Cahier 4

Cahier 4, «La traite des femmes pour l’exploitation sexuelle commerciale: entre le déni et l’invisibilité»

Date de publication : 04 septembre 2012

«Depuis le tournant du XXIe siècle, la traite des femmes et des enfants à des fins d’exploitation sexuelle commerciale a pris une ampleur considérable à travers le monde. Cette situation découle de la mondialisation des marchés et de l’essor des nouvelles technologies de la communication, qui ont permis aux mafias locales, régionales et internationales, d’étendre leurs réseaux d’affaires pour intensifier l’exploitation sexuelle des femmes et des enfants, afin d’alimenter une industrie du sexe en pleine expansion. Par «industrie du sexe», nous comprenons l’ensemble des activités –légales ou illégales– d’individus ou d’entreprises qui exploitent à des fins commerciales la nudité et la sexualité d’une personne, généralement une fille ou une femme, dans divers contextes: prostitution de rue, tourisme sexuel, pornographie, mariages forcés ou par correspondance, téléphone ou internet, ainsi que dans différents lieux tels que bars de danseuses nues, agences d’escortes, peep-shows, bordels, salons de massage érotique, agences matrimoniales, etc.»

ISBN: 978-2-922045-39-0

ISSN 3110-9489

Chapitre 10: Bilan analytique: le dispositif de violence à l’oeuvre dans la traite prostitutionnelle

La traite des femmes à des fins d’exploitation sexuelle est le fait d’organisations et d’individus qui alimentent le marché du sexe, souvent par l’intermédiaire d’agences, dans des établissements ayant pignon sur rue, comme des bars de danseuses nues, des salons de massage, des hôtels, des lieux discrets comme des bordels dans des résidences privées ou encore dans le contexte de la prostitution de rue ou des activités des compagnies de productions pornographiques. Souvent reliée au crime organisé, cette industrie du sexe utilise la vulnérabilité de femmes et de jeunes filles désirant échapper à des conditions de vie difficiles pour en tirer des revenus considérables. Le dispositif de violence à l’œuvre dans ce type de traite qu’il convient d’appeler de l’esclavage sexuel à des fins commerciales permet la reproduction des rapports de domination et d’exploitation.

Conclusion générale

Avec cette recherche, nous avons développé une meilleure connaissance de la réalité de la traite prostitutionnelle au Québec en documentant concrètement la question à partir des connaissances ou des perceptions qu’en ont les principaux acteurs et actrices institutionnels et communautaires, incluant les propos ou récits de femmes victimes de traite. Notre ambition était également d’outiller les groupes de femmes ainsi que les intervenants et intervenantes préocuppées par ce phénomène qui se déploie à l’échelle nationale ou internationale et qui, tel une hydre aux multiples têtes, se reconfigure perpétuellement pour s’adapter au marché, à ses contraintes et surtout à ses lucratives possibilités. Enfin, dans une perspective féministe orientée vers le changement social, nous espérons avoir contribué à la lutte contre la traite prostitutionnelle des femmes et des enfants, notamment en interpellant les lois et les institutions.

Recommandations pour une stratégie concertée de lutte contre la traite des femmes à des fins d’exploitation sexuelle

Aucun être humain ne devrait être «marchandisé». Pourtant, c’est le cas de milliers de femmes et d’enfants de par le monde, qui se retrouvent exploités sexuellement, via des réseaux de traite locale et internationale. L’exploitation sexuelle à des fins commerciales constitue l’une des principales manifestations de la violence patriarcale envers les femmes et les filles et demeure un obstacle à l’égalité entre les sexes. La prostitution et la traite sont deux problématiques indissociables l’une de l’autre; la traite constituant l’un des mécanismes qui alimentent un marché du sexe mondialisé.

Annexe: Une pratique de mobilisation: la concertation des luttes contre l’exploitation sexuelle

La Concertation des luttes contre l’exploitation sexuelle (CLES) a été lancée le 16 mai 2005. Sa mise sur pied est liée à la présente recherche dont l’un des objectifs était de concerter les groupes de femmes et divers acteurs et actrices concernées par la question de la traite des femmes à des fins d’exploitation sexuelle. Une préoccupation commune était l’expansion de l’industrie du sexe, ses liens avec le crime organisée et la nécessité de se situer dans le vif débat «abolition ou décriminalisation totale de la prostitution» dans une optique de lutte pour l’égalité entre les femmes et les hommes. Composée d’individus et d’organismes s’opposant à la banalisation de la prostitution, la CLES fait désormais partie du paysage des groupes communautaires et féministes du Québec, et ce, à partir d’une approche féministe abolitionniste. La CLES intervient à trois niveaux: la prévention de l’entrée dans la prostitution, les services directs auprès des femmes et la défense des droits des femmes dont celui de ne pas être prostituées. Ce dernier aspect est particulièrement important dans le contexte canadien compte tenu des enjeux de grande acuité traités actuellement sur les scènes juridiques et politiques. Le mandat de la CLES est de faire de l’éducation, de la sensibilisation à tous les niveaux de la société, mais aussi et surtout de rejoindre les femmes dans la prostitution. Nous voulons faire valoir la parole des femmes et alimenter la réflexion féministe à partir de leur vécu et ainsi faire découvrir une réalité autre que celle présentée par le lobby pro industrie du sexe.

Bibliographie

AEBI, Renata. 2001. «The Trafficking in Children for the Purpose of Prostitution: British Columbia, Canada», dans International Instruments and Domestic Law Conference (Montréal, 9 au 12 novembre 2001). En ligne. http://www.harbour.sfu.ca/freda/articles/traf1.htm (consulté le 5 mars 2012) AGHATISE, Esohe. 2004. «Trafficking for Prostitution in Italy. Possible Effects of Government Proposals for Legalization of Brothels», Violence Against Women, vol. 10, […]