{"id":2523,"date":"2024-01-30T15:51:49","date_gmt":"2024-01-30T20:51:49","guid":{"rendered":"https:\/\/revues.uqam.ca\/prefix\/?post_type=revue_prefix&#038;p=2523"},"modified":"2025-04-07T09:43:22","modified_gmt":"2025-04-07T13:43:22","slug":"introduction-a-la-masculinite-feminine-la-masculinite-sans-les-hommes-ines","status":"publish","type":"revue_prefix","link":"https:\/\/revues.uqam.ca\/prefix\/revue-prefix\/introduction-a-la-masculinite-feminine-la-masculinite-sans-les-hommes-ines\/","title":{"rendered":"Introduction \u00e0 la masculinit\u00e9 f\u00e9minine\u00a0: la masculinit\u00e9 sans les hommes\u00a0"},"content":{"rendered":"\n<table class=\"wp-block-advgb-table advgb-table-frontend\"><tbody><tr><td><strong>Informations sur la traduction<\/strong><br>Traduction de l\u2019anglais par Julie Levasseur. R\u00e9vision par Ma\u00ebl Mar\u00e9chal, Ariane Gibeau et Rosemarie Fournier-Guillemette. Lecture sensible par Ma\u00ebl Mar\u00e9chal.<br>\u00a0<br><strong>Source du texte original\u00a0: <\/strong>Halberstam, Jack, \u00ab\u00a0An introduction to female masculinitie\u00a0: masculinity without men\u00a0\u00bb, <em>The masculinity studies reader<\/em>, Jorge Castillo (dir.), Malden, Blackwell, 2002, p.\u00a0355-374. Ce texte est compos\u00e9 d\u2019extraits tir\u00e9s de l\u2019introduction de l\u2019ouvrage <em>Female masculinity<\/em>, Durham, Duke University Press, 1998, p. 1-9, 13-29, 40-41, 279-281 (notes).<br>\u00a0<br><\/td><\/tr><\/tbody><\/table>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-table\"><table><tbody><tr><td><strong>Note sur la traduction\u00a0: <\/strong>Jack Halberstam (pronoms et accords masculins et f\u00e9minins), n\u00e9 en 1961, est professeure d\u2019anglais et d\u2019\u00e9tudes de genre \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Colombia de New York et auteur de plusieurs livres, dont <em>The Queer Art of Failure<\/em> (2011), <em>In a Queer Time and Place<\/em> (2005) et <em>Female Masculinities <\/em>(1998). Adoptant une approche pluridisciplinaire, ce dernier livre, dont nous reproduisons ici un extrait, permet d\u2019\u00e9voquer la panoplie de masculinit\u00e9s qui existent et foisonnent, au-del\u00e0 de la masculinit\u00e9 des hommes cisgenres blancs. Halberstam se penche tout particuli\u00e8rement sur les masculinit\u00e9s f\u00e9minines lesbo-queers des XIX<sup>e<\/sup> et XX<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cles, et aborde diff\u00e9rentes figures comme la tomboy, la stone butch et le drag king. Halberstam fait r\u00e9guli\u00e8rement r\u00e9f\u00e9rence aux termes <em>maleness<\/em> et <em>femaleness<\/em>, qui ne trouvent pas d\u2019\u00e9quivalent en fran\u00e7ais\u00a0: nous avons choisi de les traduire par les n\u00e9ologismes <em>m\u00e2litude<\/em> et <em>f\u00e9mellitude<\/em>. Nous les avons pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 \u00e0 <em>m\u00e2lit\u00e9<\/em> et <em>f\u00e9mellit\u00e9<\/em> \u00e9tant donn\u00e9 l\u2019\u00e9cho de <em>f\u00e9mellit\u00e9<\/em> avec certaines positions f\u00e9ministes essentialistes et transphobes. Nous employons ces termes pour d\u00e9signer une place dans le monde qui n\u2019est pas fig\u00e9e, mais qui est travers\u00e9e par des h\u00e9g\u00e9monies sociopolitiques et culturelles. Nous avons \u00e9galement traduit <em>ambigously gendered bodies<\/em> par <em>non conformes dans le genre<\/em>, malgr\u00e9 le risque d\u2019anachronisme. Afin de nous coller aux usages communautaires francophones, nous avons d\u00e9cid\u00e9 de conserver les acronymes <em>FtM (Female to Male)<\/em> et <em>MtF (Male to Female)<\/em>.\u00a0<\/td><\/tr><\/tbody><\/table><\/figure>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\" style=\"flex-basis:100%\">\n<div class=\"wp-block-advgb-columns advgb-columns-wrapper\" id=\"advgb-cols-a5ac982a-3077-4873-b32e-96b5b4ff1e63\"><div class=\"advgb-columns-container\"><div class=\"advgb-columns advgb-columns-row advgb-is-mobile advgb-columns-1 layout-100 mbl-layout-stacked vgutter-10\">\n<div class=\"wp-block-advgb-column advgb-column\" id=\"advgb-col-b42d4c38-d668-4d1b-b343-0d02f16f5ff3\"><div class=\"advgb-column-inner\" style=\"border-style:none;border-width:1px\">\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00c0 quoi sert d\u2019\u00eatre un petit gar\u00e7on si vous devez \u00eatre un homme?<br>Gertrude Stein, <em>Autobiographie de tout le monde <\/em><sup class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--hover-on-desktop \" data-mfn=\"1\" data-mfn-post-scope=\"0000000058d402d20000000004c0953a_2523\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000058d402d20000000004c0953a_2523-1\">1<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000058d402d20000000004c0953a_2523-1\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"1\">Stein, Gertrude, <em>Autobiographie de tout le monde<\/em>, trad. de l\u2019anglais par Marie-France de Palom\u00e9ra, Paris, Seuil, [1937] 1989, p.&nbsp;293.<\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<\/div><\/div>\n<\/div><\/div><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<h3>La vraie chose<\/h3>\n<p>Qu\u2019est-ce que la \u00ab\u00a0masculinit\u00e9\u00a0\u00bb? Il s\u2019agit probablement de la question \u00e0 laquelle j\u2019ai fait le plus souvent face au cours des cinq derni\u00e8res ann\u00e9es, alors que j\u2019\u00e9crivais sur le th\u00e8me de la masculinit\u00e9 f\u00e9minine. Si la masculinit\u00e9 (<em>masculinity<\/em>) n\u2019est pas l\u2019expression sociale, culturelle ou m\u00eame politique de la m\u00e2litude (<em>maleness<\/em>), de quoi s\u2019agit-il? Je ne pr\u00e9tends pas avoir de r\u00e9ponse d\u00e9finitive, mais j\u2019ai quelques hypoth\u00e8ses sur les raisons pour lesquelles la masculinit\u00e9 ne doit pas, ne peut pas et ne devrait pas se limiter au corps m\u00e2le et \u00e0 ce qui l\u2019entoure. Je me risque aussi \u00e0 affirmer que m\u00eame si nous semblons avoir du mal \u00e0 d\u00e9finir la masculinit\u00e9, notre soci\u00e9t\u00e9 a peu de difficult\u00e9 \u00e0 la reconna\u00eetre. En effet, nous d\u00e9pensons \u00e9norm\u00e9ment de temps et d\u2019argent \u00e0 ent\u00e9riner et soutenir les versions de la masculinit\u00e9 auxquelles nous sommes sensibles et en lesquelles nous avons confiance; beaucoup de ces \u00ab\u00a0masculinit\u00e9s h\u00e9ro\u00efques\u00a0\u00bb d\u00e9pendent enti\u00e8rement de la subordination des masculinit\u00e9s alternatives. Je soutiens que loin d\u2019\u00eatre une imitation de la m\u00e2litude, la masculinit\u00e9 f\u00e9minine nous donne un aper\u00e7u de la mani\u00e8re dont la masculinit\u00e9 est construite. Autrement dit, les masculinit\u00e9s des femmes sont pr\u00e9sent\u00e9es comme les rebuts de la masculinit\u00e9 dominante afin que la masculinit\u00e9 des hommes puisse appara\u00eetre comme la vraie chose. Mais ce que nous associons \u00e0 une masculinit\u00e9 h\u00e9ro\u00efque a \u00e9t\u00e9 produit par et \u00e0 travers des corps tant masculins que f\u00e9minins.<\/p>\n<p>Ce chapitre n\u2019offre pas seulement une introduction th\u00e9orique conventionnelle \u00e0 la conceptualisation de la masculinit\u00e9 sans les hommes; il tente plut\u00f4t de compiler les mythes et les fantasmes qui rendent difficile la s\u00e9paration de la masculinit\u00e9 et de la m\u00e2litude. Je propose, \u00e0 travers une tentative de r\u00e9invention de la masculinit\u00e9, de nombreux exemples de masculinit\u00e9s alternatives dans la fiction, le cin\u00e9ma et l\u2019exp\u00e9rience v\u00e9cue. Pour la plupart queers et f\u00e9minins, ces exemples montrent clairement \u00e0 quel point il est important de reconna\u00eetre les masculinit\u00e9s alternatives au moment et \u00e0 l\u2019endroit o\u00f9 elles \u00e9mergent. Tout au long de ce [chapitre]<sup class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--hover-on-desktop \" data-mfn=\"2\" data-mfn-post-scope=\"0000000058d402d20000000004c0953a_2523\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000058d402d20000000004c0953a_2523-2\">2<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000058d402d20000000004c0953a_2523-2\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"2\">Note de la traductrice\u00a0: Toutes les modifications entre crochets, y compris les ellipses, proviennent du texte source tel que reproduit dans <em>The Masculinity Reader<\/em> sous la direction de Jorge Castillo (2002, p.\u00a0355-374) et t\u00e9moignent de l\u2019adaptation du texte aux fins de sa publication dans cet ouvrage.<\/span>, je d\u00e9taille les nombreuses fa\u00e7ons dont la masculinit\u00e9 f\u00e9minine a \u00e9t\u00e9 ouvertement ignor\u00e9e, \u00e0 la fois dans la culture en g\u00e9n\u00e9ral et dans les \u00e9tudes universitaires. Je sugg\u00e8re que cette indiff\u00e9rence g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la masculinit\u00e9 f\u00e9minine est justifi\u00e9e par des motivations id\u00e9ologiques claires et qu\u2019elle a soutenu les structures sociales complexes qui marient la masculinit\u00e9 \u00e0 la m\u00e2litude, au pouvoir et \u00e0 la domination. Je crois fermement qu\u2019une analyse approfondie de la masculinit\u00e9 f\u00e9minine peut permettre d\u2019importantes interventions dans les \u00e9tudes sur le genre, les \u00e9tudes culturelles, les \u00e9tudes queers et les r\u00e9flexions g\u00e9n\u00e9rales sur le genre.<\/p>\n<p>Dans notre soci\u00e9t\u00e9, la masculinit\u00e9 convoque in\u00e9vitablement les notions de pouvoir, de l\u00e9gitimit\u00e9 et de privil\u00e8ge; elle symbolise souvent le pouvoir de l\u2019\u00c9tat et la r\u00e9partition in\u00e9gale des richesses. La masculinit\u00e9 semble s\u2019\u00e9tendre, au niveau macro, au patriarcat et, au niveau micro, \u00e0 la famille; elle repr\u00e9sente le pouvoir de l\u2019h\u00e9ritage, les cons\u00e9quences du trafic des femmes et la promesse de privil\u00e8ges sociaux. Mais, bien s\u00fbr, d\u2019autres variables identitaires traversent le terrain de la masculinit\u00e9 et divisent son pouvoir selon des disparit\u00e9s complexes de classe, de race, de sexualit\u00e9 et de genre. Si ce que nous appelons la \u00ab\u00a0masculinit\u00e9 dominante\u00a0\u00bb appara\u00eet comme une relation naturalis\u00e9e entre la m\u00e2litude et le pouvoir, il n\u2019est gu\u00e8re sens\u00e9 de chercher les contours de cette construction sociale chez les hommes. La masculinit\u00e9 [\u2026] devient lisible lorsqu\u2019elle quitte le corps des hommes blancs issus de la classe moyenne. Les d\u00e9bats sur la masculinit\u00e9 excessive tendent \u00e0 se concentrer sur les corps noirs (hommes et femmes), latino-am\u00e9ricains, ou issus de la classe ouvri\u00e8re, tandis que la masculinit\u00e9 d\u00e9ficiente est trop souvent repr\u00e9sent\u00e9e par les corps asiatiques ou issus de la classe sup\u00e9rieure. Ces constructions st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9es influencent le processus par lequel la masculinit\u00e9 devient pr\u00e9pond\u00e9rante chez les hommes blancs de classe moyenne. Cependant, trop d\u2019\u00e9tudes r\u00e9centes sur le pouvoir de la masculinit\u00e9 blanche mettent l\u2019accent sur le corps et consacrent tous leurs efforts \u00e0 d\u00e9crire les formes et les expressions de sa domination. De nombreuses \u00e9tudes ressassent ad nauseam des informations sur Elvis, les jeunes hommes blancs, le f\u00e9minisme des hommes blancs, le rapport des hommes au mariage et la n\u00e9cessit\u00e9 de domestiquer la m\u00e2litude. La pr\u00e9sente \u00e9tude affiche une certaine indiff\u00e9rence face \u00e0 la blanchit\u00e9 du m\u00e2le, \u00e0 la masculinit\u00e9 de l\u2019homme blanc et au projet visant \u00e0 nommer son pouvoir\u00a0: la masculinit\u00e9 m\u00e2le figure ici comme une herm\u00e9neutique, et comme contre-exemple des territoires de la masculinit\u00e9 qui semblent les plus r\u00e9v\u00e9lateurs quant aux rapports de genre et les plus g\u00e9n\u00e9rateurs de changement social. [\u2026]<\/p>\n<p>Comment commencer [un essai] sur la masculinit\u00e9 f\u00e9minine autrement qu\u2019en destituant l\u2019un des h\u00e9ros masculins les plus connus? Bond, James Bond. Pour illustrer la th\u00e8se selon laquelle la masculinit\u00e9 moderne est reconnue d\u2019embl\u00e9e comme f\u00e9minine, il y a tout lieu de consid\u00e9rer les films d\u2019action de James Bond; la masculinit\u00e9 dominante n\u2019y est souvent que l\u2019ombre d\u2019une masculinit\u00e9 alternative plus puissante et plus convaincante. Dans <em>GoldenEye <\/em>(1995), par exemple, Bond affronte les m\u00e9chants habituels\u00a0: des communistes, des nazis, des mercenaires et une fem fatale super agressive. Il joue son r\u00f4le habituel de h\u00e9ros d\u2019action et d\u2019aventure d\u00e9bonnaire, avec sa panoplie habituelle de gadgets pour l\u2019aider \u2013 une ceinture r\u00e9tractable, une bombe d\u00e9guis\u00e9e en stylo, une montre \u00e0 arme laser, etc. Mais il y a quelque chose qui manque curieusement au film<em>,<\/em> \u00e0 savoir une forme cr\u00e9dible de pouvoir masculin. La patronne de Bond, M, est une femme d\u2019un certain \u00e2ge, visiblement butch; elle le traite de dinosaure et le r\u00e9primande pour sa misogynie et son sexisme. Sa secr\u00e9taire, Miss Moneypenny, l\u2019accuse de harc\u00e8lement sexuel; son pote le trahit et le traite d\u2019imposteur; les femmes ne semblent pas \u00eatre s\u00e9duites par ses charmes \u2013 ses pi\u00e8tres complets et ses nombreux sous-entendus sexuels \u2013, qui apparaissent aussi vieux et inefficaces que ses gadgets.<\/p>\n<p>La masculinit\u00e9, dans ce film \u00e0 peu pr\u00e8s sans action, est avant tout proth\u00e9tique. Comme dans d\u2019innombrables films du genre, elle a peu ou rien \u00e0 voir avec la m\u00e2litude biologique et se pr\u00e9sente plus souvent comme un effet sp\u00e9cial technique. Dans <em>GoldenEye<\/em>, c\u2019est M qui performe la masculinit\u00e9 de la mani\u00e8re la plus convaincante, en partie parce qu\u2019elle expose l\u2019imposture de la performance de Bond. C\u2019est M qui nous convainc que le sexisme et la misogynie ne font pas n\u00e9cessairement partie int\u00e9grante de la masculinit\u00e9, m\u00eame s\u2019il est historiquement devenu difficile, voire impossible, de d\u00e9m\u00ealer la masculinit\u00e9 de l\u2019oppression des femmes. Le h\u00e9ros d\u2019action et d\u2019aventure devrait incarner une version extr\u00eame de la masculinit\u00e9 normative, mais cette masculinit\u00e9 excessive vient plut\u00f4t parodier ou d\u00e9voiler la norme. Puisque la masculinit\u00e9 tend \u00e0 se pr\u00e9senter comme naturelle, l\u2019accent du film d\u2019action sur l\u2019extension proth\u00e9tique en vient \u00e0 miner l\u2019h\u00e9t\u00e9rosexualit\u00e9 du h\u00e9ros tout en amplifiant sa masculinit\u00e9. Pour reprendre l\u2019exemple de <em>GoldenEye<\/em>, la masculinit\u00e9 de Bond se voit li\u00e9e non seulement \u00e0 une incarnation artificielle du masculin, mais aussi aux masculinit\u00e9s gaies. Dans la sc\u00e8ne o\u00f9 Bond va r\u00e9cup\u00e9rer son nouvel ensemble de gadgets, un technomane mani\u00e9r\u00e9 et presque eff\u00e9min\u00e9 lui pr\u00e9sente chacun de ses accessoires avec beaucoup d\u2019enthousiasme. Ce n\u2019est pas un hasard s\u2019il s\u2019appelle Agent Q. Nous pourrions le lire comme le parfait mod\u00e8le de l\u2019interp\u00e9n\u00e9tration des r\u00e9gimes queers et dominants\u00a0: Q est pr\u00e9cis\u00e9ment un agent, un sujet queer qui expose le fonctionnement de la masculinit\u00e9 h\u00e9t\u00e9rosexuelle dominante. En effet, la masculinit\u00e9 gaie de l\u2019Agent Q et la masculinit\u00e9 f\u00e9minine de M fournissent une repr\u00e9sentation remarquable de la d\u00e9pendance absolue des masculinit\u00e9s dominantes vis-\u00e0-vis des masculinit\u00e9s minoritaires.<\/p>\n<p>Lorsque vous lui enlevez ses jouets, Bond n\u2019a plus grand-chose pour soutenir sa performance de la masculinit\u00e9. Sans le costume l\u00e9ch\u00e9, le demi-sourire et l\u2019allume-cigare qui se transforme en pistolet laser, notre James est un h\u00e9ros sans action et sans aventure. La masculinit\u00e9 de l\u2019homme blanc, que nous pourrions appeler \u00ab\u00a0masculinit\u00e9 \u00e9pique\u00a0\u00bb, d\u00e9pend enti\u00e8rement \u2013 comme tous les films de Bond le montrent \u2013 d\u2019un vaste r\u00e9seau souterrain de groupes gouvernementaux secrets, de scientifiques bien pay\u00e9s, de membres de l\u2019arm\u00e9e ainsi que d\u2019une r\u00e9serve infinie de belles filles soit malveillantes, soit gentilles; enfin, elle repose fortement sur un \u00ab\u00a0m\u00e9chant\u00a0\u00bb imm\u00e9diatement reconnaissable. Le \u00ab\u00a0m\u00e9chant\u00a0\u00bb figure parmi les mod\u00e8les de masculinit\u00e9 \u00e9pique. Il suffit de penser \u00e0 <em>Paradise Lost<\/em> de John Milton et \u00e0 sa s\u00e9paration eschatologique entre Dieu et le Diable; Satan, si l\u2019on veut, est le m\u00e9chant originel. Cela ne veut pas dire que cette posture lui interdit les r\u00e9compenses du privil\u00e8ge masculin. Au contraire, les m\u00e9chants peuvent aussi ressembler \u00e0 des gagnants. Ils ont simplement tendance \u00e0 mourir plus t\u00f4t. [\u2026]<\/p>\n<p>Il existe aussi toute une histoire litt\u00e9raire et cin\u00e9matographique c\u00e9l\u00e9brant la r\u00e9bellion de l\u2019homme. Si James Stewart, Gregory Peck et Fred Astaire sont quelques rares exemples du charme des bons gar\u00e7ons, les r\u00f4les de James Dean, Marlon Brando et Robert De\u00a0Niro incarnent au contraire le charme des mauvais, et il est assez difficile de s\u00e9parer les uns des autres. Il est \u00e9vident que les repr\u00e9sentations de mauvais gar\u00e7ons dans les ann\u00e9es\u00a01950 refl\u00e9taient une certaine r\u00e9bellion de la classe ouvri\u00e8re blanche contre la classe moyenne et des formes particuli\u00e8res de domestication. Toutefois, le rebelle fougueux d\u2019aujourd\u2019hui est le courtier en placements de demain, et la r\u00e9bellion masculine penche vers la respectabilit\u00e9 \u00e0 mesure que l\u2019incitation \u00e0 la conformit\u00e9 l\u2019emporte sur la r\u00e9bellion sociale. Pour paraphraser Gertrude Stein, \u00e0 quoi sert d\u2019\u00eatre un gar\u00e7on rebelle si vous devez \u00eatre un homme? Bien s\u00fbr, lorsque la r\u00e9bellion cesse d\u2019\u00eatre masculine, blanche et issue de la classe moyenne (qu\u2019elle soit limit\u00e9e \u00e0 un homme seul ou \u00e9tendue \u00e0 une bande de gar\u00e7ons) et devient une r\u00e9bellion de classe ou de race, une menace tr\u00e8s diff\u00e9rente \u00e9merge.<\/p>\n<h3>Les tomboys<\/h3>\n<p>Que se passe-t-il lorsque la r\u00e9bellion des gar\u00e7ons se situe non pas dans la moue testost\u00e9ron\u00e9e du voyou, mais dans le ricanement de la tomboy? Le tomboyisme d\u00e9signe g\u00e9n\u00e9ralement une p\u00e9riode prolong\u00e9e de masculinit\u00e9 f\u00e9minine dans l\u2019enfance. Si l\u2019on en croit les \u00e9tudes sur les comportements infantiles, ce ph\u00e9nom\u00e8ne est assez courant chez les filles et ne suscite habituellement pas de craintes parentales. Alors que des comportements d\u2019identification au genre oppos\u00e9 donnent souvent lieu \u00e0 des r\u00e9actions hyst\u00e9riques lorsqu\u2019ils se pr\u00e9sentent chez des gar\u00e7ons, la d\u00e9viance de genre des filles est beaucoup mieux tol\u00e9r\u00e9e<sup class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--hover-on-desktop \" data-mfn=\"3\" data-mfn-post-scope=\"0000000058d402d20000000004c0953a_2523\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000058d402d20000000004c0953a_2523-3\">3<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000058d402d20000000004c0953a_2523-3\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"3\">Pour approfondir cette r\u00e9flexion sur les tomboys, voir Halberstam (1999). Sauf indication contraire, toutes les notes sont de l\u2019auteur.<\/span>. Je ne suis pas s\u00fbr\u00b7e qu\u2019une telle tol\u00e9rance puisse \u00eatre mesur\u00e9e ou que les r\u00e9actions aux comportements genr\u00e9s des enfants nous renseignent concr\u00e8tement sur les limites permises de la d\u00e9viance de genre chez les adultes. Le tomboyisme tend \u00e0 \u00eatre associ\u00e9 \u00e0 un d\u00e9sir \u00ab\u00a0naturel\u00a0\u00bb d\u2019acc\u00e9der aux libert\u00e9s et aux mobilit\u00e9s plus grandes dont jouissent les gar\u00e7ons. Tr\u00e8s souvent, il est lu comme un signe d\u2019ind\u00e9pendance et de motivation; il peut m\u00eame \u00eatre encourag\u00e9 s\u2019il demeure li\u00e9 \u00e0 une identification f\u00e9minine stable. Le tomboyisme est cependant puni lorsqu\u2019il signale une identification masculine extr\u00eame (adopter un nom de gar\u00e7on ou refuser tout type de v\u00eatements de fille) et lorsqu\u2019il menace de s\u2019\u00e9tendre au-del\u00e0 de l\u2019enfance<sup class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--hover-on-desktop \" data-mfn=\"4\" data-mfn-post-scope=\"0000000058d402d20000000004c0953a_2523\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000058d402d20000000004c0953a_2523-4\">4<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000058d402d20000000004c0953a_2523-4\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"4\">Pour en savoir plus sur la r\u00e9pression des tomboys, voir Burke (1996). L\u2019autrice analyse quelques cas r\u00e9cents de pr\u00e9tendu trouble de l\u2019identit\u00e9 de genre, dans lesquels les petites filles se voient minutieusement conditionn\u00e9es pour cesser tout comportement masculin et adopter des formes de f\u00e9minit\u00e9 contraignantes.<\/span>. Le tomboyisme chez les adolescentes pose probl\u00e8me et tend \u00e0 susciter les efforts de r\u00e9orientation les plus s\u00e9v\u00e8res. Nous pourrions dire que le tomboyisme est tol\u00e9r\u00e9 tant que l\u2019enfant est pr\u00e9pub\u00e8re; au d\u00e9but de la pubert\u00e9, tout le poids de la conformit\u00e9 de genre s\u2019abat sur la fille. La conformit\u00e9 de genre est impos\u00e9e \u00e0 toutes les filles, pas seulement aux tomboys, et il est alors difficile de d\u00e9fendre l\u2019id\u00e9e selon laquelle la f\u00e9minit\u00e9 masculine constitue une plus grande menace pour la stabilit\u00e9 sociale et familiale que la masculinit\u00e9 f\u00e9minine. Pour les filles, l\u2019adolescence repr\u00e9sente la crise du passage \u00e0 l\u2019\u00e2ge adulte au f\u00e9minin dans une soci\u00e9t\u00e9 domin\u00e9e par les hommes. Si l\u2019adolescence masculine renvoie \u00e0 un rite de passage (tr\u00e8s c\u00e9l\u00e9br\u00e9 dans la litt\u00e9rature occidentale sous la forme du <em>bildungsroman<\/em>) et \u00e0 une ascension vers un certain pouvoir social (m\u00eame limit\u00e9), l\u2019adolescence f\u00e9minine est une le\u00e7on de retenue, de punition et de r\u00e9pression. C\u2019est dans ce contexte que les instincts tomboys de millions de filles sont remodel\u00e9s en des formes convenables de f\u00e9minit\u00e9.<\/p>\n<p>Que des filles sortent de l\u2019adolescence en tant que femmes masculines est tout \u00e0 fait \u00e9tonnant. La visibilit\u00e9 croissante des communaut\u00e9s lesbiennes et la respectabilit\u00e9 qu\u2019elles inspirent facilite dans une certaine mesure l\u2019\u00e9mergence de jeunes femmes masculines. Mais il suffit de jeter un coup d\u2019\u0153il au cin\u00e9ma populaire pour constater que l\u2019image de la tomboy ne peut \u00eatre tol\u00e9r\u00e9e que dans le cadre d\u2019un r\u00e9cit d\u2019\u00e9panouissement f\u00e9minin; dans un tel r\u00e9cit, la tomboy r\u00e9siste \u00e0 l\u2019\u00e2ge adulte lui-m\u00eame plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 la f\u00e9minit\u00e9. Le personnage-titre du r\u00e9cit de tomboy classique <em>Frankie Addams<\/em>, dans le roman de Carson McCullers (trad. par Tournier, [1974] 2000) comme dans son adaptation cin\u00e9matographique, m\u00e8ne une bataille perdue d\u2019avance contre la f\u00e9minit\u00e9, et le texte envisage ces enjeux dans une crise de la repr\u00e9sentation o\u00f9 l\u2019h\u00e9ro\u00efne fait face \u00e0 des choix de vie inacceptables. \u00c0 l\u2019approche du mariage de son fr\u00e8re, Frankie Addams se d\u00e9clare emp\u00eatr\u00e9e dans un monde o\u00f9 elle n\u2019appartient \u00e0 rien ni personne, en dehors du partenariat symbolique du mariage, et \u00e9trang\u00e8re \u00e0 presque toutes les cat\u00e9gories qui pourraient la d\u00e9crire. McCullers \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est arriv\u00e9 au cours de cet \u00e9t\u00e9 vert et fou. Frankie avait douze ans. Elle ne faisait partie d\u2019aucun club, ni de quoi que ce soit au monde. Elle \u00e9tait devenue un \u00eatre sans attache, qui tra\u00eenait autour des portes, et elle avait peur\u00a0\u00bb (p.\u00a09). McCullers place Frankie au seuil de l\u2019adolescence (\u00ab\u00a0Frankie avait douze ans\u00a0\u00bb) et dans un \u00e9tat permanent de d\u00e9tachement\u00a0: \u00ab\u00a0Elle ne faisait partie d\u2019aucun club, ni de quoi que ce soit au monde.\u00a0\u00bb L\u2019enfance en g\u00e9n\u00e9ral peut \u00eatre qualifi\u00e9e de p\u00e9riode de \u00ab\u00a0non-appartenance\u00a0\u00bb, mais la gar\u00e7onne arrivant aux portes de la f\u00e9minitude est expos\u00e9e par son statut \u00ab\u00a0sans attache\u00a0\u00bb \u00e0 toutes sortes de violences sociales et de situations d\u2019opprobre. Alors qu\u2019elle s\u2019attarde dans les derni\u00e8res lueurs de l\u2019enfance, Frankie Addams devient une tomboy \u00ab\u00a0qui tra\u00eenait autour des portes, et elle avait peur\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>En tant que genre cin\u00e9matographique, le film de tomboy [\u2026] sugg\u00e8re que les cat\u00e9gories disponibles pour les femmes en mati\u00e8re d\u2019identification raciale, genr\u00e9e et sexuelle sont tout simplement inad\u00e9quates. Dans son roman, McCullers montre que cette inad\u00e9quation est le r\u00e9sultat direct de la tyrannie du langage \u2013 une structure qui, artificiellement mais s\u00fbrement, fige sur place les personnes et les choses. Frankie essaie de changer d\u2019identit\u00e9 en changeant de nom\u00a0: \u00ab\u00a0Pourquoi c\u2019est d\u00e9fendu par la loi de changer de nom?\u00a0\u00bb demande-t-elle \u00e0 Berenice (p.\u00a0216). Berenice r\u00e9pond\u00a0: \u00ab\u00a0Parce que, autour de ton nom, il y a des choses qui se sont entass\u00e9es\u00a0\u00bb; elle souligne ensuite que, sans nom, la confusion r\u00e9gnerait et que \u00ab\u00a0le monde entier deviendra[it] fou\u00a0\u00bb (p.\u00a0217). Cependant, Berenice reconna\u00eet que la fixit\u00e9 du nom pi\u00e8ge aussi les gens dans de nombreuses identit\u00e9s, tant raciales que genr\u00e9es\u00a0: \u00ab\u00a0Tous on est comme des prisonniers. [\u2026] Et peut-\u00eatre qu\u2019on voudrait s\u2019\u00e9vader et \u00eatre libre. Mais on a beau faire, toujours on reste prisonnier\u00a0\u00bb (p.\u00a0228). Frankie pense que l\u2019attribution d\u2019un nom implique un pouvoir de d\u00e9finition, et que le changement de nom conf\u00e8re le pouvoir de r\u00e9inventer l\u2019identit\u00e9, le lieu, la relation et m\u00eame le genre\u00a0: \u00ab\u00a0Je me demande si c\u2019est interdit par la loi de changer de nom. Ou de lui ajouter quelque chose. [\u2026] \u00c7a m\u2019est \u00e9gal. [\u2026] F. Jasmine Addams\u00a0\u00bb (p.\u00a036).<\/p>\n<p>La psychanalyse pose l\u2019existence d\u2019un lien fondamental entre le langage et le d\u00e9sir, de telle sorte que le langage structure le d\u00e9sir et exprime \u00e0 la fois sa grandeur et sa futilit\u00e9 \u2013 grandeur parce que nous d\u00e9sirons toujours, futilit\u00e9 parce que rien ne parvient \u00e0 nous satisfaire. Frankie en particulier comprend le d\u00e9sir et la sexualit\u00e9 comme les formes les plus contraignantes de conformisme social\u00a0: nous devrions d\u00e9sirer seulement certaines personnes et seulement de certaines mani\u00e8res. Toutefois, son d\u00e9sir ne fonctionne pas de cette fa\u00e7on et elle se retrouve d\u00e9chir\u00e9e entre attachement et rattachement. Puisqu\u2019elle ne le ressent pas de mani\u00e8re conventionnelle, Frankie cherche \u00e0 \u00e9viter compl\u00e8tement le d\u00e9sir. Sa lutte avec le langage, de m\u00eame que ses tentatives visant \u00e0 se r\u00e9inventer \u00e0 travers l\u2019attribution d\u2019un nom et \u00e0 r\u00e9inventer l\u2019ordre ontologique du monde, sont h\u00e9ro\u00efques mais infructueuses. Le pessimisme de McCullers r\u00e9side dans sa conscience du caract\u00e8re \u00e9crasant de \u00ab\u00a0l\u2019ordre des choses\u00a0\u00bb, un ordre qui ne peut \u00eatre affect\u00e9 par l\u2019individu, qui agit sur des \u00e9l\u00e9ments aussi rudimentaires que le langage et qui contraint les gens \u00e0 adh\u00e9rer \u00e0 des appartenances impossibles.<\/p>\n<p>Mon [essai] refuse la futilit\u00e9 longtemps associ\u00e9e au r\u00e9cit de tomboy et cherche plut\u00f4t \u00e0 reconna\u00eetre et \u00e0 valider une pluralit\u00e9 de corps et de subjectivit\u00e9s genr\u00e9es. [\u2026] [Je plaide] en faveur de la production de nouvelles taxinomies, ce qu\u2019Eve K. Sedgwick appelait avec humour les \u00ab\u00a0taxinomies contextuelles<sup class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--hover-on-desktop \" data-mfn=\"5\" data-mfn-post-scope=\"0000000058d402d20000000004c0953a_2523\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000058d402d20000000004c0953a_2523-5\">5<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000058d402d20000000004c0953a_2523-5\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"5\">N.D.T.\u00a0: L\u2019expression employ\u00e9e par Sedgwick en anglais, \u00ab\u00a0nonce taxonomies\u00a0\u00bb (1990, p.\u00a022), joue sur un double sens\u00a0: <em>nonce<\/em> d\u00e9signe \u00e0 la fois une chose ou un concept con\u00e7u pour une occasion particuli\u00e8re et, en argot britannique, un individu accus\u00e9 ou reconnu coupable d\u2019un crime sexuel (voir <em>The Wet Archive<\/em>, 2015).<\/span>\u00a0\u00bb dans <em>\u00c9pist\u00e9mologie du placard <\/em>(trad. par Cervulle, 2008, p.\u00a044). Il s\u2019agit de cat\u00e9gories de d\u00e9sir, de physicalit\u00e9 et de subjectivit\u00e9 qui tentent d\u2019agir sur les processus h\u00e9g\u00e9moniques de d\u00e9nomination et de d\u00e9finition. Les taxinomies contextuelles sont des cat\u00e9gories que nous utilisons quotidiennement pour donner un sens \u00e0 nos mondes, mais qui fonctionnent si bien que nous n\u2019arrivons pas \u00e0 les reconna\u00eetre. [\u2026] J\u2019essaie de mettre en \u00e9vidence certaines des taxinomies contextuelles de la masculinit\u00e9 f\u00e9minine et d\u2019historiciser la suppression de ces cat\u00e9gories. [\u2026] J\u2019utilise le th\u00e8me de la masculinit\u00e9 f\u00e9minine pour explorer une subjectivit\u00e9 queer pouvant d\u00e9fier avec succ\u00e8s les mod\u00e8les h\u00e9g\u00e9moniques de conformit\u00e9 de genre. La masculinit\u00e9 f\u00e9minine constitue un espace d\u2019enqu\u00eate particuli\u00e8rement fructueux parce qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 vilipend\u00e9e par les projets tant h\u00e9t\u00e9rosexistes que f\u00e9ministes\/womanistes; \u00e0 la diff\u00e9rence de la f\u00e9minit\u00e9 masculine, laquelle remplit une sorte de fonction rituelle dans les cultures homosociales des hommes, la masculinit\u00e9 f\u00e9minine est g\u00e9n\u00e9ralement re\u00e7ue par les cultures h\u00e9t\u00e9ro- et homonormatives comme un signe pathologique de fausse identification et d\u2019inadaptation, comme un d\u00e9sir de devenir et de d\u00e9tenir un pouvoir hors de port\u00e9e. Dans un contexte lesbien, la masculinit\u00e9 f\u00e9minine a \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9e comme le lieu o\u00f9 le patriarcat agit sur la psych\u00e9 f\u00e9minine et reproduit la misogynie au sein de la f\u00e9mellitude. Il existe \u00e0 ce jour tr\u00e8s peu d\u2019\u00e9tudes ou de th\u00e9ories relatives aux effets in\u00e9vitables de la masculinit\u00e9 pleinement assum\u00e9e des femmes sur la masculinit\u00e9 en apparence solide des hommes. Parfois, la masculinit\u00e9 f\u00e9minine co\u00efncide avec les exc\u00e8s de la supr\u00e9matie masculine et, parfois, elle codifie une forme unique de r\u00e9bellion sociale; la masculinit\u00e9 f\u00e9minine porte souvent le signe de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 sexuelle, mais elle indique \u00e0 l\u2019occasion une variation au sein de l\u2019h\u00e9t\u00e9rosexualit\u00e9; parfois, la masculinit\u00e9 f\u00e9minine souligne la pathologie et, de temps en temps, elle repr\u00e9sente une solution de rechange saine \u00e0 ce qui est consid\u00e9r\u00e9 comme l\u2019histrionisme des f\u00e9minit\u00e9s conventionnelles.<\/p>\n<p>Je souhaite produire, avec soin, un mod\u00e8le de masculinit\u00e9 f\u00e9minine qui tienne compte de ses multiples formes tout en appelant \u00e0 des affirmations nouvelles et conscientes des diff\u00e9rentes taxinomies de genre. De telles affirmations ne commencent pas par la subversion ou la contestation du pouvoir masculin, mais par l\u2019acte de fermer les yeux sur les masculinit\u00e9s conventionnelles et le refus d\u2019y participer. Frankie Addams, par exemple, construit sa r\u00e9bellion non pas en s\u2019opposant \u00e0 la loi, mais en s\u2019y montrant indiff\u00e9rente. Elle reconna\u00eet qu\u2019il peut \u00eatre ill\u00e9gal de changer son nom ou d\u2019y ajouter quelque chose, mais sa r\u00e9ponse est simple\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c7a m\u2019est \u00e9gal.\u00a0\u00bb Je ne sugg\u00e8re pas [dans ce texte] que nous suivions la voie futile de ce que Foucault appelle \u00ab\u00a0dire non au pouvoir\u00a0\u00bb, mais j\u2019affirme que le pouvoir peut surgir de diff\u00e9rentes formes de refus\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c7a m\u2019est \u00e9gal.\u00a0\u00bb [\u2026]<\/p>\n<h3>Construire des masculinit\u00e9s<\/h3>\n<p>Au sein m\u00eame des \u00e9tudes culturelles, la masculinit\u00e9 est r\u00e9cemment devenue un sujet de pr\u00e9dilection. Je souhaite ici rendre compte de la popularit\u00e9 croissante d\u2019un corpus sur la masculinit\u00e9 qui ne montre absolument aucun int\u00e9r\u00eat pour la masculinit\u00e9 sans les hommes. J\u2019ai remarqu\u00e9 pour la premi\u00e8re fois l\u2019int\u00e9r\u00eat sans pr\u00e9c\u00e9dent \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la masculinit\u00e9 en avril 1994, lorsque le DIA Center for the Performing Arts a convoqu\u00e9 un groupe d\u2019intellectuel\u00b7les important\u00b7es pour en discuter. \u00c0 l\u2019ouverture de l\u2019\u00e9v\u00e9nement, une des personnes interpel\u00e9es s\u2019est demand\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Pourquoi la masculinit\u00e9, pourquoi maintenant?\u00a0\u00bb Plusieurs autres pan\u00e9listes, des critiques et universitaires masculins, ont pr\u00e9sent\u00e9 des communications \u00e9loquentes sur leurs souvenirs de jeunesse et leurs relations avec leurs p\u00e8res. La seule lesbienne de l\u2019assembl\u00e9e, une po\u00e9tesse, a lu un po\u00e8me \u00e9mouvant sur le viol. \u00c0 la fin de la soir\u00e9e, une seule participante avait abord\u00e9 les limites d\u2019une r\u00e9flexion faisant de la masculinit\u00e9 le synonyme des hommes ou de la m\u00e2litude<sup class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--hover-on-desktop \" data-mfn=\"6\" data-mfn-post-scope=\"0000000058d402d20000000004c0953a_2523\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000058d402d20000000004c0953a_2523-6\">6<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000058d402d20000000004c0953a_2523-6\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"6\">Les communications pr\u00e9sent\u00e9es ont fait l\u2019objet d\u2019un ouvrage collectif intitul\u00e9 <em>Constructing Masculinity<\/em> (Berger, Wallis et Watson, 1996), et la seule intervention au sujet des masculinit\u00e9s non masculines a \u00e9t\u00e9 prononc\u00e9e par Eve Kosofsky Sedgwick.<\/span>. Cette intervention solitaire a mis en \u00e9vidence le foss\u00e9 entre les r\u00e9flexions dominantes sur la masculinit\u00e9 et les hommes, d\u2019une part, et les r\u00e9flexions queers sur la masculinit\u00e9, d\u2019autre part, qui s\u2019\u00e9tendent bien au-del\u00e0 du corps masculin. En effet, \u00e0 la question na\u00efve \u00ab\u00a0Pourquoi la masculinit\u00e9, pourquoi maintenant?\u00a0\u00bb, on pourrait r\u00e9pondre que la masculinit\u00e9 dans les ann\u00e9es\u00a01990 est finalement reconnue comme \u00e9tant, au moins en partie, une construction qui \u00e9mane de personnes n\u00e9es de sexe f\u00e9minin ainsi que masculin<sup class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--hover-on-desktop \" data-mfn=\"7\" data-mfn-post-scope=\"0000000058d402d20000000004c0953a_2523\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000058d402d20000000004c0953a_2523-7\">7<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000058d402d20000000004c0953a_2523-7\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"7\">J\u2019utilise les termes \u00ab\u00a0n\u00e9es de sexe f\u00e9minin\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0n\u00e9es de sexe masculin\u00a0\u00bb en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la pratique sociale consistant \u00e0 attribuer l\u2019un des deux genres aux b\u00e9b\u00e9s \u00e0 la naissance. Ma terminologie sugg\u00e8re que ces assignations pourraient ne pas durer toute la vie de l\u2019individu, et signale d\u2019embl\u00e9e que le genre binaire continue de dominer nos conceptions culturelles et scientifiques du genre, mais que, in\u00e9vitablement, des individus \u00e9chouent \u00e0 se retrouver dans l\u2019une ou l\u2019autre de ces options.<\/span>.<\/p>\n<p>L\u2019ouvrage collectif produit \u00e0 la suite de ce colloque fournit une preuve suppl\u00e9mentaire du lien \u00e9troit que les directeurs de publication ont \u00e9tabli entre la masculinit\u00e9 et la m\u00e2litude. La page de titre pr\u00e9sente une petite illustration photographique d\u2019une enseigne de magasin de v\u00eatements annon\u00e7ant des \u00ab\u00a0Fixings for Men\u00a0\u00bb, des accessoires pour hommes. Cette illustration a \u00e9t\u00e9 plac\u00e9e juste en dessous du titre, <em>Constructing Masculinity<\/em>, et force le lectorat \u00e0 d\u00e9finir la construction de la masculinit\u00e9 comme l\u2019habillement des hommes. L\u2019introduction de l\u2019ouvrage tente de diversifier cette d\u00e9finition en utilisant les contributions de Judith Butler et d\u2019Eve Sedgwick pour reconna\u00eetre les d\u00e9fis pos\u00e9s par les gais, les lesbiennes et les queers \u00e0 la normativit\u00e9 de genre. Les directeurs de publication insistent sur le fait que la masculinit\u00e9 est multiple et que \u00ab loin de ne concerner que les hommes, [elle] implique, infl\u00e9chit et fa\u00e7onne tout le mond<sup class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--hover-on-desktop \" data-mfn=\"8\" data-mfn-post-scope=\"0000000058d402d20000000004c0953a_2523\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000058d402d20000000004c0953a_2523-8\">8<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000058d402d20000000004c0953a_2523-8\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"8\">Sauf indication contraire, toutes les traductions des citations sont de la traductrice.<\/span>\u00a0\u00bb (Berger, Wallis et Watson, 1996, p.\u00a07). L\u2019engagement \u00e0 l\u2019\u00e9gard d\u2019une conception plurielle de la masculinit\u00e9 se confirme dans le premier texte du collectif, dans lequel Eve Sedgwick avance que la masculinit\u00e9 n\u2019a peut-\u00eatre pas grand-chose \u00e0 voir avec les hommes, et se voit prolong\u00e9 en quelque sorte par le texte de Butler, intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Melancholy Gender\u00a0\u00bb. Mais Sedgwick critique aussi les directeurs de publication d\u2019avoir propos\u00e9 un livre et un colloque qui continuent de lier la masculinit\u00e9 \u00e0 la m\u00e2litude. Bien que l\u2019introduction laisse entendre qu\u2019ils ont tenu compte de son appel en faveur de la diversit\u00e9 de genre, le reste de l\u2019ouvrage sugg\u00e8re le contraire. Ce collectif compte plusieurs textes fascinants, mais aucun ne porte sp\u00e9cifiquement sur la masculinit\u00e9 f\u00e9minine. Des images queers et non binaires par Loren Cameron et Cathy Opie ornent les pages du livre, mais le texte n\u2019offre aucun commentaire \u00e0 leur sujet. L\u2019ouvrage r\u00e9fl\u00e9chit \u00e0 des ic\u00f4nes masculines comme Clint Eastwood et Steven Seagal; il aborde les relations complexes entre p\u00e8res et fils; il examine des sujets comme la d\u00e9finition des hommes par la science ainsi que les rapports entre la masculinit\u00e9 et la loi. Il se termine par un texte de Stanley Aronowitz intitul\u00e9 \u00ab\u00a0My Masculinity\u00a0\u00bb, une r\u00e9flexion autobiographique sur les diff\u00e9rentes formes de pouvoir masculin.<\/p>\n<p>Je ne consid\u00e8re pas que le collectif est inint\u00e9ressant ou que les textes sont erron\u00e9s ou malavis\u00e9s, mais je veux souligner que la d\u00e9claration en introduction s\u2019av\u00e8re moins un prologue qu\u2019un \u00e9pilogue d\u00e9crivant ce qu\u2019un ouvrage sur la masculinit\u00e9 <em>devrait<\/em> faire. En d\u2019autres termes, m\u00eame lorsque la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une analyse de la masculinit\u00e9 f\u00e9minine a \u00e9t\u00e9 reconnue, il semble remarquablement difficile d\u2019y donner suite. Qu\u2019est-ce qui explique donc, pour paraphraser le texte d\u2019Eve Sedgwick, qu\u2019il soit si difficile de <em>ne pas<\/em> pr\u00e9sumer une relation essentielle entre la masculinit\u00e9 et les hommes<sup class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--hover-on-desktop \" data-mfn=\"9\" data-mfn-post-scope=\"0000000058d402d20000000004c0953a_2523\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000058d402d20000000004c0953a_2523-9\">9<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000058d402d20000000004c0953a_2523-9\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"9\">De plus en plus de revues publient des dossiers sp\u00e9ciaux sur la masculinit\u00e9, mais je n\u2019en ai pas encore trouv\u00e9 un seul pr\u00e9sentant un essai sur la masculinit\u00e9 f\u00e9minine. La derni\u00e8re annonce de publication qui m\u2019est parvenue concernait le num\u00e9ro \u00ab\u00a0New Masculinities\u00a0\u00bb de <em>The Velvet Light Trap: A Critical Journal of Film and Television.<\/em> Il incluait des textes intitul\u00e9s \u00ab\u00a0The \u201cNew Masculinity\u201d in Tootsie\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0On Fathers and Sons, Sex and Death\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Male Melodrama and the Feeling Man\u00a0\u00bb, etc. Je ne veux pas dire par l\u00e0 que ces sujets ne sont pas int\u00e9ressants, mais que les \u00ab\u00a0nouvelles masculinit\u00e9s\u00a0\u00bb ressemblent \u00e9trangement aux anciennes. Voir <em>The Velvet Light Trap<\/em> (1996).<\/span>?<\/p>\n<p>En commen\u00e7ant ma r\u00e9flexion par cette analyse, je ne veux pas donner l\u2019impression que le sujet des masculinit\u00e9s f\u00e9minines doit toujours \u00eatre li\u00e9 \u00e0 un propos plus vaste, \u00e0 un ensemble de masculinit\u00e9s qui a \u00e9t\u00e9, et continue d\u2019\u00eatre, centr\u00e9 sur les hommes. Je ne veux pas non plus sugg\u00e9rer que la th\u00e9orie du genre constitue la v\u00e9ritable origine des connaissances en mati\u00e8re de genre. Au contraire, ce colloque et ce livre ne font que souligner le d\u00e9calage entre les connaissances et les pratiques communautaires, d\u2019une part, et les discours universitaires, d\u2019autre part. Je crois qu\u2019il est \u00e0 la fois utile et important de contextualiser toute discussion sur les masculinit\u00e9s f\u00e9minines et lesbiennes et de la situer en opposition directe \u00e0 celle sur la masculinit\u00e9 en g\u00e9n\u00e9ral qui, au sein des \u00e9tudes culturelles, la situe r\u00e9solument en tant que propri\u00e9t\u00e9 des corps m\u00e2les. Le refus persistant de la soci\u00e9t\u00e9 occidentale d\u2019admettre des corps non conformes dans le genre au sein des rapports sociaux (mis en \u00e9vidence, par exemple, par notre utilisation continuelle des toilettes \u00ab ou bien \u00bb : ou bien pour femmes, ou bien pour hommes) repose, selon moi, sur une attitude conservatrice et protectionniste des hommes \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la masculinit\u00e9. Une telle attitude a \u00e9t\u00e9 renforc\u00e9e par un scepticisme plus g\u00e9n\u00e9ral \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la masculinit\u00e9 f\u00e9minine. Je ne peux d\u00e9crire un tel scepticisme qu\u2019en \u00e9voquant un \u00e9chec de l\u2019imaginaire collectif : autrement dit, les personnes n\u00e9es de sexe f\u00e9minin assaillent de mani\u00e8re puissante et convaincante la coh\u00e9rence de la masculinit\u00e9 masculine depuis plus de cent ans; qu\u2019est-ce qui emp\u00eache ces assauts de s\u2019implanter et de r\u00e9duire les liens entre la masculinit\u00e9 et les hommes? Malgr\u00e9 les multiples images de femmes fortes (comme la culturiste Bev Francis<sup class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--hover-on-desktop \" data-mfn=\"10\" data-mfn-post-scope=\"0000000058d402d20000000004c0953a_2523\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000058d402d20000000004c0953a_2523-10\">10<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000058d402d20000000004c0953a_2523-10\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"10\">N.D.L.R. : Bev Francis (1955-\u2026) est une lanceuse de poids australienne convertie \u00e0 l\u2019halt\u00e9rophilie, o\u00f9 elle se sp\u00e9cialise en force athl\u00e9tique (<em>powerlifting<\/em>). En 1991, lors de sa participation \u00e0 la comp\u00e9tition t\u00e9l\u00e9vis\u00e9e <em>Ms. Olympia<\/em>, elle termine en deuxi\u00e8me place malgr\u00e9 ses prouesses sup\u00e9rieures et re\u00e7oit des critiques pour le manque de f\u00e9minit\u00e9 de son impressionnante musculature, comme Gloria Steinem le rapporte. Voir \u00ab The Strongest Woman in the World \u00bb, <em>Moving Beyond Words. Age, Rage, Sex, Power, Money, Muscles: Breaking the Boundaries of Gender<\/em>, New York, Simon &amp; Schuster, 1994, p. 98-122.<\/span> ou la joueuse de tennis Martina Navratilova<sup class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--hover-on-desktop \" data-mfn=\"11\" data-mfn-post-scope=\"0000000058d402d20000000004c0953a_2523\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000058d402d20000000004c0953a_2523-11\">11<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000058d402d20000000004c0953a_2523-11\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"11\">N.D.L.R. : Martina Navr\u00e1tilov\u00e1 (1956-\u2026) est une joueuse de tennis tch\u00e9coslovaque qui a remport\u00e9 de nombreux tournois d\u2019envergure durant sa carri\u00e8re qui s\u2019est \u00e9tal\u00e9e entre 1974 et 1994 et dont le style de jeu agressif et athl\u00e9tique a marqu\u00e9 le sport. Se d\u00e9signant bisexuelle, puis lesbienne, elle a longtemps milit\u00e9 pour le droit des personnes de la communaut\u00e9 LGBT. Depuis 2019, elle se distingue par ses prises de positions contre l\u2019inclusion des athl\u00e8tes trans dans le sport, ainsi que contre les pratiques drag, ce qui lui vaut l\u2019exclusion de certaines organisations de d\u00e9fense des personnes de la diversit\u00e9 queer. Voir Ennis, Dawn (2021), \u00ab Martina Navratilova Wants You To Believe She\u2019s Not A Transphobe \u00bb, <em>Forbes<\/em>, 27 septembre, <a href=\"https:\/\/www.forbes.com\/sites\/dawnstaceyennis\/2021\/09\/27\/martina-navratilova-wants-you-to-believe-shes-not-a-transphobe\">https:\/\/www.forbes.com\/sites\/dawnstaceyennis\/2021\/09\/27\/martina-navratilova-wants-you-to-believe-shes-not-a-transphobe<\/a>.<\/span>), de femmes qui s\u2019identifient au genre oppos\u00e9 (Radclyffe Hall<sup class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--hover-on-desktop \" data-mfn=\"12\" data-mfn-post-scope=\"0000000058d402d20000000004c0953a_2523\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000058d402d20000000004c0953a_2523-12\">12<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000058d402d20000000004c0953a_2523-12\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"12\">N.D.L.R. : Marguerite Antonia Radclyffe Hall (1880-1943), qui pr\u00e9f\u00e9rait le pr\u00e9nom \u00ab John \u00bb, est une personne autrice et po\u00e8te anglaise connu\u00b7e pour son roman <em>The Well of Loneliness<\/em> (1928), qui a suscit\u00e9 controverses et proc\u00e8s en plus de marquer profond\u00e9ment la litt\u00e9rature et la culture lesbiennes du vingti\u00e8me si\u00e8cle. Voir la biographie de Sally Cline (1998), <em>Radclyffe Hall : A Woman Called John<\/em>, Woodstock, The Overlook Press. Au sujet du roman, voir Doan, Laura, et Jay Prosser (dir.) (2001), <em>Palatable Poison : Critical Perspectives on<\/em> The Well of Loneliness, New York, Columbia University Press.<\/span> ou Ethel Smyth<sup class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--hover-on-desktop \" data-mfn=\"13\" data-mfn-post-scope=\"0000000058d402d20000000004c0953a_2523\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000058d402d20000000004c0953a_2523-13\">13<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000058d402d20000000004c0953a_2523-13\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"13\">N.D.L.R. : Ethel Smyth (1858-1944) est une autrice, musicienne et compositrice anglaise de renom qui s\u2019est activement impliqu\u00e9e dans le mouvement suffragiste et a mis en musique l\u2019un de ses hymnes, <em>The March of the Women<\/em> (1911). Elle \u00e9tait reconnu pour ses amours homosexuelles, bien que des doutes subsistent sur sa possible bisexualit\u00e9. Voir, entre autres, Wiley, Christopher (2004), \u00ab \u201cWhen a Woman Speaks the Truth about Her Body\u201d : Ethel Smyth, Virginia Woolf, and the Challenges of Lesbian Auto\/Biography \u00bb, <em>Music &amp; Letters<\/em>,\u00a0 vol. 85, no 3, p. 388-414; et Abromeit, Kathleen A. (1989), \u00ab Ethel Smyth, \u201cThe Wreckers\u201d, and Sir Thomas Beecham \u00bb, <em>The Musical Quarterly<\/em>, vol. 73, no 2, p. 196-211.<\/span>), de personnalit\u00e9s publiques cod\u00e9es de fa\u00e7on masculine (Janet Reno<sup class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--hover-on-desktop \" data-mfn=\"14\" data-mfn-post-scope=\"0000000058d402d20000000004c0953a_2523\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000058d402d20000000004c0953a_2523-14\">14<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000058d402d20000000004c0953a_2523-14\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"14\">N.D.L.R. : Janet Reno (1948-2016) est une juriste et haut-fonctionnaire \u00e9tatsunienne qui a \u00e9t\u00e9 la premi\u00e8re femme \u00e0 occuper le poste de procureure g\u00e9n\u00e9rale de son pays, sous l\u2019administration du pr\u00e9sident Bill Clinton. Sa grande taille et son accession au pouvoir en font le point de mire des humoristes, notamment l\u2019hebdomadaire <em>Saturday Night Live<\/em>, qui moquent sa masculinit\u00e9. Voir Mundy, Liza (1998). \u00ab Why Janet Reno Fascinates, Confounds and Even Terrifies America? \u00bb, <em>The Washington Post<\/em>, 25 janvier, p. W06.<\/span>), de grandes vedettes butchs (k.d. lang<sup class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--hover-on-desktop \" data-mfn=\"15\" data-mfn-post-scope=\"0000000058d402d20000000004c0953a_2523\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000058d402d20000000004c0953a_2523-15\">15<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000058d402d20000000004c0953a_2523-15\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"15\">N.D.L.R. : k.d. lang est le nom d\u2019artiste de Kathryn Dawn Lang (1961-\u2026), une autrice-compositrice canadienne plusieurs fois laur\u00e9ate de prix Grammy et Juno ayant fait carri\u00e8re dans la musique country. Apr\u00e8s s\u2019\u00eatre identifi\u00e9e comme lesbienne et \u00eatre apparue en couverture de <em>Vanity Fair<\/em> en bras de chemise et pantalons, avec de la cr\u00e8me \u00e0 raser sur le bas du visage, sa musique a \u00e9t\u00e9 exclue de plusieurs stations de radio \u00e9tatsuniennes et elle a d\u00fb franchir les piquets des manifestants pour recevoir son Grammy pour meilleure chanteuse pop de l\u2019ann\u00e9e 1992. Voir Friend, David (2016), \u00ab \u201cHard to unravel\u201d : k.d. lang reflects on her career and coming out \u00bb, <em>CBC News<\/em>, 1er juillet, <a href=\"https:\/\/www.cbc.ca\/news\/canada\/calgary\/kd-lang-fashion-cowboy-bride-coming-out-1.3657007\">https:\/\/www.cbc.ca\/news\/canada\/calgary\/kd-lang-fashion-cowboy-bride-coming-out-1.3657007<\/a>.<\/span>), de femmes muscl\u00e9es et athl\u00e9tiques (Jackie Joyner-Kersee<sup class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--hover-on-desktop \" data-mfn=\"16\" data-mfn-post-scope=\"0000000058d402d20000000004c0953a_2523\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000058d402d20000000004c0953a_2523-16\">16<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000058d402d20000000004c0953a_2523-16\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"16\">N.D.L.R. : Jackie Joyner-Kersee (1962-\u2026) est une athl\u00e8te \u00e9tatsunienne, sp\u00e9cialis\u00e9e dans l\u2019heptathlon et le saut en longueur, qui a remport\u00e9 sept m\u00e9dailles olympiques entre 1984 et 1996, dont trois m\u00e9dailles d\u2019or. Son record du monde de 7291 points \u00e0 l\u2019heptathlon, \u00e9tabli aux jeux de 1988 \u00e0 S\u00e9oul, est encore aujourd\u2019hui insurpass\u00e9. Voir (2024) \u00ab Jackie Joyner-Kersee \u00bb, <em>Encyclopaedia Britannica<\/em>, 22 juillet, <a href=\"https:\/\/www.britannica.com\/biography\/Jackie-Joyner-Kersee\">https:\/\/www.britannica.com\/biography\/Jackie-Joyner-Kersee<\/a>.<\/span>), ou encore de personnes trans n\u00e9es de sexe f\u00e9minin (Leslie Feinberg<sup class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--hover-on-desktop \" data-mfn=\"17\" data-mfn-post-scope=\"0000000058d402d20000000004c0953a_2523\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000058d402d20000000004c0953a_2523-17\">17<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000058d402d20000000004c0953a_2523-17\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"17\">N.D.L.R. : Leslie Feinberg (1949-2014) est une autrice \u00e9tatsunienne qui a longuement milit\u00e9 pour le droit des personnes de la diversit\u00e9 queer. Son exploration des identit\u00e9s lesbienne, butch et trans, \u00e0 travers la fiction avec <em>Stone Butch Blues<\/em> (1993) ou l\u2019essai avec <em>Transgender Warriors : Making History from Joan of Arc to Dennis Rodman<\/em> (1996), a contribu\u00e9 de mani\u00e8re fondamentale \u00e0 la r\u00e9flexion sur ces questions.<\/span>), il n\u2019y a toujours pas d\u2019acceptation g\u00e9n\u00e9rale ni m\u00eame de reconnaissance des femmes masculines et des gar\u00e7onnes. Le pr\u00e9sent [essai] se penche sur cette incapacit\u00e9 collective \u00e0 imaginer et \u00e0 valider la masculinit\u00e9 produite par, pour et chez les femmes.<a href=\"#_ftnref8\" name=\"_ftn8\"><\/a><\/p>\n<p>Au cas o\u00f9 mes pr\u00e9occupations sembleraient trop m\u00e9prisantes, je souhaite aborder ce qui se produit lorsque des r\u00e9flexions universitaires sur la masculinit\u00e9 masculine excluent des masculinit\u00e9s plus diversifi\u00e9es. Il ne s\u2019agit pas de donner une attention d\u00e9mesur\u00e9e \u00e0 ce qui n\u2019est apr\u00e8s tout qu\u2019une seule intervention, mais plut\u00f4t d\u2019utiliser un livre comme repr\u00e9sentant de toute une s\u00e9rie d\u2019\u00e9tudes sur la masculinit\u00e9 qui reproduisent des intentions et des erreurs semblables. Dans un ouvrage intitul\u00e9 <em>Boys\u00a0: Masculinities in Contemporary Culture<\/em> pour une collection sp\u00e9cialis\u00e9e en \u00e9tudes culturelles, le directeur de publication Paul Smith sugg\u00e8re que la masculinit\u00e9 doit toujours \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e \u00ab\u00a0au pluriel\u00a0\u00bb. Selon lui, les masculinit\u00e9s sont \u00ab\u00a0d\u00e9finies et travers\u00e9es par des diff\u00e9rences et des contradictions de toutes sortes\u00a0\u00bb (1996, p.\u00a03). La pluralit\u00e9 des masculinit\u00e9s, selon Smith, englobe une masculinit\u00e9 blanche dominante qui est chevauch\u00e9e par les autres\u00a0: les masculinit\u00e9s gaie, bisexuelle, noire, asiatique et latino. Bien que la reconnaissance d\u2019une foule de masculinit\u00e9s ait du sens, Smith choisit de se concentrer sur la masculinit\u00e9 blanche dominante et exclut les autres masculinit\u00e9s \u00e9num\u00e9r\u00e9es. Smith, comme on peut s\u2019y attendre, avertit le lectorat qu\u2019il ne faut pas seulement critiquer la masculinit\u00e9 dominante ou c\u00e9l\u00e9brer les masculinit\u00e9s minoritaires, puis il \u00e9met la remarque fondamentale suivante\u00a0:<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-advgb-columns advgb-columns-wrapper\" id=\"advgb-cols-f32bee17-2b82-4e82-b6e0-d050a98f2672\"><div class=\"advgb-columns-container\"><div class=\"advgb-columns advgb-columns-row advgb-is-mobile advgb-columns-1 layout-100 mbl-layout-stacked vgutter-10\">\n<div class=\"wp-block-advgb-column advgb-column\" id=\"advgb-col-665e585e-2495-4c72-883f-80cd316f893c\"><div class=\"advgb-column-inner\" style=\"border-style:none;border-width:1px\">\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>Et il se pourrait bien que, comme certaines voix influentes nous le disent souvent, la masculinit\u00e9 ou les masculinit\u00e9s ne soient r\u00e9ellement pas la \u00ab&nbsp;propri\u00e9t\u00e9&nbsp;\u00bb exclusive de sujets biologiquement m\u00e2les; il est vrai que de nombreux sujets f\u00e9minins revendiquent la masculinit\u00e9 comme leur propri\u00e9t\u00e9. Pourtant, en mati\u00e8re de <em>pouvoir<\/em> culturel et politique, la co\u00efncidence de la masculinit\u00e9 et du sexe masculin biologique joue encore un r\u00f4le d\u00e9cisif. (p.&nbsp;4)<\/p>\n<\/blockquote>\n<\/div><\/div>\n<\/div><\/div><\/div>\n\n\n<p>Ce que je remarque imm\u00e9diatement ici, c\u2019est l\u2019\u00e9trange attribution d\u2019un pouvoir immense \u00e0 ces \u00ab\u00a0voix influentes\u00a0\u00bb qui ne cessent de nous dire que la masculinit\u00e9 n\u2019est pas la propri\u00e9t\u00e9 des hommes. Ces voix ne sont pas nomm\u00e9es, et il nous reste \u00e0 supposer que leur \u00ab\u00a0influence\u00a0\u00bb les a rendues si puissantes que les noms importent peu\u00a0: ces voix, pourrait-on supposer, sont h\u00e9g\u00e9moniques. Smith poursuit en implorant le lectorat d\u2019admettre que l\u2019intersection de la m\u00e2litude et de la masculinit\u00e9 joue \u00ab\u00a0encore\u00a0\u00bb un r\u00f4le d\u00e9cisif. Son appel au bon sens laisse croire qu\u2019il essaie de r\u00e9tablir une certaine forme de rationalit\u00e9 dans un d\u00e9bat qui part en vrille dans des discussions absolument sans cons\u00e9quence. En r\u00e9alit\u00e9, Smith soutient que nous devons nous tourner vers la masculinit\u00e9 dominante pour d\u00e9construire la masculinit\u00e9, car c\u2019est la somme de la m\u00e2litude et de la masculinit\u00e9 qui donne la l\u00e9gitimit\u00e9 sociale. Cependant, comme je l\u2019ai expliqu\u00e9 plus t\u00f4t, c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment parce que la masculinit\u00e9 de l\u2019homme blanc a occult\u00e9 toutes les autres que nous devons nous d\u00e9tourner de sa construction pour mettre en lumi\u00e8re d\u2019autres formes de masculinit\u00e9 plus mobiles. Le but de Smith, en r\u00e9affirmant le r\u00f4le d\u00e9cisif de la masculinit\u00e9 masculine, est de d\u00e9couvrir le \u00ab\u00a0<em>pouvoir<\/em> culturel et politique\u00a0\u00bb de cette union afin d\u2019attirer notre attention sur le pouvoir du patriarcat. La deuxi\u00e8me partie du paragraphe le montre clairement\u00a0:<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-advgb-columns advgb-columns-wrapper\" id=\"advgb-cols-9569b8ba-d826-4807-887f-5dd20b114faa\"><div class=\"advgb-columns-container\"><div class=\"advgb-columns advgb-columns-row advgb-is-mobile advgb-columns-1 layout-100 mbl-layout-stacked vgutter-10\">\n<div class=\"wp-block-advgb-column advgb-column\" id=\"advgb-col-c290e60c-434e-4ac6-a7b5-1b107790da1d\"><div class=\"advgb-column-inner\" style=\"border-style:none;border-width:1px\">\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>Les hommes biologiques \u2013 des \u00eatres de sexe masculin \u2013 sont apr\u00e8s tout, \u00e0 des degr\u00e9s divers, les d\u00e9tenteurs de privil\u00e8ges et de pouvoir au sein des syst\u00e8mes contre lesquels les femmes luttent encore. Les privil\u00e8ges et le pouvoir diff\u00e8rent, bien s\u00fbr, d\u2019un homme \u00e0 l\u2019autre et se diversifient \u00e0 l\u2019infini \u00e0 travers les marqueurs de classe, de nation, de race, de pr\u00e9f\u00e9rence sexuelle, etc. Mais je ne crois pas qu\u2019il y ait des hommes se trouvant enti\u00e8rement en dehors de la sph\u00e8re, disons, du pouvoir et des privil\u00e8ges <em>par rapport aux femmes.<\/em> En ce sens, il doit \u00eatre utile \u00e0 notre r\u00e9flexion de rappeler que les masculinit\u00e9s ne sont pas seulement tributaires de notions dominantes de la masculinit\u00e9 et qu\u2019elles ne se constituent pas uniquement \u00e0 partir de notions r\u00e9sistantes d\u2019\u00ab&nbsp;autres&nbsp;\u00bb masculinit\u00e9s. En fait, les masculinit\u00e9s existent in\u00e9vitablement en relation avec ce que les f\u00e9minismes ont interpr\u00e9t\u00e9 comme le syst\u00e8me du patriarcat et des relations patriarcales. (p.&nbsp;4-5)<\/p>\n<\/blockquote>\n<\/div><\/div>\n<\/div><\/div><\/div>\n\n\n<p>La caract\u00e9ristique la plus notable de ce paragraphe r\u00e9side dans la stabilit\u00e9 remarquable des termes \u00ab\u00a0femmes\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0hommes\u00a0\u00bb. Smith pr\u00e9sente ici un f\u00e9minisme l\u00e9g\u00e8rement d\u00e9mod\u00e9 qui d\u00e9finit les femmes comme les victimes perp\u00e9tuelles des syst\u00e8mes de pouvoir masculin. Dans un tel mod\u00e8le, le mot \u00ab\u00a0femme\u00a0\u00bb d\u00e9signe les sujets qui n\u2019ont pas acc\u00e8s au pouvoir masculin et qui subissent la r\u00e9gulation et l\u2019immobilisation impos\u00e9es par les structures patriarcales. Mais que r\u00e9pondrait Smith \u00e0 l\u2019affirmation de Monique Wittig selon laquelle les lesbiennes ne sont pas des femmes parce qu\u2019elles se soustraient au r\u00e9gime h\u00e9t\u00e9rosexuel qui produit la diff\u00e9rence sexuelle? Que peut ajouter Smith \u00e0 l\u2019influente th\u00e9orie de Judith Butler sur le \u00ab\u00a0trouble dans le genre\u00a0\u00bb, qui sugg\u00e8re que \u00ab\u00a0le genre est une sorte d\u2019imitation qui ne renvoie \u00e0 aucun original\u00a0\u00bb (trad. par Sokol et Bolter, 2001, p.\u00a0154) et que les sexualit\u00e9s et les genres dominants souffrent en quelque sorte d\u2019une path\u00e9tique d\u00e9pendance \u00e0 l\u2019\u00e9gard des genres alternatifs qui les mettent perp\u00e9tuellement en danger? Que r\u00e9pondrait Smith au postulat de Jacob Hale selon lequel les genres que nous utilisons comme points de r\u00e9f\u00e9rence dans la th\u00e9orie accusent un retard consid\u00e9rable par rapport aux genres alternatifs produits par la communaut\u00e9<sup class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--hover-on-desktop \" data-mfn=\"18\" data-mfn-post-scope=\"0000000058d402d20000000004c0953a_2523\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000058d402d20000000004c0953a_2523-18\">18<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000058d402d20000000004c0953a_2523-18\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"18\">Voir Wittig (2018), Butler (trad. Sokol et Bolter, 2001) et Hale (1996).<\/span>? Les gouines butchs sont-elles des femmes? Les travestis sont-ils des hommes? Comment la divergence de genre perturbe-t-elle la circulation des pouvoirs pr\u00e9sum\u00e9e par le patriarcat dans les relations entre les hommes et les femmes? En d\u2019autres termes, Smith ne prend pas en consid\u00e9ration la masculinit\u00e9 f\u00e9minine parce qu\u2019il la juge sans cons\u00e9quence et secondaire par rapport \u00e0 des questions beaucoup plus importantes sur les privil\u00e8ges masculins. Encore une fois, son analyse ressemble plus \u00e0 une affirmation plaintive selon laquelle les hommes ont <em>effectivement<\/em> encore acc\u00e8s au pouvoir masculin au sein du patriarcat (n\u2019est-ce pas?) et ignore comme par hasard la mani\u00e8re dont les relations genr\u00e9es se brouillent lorsque la divergence de genre entre en jeu.<\/p>\n<p>La tentative de Smith de consolider la masculinit\u00e9 masculine en \u00e9cartant l\u2019importance des autres masculinit\u00e9s se manifeste aussi dans sa mani\u00e8re de tenir compte des masculinit\u00e9s racis\u00e9es. Son introduction s\u2019ouvre sur les suites de l\u2019affaire O.\u00a0J.\u00a0Simpson<sup class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--hover-on-desktop \" data-mfn=\"19\" data-mfn-post-scope=\"0000000058d402d20000000004c0953a_2523\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000058d402d20000000004c0953a_2523-19\">19<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000058d402d20000000004c0953a_2523-19\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"19\">N.D.L.R.\u00a0: Orenthal James Simpson (1947-2024) est un joueur de football am\u00e9ricain et acteur hollywoodien afrodescendant qui a joui d\u2019une grande popularit\u00e9 durant et apr\u00e8s sa carri\u00e8re sportive. Le 10 juin 1994, la police de Los Angeles retrouve les corps assassin\u00e9s de l\u2019ex-femme de Simpson, Nicole Brown, et du conjoint de celle-ci, Ron Goldman. \u00c0 la suite d\u2019une longue course-poursuite sur l\u2019autoroute, et d\u2019un interminable proc\u00e8s hautement m\u00e9diatis\u00e9, Simpson est acquitt\u00e9 des meurtres malgr\u00e9 les preuves accablantes \u00e0 son endroit.<\/span>\u00a0: Smith s\u2019interroge sur la fa\u00e7on dont le discours populaire \u00e9lude les questions de masculinit\u00e9 et de domination masculine pour se concentrer sur la race. Lorsqu\u2019un auditeur noir appelle \u00e0 la radio pour relier le cas d\u2019O.\u00a0J. \u00e0 une conspiration men\u00e9e contre les hommes noirs aux \u00c9tats-Unis, Smith affirme\u00a0: \u00ab\u00a0Ses bafouillages sur la tentative de g\u00e9nocide des hommes noirs m\u2019ont rappel\u00e9 que la poursuite avait d\u2019abord cherch\u00e9 \u00e0 \u00e9tablir la pertinence de son historique de violence conjugale\u00a0\u00bb (p.\u00a014). Notant que les personnes ayant pris la parole en ondes n\u2019avaient pas grand-chose \u00e0 dire \u00e0 ce sujet, Smith se demande si la race peut constituer une identit\u00e9 collective, au contraire de la masculinit\u00e9; il sugg\u00e8re finalement que m\u00eame s\u2019\u00ab\u00a0il peut \u00eatre difficile de parler de race dans ce pays, il est encore plus difficile de parler de masculinit\u00e9\u00a0\u00bb (p.\u00a01). Si vous \u00eates un homme blanc, il est probablement tr\u00e8s difficile de parler de race ou de masculinit\u00e9, et encore plus des deux en m\u00eame temps. Mais, bien s\u00fbr, la race et la masculinit\u00e9, en particulier dans le cas d\u2019O.\u00a0J., ne peuvent \u00eatre s\u00e9par\u00e9es en cat\u00e9gories bien d\u00e9finies. En effet, on pourrait dire que les \u00ab\u00a0bafouillages\u00a0\u00bb de l\u2019auditeur sur les complots contre les hommes noirs offrent une analyse raciale beaucoup plus cr\u00e9dible que l\u2019articulation, par Smith, des relations entre la race et la masculinit\u00e9. Pour Smith, la masculinit\u00e9 d\u2019O.\u00a0J. constitue une exp\u00e9rience de domination qui se heurte \u00e0 sa racialisation comme exp\u00e9rience de subordination. Il n\u2019y a aucune r\u00e9flexion sur les injustices du syst\u00e8me judiciaire, le r\u00f4le jou\u00e9 par la classe sociale et l\u2019argent dans le proc\u00e8s, ou l\u2019histoire complexe des relations entre les hommes noirs et les femmes blanches. Smith utilise O.\u00a0J. comme un raccourci vers un mod\u00e8le cens\u00e9 incarner simultan\u00e9ment le pouvoir et la marginalisation.<\/p>\n<p>Je consacre autant de temps et d\u2019efforts \u00e0 critiquer l\u2019introduction de <em>Boys <\/em>parce que la d\u00e9sinvolture qui se d\u00e9gage des propos de Smith t\u00e9moigne \u00e0 la fois de son manque d\u2019engagement r\u00e9el en faveur d\u2019un projet sur les masculinit\u00e9s alternatives et de sa r\u00e9ticence \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir aux identifications d\u00e9sordonn\u00e9es qui composent les rapports de pouvoir contemporains autour du genre, de la race et de la classe. Il s\u2019av\u00e8re que le livre a \u00e9galement peu \u00e0 offrir aux discussions \u00e9mergentes sur la masculinit\u00e9, et nous nous retrouvons vite, d\u00e8s le chapitre d\u2019ouverture, dans le territoire familier des hommes, des gar\u00e7ons et de leurs p\u00e8res. Par exemple, dans le premier texte, intitul\u00e9 \u00ab\u00a0A Buffalo, New York Story\u00a0\u00bb, Fred Pfeil raconte une histoire pitoyable sur les relations p\u00e8re-fils dans les ann\u00e9es\u00a01950. Dans une sc\u00e8ne m\u00e9morable du r\u00e9cit, Papa et lui (Fred) sont blottis sur le canap\u00e9 et regardent <em>Bonanza[<\/em>mfn]NDLR\u00a0: <em>Bonanza<\/em> est une s\u00e9rie t\u00e9l\u00e9vis\u00e9e \u00e9tatsunienne diffus\u00e9e par le r\u00e9seau NBC de 1959 \u00e0 1973, qui a aussi donn\u00e9 lieu \u00e0 de multiples adaptations cin\u00e9matographiques et romanesques. Appartenant au genre western, la s\u00e9rie fait la chronique des aventures de Ben Cartwright et de ses trois fils, issus de trois mariages, dans leur ranch du Nevada. Jouissant d\u2019une importante popularit\u00e9, <em>Bonanza<\/em> se distingue notamment par l\u2019absence de personnage f\u00e9minin dans la distribution principale.[\/mfn] pendant que Maman et S\u0153urette lavent la vaisselle dans la cuisine. Le gar\u00e7on demande \u00e0 Papa \u00ab\u00a0pourquoi les m\u00e9chants [sont] toujours aussi stupides\u00a0\u00bb et Papa rit en expliquant que c\u2019est \u00ab\u00a0parce qu\u2019ils [sont] m\u00e9chants\u00a0\u00bb (1996, p.\u00a010). L\u2019histoire se poursuit en d\u00e9taillant les premiers contacts de ce jeune gar\u00e7on innocent avec le racisme des hommes de sa famille et la lutte p\u00e9nible qu\u2019il m\u00e8ne personnellement contre le mal des transports. Outre la dynamique des p\u00e8res et des fils qui se blottissent les uns contre les autres pour regarder <em>Bonanza<\/em>, il y a tr\u00e8s certainement une foule de choses importantes \u00e0 dire sur les hommes et la masculinit\u00e9 sous le patriarcat, mais Smith et une partie de ses contributeurices choisissent de les passer sous silence. Nous pourrions \u00e9crire des ethnographies au sujet des masculinit\u00e9s agressives et m\u00eame protofascistes produites par les amateurs de sport masculins<sup class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--hover-on-desktop \" data-mfn=\"20\" data-mfn-post-scope=\"0000000058d402d20000000004c0953a_2523\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000058d402d20000000004c0953a_2523-20\">20<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000058d402d20000000004c0953a_2523-20\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"20\">Il y a bien une ethnographie de ce genre qui a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9e, mais il est significatif qu\u2019elle mais elle ait pris pour sujet les \u00e9meutes provoqu\u00e9es par les amateurs de soccer anglais (<em>hooligans<\/em>). Voir la remarquable monographie de Buford (1992). Des travaux similaires portant sur les fans masculins aux \u00c9tats-Unis seraient extr\u00eamement utiles.<\/span>. Il reste encore beaucoup de travail \u00e0 faire sur la socialisation (ou l\u2019absence de celle-ci) chez les jeunes hommes dans les \u00e9coles secondaires, sur les agresseurs conjugaux (masculins, blancs et riches en particulier), sur le nouveau sexisme incarn\u00e9 par les \u00ab\u00a0hommes sensibles\u00a0\u00bb, sur les hommes qui participent au trafic des \u00e9pouses et au tourisme sexuel (y compris sur la masculinit\u00e9 gaie, blanche et privil\u00e9gi\u00e9e). Mais les \u00e9tudes sur la masculinit\u00e9 masculine, comme on peut s\u2019y attendre, ne s\u2019int\u00e9ressent pas tant au d\u00e9mant\u00e8lement des liens patriarcaux entre la masculinit\u00e9 biologique blanche et le privil\u00e8ge qu\u2019aux fragilit\u00e9s de la socialisation masculine, aux douleurs de la masculinitude et \u00e0 la peur de l\u2019empouvoirement des femmes<sup class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--hover-on-desktop \" data-mfn=\"21\" data-mfn-post-scope=\"0000000058d402d20000000004c0953a_2523\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000058d402d20000000004c0953a_2523-21\">21<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000058d402d20000000004c0953a_2523-21\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"21\">Pour v\u00e9rifier ces sujets de pr\u00e9dilection, il suffit de consulter les sections consacr\u00e9es aux hommes qui fleurissent dans vos librairies locales. Voir plus pr\u00e9cis\u00e9ment les travaux de Kimmel (1996) et Seidler (1994).<\/span>.<\/p>\n<p>Puisque j\u2019ai critiqu\u00e9 Smith pour son manque apparent d\u2019engagement vis-\u00e0-vis de la production de masculinit\u00e9s alternatives, permettez-moi de prendre un moment pour clarifier mon propre point de vue. [\u2026] [I]l est important de pr\u00e9ciser que cet [essai] tente de rendre plausible, cr\u00e9dible et r\u00e9elle ma propre masculinit\u00e9 f\u00e9minine. Pendant une grande partie de ma vie, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 stigmatis\u00e9\u00b7e par une masculinit\u00e9 qui me d\u00e9signait comme un \u00eatre ambigu et ind\u00e9chiffrable. Comme beaucoup d\u2019autres tomboys, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 pris\u00b7e pour un gar\u00e7on tout au long de mon enfance, et comme beaucoup d\u2019autres adolescentes gar\u00e7onnes, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 contraint\u00b7e \u00e0 un semblant de f\u00e9minit\u00e9 pendant ma jeunesse. Lorsque les enfants non conformes dans le genre voient leur identit\u00e9 constamment remise en question, l\u2019encha\u00eenement des m\u00e9prises peut en r\u00e9alit\u00e9 faire \u00e9merger une nouvelle prise de conscience\u00a0: en d\u2019autres termes, pour de nombreuses tomboys, le fait d\u2019\u00eatre constamment per\u00e7ue comme un gar\u00e7on peut contribuer \u00e0 la production d\u2019une identit\u00e9 masculine. Ce n\u2019est qu\u2019\u00e0 la mi-vingtaine que j\u2019ai finalement trouv\u00e9 un mot pour d\u00e9crire ma propre configuration de genre\u00a0: butch. [\u2026]<\/p>\n<h3>Le probl\u00e8me des toilettes<\/h3>\n<p>Si trois d\u00e9cennies de th\u00e9ories f\u00e9ministes sur le genre ont compl\u00e8tement dissip\u00e9 l\u2019id\u00e9e que l\u2019anatomie rel\u00e8ve du destin, que le genre constitue une donn\u00e9e naturelle, et que \u00ab\u00a0homme\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0femme\u00a0\u00bb repr\u00e9sentent les seules options possibles, pourquoi supposons-nous encore que les personnes qui ne sont pas des hommes sont des femmes, et que les personnes qui ne sont pas des femmes sont des hommes (et m\u00eame que les personnes qui ne sont pas des hommes ne sont pas des personnes!). Autrement dit, si le genre se trouve \u00e0 ce point d\u00e9naturalis\u00e9, pourquoi n\u2019avons-nous pas de multiples options et cat\u00e9gories de genre \u00e0 notre disposition, ainsi que des possibilit\u00e9s r\u00e9elles d\u2019incarnation et d\u2019identification non masculines et non f\u00e9minines? D\u2019une certaine mani\u00e8re, la flexibilit\u00e9 et l\u2019apparente fluidit\u00e9 propres au genre sont pr\u00e9cis\u00e9ment ce qui permet au genre dimorphique de perdurer. Autrement dit, puisque tr\u00e8s peu de personnes correspondent r\u00e9ellement aux normes communes en mati\u00e8re de masculinit\u00e9 ou de f\u00e9minit\u00e9, le genre peut \u00eatre impr\u00e9cis et se trouver ainsi relay\u00e9 de multiples mani\u00e8res par le biais d\u2019un syst\u00e8me fermement binaire. En m\u00eame temps, compte tenu de l\u2019\u00e9lasticit\u00e9 consid\u00e9rable des fronti\u00e8res d\u00e9finissant ces cat\u00e9gories, tr\u00e8s peu de personnes dans un espace public donn\u00e9 s\u2019av\u00e8rent compl\u00e8tement ind\u00e9chiffrables sur le plan du genre.<\/p>\n<p>La non-conformit\u00e9 de genre, au moment et \u00e0 l\u2019endroit o\u00f9 elle appara\u00eet, se transforme in\u00e9vitablement en d\u00e9viance, en un troisi\u00e8me genre, ou encore en une version floue du masculin ou du f\u00e9minin. Notamment, dans les toilettes publiques pour femmes, diverses utilisatrices ont tendance \u00e0 ne pas r\u00e9pondre aux attentes de la f\u00e9minit\u00e9; celleux d\u2019entre nous qui se pr\u00e9sentent de mani\u00e8re ambigu\u00eb se font r\u00e9guli\u00e8rement interroger et remettre en question quant \u00e0 leur pr\u00e9sence dans la \u00ab\u00a0mauvaise\u00a0\u00bb salle de bain. Par exemple, j\u2019ai r\u00e9cemment effectu\u00e9 une correspondance \u00e0 l\u2019a\u00e9roport O\u2019Hare de Chicago alors que je me rendais \u00e0 Minneapolis pour donner une conf\u00e9rence. J\u2019ai march\u00e9 d\u2019un pas d\u00e9cid\u00e9 jusqu\u2019aux toilettes pour femmes. \u00c0 peine \u00e9tais-je entr\u00e9\u00b7e dans la cabine que quelqu\u2019un frappait \u00e0 la porte\u00a0: \u00ab\u00a0Ouvrez, c\u2019est la s\u00e9curit\u00e9!\u00a0\u00bb J\u2019ai tout de suite compris ce qui se passait. J\u2019avais, une fois de plus, \u00e9t\u00e9 pris\u00b7e pour un homme ou un gar\u00e7on, et une femme avait appel\u00e9 la s\u00e9curit\u00e9. D\u00e8s que j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 parler, les deux gardiens \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur de la cabine de toilette ont r\u00e9alis\u00e9 leur erreur, ont marmonn\u00e9 des excuses et sont partis. Au retour du m\u00eame voyage, \u00e0 l\u2019a\u00e9roport de Denver, la sc\u00e8ne s\u2019est r\u00e9p\u00e9t\u00e9e. Il va sans dire que la r\u00e9gulation du genre dans les toilettes s\u2019intensifie dans les a\u00e9roports, o\u00f9 les gens se d\u00e9placent litt\u00e9ralement dans l\u2019espace et le temps d\u2019une mani\u00e8re qui les pousse \u00e0 vouloir stabiliser certaines fronti\u00e8res (de genre) alors m\u00eame qu\u2019ils en franchissent d\u2019autres (nationales). Cependant, de nombreuses femmes androgynes ou masculines voient leur genre remis en question \u00e0 une telle fr\u00e9quence dans les toilettes non mixtes qu\u2019on peut se demander si la cat\u00e9gorie \u00ab\u00a0femme\u00a0\u00bb, lorsqu\u2019utilis\u00e9e pour d\u00e9signer des lieux publics, ne serait pas compl\u00e8tement d\u00e9pass\u00e9e<sup class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--hover-on-desktop \" data-mfn=\"22\" data-mfn-post-scope=\"0000000058d402d20000000004c0953a_2523\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000058d402d20000000004c0953a_2523-22\">22<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000058d402d20000000004c0953a_2523-22\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"22\">La viabilit\u00e9 persistante de la cat\u00e9gorie \u00ab\u00a0femme\u00a0\u00bb a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 remise en question \u00e0 plusieurs reprises dans les milieux universitaires\u00a0: Monique Wittig, notamment, a soutenu que \u00ab\u00a0les lesbiennes ne sont pas des femmes\u00a0\u00bb dans son essai \u00ab La pens\u00e9e straight \u00bb (2018, p. 77). Wittig affirme que les lesbiennes, parce qu\u2019elles refusent toute relation primaire avec les hommes, ne peuvent pas occuper la position de \u00ab\u00a0femme\u00a0\u00bb. Dans une autre contestation philosophique de cette cat\u00e9gorie, le philosophe trans Jacob Hale (1996) utilise la th\u00e8se radicale de Monique Wittig pour th\u00e9oriser la possibilit\u00e9 d\u2019incarner le genre au-del\u00e0 du masculin et du f\u00e9minin. Ailleurs, Cheshire Calhoun (1995) sugg\u00e8re que la cat\u00e9gorie \u00ab\u00a0femme\u00a0\u00bb peut en fait \u00ab\u00a0fonctionner comme un placard lesbien\u00a0\u00bb.<\/span>.<\/p>\n<p>Ce n\u2019est donc pas un hasard si les p\u00f4les de mobilit\u00e9 deviennent des zones intenses de surveillance et d\u2019observation. La r\u00e9gulation du genre dans les installations sanitaires des a\u00e9roports n\u2019est toutefois qu\u2019une version amplifi\u00e9e d\u2019un \u00ab\u00a0probl\u00e8me de toilettes\u00a0\u00bb plus vaste. Pour certaines femmes non conformes dans le genre, il est relativement facile de \u00ab\u00a0prouver\u00a0\u00bb leur droit d\u2019utiliser les toilettes pour femmes\u00a0\u2013 elles peuvent r\u00e9v\u00e9ler un attribut de genre d\u00e9cisif (une voix aigu\u00eb, des seins), et la partie adverse fera g\u00e9n\u00e9ralement marche arri\u00e8re. Pour d\u2019autres (possiblement velues, \u00e0 la voix grave ou sans poitrine), il est tr\u00e8s difficile de justifier leur pr\u00e9sence \u00e0 cet endroit; ces personnes peuvent avoir tendance \u00e0 utiliser les toilettes des hommes, o\u00f9 la surveillance est beaucoup moins intense. \u00c9videmment, dans ces situations, la personne non conforme dans le genre appara\u00eet d\u2019abord comme pas-une-femme (\u00ab\u00a0Vous \u00eates dans la mauvaise salle de bain!\u00a0\u00bb), puis comme quelque chose d\u2019encore plus effrayant\u00a0: pas-un-homme (\u00ab\u00a0Non, pas du tout\u00a0\u00bb, prononc\u00e9 d\u2019une voix reconnue comme non masculine). Pas-un-homme et pas-une-femme, la personne non conforme dans les toilettes n\u2019est pas non plus androgyne ou entre-deux; son genre est d\u00e9viant.<\/p>\n<p>Pour un grand nombre de personnes au genre d\u00e9viant, la notion de \u00ab\u00a0passer pour \u00bb ou <em>passing<\/em> se r\u00e9v\u00e8le singuli\u00e8rement inutile. Le r\u00e9cit du <em>passing<\/em> suppose l\u2019existence d\u2019un soi qui parvient \u00e0 se d\u00e9guiser en un autre type de soi; \u00e0 divers moments, cette mascarade peut se transformer en quelque chose qui s\u2019apparente \u00e0 l\u2019identit\u00e9. \u00c0 un tel moment, le passeur ou la passeuse <em>devient.<\/em> Qu\u2019en est-il d\u2019une personne de sexe f\u00e9minin qui se pr\u00e9sente comme butch, passe pour un homme dans certaines circonstances, se lit comme butch dans d\u2019autres et ne s\u2019identifie pas comme une femme, mais se tient \u00e0 distance de la cat\u00e9gorie \u00ab\u00a0homme\u00a0\u00bb? L\u2019identit\u00e9 de cet individu pourrait \u00eatre mieux d\u00e9crite comme un processus aux multiples lieux de d\u00e9veloppement et d\u2019existence. Pour comprendre un tel processus, il ne suffit pas de cartographier les parcours psychiques et physiques entre les hommes et les femmes, au sein des espaces queers et h\u00e9t\u00e9ros; il faut plut\u00f4t r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 des fractales et des g\u00e9om\u00e9tries de genre. [\u2026] La <em>stone butch<\/em>, par exemple, en se d\u00e9finissant comme femme non f\u00e9minine et sexuellement intouchable, complique l\u2019id\u00e9e selon laquelle les lesbiennes partagent des pratiques sexuelles f\u00e9minines, ou que les femmes partagent des d\u00e9sirs sexuels f\u00e9minins, ou m\u00eame que les femmes masculines partagent une vision de leurs propres masculinit\u00e9s.<\/p>\n<p>Je veux me concentrer sur ce que j\u2019appelle \u00ab\u00a0le probl\u00e8me des toilettes\u00a0\u00bb parce que je crois qu\u2019il illustre de mani\u00e8re remarquablement claire l\u2019existence florissante du binarisme de genre malgr\u00e9 les rumeurs de sa disparition. De plus, de nombreuses femmes dont le genre correspond aux normes sociales n\u2019ont aucune id\u00e9e qu\u2019un tel probl\u00e8me existe et pr\u00e9tendent ignorer les \u00e9preuves et les m\u00e9saventures auxquelles fait face la femme butch qui a besoin d\u2019utiliser des toilettes publiques. La litt\u00e9rature queer est n\u00e9anmoins jonch\u00e9e de r\u00e9f\u00e9rences au probl\u00e8me des toilettes, et il ne serait pas exag\u00e9r\u00e9 d\u2019y voir une caract\u00e9ristique standard du r\u00e9cit de butch. Par exemple, Leslie Feinberg en illustre clairement les diff\u00e9rentes dimensions dans <em>Stone Butch Blues<\/em> (trad. par Hyst\u00e9riques &amp; Associ\u00e9Es, 2019)<em>.<\/em> Dans ce roman, l\u2019ouvri\u00e8\u00b7re Jess Goldberg relate plusieurs situations o\u00f9 iel doit prendre des d\u00e9cisions cruciales pour savoir s\u2019iel peut utiliser les toilettes r\u00e9serv\u00e9es aux femmes. Lors d\u2019une sortie de magasinage avec des drag queens, Jess dit \u00e0 Peaches\u00a0: \u00ab\u00a0Je dois aller aux toilettes. Merde, j\u2019aimerais vraiment pouvoir attendre, mais je peux pas\u00a0\u00bb (chap.\u00a05). Jess prend une profonde inspiration et entre dans les toilettes des dames\u00a0:<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-advgb-columns advgb-columns-wrapper\" id=\"advgb-cols-8d07cb90-6b6a-4ba9-af50-113c51d5b196\"><div class=\"advgb-columns-container\"><div class=\"advgb-columns advgb-columns-row advgb-is-mobile advgb-columns-1 layout-100 mbl-layout-stacked vgutter-10\">\n<div class=\"wp-block-advgb-column advgb-column\" id=\"advgb-col-80367ed4-9c2e-49cc-b73b-9c6bdbd8ab52\"><div class=\"advgb-column-inner\" style=\"border-style:none;border-width:1px\">\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>Deux femmes rafra\u00eechissaient leur maquillage face au miroir. L\u2019une a jet\u00e9 un regard \u00e0 l\u2019autre et a fini d\u2019appliquer son rouge \u00e0 l\u00e8vres.<br>\u2013&nbsp;C\u2019est un homme ou une femme? a-t-elle demand\u00e9 \u00e0 son amie quand je suis pass\u00e9e derri\u00e8re elles.<br>L\u2019autre femme s\u2019est tourn\u00e9e vers moi.<br>\u2013&nbsp;C\u2019est les toilettes des femmes, m\u2019a-t-elle inform\u00e9e.<br>J\u2019ai hoch\u00e9 la t\u00eate&nbsp;:<br>\u2013&nbsp;Je sais.<br>J\u2019ai ferm\u00e9 la porte du compartiment derri\u00e8re moi. Leurs rires m\u2019ont laiss\u00e9 sans voix.<br>\u2013&nbsp;On ne sait pas vraiment si c\u2019est un homme ou pas, a dit une des femmes \u00e0 l\u2019autre. On devrait appeler la s\u00e9curit\u00e9 pour \u00eatre s\u00fbres.<br>J\u2019ai tir\u00e9 la chasse d\u2019eau et de col\u00e8re je me suis emm\u00eal\u00e9 avec ma fermeture \u00e9clair. C\u2019\u00e9tait peut-\u00eatre juste une menace en l\u2019air. Ou peut-\u00eatre allaient-elles vraiment appeler la s\u00e9curit\u00e9. Je me suis d\u00e9p\u00each\u00e9 de sortir des toilettes d\u00e8s que j\u2019ai entendu les deux femmes s\u2019en aller. (chap.&nbsp;5)<\/p>\n<\/blockquote>\n<\/div><\/div>\n<\/div><\/div><\/div>\n\n\n<p>Pour Jess, la salle de bain pose une limite \u00e0 sa capacit\u00e9 de se d\u00e9placer dans la sph\u00e8re publique. Son corps, avec ses besoins et fonctions physiologiques, restreint ses tentatives de fonctionner normalement malgr\u00e9 sa pr\u00e9sentation de genre divergente. De plus, les femmes dans les toilettes sont d\u00e9peintes comme m\u00e9chantes plut\u00f4t que craintives. Elles jouent avec Jess en remettant en question son droit d\u2019utiliser les m\u00eames lieux qu\u2019elles et en mena\u00e7ant d\u2019appeler la police. Comme le remarque Jess, \u00ab\u00a0[e]lles ne se seraient jamais moqu\u00e9es d\u2019un gars comme \u00e7a\u00a0\u00bb (chap.\u00a05). En d\u2019autres termes, si les femmes se souciaient vraiment de leur s\u00e9curit\u00e9, elles n\u2019auraient pas emb\u00eat\u00e9 l\u2019intrus ni h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 appeler la police. Leur d\u00e9sinvolture \u00e0 appeler la s\u00e9curit\u00e9 indique qu\u2019elles savent que Jess est une femme, mais qu\u2019elles veulent la punir pour sa mani\u00e8re inappropri\u00e9e de se pr\u00e9senter.<\/p>\n<p>Une autre chronique butch, <em>Throw It to the River<\/em> (1993) de l\u2019\u00e9crivaine philippino-canadienne Nice Rodriguez, relate aussi ce type d\u2019interaction dans la salle de bain. Dans la nouvelle \u00ab\u00a0Every Full Moon\u00a0\u00bb, Rodriguez raconte l\u2019histoire romantique d\u2019une chauffeuse d\u2019autobus butch, Remedios, qui tombe amoureuse d\u2019une ancienne religieuse, Julianita. Remedios est \u00ab\u00a0muscl\u00e9e au niveau des bras et des \u00e9paules\u00a0\u00bb et sa \u00ab\u00a0duret\u00e9 lui permet d\u2019intimider toutes les personnes qui ne veulent pas payer le prix du billet\u00a0\u00bb (p.\u00a025-26). Elle flirte agressivement avec Julianita jusqu\u2019\u00e0 ce que cette derni\u00e8re accepte de l\u2019accompagner au cin\u00e9ma. Pour se pr\u00e9parer \u00e0 son rendez-vous, Remedios se met sur son trente-et-un, aplatissant soigneusement sa poitrine avec des bandages qui camouflent ses mamelons\u00a0: \u00ab\u00a0Elle a achet\u00e9 une chemise blanche au march\u00e9 Divisoria sp\u00e9cialement pour l\u2019occasion. Elle craint maintenant que le tissu soit trop fin et transparent, et que Julianita soit rebut\u00e9e par ses mamelons qui saillent comme des d\u00e9s\u00a0\u00bb (p.\u00a033). Avec son \u00ab\u00a0jean bien repass\u00e9\u00a0\u00bb, sa poitrine lisse et m\u00eame la manucure d\u2019un homme, Remedios se dirige vers son rendez-vous. Une fois en compagnie de Julianita, Remedios \u2013 d\u00e9sormais v\u00eatue de ses plus beaux atours butchs \u2013 doit cependant se montrer prudente en public. Apr\u00e8s le film, Julianita se pr\u00e9cipite aux toilettes, mais Remedios l\u2019attend \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur\u00a0:<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-advgb-columns advgb-columns-wrapper\" id=\"advgb-cols-a297649c-0368-4704-be1a-f4f9a8b8f242\"><div class=\"advgb-columns-container\"><div class=\"advgb-columns advgb-columns-row advgb-is-mobile advgb-columns-1 layout-100 mbl-layout-stacked vgutter-10\">\n<div class=\"wp-block-advgb-column advgb-column\" id=\"advgb-col-195e63d2-b9c4-45a2-a520-ca3bec41bf8c\"><div class=\"advgb-column-inner\" style=\"border-style:none;border-width:1px\">\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>Elle a une \u00e9trange peur des toilettes des dames. Elle souhaiterait qu\u2019il y ait une autre salle de bain quelque part entre celle des hommes et celle des femmes pour les queers comme elle. La plupart du temps, elle se retient de faire pipi \u2013 parfois pendant une demi-journ\u00e9e \u2013 jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019elle trouve des toilettes o\u00f9 les utilisatrices lui sont famili\u00e8res. Les \u00e9trang\u00e8res l\u2019abordent avec m\u00e9chancet\u00e9, en particulier les femmes \u00e2g\u00e9es qui l\u2019inspectent de la t\u00eate aux pieds. (p.&nbsp;40-41)<\/p>\n<\/blockquote>\n<\/div><\/div>\n<\/div><\/div><\/div>\n\n\n<p>Une autre fois, Remedios raconte avoir \u00e9t\u00e9 chass\u00e9e des toilettes pour femmes et battue par un portier. Le probl\u00e8me des toilettes limite consid\u00e9rablement la capacit\u00e9 de Remedios et de Jess \u00e0 circuler dans les espaces publics, et les expose \u00e0 des violences physiques pour avoir enfreint une r\u00e8gle cardinale du genre\u00a0: il faut \u00eatre lisible au premier coup d\u2019\u0153il. Apr\u00e8s que Remedios s\u2019est fait battre parce qu\u2019elle se trouvait dans les toilettes des dames, son p\u00e8re lui conseille d\u2019\u00eatre plus prudente. Rodriguez note\u00a0: \u00ab\u00a0Elle s\u2019est rendu compte qu\u2019\u00eatre prudente signifie se d\u00e9hancher et exhiber ses seins lorsqu\u2019elle entre dans les toilettes des dames\u00a0\u00bb (p.\u00a030).<\/p>\n<p>Si nous utilisons le paradigme de la salle de bain comme fronti\u00e8re de l\u2019identification du genre, nous pouvons mesurer l\u2019\u00e9cart entre le sch\u00e9ma binaire du genre et la multitude d\u2019exp\u00e9riences genr\u00e9es v\u00e9cues. L\u2019accusation \u00ab\u00a0vous \u00eates dans les mauvaises toilettes\u00a0\u00bb signifie deux choses. Premi\u00e8rement, elle annonce que votre genre semble en contradiction avec votre sexe (votre masculinit\u00e9 ou androgynie apparente entre en contradiction avec votre suppos\u00e9e f\u00e9mellitude); deuxi\u00e8mement, elle sugg\u00e8re que les salles de bains non mixtes sont r\u00e9serv\u00e9es aux personnes qui s\u2019inscrivent clairement dans une cat\u00e9gorie (hommes) ou dans l\u2019autre (femmes). Soit nous avons besoin de salles de bain ouvertes \u00e0 tout le monde ou multigenres, soit nous avons besoin de param\u00e8tres plus larges pour d\u00e9finir l\u2019identit\u00e9 de genre. Les toilettes telles que nous les connaissons repr\u00e9sentent en fait l\u2019effondrement de l\u2019\u00e9difice du genre au vingti\u00e8me si\u00e8cle. La fr\u00e9quence \u00e0 laquelle les \u00ab\u00a0femmes\u00a0\u00bb au genre d\u00e9viant sont prises pour des hommes dans les toilettes publiques sugg\u00e8re qu\u2019un grand nombre de femmes f\u00e9minines consacrent beaucoup de temps et d\u2019\u00e9nergie \u00e0 surveiller les femmes masculines. Il en va tout autrement, bien s\u00fbr, dans les toilettes publiques pour hommes, o\u00f9 l\u2019espace s\u2019av\u00e8re plus susceptible de devenir une zone de drague sexuelle qu\u2019un lieu de r\u00e9pression du genre. Dans un essai sur l\u2019interp\u00e9n\u00e9tration du nationalisme et de la sexualit\u00e9, Lee Edelman soutient que \u00ab\u00a0les toilettes conventionnelles pour hommes constituent un lieu o\u00f9 les sph\u00e8res publique et priv\u00e9e se croisent avec une charge psychique distincte\u00a0\u00bb (1994, p.\u00a0158). Ces installations, en d\u2019autres termes, repr\u00e9sentent \u00e0 la fois une architecture de surveillance et d\u2019incitation au d\u00e9sir, un espace d\u2019interaction homosociale et homo\u00e9rotique.<\/p>\n<p>Ainsi, alors que les toilettes pour hommes tendent \u00e0 mettre en place un espace tr\u00e8s charg\u00e9 o\u00f9 les interactions sexuelles se voient \u00e0 la fois encourag\u00e9es et punies, les toilettes pour femmes tendent \u00e0 fonctionner comme une ar\u00e8ne visant \u00e0 faire appliquer la conformit\u00e9 de genre. Les salles de bain non mixtes demeurent n\u00e9cessaires pour prot\u00e9ger les femmes des pr\u00e9dations masculines, tout en g\u00e9n\u00e9rant et en amplifiant l\u2019id\u00e9e d\u00e9pass\u00e9e d\u2019une division public\/priv\u00e9 entre la soci\u00e9t\u00e9 masculine et la soci\u00e9t\u00e9 f\u00e9minine. Il s\u2019agit d\u2019un espace domestique qui se situe en dehors de la maison et qui repr\u00e9sente l\u2019ordre domestique, ou une parodie de celui-ci, dans le monde ext\u00e9rieur. Les toilettes pour femmes deviennent ainsi un sanctuaire de f\u00e9minit\u00e9 renforc\u00e9e, une \u00ab\u00a0chambre de petite fille\u00a0\u00bb dans laquelle on se retire pour se poudrer le nez ou se coiffer. Les toilettes pour hommes symbolisent le prolongement de la nature publique de la masculinit\u00e9; elle n\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment pas domestique m\u00eame si les noms donn\u00e9s en anglais \u00e0 la fonction sexuelle de la salle de bain \u2013 comme <em>cottage<\/em> (chalet) ou <em>tea room<\/em> (salon de th\u00e9) \u2013 sugg\u00e8rent une parodie du domestique. Les codes qui dominent les installations sanitaires pour femmes sont avant tout des codes genr\u00e9s; dans celles pour hommes, ce sont des codes sexuels. Le sexe public s\u2019opposant au genre priv\u00e9, la sexualit\u00e9 ouverte s\u2019opposant \u00e0 la r\u00e9pression discr\u00e8te\u00a0: les salles de bains en dehors de la maison prennent la forme d\u2019une fabrique du genre.<\/p>\n<p>Marjorie Garber commente la liminalit\u00e9 des toilettes dans un chapitre de <em>Vested Interests <\/em>(1992) sur les risques et les privil\u00e8ges du travestissement. Traitant des modes tr\u00e8s diff\u00e9rents de <em>passing<\/em> et de travestissement pour les personnes de sexe masculin et f\u00e9minin qui s\u2019identifient au genre oppos\u00e9, l\u2019autrice observe que la salle de bain repr\u00e9sente un \u00ab\u00a0Waterloo potentiel\u00a0\u00bb (p.\u00a047) tant pour les travesti\u00b7es et les transsexuel\u00b7les femme-vers-homme (FtM) et homme-vers-femme (MtF)<sup class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--hover-on-desktop \" data-mfn=\"23\" data-mfn-post-scope=\"0000000058d402d20000000004c0953a_2523\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000058d402d20000000004c0953a_2523-23\">23<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000058d402d20000000004c0953a_2523-23\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"23\">De toute \u00e9vidence, l\u2019utilisation par Garber du terme \u00ab\u00a0Waterloo\u00a0\u00bb transforme en jeu de mots le drame de la r\u00e9gulation dans les salles de bains [N.D.L.T.\u00a0: <em>loo<\/em> signifie <em>toilettes<\/em> en anglais]. Bien que le jeu de mots soit astucieux et m\u00eame amusant, il est \u00e9galement troublant de voir la fr\u00e9quence \u00e0 laquelle Garber recourt \u00e0 ce proc\u00e9d\u00e9 dans ses analyses. L\u2019utilisation constante de jeux de mots tout au long du livre a pour effet g\u00e9n\u00e9ral de faire passer le croisement des genres pour un amusement ou, \u00e0 tout le moins, de banaliser les processus d\u2019identification au genre oppos\u00e9, qui rel\u00e8vent souvent de la vie ou de la mort. Je ne veux pas dire par l\u00e0 que le genre ne peut jamais \u00eatre un sujet de plaisanterie et qu\u2019il doit toujours \u00eatre trait\u00e9 avec s\u00e9rieux, mais seulement remettre en question l\u2019emploi du jeu de mots en tant que m\u00e9thode th\u00e9orique.<\/span>. Pour les FtM, les toilettes pour hommes constituent le test le plus s\u00e9v\u00e8re de leur capacit\u00e9 \u00e0 \u00ab\u00a0passer\u00a0\u00bb, et les communaut\u00e9s FtM partagent fr\u00e9quemment des conseils pour ne pas se faire remarquer dans les espaces exclusivement masculins. Garber note\u00a0: \u00ab\u00a0La parano\u00efa culturelle quant au risque de se faire prendre au mauvais endroit, qui peut \u00eatre ins\u00e9parable du plaisir de \u201cpasser\u201d \u00e0 cet endroit pr\u00e9cis, d\u00e9pend en partie du m\u00eame binarisme culturel selon lequel les cat\u00e9gories de genre sont suffisamment simples pour permettre aux gens de se ranger eux-m\u00eames dans l\u2019une des deux \u201csalles\u201d sans lecture d\u00e9constructive\u00a0\u00bb (p.\u00a047). Il convient de souligner ici (ne serait-ce que parce que Garber ne le fait pas) que les dangers associ\u00e9s au passage des FtM dans la salle de bain pour hommes sont tr\u00e8s diff\u00e9rents de ceux auxquels font face les MtF dans la salle de bain pour femmes. D\u2019une part, la personne FtM dans les toilettes masculines est susceptible d\u2019\u00eatre moins surveill\u00e9e, car les hommes ne sont pas aussi vigilants que les femmes \u00e0 l\u2019\u00e9gard des intrus pour des raisons \u00e9videntes. D\u2019autre part, en cas de m\u00e9prise, cette personne peut faire face \u00e0 une certaine forme de panique genr\u00e9e de la part de l\u2019homme qui l\u2019aper\u00e7oit, et il est tout \u00e0 fait raisonnable d\u2019anticiper et de craindre des actes de violence. La personne MtF, en comparaison, sera davantage surveill\u00e9e dans les toilettes f\u00e9minines mais peut-\u00eatre moins sujette \u00e0 des sanctions si elle se fait intercepter. Parce que les FtM s\u2019aventurent dans le territoire des hommes alors que plane sur leur t\u00eate la menace de violences potentielles, il est crucial de reconna\u00eetre que le probl\u00e8me des toilettes repr\u00e9sente bien plus qu\u2019un simple bogue dans la machine de la s\u00e9gr\u00e9gation des genres et se d\u00e9crit mieux comme l\u2019application violente de notre syst\u00e8me actuel de distinction entre le masculin et le f\u00e9minin.<\/p>\n<p>La lecture que propose Garber de l\u2019utilisation p\u00e9rilleuse des toilettes par les FtM et les MtF se d\u00e9veloppe \u00e0 partir de ce que Lacan appelle \u00ab\u00a0s\u00e9gr\u00e9gation urinaire\u00a0\u00bb. Lacan a employ\u00e9 ce terme pour d\u00e9crire les rapports entre les identit\u00e9s et les signifiants, et il a ultimement utilis\u00e9 le sch\u00e9ma \u00e9l\u00e9mentaire des panneaux \u00ab\u00a0Femmes\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0Hommes\u00a0\u00bb dans les toilettes pour montrer qu\u2019au sein de la production de la diff\u00e9rence sexuelle, le signifiant a pr\u00e9s\u00e9ance sur ce qu\u2019il signifie; autrement dit, la d\u00e9nomination conf\u00e8re, plut\u00f4t qu\u2019elle ne refl\u00e8te, la signification<sup class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--hover-on-desktop \" data-mfn=\"24\" data-mfn-post-scope=\"0000000058d402d20000000004c0953a_2523\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000058d402d20000000004c0953a_2523-24\">24<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000058d402d20000000004c0953a_2523-24\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"24\">Voir Lacan (1977, p.\u00a0151).<\/span>. De mani\u00e8re analogue, le syst\u00e8me de s\u00e9gr\u00e9gation urinaire cr\u00e9e la fonction m\u00eame des cat\u00e9gories \u00ab\u00a0hommes\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0femmes\u00a0\u00bb. Bien qu\u2019ils semblent servir et ratifier les distinctions existantes, les panneaux des toilettes produisent en r\u00e9alit\u00e9 des identifications correspondant aux deux cat\u00e9gories construites. Garber s\u2019accroche \u00e0 la notion de \u00ab\u00a0s\u00e9gr\u00e9gation urinaire\u00a0\u00bb parce qu\u2019elle lui permet de d\u00e9crire les processus de binarisme culturel dans la production du genre; pour Garber, les personnes travesties et les transsexuelles d\u00e9fient ce syst\u00e8me en r\u00e9sistant \u00e0 la traduction litt\u00e9rale des signes \u00ab\u00a0Femmes\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0Hommes\u00a0\u00bb. Garber utilise les exemples du travestissement et de la transsexualit\u00e9 pour montrer les failles et les lacunes \u00e9videntes d\u2019un syst\u00e8me de genre binaire; les hommes travestis, en tant qu\u2019intrus, cr\u00e9ent un tiers-espace de possibilit\u00e9s o\u00f9 tous les binarismes deviennent instables. Malheureusement, comme dans toute tentative visant \u00e0 d\u00e9construire une binarit\u00e9 en introduisant un troisi\u00e8me terme, le tiers-espace de Garber tend \u00e0 stabiliser les deux autres. Dans \u00ab\u00a0Tearooms and Sympathy\u00a0\u00bb, Lee Edelman se tourne \u00e9galement vers le concept de \u00ab\u00a0s\u00e9gr\u00e9gation urinaire\u00a0\u00bb de Lacan, mais utilise le diagramme correspondant pour marquer l\u2019anxi\u00e9t\u00e9 h\u00e9t\u00e9rosexuelle \u00ab\u00a0quant aux inscriptions potentielles du d\u00e9sir homosexuel et \u00e0 la possibilit\u00e9 de conna\u00eetre ou de reconna\u00eetre tout ce qui pourrait constituer une \u201cdiff\u00e9rence homosexuelle\u201d\u00a0\u00bb (1994, p.\u00a0160). Contrairement \u00e0 Garber, pour qui les travestis d\u00e9voilent l\u2019instabilit\u00e9 des marqueurs \u00ab\u00a0Femmes\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0Hommes\u00a0\u00bb, Edelman estime que cette fonction revient aux homosexuels.<\/p>\n<p>Il est int\u00e9ressant de noter que Garber et Edelman se concentrent sur la salle de bain des hommes comme sc\u00e8ne de ces diverses performances d\u00e9stabilisantes. Cependant, comme je l\u2019avance [dans cet essai], la focalisation sur le drame des toilettes pour hommes \u00e9lude le th\u00e9\u00e2tre beaucoup plus compliqu\u00e9 des toilettes pour femmes. Garber \u00e9crit, au sujet de la s\u00e9gr\u00e9gation urinaire\u00a0: \u00ab\u00a0Pour les travestis et les transsexuels, le probl\u00e8me de la \u201csalle de bain des hommes\u201d pose un r\u00e9el d\u00e9fi \u00e0 la fa\u00e7on dont se lit un tel binarisme culturel\u00a0\u00bb (1992, p.\u00a014). Elle \u00e9num\u00e8re ensuite quelques exemples cin\u00e9matographiques des dangers de la s\u00e9gr\u00e9gation urinaire et discute des sc\u00e8nes issues de <em>Tootsie<\/em> (1982), <em>Cabaret<\/em> (1972) et <em>The Female Impersonator Pageant <\/em>(1975)<sup class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--hover-on-desktop \" data-mfn=\"25\" data-mfn-post-scope=\"0000000058d402d20000000004c0953a_2523\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000058d402d20000000004c0953a_2523-25\">25<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000058d402d20000000004c0953a_2523-25\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"25\">N.D.L.R.\u00a0: Les films <em>Tootsie<\/em> (1982) et Cabaret (1972) sont des fictions racontant, d\u2019une part, le transvestissement d\u2019un acteur en qu\u00eate de r\u00f4le et, d\u2019autre part, les tensions qui habitent les milieux queers de Berlin \u00e0 l\u2019aube du nazisme. <em>The Female Impersonator Pageant<\/em> (1985), aussi connu sous le titre <em>Dream Boy Revue<\/em>, est un documentaire portant sur l\u2019attribution d\u2019un prix pour la meilleure personnification f\u00e9minine de l\u2019ann\u00e9e (<em>Female Impersonator of the Year<\/em>) lors d\u2019un concours national tenu \u00e0 Houston en 1985.<\/span>. Ces exemples fournissent des illustrations \u00e9tranges de ce que Garber appelle le \u00ab\u00a0probl\u00e8me de la salle de bain des hommes\u00a0\u00bb, ne serait-ce parce qu\u2019au moins l\u2019un d\u2019entre eux (<em>Tootsie<\/em>) t\u00e9moigne d\u2019une r\u00e9gulation du genre dans les toilettes pour femmes. De plus, Garber donne l\u2019impression qu\u2019une r\u00e9gulation rigoureuse du genre se d\u00e9roule dans les toilettes pour hommes tandis que celles pour femmes repr\u00e9senteraient davantage une zone inoffensive pour l\u2019application de la conformit\u00e9 de genre. Elle souligne\u00a0: \u00ab\u00a0En fait, l\u2019urinoir appara\u00eet dans un certain nombre de films assez r\u00e9cents comme un marqueur de la \u201cdiff\u00e9rence\u201d ultime \u2013 ou de l\u2019indiff\u00e9rence d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e\u00a0\u00bb (p.\u00a014). De toute \u00e9vidence, Garber \u00e9tablit ici un parall\u00e8le entre les conventions de l\u2019attribution du genre selon lesquelles le p\u00e9nis marque la \u00ab\u00a0diff\u00e9rence ultime\u00a0\u00bb; pourtant, en ne d\u00e9passant pas cette description remarquablement pr\u00e9visible, l\u2019autrice n\u00e9glige la principale distinction entre le maintien de l\u2019ordre genr\u00e9 dans la salle de bain des hommes et dans celle des femmes. En effet, dans les toilettes f\u00e9minines, ce ne sont pas seulement les MtF mais <em>toutes<\/em> les femmes non conformes dans le genre qui se font surveiller, alors que dans les toilettes masculines, les hommes biologiques se voient rarement consid\u00e9r\u00e9s comme d\u00e9plac\u00e9s. L\u2019insistance de Garber sur l\u2019existence d\u2019\u00ab\u00a0un tiers-espace de possibilit\u00e9s\u00a0\u00bb occup\u00e9 par le travesti \u00e9limine la perspective d\u2019un quatri\u00e8me, d\u2019un cinqui\u00e8me, d\u2019un sixi\u00e8me ou d\u2019un centi\u00e8me espace au-del\u00e0 de la binarit\u00e9. Le \u00ab\u00a0probl\u00e8me de la salle de bain des femmes\u00a0\u00bb (par opposition au \u00ab\u00a0probl\u00e8me de la salle de bain des hommes\u00a0\u00bb) implique une multiplicit\u00e9 d\u2019expressions de genre au sein m\u00eame de la cat\u00e9gorie \u00ab\u00a0femme\u00a0\u00bb, r\u00e9put\u00e9e stable.<\/p>\n<p>Quel est donc le genre des centaines de personnes n\u00e9es de sexe f\u00e9minin qui ne passent jamais pour des femmes dans les toilettes qui leur sont r\u00e9serv\u00e9es? Et puisque tant de femmes \u00e9chouent clairement au test des toilettes pour femmes, pourquoi n\u2019avons-nous pas commenc\u00e9 \u00e0 compter et \u00e0 nommer les genres qui \u00e9mergent clairement \u00e0 l\u2019heure actuelle? On pourrait r\u00e9pondre \u00e0 cette question de deux mani\u00e8res\u00a0: d\u2019une part, nous ne nommons pas et ne remarquons pas de nouveaux genres parce que nous nous engageons, en tant que soci\u00e9t\u00e9, \u00e0 maintenir un syst\u00e8me de genre binaire. D\u2019autre part, l\u2019incapacit\u00e9 des termes \u00ab\u00a0masculin\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0f\u00e9minin\u00a0\u00bb \u00e0 \u00e9puiser le champ des variations de genre garantit en fait la domination persistante de ces termes. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment parce que presque personne ne correspond aux d\u00e9finitions du masculin et du f\u00e9minin que ces cat\u00e9gories tirent un pouvoir de leur insaisissabilit\u00e9. En d\u2019autres termes, la flexibilit\u00e9 et l\u2019\u00e9lasticit\u00e9 propres aux termes \u00ab\u00a0homme\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0femme\u00a0\u00bb assurent leur long\u00e9vit\u00e9. Pour v\u00e9rifier cette affirmation, il suffit de se promener dans n\u2019importe quel espace public et de remarquer combien peu de personnes pr\u00e9sentent des versions conventionnelles du genre et, en m\u00eame temps, combien peu d\u2019entre elles se montrent ind\u00e9chiffrables ou totalement ambigu\u00ebs. Le sketch \u00ab\u00a0It\u2019s Pat\u00a0\u00bb de <em>Saturday Night Live<\/em> a mis en sc\u00e8ne la fa\u00e7on dont les gens insistent pour attribuer un genre masculin ou f\u00e9minin m\u00eame aux personnages les plus insaisissables. Le personnage de Pat a fait rire en contournant constamment la fixit\u00e9 du genre\u00a0: son\/sa partenaire portait un nom neutre, et tout ce que Pat faisait ou disait \u00e9tait con\u00e7u pour \u00eatre lu dans un sens ou dans l\u2019autre. Bien s\u00fbr, l\u2019\u00e9nigme que repr\u00e9sentait Pat aurait pu \u00eatre r\u00e9solue tr\u00e8s facilement; ses coll\u00e8gues auraient pu simplement lui demander quel genre il\/elle pr\u00e9f\u00e9rait ou auquel il\/elle s\u2019identifiait. Ce projet sur la masculinit\u00e9 f\u00e9minine vise \u00e0 apporter plus de deux r\u00e9ponses \u00e0 cette question et m\u00eame \u00e0 plaider en faveur d\u2019un concept de \u00ab\u00a0pr\u00e9f\u00e9rence de genre\u00a0\u00bb par opposition au binarisme obligatoire. L\u2019\u00eatre humain a d\u00e9montr\u00e9 sa capacit\u00e9 \u00e0 \u00e9tablir des classifications incroyablement pr\u00e9cises dans de nombreux domaines; pourquoi alors nous contentons-nous d\u2019une p\u00e9nurie de classifications lorsqu\u2019il s\u2019agit du genre? Un syst\u00e8me de pr\u00e9f\u00e9rences de genre permettrait de neutraliser le genre jusqu\u2019\u00e0 ce que les enfants ou les jeunes adultes annoncent celui auquel ils, elles ou iels s\u2019identifient. M\u00eame si nous n\u2019arrivions pas \u00e0 nous d\u00e9barrasser d\u2019un syst\u00e8me de genre binaire, il existe tout de m\u00eame des moyens de rendre le genre optionnel \u2013 les gens pourraient r\u00e9v\u00e9ler leur genre de la m\u00eame mani\u00e8re qu\u2019ils sortent du placard pour divulguer leur orientation sexuelle. Ce qu\u2019il faut retenir, c\u2019est qu\u2019il existe de nombreuses fa\u00e7ons de d\u00e9pathologiser la divergence de genre et de tenir compte des multiples identit\u00e9s qui existent d\u00e9j\u00e0 dans notre soci\u00e9t\u00e9. Enfin, comme je l\u2019ai sugg\u00e9r\u00e9 par rapport aux arguments de Garber sur le travestissement, la \u00ab\u00a0tierc\u00e9it\u00e9\u00a0\u00bb ne fait qu\u2019\u00e9quilibrer le syst\u00e8me binaire, en plus d\u2019homog\u00e9n\u00e9iser de nombreuses variations de genre sous la banni\u00e8re \u00ab\u00a0autre\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Il est tr\u00e8s facile de ne pas ressembler \u00e0 une femme dans notre soci\u00e9t\u00e9. Il est relativement difficile, en comparaison, de ne pas ressembler \u00e0 un homme\u00a0: les menaces auxquelles font face les hommes qui ne se conforment pas aux codes du genre diff\u00e8rent quelque peu de celles des femmes. \u00c0 moins qu\u2019ils essaient consciemment de ressembler \u00e0 des femmes, les hommes sont moins susceptibles que les femmes de ne pas \u00ab\u00a0passer\u00a0\u00bb dans les toilettes. Le probl\u00e8me des toilettes pose donc la question suivante\u00a0: pourquoi la f\u00e9minit\u00e9 est-elle si approximative et la masculinit\u00e9, si pr\u00e9cise? Ou, pour poser la question sous un angle diff\u00e9rent, pourquoi la f\u00e9minit\u00e9 est-elle facilement personnifi\u00e9e ou perform\u00e9e alors que la masculinit\u00e9 semble r\u00e9sister \u00e0 l\u2019imitation? Bien s\u00fbr, cette formulation s\u2019av\u00e8re peu convaincante et s\u2019effondre rapidement pour devenir son contraire\u00a0: pourquoi, dans le cas de la femme masculine dans la salle de bain, les limites de la f\u00e9minit\u00e9 sont-elles si vite franchies alors que les limites de la masculinit\u00e9 dans les toilettes pour hommes semblent assez \u00e9tendues?<\/p>\n<p>Nous pourrions aborder ces questions en r\u00e9fl\u00e9chissant aux effets, \u00e0 la fois sociaux et culturels, du d\u00e9veloppement invers\u00e9 de l\u2019identit\u00e9 de genre. En d\u2019autres termes, quelles sont les cons\u00e9quences de la f\u00e9minit\u00e9 masculine et de la masculinit\u00e9 f\u00e9minine? On pourrait imaginer qu\u2019un simple soup\u00e7on de f\u00e9minit\u00e9 souille ou abaisse la valeur sociale de la m\u00e2litude alors que toutes les formes masculines de la f\u00e9mellitude devraient entra\u00eener un statut plus \u00e9lev\u00e9<sup class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--hover-on-desktop \" data-mfn=\"26\" data-mfn-post-scope=\"0000000058d402d20000000004c0953a_2523\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000058d402d20000000004c0953a_2523-26\">26<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000058d402d20000000004c0953a_2523-26\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"26\">Susan Bordo \u00e9crit que \u00ab\u00a0[l]orsque la masculinit\u00e9 est \u201cd\u00e9faite\u201d dans cette culture, la d\u00e9construction conduit presque toujours au territoire du d\u00e9grad\u00e9; lorsque la f\u00e9minit\u00e9 est symboliquement d\u00e9faite, il en r\u00e9sulte une immense \u00e9l\u00e9vation de statut\u00a0\u00bb (1993, p.\u00a0721) [\u2026].<\/span>. L\u2019exemple de la salle de bain prouve \u00e0 lui seul que c\u2019est loin d\u2019\u00eatre le cas. De plus, si nous r\u00e9fl\u00e9chissons \u00e0 des exemples de masculinit\u00e9 f\u00e9minine approuv\u00e9e dans la culture populaire, comme la musculature d\u00e9velopp\u00e9e de Linda Hamilton dans <em>Terminator\u00a02<\/em> (1991) ou la silhouette athl\u00e9tique de Sigourney Weaver dans <em>Aliens<\/em> (1986), nous constatons ais\u00e9ment que ce qui rend ces repr\u00e9sentations de la masculinit\u00e9 f\u00e9minine tout \u00e0 fait inoffensives, c\u2019est leur h\u00e9t\u00e9rosexualit\u00e9 manifeste. En effet, dans <em>Alien Resurrection<\/em> (1997), Sigourney Weaver conjugue son corps ferme \u00e0 un l\u00e9ger flirt avec sa partenaire de jeu Winona Ryder, ce qui rend sa masculinit\u00e9 beaucoup plus mena\u00e7ante, voire \u00ab\u00a0extraterrestre\u00a0\u00bb. Autrement dit, lorsque la masculinit\u00e9 f\u00e9minine se combine avec d\u2019\u00e9ventuelles identit\u00e9s queers, elle a beaucoup moins de chances d\u2019\u00eatre approuv\u00e9e. Parce que la masculinit\u00e9 f\u00e9minine semble plus mena\u00e7ante lorsqu\u2019elle s\u2019associe au d\u00e9sir lesbien, [\u2026] je me concentre sur la masculinit\u00e9 f\u00e9minine queer en d\u00e9laissant la masculinit\u00e9 f\u00e9minine h\u00e9t\u00e9rosexuelle. Je ne doute pas que cette derni\u00e8re menace \u00e0 sa fa\u00e7on la conformit\u00e9 de genre, mais elle repr\u00e9sente trop souvent un degr\u00e9 acceptable de masculinit\u00e9 par rapport \u00e0 la masculinit\u00e9 excessive de la gouine. Lorsqu\u2019on r\u00e9fl\u00e9chit aux variations de genre telles que la f\u00e9minit\u00e9 masculine et la masculinit\u00e9 f\u00e9minine, il importe de ne pas simplement cr\u00e9er un autre binarisme dans lequel la masculinit\u00e9 symbolise toujours le pouvoir; dans les mod\u00e8les alternatifs, la masculinit\u00e9 f\u00e9minine n\u2019est pas simplement l\u2019oppos\u00e9 de la f\u00e9minit\u00e9 f\u00e9minine ni une version f\u00e9minine de la masculinit\u00e9 masculine. [\u2026]<\/p>\n<p>Dans cet [essai], j\u2019ai essay\u00e9 de retracer les cons\u00e9quences de la suppression des masculinit\u00e9s f\u00e9minines dans une vari\u00e9t\u00e9 de sph\u00e8res\u00a0: du point de vue des \u00e9tudes culturelles, la suppression des masculinit\u00e9s f\u00e9minines permet \u00e0 la masculinit\u00e9 masculine de d\u00e9terminer incontestablement ce qui est stable et ce qui est d\u00e9viant en mati\u00e8re de genre. Je soutiens que la tomboy, la femme masculine et le sujet masculin racis\u00e9 contribuent \u00e0 une indiff\u00e9rence culturelle croissante \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la masculinit\u00e9 des hommes blancs. De plus, le maintien de l\u2019ordre genr\u00e9 dans les toilettes et les performances de genre dans les espaces publics ont pour effet de reconfigurer les conceptions traditionnelles des genres et d\u2019en inscrire de nouvelles dans une vision utopique o\u00f9 les corps et les sexualit\u00e9s diff\u00e8rent radicalement. En faisant valoir la transitivit\u00e9 de genre, les formes conscientes de masculinit\u00e9 f\u00e9minine, ainsi que l\u2019indiff\u00e9rence \u00e0 l\u2019\u00e9gard des masculinit\u00e9s masculines dominantes et des \u00ab\u00a0taxinomies contextuelles\u00a0\u00bb, je ne pr\u00e9tends pas que nous pouvons faire appara\u00eetre \u2013 comme par magie \u2013 un nouvel ensemble de genres d\u00fbment descriptifs qui s\u2019opposeraient aux cat\u00e9gories d\u00e9pass\u00e9es du \u00ab\u00a0masculin\u00a0\u00bb et du \u00ab\u00a0f\u00e9minin\u00a0\u00bb. Je ne pr\u00e9tends pas non plus que le changement est simple et qu\u2019en instaurant simplement la d\u00e9s\u00e9gr\u00e9gation des toilettes publiques, par exemple, nous transformerons la fonction des genres dominants au sein des cultures h\u00e9t\u00e9ropatriarcales. Il me semble toutefois qu\u2019\u00e0 l\u2019heure actuelle, il existe des espaces tr\u00e8s \u00e9vidents o\u00f9 la diff\u00e9rence de genre ne fonctionne tout simplement pas, et que l\u2019effondrement du genre en tant que syst\u00e8me signifiant peut y \u00eatre exploit\u00e9 pour acc\u00e9l\u00e9rer la prolif\u00e9ration de r\u00e9gimes de genre alternatifs en d\u2019autres lieux. Des drag kings aux espions \u00e0 gadgets en passant par les corps butchs et FtM, le genre et la sexualit\u00e9 ainsi que leurs technologies sont d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s \u00e9tranges. Il s\u2019agit simplement de faire en sorte qu\u2019ils le restent. [\u2026]<\/p><style class=\"advgb-styles-renderer\">#advgb-col-b42d4c38-d668-4d1b-b343-0d02f16f5ff3>.advgb-column-inner{}@media screen and (max-width: 1023px) {#advgb-col-b42d4c38-d668-4d1b-b343-0d02f16f5ff3>.advgb-column-inner{}}@media screen and (max-width: 767px) {#advgb-col-b42d4c38-d668-4d1b-b343-0d02f16f5ff3>.advgb-column-inner{}}#advgb-cols-a5ac982a-3077-4873-b32e-96b5b4ff1e63{}@media screen and (max-width: 1023px) {#advgb-cols-a5ac982a-3077-4873-b32e-96b5b4ff1e63{}}@media screen and (max-width: 767px) {#advgb-cols-a5ac982a-3077-4873-b32e-96b5b4ff1e63{}}#advgb-col-b42d4c38-d668-4d1b-b343-0d02f16f5ff3>.advgb-column-inner{}@media screen and (max-width: 1023px) {#advgb-col-b42d4c38-d668-4d1b-b343-0d02f16f5ff3>.advgb-column-inner{}}@media screen and (max-width: 767px) {#advgb-col-b42d4c38-d668-4d1b-b343-0d02f16f5ff3>.advgb-column-inner{}}#advgb-cols-a5ac982a-3077-4873-b32e-96b5b4ff1e63{}@media screen and (max-width: 1023px) {#advgb-cols-a5ac982a-3077-4873-b32e-96b5b4ff1e63{}}@media 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ouvrage.<\/div><\/li><li><span>3<\/span><div>Pour approfondir cette r\u00e9flexion sur les tomboys, voir Halberstam (1999). Sauf indication contraire, toutes les notes sont de l\u2019auteur.<\/div><\/li><li><span>4<\/span><div>Pour en savoir plus sur la r\u00e9pression des tomboys, voir Burke (1996). L\u2019autrice analyse quelques cas r\u00e9cents de pr\u00e9tendu trouble de l\u2019identit\u00e9 de genre, dans lesquels les petites filles se voient minutieusement conditionn\u00e9es pour cesser tout comportement masculin et adopter des formes de f\u00e9minit\u00e9 contraignantes.<\/div><\/li><li><span>5<\/span><div>N.D.T.\u00a0: L\u2019expression employ\u00e9e par Sedgwick en anglais, \u00ab\u00a0nonce taxonomies\u00a0\u00bb (1990, p.\u00a022), joue sur un double sens\u00a0: <em>nonce<\/em> d\u00e9signe \u00e0 la fois une chose ou un concept con\u00e7u pour une occasion particuli\u00e8re et, en argot britannique, un individu accus\u00e9 ou reconnu coupable d\u2019un crime sexuel (voir <em>The Wet Archive<\/em>, 2015).<\/div><\/li><li><span>6<\/span><div>Les communications pr\u00e9sent\u00e9es ont fait l\u2019objet d\u2019un ouvrage collectif intitul\u00e9 <em>Constructing Masculinity<\/em> (Berger, Wallis et Watson, 1996), et la seule intervention au sujet des masculinit\u00e9s non masculines a \u00e9t\u00e9 prononc\u00e9e par Eve Kosofsky Sedgwick.<\/div><\/li><li><span>7<\/span><div>J\u2019utilise les termes \u00ab\u00a0n\u00e9es de sexe f\u00e9minin\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0n\u00e9es de sexe masculin\u00a0\u00bb en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la pratique sociale consistant \u00e0 attribuer l\u2019un des deux genres aux b\u00e9b\u00e9s \u00e0 la naissance. Ma terminologie sugg\u00e8re que ces assignations pourraient ne pas durer toute la vie de l\u2019individu, et signale d\u2019embl\u00e9e que le genre binaire continue de dominer nos conceptions culturelles et scientifiques du genre, mais que, in\u00e9vitablement, des individus \u00e9chouent \u00e0 se retrouver dans l\u2019une ou l\u2019autre de ces options.<\/div><\/li><li><span>8<\/span><div>Sauf indication contraire, toutes les traductions des citations sont de la traductrice.<\/div><\/li><li><span>9<\/span><div>De plus en plus de revues publient des dossiers sp\u00e9ciaux sur la masculinit\u00e9, mais je n\u2019en ai pas encore trouv\u00e9 un seul pr\u00e9sentant un essai sur la masculinit\u00e9 f\u00e9minine. La derni\u00e8re annonce de publication qui m\u2019est parvenue concernait le num\u00e9ro \u00ab\u00a0New Masculinities\u00a0\u00bb de <em>The Velvet Light Trap: A Critical Journal of Film and Television.<\/em> Il incluait des textes intitul\u00e9s \u00ab\u00a0The \u201cNew Masculinity\u201d in Tootsie\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0On Fathers and Sons, Sex and Death\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Male Melodrama and the Feeling Man\u00a0\u00bb, etc. Je ne veux pas dire par l\u00e0 que ces sujets ne sont pas int\u00e9ressants, mais que les \u00ab\u00a0nouvelles masculinit\u00e9s\u00a0\u00bb ressemblent \u00e9trangement aux anciennes. Voir <em>The Velvet Light Trap<\/em> (1996).<\/div><\/li><li><span>10<\/span><div>N.D.L.R. : Bev Francis (1955-\u2026) est une lanceuse de poids australienne convertie \u00e0 l\u2019halt\u00e9rophilie, o\u00f9 elle se sp\u00e9cialise en force athl\u00e9tique (<em>powerlifting<\/em>). En 1991, lors de sa participation \u00e0 la comp\u00e9tition t\u00e9l\u00e9vis\u00e9e <em>Ms. Olympia<\/em>, elle termine en deuxi\u00e8me place malgr\u00e9 ses prouesses sup\u00e9rieures et re\u00e7oit des critiques pour le manque de f\u00e9minit\u00e9 de son impressionnante musculature, comme Gloria Steinem le rapporte. Voir \u00ab The Strongest Woman in the World \u00bb, <em>Moving Beyond Words. Age, Rage, Sex, Power, Money, Muscles: Breaking the Boundaries of Gender<\/em>, New York, Simon &amp; Schuster, 1994, p. 98-122.<\/div><\/li><li><span>11<\/span><div>N.D.L.R. : Martina Navr\u00e1tilov\u00e1 (1956-\u2026) est une joueuse de tennis tch\u00e9coslovaque qui a remport\u00e9 de nombreux tournois d\u2019envergure durant sa carri\u00e8re qui s\u2019est \u00e9tal\u00e9e entre 1974 et 1994 et dont le style de jeu agressif et athl\u00e9tique a marqu\u00e9 le sport. Se d\u00e9signant bisexuelle, puis lesbienne, elle a longtemps milit\u00e9 pour le droit des personnes de la communaut\u00e9 LGBT. Depuis 2019, elle se distingue par ses prises de positions contre l\u2019inclusion des athl\u00e8tes trans dans le sport, ainsi que contre les pratiques drag, ce qui lui vaut l\u2019exclusion de certaines organisations de d\u00e9fense des personnes de la diversit\u00e9 queer. Voir Ennis, Dawn (2021), \u00ab Martina Navratilova Wants You To Believe She\u2019s Not A Transphobe \u00bb, <em>Forbes<\/em>, 27 septembre, <a href=\"https:\/\/www.forbes.com\/sites\/dawnstaceyennis\/2021\/09\/27\/martina-navratilova-wants-you-to-believe-shes-not-a-transphobe\">https:\/\/www.forbes.com\/sites\/dawnstaceyennis\/2021\/09\/27\/martina-navratilova-wants-you-to-believe-shes-not-a-transphobe<\/a>.<\/div><\/li><li><span>12<\/span><div>N.D.L.R. : Marguerite Antonia Radclyffe Hall (1880-1943), qui pr\u00e9f\u00e9rait le pr\u00e9nom \u00ab John \u00bb, est une personne autrice et po\u00e8te anglaise connu\u00b7e pour son roman <em>The Well of Loneliness<\/em> (1928), qui a suscit\u00e9 controverses et proc\u00e8s en plus de marquer profond\u00e9ment la litt\u00e9rature et la culture lesbiennes du vingti\u00e8me si\u00e8cle. Voir la biographie de Sally Cline (1998), <em>Radclyffe Hall : A Woman Called John<\/em>, Woodstock, The Overlook Press. Au sujet du roman, voir Doan, Laura, et Jay Prosser (dir.) (2001), <em>Palatable Poison : Critical Perspectives on<\/em> The Well of Loneliness, New York, Columbia University Press.<\/div><\/li><li><span>13<\/span><div>N.D.L.R. : Ethel Smyth (1858-1944) est une autrice, musicienne et compositrice anglaise de renom qui s\u2019est activement impliqu\u00e9e dans le mouvement suffragiste et a mis en musique l\u2019un de ses hymnes, <em>The March of the Women<\/em> (1911). Elle \u00e9tait reconnu pour ses amours homosexuelles, bien que des doutes subsistent sur sa possible bisexualit\u00e9. Voir, entre autres, Wiley, Christopher (2004), \u00ab \u201cWhen a Woman Speaks the Truth about Her Body\u201d : Ethel Smyth, Virginia Woolf, and the Challenges of Lesbian Auto\/Biography \u00bb, <em>Music &amp; Letters<\/em>,\u00a0 vol. 85, no 3, p. 388-414; et Abromeit, Kathleen A. (1989), \u00ab Ethel Smyth, \u201cThe Wreckers\u201d, and Sir Thomas Beecham \u00bb, <em>The Musical Quarterly<\/em>, vol. 73, no 2, p. 196-211.<\/div><\/li><li><span>14<\/span><div>N.D.L.R. : Janet Reno (1948-2016) est une juriste et haut-fonctionnaire \u00e9tatsunienne qui a \u00e9t\u00e9 la premi\u00e8re femme \u00e0 occuper le poste de procureure g\u00e9n\u00e9rale de son pays, sous l\u2019administration du pr\u00e9sident Bill Clinton. Sa grande taille et son accession au pouvoir en font le point de mire des humoristes, notamment l\u2019hebdomadaire <em>Saturday Night Live<\/em>, qui moquent sa masculinit\u00e9. Voir Mundy, Liza (1998). \u00ab Why Janet Reno Fascinates, Confounds and Even Terrifies America? \u00bb, <em>The Washington Post<\/em>, 25 janvier, p. W06.<\/div><\/li><li><span>15<\/span><div>N.D.L.R. : k.d. lang est le nom d\u2019artiste de Kathryn Dawn Lang (1961-\u2026), une autrice-compositrice canadienne plusieurs fois laur\u00e9ate de prix Grammy et Juno ayant fait carri\u00e8re dans la musique country. Apr\u00e8s s\u2019\u00eatre identifi\u00e9e comme lesbienne et \u00eatre apparue en couverture de <em>Vanity Fair<\/em> en bras de chemise et pantalons, avec de la cr\u00e8me \u00e0 raser sur le bas du visage, sa musique a \u00e9t\u00e9 exclue de plusieurs stations de radio \u00e9tatsuniennes et elle a d\u00fb franchir les piquets des manifestants pour recevoir son Grammy pour meilleure chanteuse pop de l\u2019ann\u00e9e 1992. Voir Friend, David (2016), \u00ab \u201cHard to unravel\u201d : k.d. lang reflects on her career and coming out \u00bb, <em>CBC News<\/em>, 1er juillet, <a href=\"https:\/\/www.cbc.ca\/news\/canada\/calgary\/kd-lang-fashion-cowboy-bride-coming-out-1.3657007\">https:\/\/www.cbc.ca\/news\/canada\/calgary\/kd-lang-fashion-cowboy-bride-coming-out-1.3657007<\/a>.<\/div><\/li><li><span>16<\/span><div>N.D.L.R. : Jackie Joyner-Kersee (1962-\u2026) est une athl\u00e8te \u00e9tatsunienne, sp\u00e9cialis\u00e9e dans l\u2019heptathlon et le saut en longueur, qui a remport\u00e9 sept m\u00e9dailles olympiques entre 1984 et 1996, dont trois m\u00e9dailles d\u2019or. Son record du monde de 7291 points \u00e0 l\u2019heptathlon, \u00e9tabli aux jeux de 1988 \u00e0 S\u00e9oul, est encore aujourd\u2019hui insurpass\u00e9. Voir (2024) \u00ab Jackie Joyner-Kersee \u00bb, <em>Encyclopaedia Britannica<\/em>, 22 juillet, <a href=\"https:\/\/www.britannica.com\/biography\/Jackie-Joyner-Kersee\">https:\/\/www.britannica.com\/biography\/Jackie-Joyner-Kersee<\/a>.<\/div><\/li><li><span>17<\/span><div>N.D.L.R. : Leslie Feinberg (1949-2014) est une autrice \u00e9tatsunienne qui a longuement milit\u00e9 pour le droit des personnes de la diversit\u00e9 queer. Son exploration des identit\u00e9s lesbienne, butch et trans, \u00e0 travers la fiction avec <em>Stone Butch Blues<\/em> (1993) ou l\u2019essai avec <em>Transgender Warriors : Making History from Joan of Arc to Dennis Rodman<\/em> (1996), a contribu\u00e9 de mani\u00e8re fondamentale \u00e0 la r\u00e9flexion sur ces questions.<\/div><\/li><li><span>18<\/span><div>Voir Wittig (2018), Butler (trad. Sokol et Bolter, 2001) et Hale (1996).<\/div><\/li><li><span>19<\/span><div>N.D.L.R.\u00a0: Orenthal James Simpson (1947-2024) est un joueur de football am\u00e9ricain et acteur hollywoodien afrodescendant qui a joui d\u2019une grande popularit\u00e9 durant et apr\u00e8s sa carri\u00e8re sportive. Le 10 juin 1994, la police de Los Angeles retrouve les corps assassin\u00e9s de l\u2019ex-femme de Simpson, Nicole Brown, et du conjoint de celle-ci, Ron Goldman. \u00c0 la suite d\u2019une longue course-poursuite sur l\u2019autoroute, et d\u2019un interminable proc\u00e8s hautement m\u00e9diatis\u00e9, Simpson est acquitt\u00e9 des meurtres malgr\u00e9 les preuves accablantes \u00e0 son endroit.<\/div><\/li><li><span>20<\/span><div>Il y a bien une ethnographie de ce genre qui a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9e, mais il est significatif qu\u2019elle mais elle ait pris pour sujet les \u00e9meutes provoqu\u00e9es par les amateurs de soccer anglais (<em>hooligans<\/em>). Voir la remarquable monographie de Buford (1992). Des travaux similaires portant sur les fans masculins aux \u00c9tats-Unis seraient extr\u00eamement utiles.<\/div><\/li><li><span>21<\/span><div>Pour v\u00e9rifier ces sujets de pr\u00e9dilection, il suffit de consulter les sections consacr\u00e9es aux hommes qui fleurissent dans vos librairies locales. Voir plus pr\u00e9cis\u00e9ment les travaux de Kimmel (1996) et Seidler (1994).<\/div><\/li><li><span>22<\/span><div>La viabilit\u00e9 persistante de la cat\u00e9gorie \u00ab\u00a0femme\u00a0\u00bb a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 remise en question \u00e0 plusieurs reprises dans les milieux universitaires\u00a0: Monique Wittig, notamment, a soutenu que \u00ab\u00a0les lesbiennes ne sont pas des femmes\u00a0\u00bb dans son essai \u00ab La pens\u00e9e straight \u00bb (2018, p. 77). Wittig affirme que les lesbiennes, parce qu\u2019elles refusent toute relation primaire avec les hommes, ne peuvent pas occuper la position de \u00ab\u00a0femme\u00a0\u00bb. Dans une autre contestation philosophique de cette cat\u00e9gorie, le philosophe trans Jacob Hale (1996) utilise la th\u00e8se radicale de Monique Wittig pour th\u00e9oriser la possibilit\u00e9 d\u2019incarner le genre au-del\u00e0 du masculin et du f\u00e9minin. Ailleurs, Cheshire Calhoun (1995) sugg\u00e8re que la cat\u00e9gorie \u00ab\u00a0femme\u00a0\u00bb peut en fait \u00ab\u00a0fonctionner comme un placard lesbien\u00a0\u00bb.<\/div><\/li><li><span>23<\/span><div>De toute \u00e9vidence, l\u2019utilisation par Garber du terme \u00ab\u00a0Waterloo\u00a0\u00bb transforme en jeu de mots le drame de la r\u00e9gulation dans les salles de bains [N.D.L.T.\u00a0: <em>loo<\/em> signifie <em>toilettes<\/em> en anglais]. Bien que le jeu de mots soit astucieux et m\u00eame amusant, il est \u00e9galement troublant de voir la fr\u00e9quence \u00e0 laquelle Garber recourt \u00e0 ce proc\u00e9d\u00e9 dans ses analyses. L\u2019utilisation constante de jeux de mots tout au long du livre a pour effet g\u00e9n\u00e9ral de faire passer le croisement des genres pour un amusement ou, \u00e0 tout le moins, de banaliser les processus d\u2019identification au genre oppos\u00e9, qui rel\u00e8vent souvent de la vie ou de la mort. Je ne veux pas dire par l\u00e0 que le genre ne peut jamais \u00eatre un sujet de plaisanterie et qu\u2019il doit toujours \u00eatre trait\u00e9 avec s\u00e9rieux, mais seulement remettre en question l\u2019emploi du jeu de mots en tant que m\u00e9thode th\u00e9orique.<\/div><\/li><li><span>24<\/span><div>Voir Lacan (1977, p.\u00a0151).<\/div><\/li><li><span>25<\/span><div>N.D.L.R.\u00a0: Les films <em>Tootsie<\/em> (1982) et Cabaret (1972) sont des fictions racontant, d\u2019une part, le transvestissement d\u2019un acteur en qu\u00eate de r\u00f4le et, d\u2019autre part, les tensions qui habitent les milieux queers de Berlin \u00e0 l\u2019aube du nazisme. <em>The Female Impersonator Pageant<\/em> (1985), aussi connu sous le titre <em>Dream Boy Revue<\/em>, est un documentaire portant sur l\u2019attribution d\u2019un prix pour la meilleure personnification f\u00e9minine de l\u2019ann\u00e9e (<em>Female Impersonator of the Year<\/em>) lors d\u2019un concours national tenu \u00e0 Houston en 1985.<\/div><\/li><li><span>26<\/span><div>Susan Bordo \u00e9crit que \u00ab\u00a0[l]orsque la masculinit\u00e9 est \u201cd\u00e9faite\u201d dans cette culture, la d\u00e9construction conduit presque toujours au territoire du d\u00e9grad\u00e9; lorsque la f\u00e9minit\u00e9 est symboliquement d\u00e9faite, il en r\u00e9sulte une immense \u00e9l\u00e9vation de statut\u00a0\u00bb (1993, p.\u00a0721) [\u2026].<\/div><\/li><\/ul>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p><strong>Note sur la traduction<\/strong> :<br \/> <br \/>\nJack Halberstam (pronoms et accords masculins et f\u00e9minins), n\u00e9 en 1961, est professeure d\u2019anglais et d\u2019\u00e9tudes de genre \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Colombia de New York et auteur de plusieurs livres, dont The Queer Art of Failure (2011), In a Queer Time and Place (2005) et Female Masculinities (1998). 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Rubin et Judith Butler, <em>March\u00e9 au sexe<\/em>, trad. de l\u2019anglais (\u00c9tats-Unis) par \u00c9liane Sokol et Flora Bolter, Paris, EPEL, p.\u00a0143\u2011165. Paru pour la premi\u00e8re fois en 1991 sous le titre \u00ab\u00a0Imitation and Gender Insubordination\u00a0\u00bb dans <em>Inside\/Out\u00a0: Lesbian Theories, Gay Theories<\/em>, sous la direction de Diana Fuss (New York, Routledge, p.\u00a013-31).\r\n\r\nCalhoun, Cheshire (1995), \u00ab\u00a0The Gender Closet: Lesbian Disappearance under the Sign \u2018Women\u2019\u00a0\u00bb, <em>Feminist Studies<\/em>, vol.\u00a021, no\u00a01, p.\u00a07-34.\r\n\r\nEdelman, Lee (1994), \u00ab\u00a0Tearooms and Sympathy, or The Epistemology of the Water Closet\u00a0\u00bb dans <em>Homographesis\u00a0: Essays in Gay Literary and Cultural Theory<\/em>, New York, Routledge, p.\u00a0148\u2011170.\r\n\r\nFeinberg, Leslie (2019), <em>Stone Butch Blues<\/em>, trad. de l\u2019anglais (\u00c9tats-Unis) par Hyst\u00e9riques &amp; Associ\u00e9Es. <a href=\"https:\/\/hysteriquesetassociees.org\/lire-sbb\/.\">https:\/\/hysteriquesetassociees.org\/lire-sbb\/.<\/a> Paru pour la premi\u00e8re fois en 1993 (Ithaca, Firebrand).\r\n\r\nGarber, Marjorie (1992), <em>Vested Interests: Cross-Dressing and Cultural Anxiety<\/em>, New York, Routledge.\r\n\r\nHalberstam, Jack (1999), \u00ab\u00a0Oh Bondage Up Yours: Female Masculinity and the Tomboy\u00a0\u00bb, dans Matthew Rottnek (dir.), <em>Sissies and Tomboys: Gender Nonconformity and Homosexual Childhood,<\/em> New York, New York University Press, p. 153-179.\r\n\r\nHale, Jacob (1996), \u00ab\u00a0Are Lesbians Women?\u00a0\u00bb, <em>Hypatia<\/em>, vol.\u00a02, no\u00a02, p. 94-121.\r\n\r\nKimmel, Michael (1996), <em>Manhood in America: A Cultural History<\/em>, New York, Free Press.\r\n\r\nLacan, Jacques (1977), \u00ab\u00a0The Agency of the Letter in the Unconscious or Reason Since Freud\u00a0\u00bb, dans <em>\u00c9crits\u00a0: A Selection<\/em>, trad. du fran\u00e7ais (France) par Alan Sheridan, New York, Norton, p.\u00a0146-159. Paru pour la premi\u00e8re fois en 1966 sous le titre \u00ab\u00a0L\u2019instance de la lettre dans l\u2019inconscient ou la raison depuis Freud\u00a0\u00bb dans <em>\u00c9crits<\/em> (Paris, Seuil, p.\u00a0493-529).\r\n\r\nMcCullers, Carson ([1974] 2000), <em>Frankie Addams<\/em>, trad. de l\u2019anglais (\u00c9tats-Unis) par Jacques Tournier, Paris, Stock. Paru pour la premi\u00e8re fois en 1946 sous le titre <em>The Member of the Wedding<\/em> (Boston, Houghton Mifflin Company).\r\n\r\nPfeil, Fred (1996), \u00ab\u00a0A Buffalo, New York Story\u00a0\u00bb, dans Paul Smith (dir.), <em>Boys\u00a0: Masculinities in Contemporary Culture<\/em>, Boulder, Westview Press, p. 9-23.\r\n\r\nRodriguez, Nice (1993), <em>Throw It to the River<\/em>, Toronto, Women\u2019s Press.\r\n\r\nSedgwick, Eve K. (2008), <em>\u00c9pist\u00e9mologie du placard<\/em>, trad. de l\u2019anglais (\u00c9tats-Unis) par Maxime Cervulle, Paris, Amsterdam. Paru pour la premi\u00e8re fois en 1990 sous le titre <em>Epistemology of the Closet<\/em> (Berkeley et Los Angeles, University of California Press).\r\n\r\nSeidler, Victor J. (1994), <em>Unreasonable Men: Masculinity and Social Theory<\/em>, New York, Routledge.\r\n\r\nSmith, Paul (1996), \u00ab\u00a0Introduction\u00a0\u00bb, dans Paul Smith (dir.), <em>Boys\u00a0: Masculinities in Contemporary Culture<\/em>, Boulder, Westview Press, p. 1-8.\r\n\r\nStein, Gertrude (1989), <em>Autobiographie de tout le monde<\/em>, trad. de l\u2019anglais (\u00c9tats-Unis) par Marie-France de\u00a0Palom\u00e9ra, r\u00e9impression, Paris, Seuil. Paru pour la premi\u00e8re fois en 1937 sous le titre <em>Everybody\u2019s Autobiography<\/em> (New York, Random House).\r\n\r\nThe Wet Archive (2015), \u00ab\u00a0Nonce Taxonomies, Bodies and Acts beyond Name\u00a0\u00bb. <a href=\"https:\/\/wetarchive.wordpress.com\/28-2\/nonce-taxonomies\/\">https:\/\/wetarchive.wordpress.com\/28-2\/nonce-taxonomies\/<\/a>.\r\n\r\nWittig, Monique (2018), \u00ab\u00a0La pens\u00e9e straight\u00a0\u00bb, dans <em>La pens\u00e9e straight<\/em>, nouv. \u00e9d., Paris, Amsterdam, p.\u00a066-77. 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