux États-Unis. Plus spécifiquement, nous nous proposons d’explorer le rapport au célibat de deux femmes célibataires blanches provenant de la classe nantie et esclavagiste du Sud des États-Unis dans la période antebellum: Ellen Mordecai de la Virginie, née en 1790, et Lizzie Graves de la Géorgie, qui voit le jour en 1820.

Famille et femmes noires dans une société esclavagiste: La Nouvelle-Orléans, 1830-1860

L’objet du présent article est d’examiner l’institution esclavagiste à travers l’expérience des femmes qui l’ont vécue dans la Nouvelle-Orléans du XIXe siècle. Le périmètre urbain offre un cadre d’analyse particulièrement intéressant pour l’étude des esclaves féminins puisque leurs effectifs en ville étaient de beaucoup supérieurs en nombre à ceux des hommes. Cette réalité démographique était le résultat de la nature de l’esclavage urbain qui favorisait essentiellement l’emploi de domestiques et de nourrices, des fonctions pour la plupart comblées par les femmes noires. L’esclavage en ville était surtout féminin, causant ainsi un écart démographique considérable entre hommes et femmes. Dans les pages qui vont suivre, il s’agira d’en examiner l’impact sur la famille et sur le rôle des femmes noires. Plus spécifiquement, il s’agira de montrer qu’en milieu urbain, la nature de l’esclavage a restreint la capacité des femmes noires à former des familles biparentales traditionnelles, les empêchant de se conformer au modèle familial prescrit par la société victorienne, mais qu’elle leur a permis, en contrepartie, de jouir d’une plus grande liberté et de garder un certain contrôle sur leur vie.

Écrire l’histoire des femmes au pluriel

C’est en 1837 que Sarah Moore Grimké faisait ce constat sur la servitude des femmes et l’institution du mariage. L’activiste originaire de Caroline du Sud effectuait alors une tournée en Nouvelle Angleterre en compagnie de sa jeune sœur Angelina2. Prenant conscience des multiples interdits contre la prise de parole des femmes en public, Sarah et Angelina Grimké se sont engagées à défendre à la fois la cause des Noirs en esclavage et les droits des femmes. Cette collaboration des deux sœurs facilita la convergence des mouvements abolitionniste et féministe (Sklar, 2000; Yellin, 1989).

Pour ne pas conclure : perspectives pour les prochains maillages féministes

À l’heure où les partenariats de recherche commencent à être mieux financés et où les mouvements féministes – se déployant tant dans les groupes qu’à l’université – sont particulièrement visibles, la richesse des acquis des dix dernières années (2012-2022), fruits de luttes acharnées, est évidente. Il y a fort à parier que cette effervescence, inspirée […]