Cahier IREF

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Colonisation et sexualisation des jeunes filles

Lorsque l’on aborde un phénomène aussi complexe et hétérogène que le processus de sexualisation des jeunes, il est important de le comprendre et de le décortiquer en prenant garde de ne pas confondre ses origines, les valeurs qu’il sous-tend, ses mécanismes, ses impacts et la perception des personnes concernées. Par ailleurs, si ce phénomène est inégalitaire et induit de la violence, il convient d’identifier les facteurs qui le favorisent et ceux qui le neutralisent, afin de mettre en place des solutions de remplacement. La culture ultra-sexualisée des sociétés occidentales ou occidentalisées modernes s’inscrit dans une longue tradition patriarcale de contrôle du corps et de l’imaginaire des femmes et se caractérise, dans son état actuel, par une complicité accrue avec le système capitaliste.

Politiques fascistes du corps féminin: santé, beauté, maternité

D’énormes difficultés surgissent dès que l’on s’engage à définir le fascisme: ses frontières sont floues et d’illustres historiens refusent d’admettre que le fascisme italien et le nazisme allemand relèvent du même phénomène. De même, des régimes pas vraiment fascistes ont emprunté dans les années trente quelques éléments «de décor» pour se donner des signes extérieurs de puissance. Mais il existe un phénomène général qu’on peut qualifier de «Fascisme», quitte à le mettre au pluriel pour tenir compte des différences nationales. Ainsi, le régime de Vichy ne semble pas fasciste à ses débuts, mais il le devient lorsqu’il se transforme en État policier (Paxton, 1994). On peut aussi inclure dans le groupe l’Espagne de Franco et le Portugal de Salazar, qui ne seront pas abordés ici faute d’espace. Ce texte traite du fascisme historique de la période 1922-1945: il s’attarde aux politiques fascistes qui touchent le corps féminin et qui viennent appuyer la domination traditionnelle des femmes et ce, malgré les projets révolutionnaires à l’origine de ces régimes.

Présentation: de l’assignation à l’éclatement

Au moment de lancer l’appel à propositions pour le colloque à l’origine de cette publication, nous misions sur la double signification du terme représentation, pour traiter tant de la place que de l’image des femmes dans l’espace public, les médias et les arts. Notre objectif était de favoriser le dialogue entre des chercheures de différents horizons disciplinaires qui s’intéressent, d’une part, aux figures des femmes dans les récits, discours et mises en scènes et, d’autre part, aux places et positions qu’elles occupent ou qui leur sont accordées dans l’espace public comme dans l’imaginaire collectif.

Bibliographie

AEBI, Renata. 2001. «The Trafficking in Children for the Purpose of Prostitution: British Columbia, Canada», dans International Instruments and Domestic Law Conference (Montréal, 9 au 12 novembre 2001). En ligne. http://www.harbour.sfu.ca/freda/articles/traf1.htm (consulté le 5 mars 2012) AGHATISE, Esohe. 2004. «Trafficking for Prostitution in Italy. Possible Effects of Government Proposals for Legalization of Brothels», Violence Against Women, vol. 10, […]

Annexe: Une pratique de mobilisation: la concertation des luttes contre l’exploitation sexuelle

La Concertation des luttes contre l’exploitation sexuelle (CLES) a été lancée le 16 mai 2005. Sa mise sur pied est liée à la présente recherche dont l’un des objectifs était de concerter les groupes de femmes et divers acteurs et actrices concernées par la question de la traite des femmes à des fins d’exploitation sexuelle. Une préoccupation commune était l’expansion de l’industrie du sexe, ses liens avec le crime organisée et la nécessité de se situer dans le vif débat «abolition ou décriminalisation totale de la prostitution» dans une optique de lutte pour l’égalité entre les femmes et les hommes. Composée d’individus et d’organismes s’opposant à la banalisation de la prostitution, la CLES fait désormais partie du paysage des groupes communautaires et féministes du Québec, et ce, à partir d’une approche féministe abolitionniste. La CLES intervient à trois niveaux: la prévention de l’entrée dans la prostitution, les services directs auprès des femmes et la défense des droits des femmes dont celui de ne pas être prostituées. Ce dernier aspect est particulièrement important dans le contexte canadien compte tenu des enjeux de grande acuité traités actuellement sur les scènes juridiques et politiques. Le mandat de la CLES est de faire de l’éducation, de la sensibilisation à tous les niveaux de la société, mais aussi et surtout de rejoindre les femmes dans la prostitution. Nous voulons faire valoir la parole des femmes et alimenter la réflexion féministe à partir de leur vécu et ainsi faire découvrir une réalité autre que celle présentée par le lobby pro industrie du sexe.

Recommandations pour une stratégie concertée de lutte contre la traite des femmes à des fins d’exploitation sexuelle

Aucun être humain ne devrait être «marchandisé». Pourtant, c’est le cas de milliers de femmes et d’enfants de par le monde, qui se retrouvent exploités sexuellement, via des réseaux de traite locale et internationale. L’exploitation sexuelle à des fins commerciales constitue l’une des principales manifestations de la violence patriarcale envers les femmes et les filles et demeure un obstacle à l’égalité entre les sexes. La prostitution et la traite sont deux problématiques indissociables l’une de l’autre; la traite constituant l’un des mécanismes qui alimentent un marché du sexe mondialisé.

Conclusion générale

Avec cette recherche, nous avons développé une meilleure connaissance de la réalité de la traite prostitutionnelle au Québec en documentant concrètement la question à partir des connaissances ou des perceptions qu’en ont les principaux acteurs et actrices institutionnels et communautaires, incluant les propos ou récits de femmes victimes de traite. Notre ambition était également d’outiller les groupes de femmes ainsi que les intervenants et intervenantes préocuppées par ce phénomène qui se déploie à l’échelle nationale ou internationale et qui, tel une hydre aux multiples têtes, se reconfigure perpétuellement pour s’adapter au marché, à ses contraintes et surtout à ses lucratives possibilités. Enfin, dans une perspective féministe orientée vers le changement social, nous espérons avoir contribué à la lutte contre la traite prostitutionnelle des femmes et des enfants, notamment en interpellant les lois et les institutions.

Chapitre 10: Bilan analytique: le dispositif de violence à l’oeuvre dans la traite prostitutionnelle

La traite des femmes à des fins d’exploitation sexuelle est le fait d’organisations et d’individus qui alimentent le marché du sexe, souvent par l’intermédiaire d’agences, dans des établissements ayant pignon sur rue, comme des bars de danseuses nues, des salons de massage, des hôtels, des lieux discrets comme des bordels dans des résidences privées ou encore dans le contexte de la prostitution de rue ou des activités des compagnies de productions pornographiques. Souvent reliée au crime organisé, cette industrie du sexe utilise la vulnérabilité de femmes et de jeunes filles désirant échapper à des conditions de vie difficiles pour en tirer des revenus considérables. Le dispositif de violence à l’œuvre dans ce type de traite qu’il convient d’appeler de l’esclavage sexuel à des fins commerciales permet la reproduction des rapports de domination et d’exploitation.

Chapitre 9: Les obstacles rencontrés pour s’affranchir de l’esclavage sexuel

Incidemment, la plupart des femmes dont nous avons étudié le témoignage estiment avoir un caractère fort et, même adolescentes, ne s’en laissaient imposer par quiconque. Elles ont ainsi constaté que l’emprise des proxénètes devait être d’autant plus puissante qu’elles-mêmes n’étaient pas des filles qui avaient leur langue dans leur poche. Autant dire qu’elles ne se considèrent pas comme des victimes «typiques» dont on pouvait aisément exploiter le sentiment amoureux, à des fins prostitutionnelles, qui plus est.

Chapitre 8: Analyse des témoignages: des leurres du recrutement à l’exploitation sexuelle

Le présent chapitre analyse les propos ou les expériences des femmes dont nous avons présenté les trajectoires individuelles au chapitre précédent, et qui ont, pour la plupart, fait l’objet de traite à des fins d’exploitation sexuelle au sein de différents secteurs d’activités de l’industrie du sexe, le plus souvent sur le territoire du Québec. Nous intégrons également quelques résultats de recherche issus de deux entretiens réalisés auprès de Luc et Paul, acteurs «multifonctions» de l’industrie du sexe, initialement contactés pour agir comme intermédiaires auprès de femmes potentiellement trafiquées. Originaires du Québec, ils ont tous deux passé de nombreuses années dans l’industrie du sexe, y exerçant différents rôles, d’homme prostitué à client, en passant par chauffeur, pusher et propriétaire d’agence. Leurs témoignages sont informés par une grande diversité d’expériences; ils nous offrent un point de vue masculin et de l’intérieur sur le milieu de la prostitution.