Contributeurice
Côté, Nicole
«La maison étrangère» d’Élise Turcotte: un parcours vers une sexualité investie d’affect
Les protagonistes d’Élise Turcotte, à la vie intérieure foisonnante, considèrent le rapport à l’autre à la fois comme une voie vers la rédemption et comme le lieu de toutes les possibles défaites. Aussi Élizabeth, la protagoniste et narratrice de La maison étrangère, peut-elle souffrir intensément du départ subit de son conjoint Jim tout en voyant cette rupture comme prévisible et irrémédiable. Je voudrais montrer que cette réaction surprenante sous-tend un désir pas encore reconnu chez Élizabeth de vivre et de penser autrement, de passer, pour appréhender le monde, du mode de connaissance par les images –sa thèse sur les codes de l’amour courtois au Moyen Âge et son conjoint Jim, photographe– au mode de connaissance par l’affect, régi par les sens, en particulier ceux de proximité (olfaction, toucher). Élizabeth explorera à tâtons ce nouveau mode affectif, fortement lié à sa sexualité, à son autonomie, à sa liberté: il faudra d’abord apprivoiser son corps, cette maison étrangère, avant d’investir dans une nouvelle relation à la fois plus accueillante et plus libre.