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2000-2010

Sexualités lesbiennes alternatives en art contemporain: sadomasochisme lesbien et gode-ceinture dans les oeuvres de Catherine Opie et Tejal Shal

Le colloque Féminismes et luttes contre l’homophobie: zones de convergence, tenu lors du 82e Congrès de l’Acfas le 16 mai 2014, invitait à réfléchir sur la manière dont les luttes féministes actuelles s’arriment aux luttes contre l’homophobie. Il s’agissait de réfléchir sur la prise en compte des enjeux qui touchent les minorités sexuelles et de leur articulation au sein du féminisme, et de même, de se questionner sur la manière dont les luttes contre l’homophobie intègrent ou non une dimension féministe à l’analyse politique et à sa matérialisation sur le terrain. Pour ma part, j’ai choisi de situer mon propos dans le champ de la représentation. Je me suis intéressée aux lignes de continuité et de rupture entre féminisme, lesbianisme et histoire de l’art. Je souhaite mettre en valeur un corpus spécifique de l’art lesbien afin d’en dégager l’apport historique pour la culture visuelle lesbienne, mais également pour l’histoire de l’art féministe. Mon analyse débute par le constat suivant: au sein du champ des arts visuels, les lesbiennes font l’objet d’une invisibilisation historique, tant du côté de l’histoire de l’art générale que du côté de l’histoire de l’art féministe (Ashburn, 1996; Cottingham, 1996; Hammond, 2000; Thompson, 2010). Bien que l’histoire de l’art lesbien possède sa propre histoire ainsi que des préoccupations spécifiques liées à l’existence lesbienne, plusieurs historiennes de l’art la considèrent comme inextricablement liée à l’histoire de l’art féministe (Ashburn, 1996; Hammond, 2000). Ainsi, l’on peut difficilement faire abstraction du lien étroit qui relie l’histoire de l’art lesbien à l’histoire de l’art féministe: toutes deux révèlent des préoccupations et des pratiques artistiques communes en ce qui a trait à la représentation du corps et de la sexualité féminine, et plus précisément le recours à l’objectivation ou à l’auto-objectivation sexuelle (Lavigne, Laurin et Maiorano, 2013; Lavigne et Maiorano, 2014; Maiorano, 2014). Le recours à la sexualisation de soi ou d’autrui dans l’art des femmes suscite cependant la controverse au sein du féminisme. Les enjeux qu’une telle représentation soulève ont été largement discutés par les historiennes de l’art et philosophes féministes concernant les dangers (Tickner, 1978; Parker et Pollock, 1987) et les bénéfices (Nussbaum, 1995; Cahill, 2011) de l’objectivation sexuelle. Dans le contexte d’une culture dominée par la contrainte à l’hétérosexualité et par l’hégémonie du regard masculin, la culture visuelle lesbienne fait face à des défis spécifiques: d’une part, la création de représentations lesbiennes à caractère sexuel est inextricablement liée à sa récupération potentielle par la culture hétéropatriarcale, réduisant ainsi la sexualité lesbienne à un vecteur de fantasmes masculins, d’autre part, l’absence d’une représentation lesbienne dans sa dimension sexuée concourt à la construction d’un sujet lesbien asexué et privé de subjectivité sexuelle.

La portée de l’épithète «gai»: sujets interpelés, sujets touchés

L’étude de la construction identitaire masculine comme celle des rapports sociaux entre hommes hétérosexuels et non hétérosexuels mène souvent à celle de l’emploi de l’épithète «gai» ou de la gamme de termes qui lui sont apparentés. Cet aboutissement n’est pas étranger au constat de leur utilisation fréquente entre garçons adolescents ou entre hommes. Employés principalement par des garçons et des hommes et quelquefois par des filles et des femmes, ces termes s’adressent exclusivement à des garçons ou hommes –à quelques exceptions près (Burn, 2000; Martino, 1999; Martino et Pallotta-Chiarolli, 2003; Nayak et Kehily, 1996; Pascoe, 2005; Plummer, 1999, 2001). Cette pratique s’étend de plus à une diversité de pays, tel qu’en témoignent les terrains des chercheurs-es y ayant consacré leur intérêt.

«Toutes des lesbiennes!» Antiféminisme et lesbophobie, une complicité à l’épreuve du temps

«Toutes des lesbiennes!» Cette affirmation, à propos des féministes, qui ne l’a pas entendue? C’est un véritable poncif de l’antiféminisme, auquel il n’est pas toujours aisé de répondre. Toutes, non… Quand même pas! Beaucoup oui, enfin, cela dépend de quel féminisme on parle. Cela dépend aussi de quelle époque on parle. Lesbiennes, oui, enfin, cela dépend aussi de ce que l’on entend par là. Il y a des lesbiennes croyantes mais non pratiquantes, des lesbiennes théoriques, des lesbiennes qui préfèrent se dire homosexuelles, des homosexuelles qui ne se disent pas du tout, et il y a même des hétérosexuelles qui, ayant appris à dire, après l’expulsion hors de France de Daniel Cohn-Bendit en 1968: «Nous sommes tous des juifs allemands», qui chantaient: «Nous sommes toutes des avortées / Nous sommes toutes des avorteuses / Nous sommes toutes des péripatéticiennes / Des lesbiennes et des mal baisées / Nous libèrerons la société / Nous libèrerons la sexualité» (Bernheim, 1983: 54). Ce qui est sûr, c’est que dans le «toutes des lesbiennes !», l’intention n’est pas bienveillante et qu’à l’évidence, la lesbophobie est un moyen de dénigrer le féminisme. Un antiféminisme lesbophobe donc. Ou une lesbophobie antiféministe? Les dosages, instables, varient. Partir à la recherche de ces discours/de ces pratiques n’est pas simple. Il faut faire avec la dispersion, l’hétérogénéité, l’euphémisation dans des sources documentaires disparates et dispersées. Il faut aussi historiciser cette question et la confronter à la réalité qu’elle combat autant qu’au fantasme qu’elle construit.

Présentation: Féminismes et luttes contre l’homophobie: de l’apprentissage à la subversion des codes

En 1903, à Berlin, Anna Rueling appelait le mouvement homosexuel et le mouvement des femmes à s’entraider puisque tous deux luttaient pour la liberté et l’autodétermination individuelle. Plus d’un siècle plus tard, quelles convergences peut-on observer entre féminismes et luttes contre l’homophobie? Sur le plan de la pensée, quels rapprochements contemporains peut-on établir entre le champ des études féministes et celui de la diversité sexuelle et de genre? Comment s’articule l’intersection entre ces deux systèmes de différenciation hiérarchique que sont le sexisme et l’hétérosexisme ? Quels théories et concepts y circulent de manière transversale, et avec quelles redéfinitions?

Conclusion générale

Avec cette recherche, nous avons développé une meilleure connaissance de la réalité de la traite prostitutionnelle au Québec en documentant concrètement la question à partir des connaissances ou des perceptions qu’en ont les principaux acteurs et actrices institutionnels et communautaires, incluant les propos ou récits de femmes victimes de traite. Notre ambition était également d’outiller les groupes de femmes ainsi que les intervenants et intervenantes préocuppées par ce phénomène qui se déploie à l’échelle nationale ou internationale et qui, tel une hydre aux multiples têtes, se reconfigure perpétuellement pour s’adapter au marché, à ses contraintes et surtout à ses lucratives possibilités. Enfin, dans une perspective féministe orientée vers le changement social, nous espérons avoir contribué à la lutte contre la traite prostitutionnelle des femmes et des enfants, notamment en interpellant les lois et les institutions.

Chapitre 10: Bilan analytique: le dispositif de violence à l’oeuvre dans la traite prostitutionnelle

La traite des femmes à des fins d’exploitation sexuelle est le fait d’organisations et d’individus qui alimentent le marché du sexe, souvent par l’intermédiaire d’agences, dans des établissements ayant pignon sur rue, comme des bars de danseuses nues, des salons de massage, des hôtels, des lieux discrets comme des bordels dans des résidences privées ou encore dans le contexte de la prostitution de rue ou des activités des compagnies de productions pornographiques. Souvent reliée au crime organisé, cette industrie du sexe utilise la vulnérabilité de femmes et de jeunes filles désirant échapper à des conditions de vie difficiles pour en tirer des revenus considérables. Le dispositif de violence à l’œuvre dans ce type de traite qu’il convient d’appeler de l’esclavage sexuel à des fins commerciales permet la reproduction des rapports de domination et d’exploitation.

Chapitre 9: Les obstacles rencontrés pour s’affranchir de l’esclavage sexuel

Incidemment, la plupart des femmes dont nous avons étudié le témoignage estiment avoir un caractère fort et, même adolescentes, ne s’en laissaient imposer par quiconque. Elles ont ainsi constaté que l’emprise des proxénètes devait être d’autant plus puissante qu’elles-mêmes n’étaient pas des filles qui avaient leur langue dans leur poche. Autant dire qu’elles ne se considèrent pas comme des victimes «typiques» dont on pouvait aisément exploiter le sentiment amoureux, à des fins prostitutionnelles, qui plus est.

Chapitre 8: Analyse des témoignages: des leurres du recrutement à l’exploitation sexuelle

Le présent chapitre analyse les propos ou les expériences des femmes dont nous avons présenté les trajectoires individuelles au chapitre précédent, et qui ont, pour la plupart, fait l’objet de traite à des fins d’exploitation sexuelle au sein de différents secteurs d’activités de l’industrie du sexe, le plus souvent sur le territoire du Québec. Nous intégrons également quelques résultats de recherche issus de deux entretiens réalisés auprès de Luc et Paul, acteurs «multifonctions» de l’industrie du sexe, initialement contactés pour agir comme intermédiaires auprès de femmes potentiellement trafiquées. Originaires du Québec, ils ont tous deux passé de nombreuses années dans l’industrie du sexe, y exerçant différents rôles, d’homme prostitué à client, en passant par chauffeur, pusher et propriétaire d’agence. Leurs témoignages sont informés par une grande diversité d’expériences; ils nous offrent un point de vue masculin et de l’intérieur sur le milieu de la prostitution.

Chapitre 7: Trajectoires de vie dans l’industrie du sexe

Ce chapitre présente des cas de femmes trafiquées ou exploitées dans l’industrie du sexe au Québec et au Canada. Quatre d’entre eux nous renseignent sur des expériences de la traite à des fins d’exploitation sexuelle vécues par les femmes migrantes ou sur leur connaissance de ce problème, tandis que quatre autres cas nous informent sur la traite locale de jeunes femmes originaires du Québec et nous offrent un regard empirique sur l’industrie du sexe au Québec. Dans un premier temps, nous faisons un survol de la trajectoire de Julie, Caroline et Audrey, avec qui nous avons conduit des entretiens approfondis, et de Noémie, dont nous avons pu visionner la déposition vidéo et que nous avons rencontrée à quelques reprises, sans toutefois avoir conduit un entretien formel.

Chapitre 6: Les perspectives du secteur communautaire

Pour comprendre un phénomène aussi complexe et inexploré que la traite à des fins de prostitution, il s’avère essentiel de documenter les connaissances d’acteurs et actrices de terrain susceptibles d’être en contact avec cette réalité. Les organismes communautaires constituent un vaste réseau de défense des droits et de soutien offrant une gamme diversifiée de services aux citoyens et citoyennes du Québec. Orientée vers le changement social, leur action s’adresse bien souvent à celles et ceux qui apparaissent parmi les plus vulnérables, notamment à la traite, dont les filles et les femmes prostituées, aux prises avec des problèmes de violence et de dépendance à la drogue, les personnes migrantes ou appartenant à des minorités ethnoculturelles ou racisées, lesquelles connaissent des difficultés variées, liées à leur statut d’immigration ou à leur intégration au Québec. Nous avons donc fait appel aux travailleuses en milieu communautaire afin d’identifier les différents acteurs et actrices de la traite des femmes à des fins d’exploitation sexuelle, d’améliorer notre connaissance des marchés du sexe et d’appréhender les forces structurelles en présence. Parfois, nous avons aussi sollicité ces personnes afin qu’elles nous mettent éventuellement en contact avec des femmes trafiquées.