Contributeurice
Lehuu, Isabelle
Professeure au Département d'histoire
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En écho au témoignage de l’historien David Ramsay, ce chapitre veut cerner la place qu’occupaient les veuves dans une société régie par des hommes et saisir la particularité de leur expérience par rapport à celle des autres femmes. Les traces qu’ont laissées plusieurs veuves dans les sources documentaires de la Caroline du Sud du début du XIXe siècle limitent nos références à l’élite sociale blanche. Mais bien qu’elles soient fragmentaires, ces archives permettent d’explorer l’histoire du veuvage féminin à l’échelle régionale et de remettre en question la soi-disant invisibilité des femmes de cette époque. Comme ailleurs en Amérique du Nord et en Europe, les représentations du veuvage féminin offraient surtout des images de désolation et de précarité. Cependant, les stéréotypes de veuves esseulées, vieilles, acariâtres, pauvres, ou encore ceux de la veuve joyeuse, qui ont été véhiculés à travers les âges, masquent une autre réalité historique: celle d’une catégorie de femmes que leur statut de veuves distinguait de la majorité silencieuse des épouses et mères, sans pour autant les élever au même rang que les hommes dans la société patriarcale du XIXe siècle. La présente étude examine le cas de jeunes femmes devenues chefs de famille à la suite de la perte de leur époux et se retrouvant à la tête d’exploitations agricoles ou commerciales. Les histoires singulières de ces veuves du Sud des États-Unis permettent ainsi de documenter un volet de l’histoire des femmes trop longtemps négligé ou incompris.
C’est en 1837 que Sarah Moore Grimké faisait ce constat sur la servitude des femmes et l’institution du mariage. L’activiste originaire de Caroline du Sud effectuait alors une tournée en Nouvelle Angleterre en compagnie de sa jeune sœur Angelina2. Prenant conscience des multiples interdits contre la prise de parole des femmes en public, Sarah et Angelina Grimké se sont engagées à défendre à la fois la cause des Noirs en esclavage et les droits des femmes. Cette collaboration des deux sœurs facilita la convergence des mouvements abolitionniste et féministe (Sklar, 2000; Yellin, 1989).