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2026-03-25

Salve

Romane Rivol

C’est la guerre, c’est bien elle, elle nous coule sur le dos 
Clac de la matraque sur les barreaux sur la peau 
Je bloque ma respiration pour 
ne pas respirer la guerre désemplir mes poumons de la guerre épaisse et puis d’un coup je prends tout en grand – fin des silences je cogne ma peau comme je cognais les murs de ma chambre-acier pendant ** ans avant ça ne faisait aucun son comme au milieu d’un désert de boîtes d’œufs en carton je me secoue 
Porte ouverte : je sors 
Je regarde bouger devant moi les automates de couloirs à la peau morte et je m’anime 

Avec ma nuit qui colle au corps mes mains sont restées liées et clac je regarde le soleil comme on se fait renverser par un camion sur l’autoroute le visage tourné frotté sur le goudron je décide de n’être plus jamais belle je sens comme mes omoplates qui s’effritent ma peau ridée mâchée par des années sous le béton armé mes muscles tout au jour qui dansent avec le ciel on dirait du bubble gum sans le goût de fraise tout goûte la sueur j’ai du gaz dans la bouche je pourrais brûler là mais je suis bien je suis mobile et je me relève et je frappe 

Le métal autour de ma peau est entré dedans mes os fatigués mais solides j’arrive je me poste devant elles je brûle j’ai l’allure fière et brave je pousse la ligne d’horizon je danse amazone face au vent – et mes femmes ont brandi leurs torches et leur chaleur a inondé le centre les verrous ont sauté et dans la cour dehors la tour de guet brûle nous imbibons de vodka les képis des anciens rois et nous les donnons à manger au feu la journée est rouge feu noire et nous rions entre nos yeux mouillés nous ne serons plus jamais belles 

Dehors enfin j’inspire odeur grisou toutes nous nous rassemblons enlaçons murmurons tout ce qu’on suinte beaucoup manquent à l’appel je me relève je monte je brandis au monde mon visage déchiré qui dit que plus jamais nous ne vivrons au noir je sors de ma poitrine ma voix qui a déjà un pied dans la tombe et de l’autre sabot je m’avance ma bouche s’ouvre dans sa réalité distordue et : 

Mes sœurs gardons notre colère pour le dehors
Je sais que le temps est dur et que les larmes nous ont coulé sur les joues fouettées par le froid. Je connais le sel des yeux jusque dans la bouche
J’y ai goûté en te prenant dans mes bras 

Le foyer que l’on invoque aujourd’hui changera pour toujours l’hiver de nos mains. Nous allons nous battre comme nous avons décidé de le faire depuis le début. Nous allons sortir. Nous avons décidé, nous avons choisi 

Rassure-toi, nous sommes ensemble et fières et peut-être courbées mais libres toujours. Regarde mes yeux, ils sont gris comme les tiens, c’est dans cette tempête que nous avancerons 

Toi, tes yeux sont rouges, je le sais, je vois le sang chaud qui bat dans tes poignets. Bientôt, nous nous vengerons. Le rouge au sol c’est le sang de nos sœurs celui qui ne doit plus jamais couler, mais c’est dans ce sang versé noirci comme notre rage est froide que pousseront les chardons de nos vœux 

Toi, tu n’as plus les mains pour tenir un canon, qu’importe, ta voix sage et agile nous montrera le chemin, ton dos comme un pont résistera au mistral, toi qui connais les embûches et les ennemis mieux que nous. Si ta voix se fait sourde, qu’importe, nous hurlerons ton nom 

Toi, ils ont tondu tes cheveux pour briser le cœur de femme qui bat dans ta poitrine. Ils n’ont rien compris. Nues, sans le sein ni le sou, mère, veuve, acariâtre et mauvaise, nous martelons de nos talons cornés notre volonté rance d’être. En épluchant ton crâne ils ont tondu le nôtre, alors coupons nos cheveux qui ne servent à rien d’autre qu’à nous asservir, rênes sur un cheval. Coupez, coupez, et pissez sur ces cheveux de crins, devenez bêtes féroces et chiennes ardentes, plus rien ne nous arrêtera 

Aujourd’hui j’ai perdu mon enfant, née ici morte ici. Je connais votre peine. En mourant elle fait de vous toutes ses mères, et quand vos fils meurent séparés de vos bras par d’autres murs épais, ces fils d’assassins, enfants posés en nous sans nous-même, nous les pleurons quand même : même sang, même hargne 

Nous sommes tellement. Regardez-moi comme votre miroir et voyez notre force. Elle nous suivra dans la tombe et au-delà et elle dira le non qui n’a jamais pu être. Nous nous réunirons avec les autres, nous ne creuserons plus sous la terre et nous sortirons saluerons par la grande porte en gardant nos vêtements sur nos dos et sur nos sexes. Nous ne sommes pas exceptionnelles et nous resterons comme tout le monde mais nous nous dresserons contre les coups, les vanités et les silences, contre la barbarie et le soufre,

nous donnerons de l’air et de l’élan à celles qui n’en ont plus. Nous serons ensemble amères, et nous choisirons de manger quand bon nous semble, nous choisirons de nous laver seules ou ensemble, nous jurerons, baverons, nous serons médiocres et détestables, diaboliques même, et plus jamais une porte ne se fermera devant nous.

Vol. 24 no. 1 – « Marges et intersections »
colère création littéraire guerre marges poésie prison solidarité sororité
Romane Rivol. (2023). Salve. FéminÉtudes, 24(1). https://revues.uqam.ca/feminetudes/articles/salve/

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ISSN numérique : 1911-4176

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