{"id":7238,"date":"2026-03-28T13:46:44","date_gmt":"2026-03-28T17:46:44","guid":{"rendered":"https:\/\/revues.uqam.ca\/prefix\/?post_type=cahiers_iref&#038;p=7238"},"modified":"2026-03-28T14:17:07","modified_gmt":"2026-03-28T18:17:07","slug":"du-lesbicide-en-images-chez-maroch-bechdel-et-obom","status":"publish","type":"cahiers_iref","link":"https:\/\/revues.uqam.ca\/prefix\/cahiers-iref\/du-lesbicide-en-images-chez-maroch-bechdel-et-obom\/","title":{"rendered":"Du lesbicide en images chez Maroch, Bechdel et Obom"},"content":{"rendered":"\n<table class=\"wp-block-advgb-table advgb-table-frontend\"><tbody><tr><td><strong>Source du texte<\/strong><br>Article paru dans\u00a0<em>F\u00e9minismes et luttes contre l\u2019homophobie: de l\u2019apprentissage \u00e0 la subversion des codes<\/em>, sous la responsabilit\u00e9 de Line Chamberland, Caroline D\u00e9sy et Lori Saint-Martin (2016)<\/td><\/tr><\/tbody><\/table>\n\n\n<p>Il y a longtemps que le d\u00e9voilement, par opposition \u00e0 la r\u00e9serve, au cach\u00e9, caract\u00e9rise le syst\u00e8me de visibilit\u00e9 en Occident (Aboudrar, 2014). Apr\u00e8s la deuxi\u00e8me moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle, sous les effets combin\u00e9s de la perte de sens induite par les totalitarismes et la mise en place d\u2019une marchandisation g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e, s\u2019implante progressivement une soci\u00e9t\u00e9 du spectacle. Dans cette soci\u00e9t\u00e9, le lieu d\u2019\u00e9laboration du soi s\u2019ext\u00e9riorise. Il passe de la conscience au corps, de l\u2019\u00eatre politique perfectible au parai\u00eetre individualiste performatif (Dufour, 2011; Gori, 2013).<\/p>\n<p>Pour une majorit\u00e9 de femmes, pr\u00e9cise le sociologue David Le Breton, ce para\u00eetre s\u2019apparente dangereusement \u00e0 un \u00abcompara\u00eetre\u00bb (2010: 8). Depuis un demi-si\u00e8cle, diverses analyses f\u00e9ministes rel\u00e8vent les pressions qui s\u2019exercent sur elles pour qu\u2019elles apparaissent s\u00e9duisantes (mais \u00e0 quels yeux?). Dans son essai\u00a0<em>The Beauty Myth: How Images of Beauty Are Used Against Women\u00a0<\/em>(1991), Naomi Wolf examine l\u2019injonction m\u00e9diatique \u00e0 la beaut\u00e9 que subissent les femmes nord-am\u00e9ricaines apr\u00e8s l\u2019\u00e9mergence du\u00a0<em>Women\u2019s Lib<\/em>. Elle d\u00e9couvre que cette injonction a profond\u00e9ment entam\u00e9 leur estime d\u2019elles-m\u00eames parce qu\u2019elle exige d\u2019elles une perfection corporelle impossible \u00e0 atteindre.<\/p>\n<p>Plus r\u00e9cemment, Christine D\u00e9trez et Anne Simon arguent, dans\u00a0<em>\u00c0 leur corps d\u00e9fendant<\/em>\u00a0(2006), que sous les s\u00e9duisantes repr\u00e9sentations de femmes \u00ablibres\u00bb, entendre jolies et\u00a0<em>sexy<\/em>, se cache un \u00abnouvel ordre moral\u00bb cherchant \u00e0 consolider le couple et la famille. Consid\u00e9rant les 161 milliards de dollars am\u00e9ricains de revenus de la seule industrie des cosm\u00e9tiques en 2007 dans 8 pays, soit les \u00c9tats-Unis, le Japon, le Br\u00e9sil, la France, l\u2019Allemagne, la Grande-Bretagne, la Chine et l\u2019Italie (Seager, 2009), cet ordre n\u2019est pas seulement moral, il a partie li\u00e9e avec une \u00e9conomie faisant reposer l\u2019accession des femmes au travail sur leur conformit\u00e9 aux normes sociales. Selon Le Breton,<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-advgb-columns advgb-columns-wrapper\" id=\"advgb-cols-108e7ef7-801c-46d4-a0e5-80742832eaa2\"><div class=\"advgb-columns-container\"><div class=\"advgb-columns advgb-columns-row advgb-is-mobile advgb-columns-1 layout-100 mbl-layout-stacked vgutter-10\">\n<div class=\"wp-block-advgb-column advgb-column\" id=\"advgb-col-f221ca01-07eb-4373-9944-fbf56d78d5db\"><div class=\"advgb-column-inner\" style=\"border-style:none;border-width:1px\">\n<blockquote class=\"wp-block-quote\">\n<p><em>[n]ul n\u2019\u00e9chappe d\u00e9sormais \u00e0 sa responsabilit\u00e9 face \u00e0 l\u2019image qu\u2019il donne aux autres, il vaut ce que vaut son image. Les femmes qui se vouent \u00e0 cette qu\u00eate \u00e9perdue de beaut\u00e9 ne sont pas n\u00e9cessairement ali\u00e9n\u00e9es et format\u00e9es par les m\u00e9dias ou le marketing, elles savent aussi que leur r\u00e9ussite sociale ou personnelle implique leur dissolution dans les normes physiques. (2010: 4)<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<\/div><\/div>\n<\/div><\/div><\/div>\n\n\n<p>Mais qu\u2019advient-il des figures en marge de ce vieil ordre en habits neufs? Et plus particuli\u00e8rement des lesbiennes politis\u00e9es, sujets du pr\u00e9sent texte? Quel traitement les m\u00e9dias, \u00e0 la solde des empires financiers, leur r\u00e9servent-ils? Et comment elles-m\u00eames repr\u00e9sentent-elles, dans leurs \u0153uvres, les affronts qu\u2019elles vivent? Voil\u00e0 les questions que j\u2019aborde dans ce texte en m\u2019appuyant sur les analyses de l\u2019oppression de la classe des femmes \u00e9labor\u00e9es par les th\u00e9ories du f\u00e9minisme et du lesbianisme mat\u00e9rialistes.<\/p>\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Des images en porte-\u00e0-faux<\/strong><\/h2>\n\n\n<p>Il n\u2019y a pas d\u2019\u00e9tudes sur la repr\u00e9sentation m\u00e9diatique actuelle des lesbiennes en Am\u00e9rique du Nord et en Europe. Qui veut aborder ce sujet doit le faire \u00e0 partir de textes traitant d\u2019un corpus limit\u00e9 dans le temps, l\u2019espace ou le corpus. Selon la philosophe fran\u00e7aise St\u00e9phanie Arc (2006), le mod\u00e8le de lesbienne qui hante l\u2019imaginaire collectif hexagonal au tournant du XXIe si\u00e8cle est masculin et peu engageant. On attribue aux lesbiennes, souligne-t-elle, une \u00abidentit\u00e9 taill\u00e9e dans le bois des id\u00e9es re\u00e7ues, qui les repr\u00e9sentent masculines, machos, n\u00e9vros\u00e9es, malheureuses\u00bb (10). Plus g\u00e9n\u00e9ralement, \u00abon fait de la sexualit\u00e9 ce qui les d\u00e9finit, le socle de leur identit\u00e9\u00bb (10).<\/p>\n<p>Ann M. Ciasullo (2012), qui a analys\u00e9 les repr\u00e9sentations des lesbiennes dans les m\u00e9dias de masse am\u00e9ricains des ann\u00e9es quatre-vingt-dix, acquiescerait sur ce dernier point. C\u2019est aussi \u00abla\u00bb sexualit\u00e9, et surtout pas \u00ableur(s)\u00bb sexualit\u00e9(s), qui d\u00e9finit ces figures \u00e0 l\u2019\u00e9cran. Si le corps de \u00abla lesbienne f\u00e9minine\u00bb (\u00abthe femme\u00bb) est beaucoup plus repr\u00e9sent\u00e9 aux \u00c9tats-unis que celui de \u00abla lesbienne masculine\u00bb (\u00abthe butch\u00bb), pr\u00e9cise-t-elle, c\u2019est parce que dans une culture de l\u2019image rien ne le distingue de celui de \u00abla\u00bb femme h\u00e9t\u00e9rosexuelle. Le vieil ordre a donc beau jeu de l\u2019int\u00e9grer dans ses r\u00e9seaux m\u00e9diatiques:<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-advgb-columns advgb-columns-wrapper\" id=\"advgb-cols-fc419638-a44a-4b65-b99a-aca47a8aaa5c\"><div class=\"advgb-columns-container\"><div class=\"advgb-columns advgb-columns-row advgb-is-mobile advgb-columns-1 layout-100 mbl-layout-stacked vgutter-10\">\n<div class=\"wp-block-advgb-column advgb-column\" id=\"advgb-col-87fe76a0-3228-486d-a53d-2986afa5c796\"><div class=\"advgb-column-inner\" style=\"border-style:none;border-width:1px\">\n<blockquote class=\"wp-block-quote\">\n<p>Mainstream media employ the femme body, I have argued, because the femme can be \u201cde-lesbianized\u201c; she is at once marked a lesbian and not a lesbian. The butch body, on the other hand, cannot be \u201cde-lesbianized\u201c; because her body is already and always marked as lesbian, she is\u00a0<em>more\u00a0<\/em>visible than the femme \u2013and thus, if represented, more \u201clesbian\u201c than the femme (Ciasullo, 2012: 340).<\/p>\n<cite><em>J\u2019ai montr\u00e9 que les m\u00e9dias de masse se servaient du corps f\u00e9minis\u00e9 de la lesbienne \u00abfemme\u00bb pour la \u00abd\u00e9-lesbianiser\u00bb. Celle-ci est \u00e0 la fois marqu\u00e9e comme une lesbienne et comme une non lesbienne. Le corps [non f\u00e9minis\u00e9] de la butch, lui, ne peut \u00eatre \u00ab d\u00e9-lesbianis\u00e9 \u00bb. Parce que son corps est d\u00e9j\u00e0 et toujours marqu\u00e9 comme lesbien [par son refus des attributs associ\u00e9s \u00e0 la f\u00e9minit\u00e9], la butch est plus visible que la \u00abfemme\u00bb et donc plus [clairement] \u00ablesbienne\u00bb qu\u2019elle en situation de repr\u00e9sentation.<\/em><\/cite><\/blockquote>\n<\/div><\/div>\n<\/div><\/div><\/div>\n\n\n<p>Arc et Chetcuti (2015: 37) notent une tendance similaire dans le feuilleton t\u00e9l\u00e9vis\u00e9 fran\u00e7ais \u00abPlus belle la vie\u00bb (2004-): \u00abla s\u00e9rie opte pour une repr\u00e9sentation mainstream des lesbiennes, quand elle ne verse pas dans certains clich\u00e9s (lesbiennes\u00a0<em>lipstick<\/em>) en voulant en briser d\u2019autres (lesbiennes camionneuses)\u00bb.<\/p>\n<p>Les personnages lesbiens occupent ainsi une place tr\u00e8s encadr\u00e9e dans la culture populaire. Dans les rares cas o\u00f9 ils tiennent un r\u00f4le de premier plan, ils incarnent des h\u00e9ro\u00efnes improbables, le plus souvent ravissantes, blanches, jeunes, cultiv\u00e9es, minces, relativement riches et \u00e0 l\u2019allure styl\u00e9e. Dans la s\u00e9rie\u00a0<em>The L Word\u00a0<\/em>(2004-2009), le personnage de couleur Bette Porter, tout en occupant un poste de haute direction, ressemble \u00e0 un top mod\u00e8le blanc qui passerait le plus clair de son temps \u00e0 magasiner et \u00e0 entretenir son corps, son visage et sa chevelure. Ce genre d\u2019apparence l\u00e9ch\u00e9e, voire griff\u00e9e, se retrouve \u00e9galement chez les autres lesbiennes f\u00e9minines de la s\u00e9rie, alors que leur salaire ne leur permettrait pas de s\u2019offrir un pareil\u00a0<em>look<\/em>.<\/p>\n<p>En ce qui a trait aux personnages de lesbiennes masculines, ils sont non seulement beaucoup plus rares, ils sont \u00e9galement rel\u00e9gu\u00e9s aux r\u00f4les de faire-valoir des protagonistes f\u00e9minins, que ceux-ci soient lesbiens ou non<sup class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--hover-on-desktop \" data-mfn=\"1\" data-mfn-post-scope=\"000000003e45bb14000000003cc379b9_7238\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-000000003e45bb14000000003cc379b9_7238-1\">1<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-000000003e45bb14000000003cc379b9_7238-1\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"1\">Voir l\u2019analyse que propose Ciasullo (2012 : 337) de Jane (Whoopi Golberg) dans <em>Boys on the Side<\/em> (1994) et de Geo (Queen Latifah) dans <em>Set It Off<\/em> (1996).<\/span>. Moins nantis et \u00e9l\u00e9gants que leurs contreparties, souvent moins blancs aussi, ils paraissent m\u00e9sadapt\u00e9s et doivent essuyer moquerie sur moquerie. Arc r\u00e9sume ainsi la repr\u00e9sentation d\u2019une \u00abcamionneuse\u00bb (incarn\u00e9e par Josiane Balasko) dans un film fran\u00e7ais de 1995 dont la popularit\u00e9 a atteint les \u00c9tats-Unis: \u00abune apparence virile et souvent peu gracieuse, \u00e0 l\u2019image de Marijo dans <em>Gazon maudit<\/em>, qui conduit son mini-van, cigarillo aux l\u00e8vres\u00bb (2006: 15). Elle souligne que ces lesbiennes sont g\u00e9n\u00e9ralement associ\u00e9es \u00e0 la classe ouvri\u00e8re, comme si cette appartenance dictait une apparence inad\u00e9quate et risible. Ce type de personnage n\u2019est d\u2019ailleurs pas repris dans la s\u00e9rie\u00a0<em>Plus belle la vie\u00a0<\/em>(2004-) o\u00f9 \u00ables attendus \u201cdu\u201d f\u00e9minin des couples lesbiens sont respect\u00e9s (il n\u2019y a pas de lesbiennes masculines ni androgynes). Ainsi l\u2019int\u00e9gration des lesbiennes [dans la culture fran\u00e7aise] passe par leur d\u00e9sarmement politique ou subversif\u00bb (Arc et Chetcuti, 2015: 56).<\/p>\n<p>Concr\u00e8tement, les s\u00e9ries et com\u00e9dies op\u00e8rent la d\u00e9s-\u00e9rotisation et la d\u00e9-cr\u00e9dibilisation des lesbiennes dites \u00abmasculines\u00bb. Le ph\u00e9nom\u00e8ne des\u00a0<em>drag kings<\/em>, qui conna\u00eet un regain de popularit\u00e9 \u00e0 la fin du XXe si\u00e8cle, r\u00e9pond \u00e0 cette attaque en rappelant de mani\u00e8re ludique que la masculinit\u00e9 est une performance. Mais on ne parodie pas impun\u00e9ment une classe dominante, quelle qu\u2019elle soit; c\u2019est de la f\u00e9minit\u00e9 que l\u2019on rit plus volontiers, comme en atteste l\u2019importante repr\u00e9sentation et popularit\u00e9 des\u00a0<em>drag queens<\/em>. Sourd \u00e0 ces \u00e9loquentes d\u00e9monstrations parmi d\u2019autres, l\u2019\u00c9tat maintient le cap de l\u2019existence de natures f\u00e9minine et masculine distinctes en r\u00e9servant le statut d\u2019homme et de femme aux individus reconnus tels par ses autorit\u00e9s m\u00e9dicales et l\u00e9gislatives. Les mass-m\u00e9dia relaient cette perspective essentialiste.<\/p>\n<p>Deux personnages de lesbienne masculine apparaissent bri\u00e8vement dans la s\u00e9rie\u00a0<em>The L Word<\/em>. Le premier, Ivan Aycock (nom qui laisse entendre: I\u2019ve a cock, c\u2019est-\u00e0-dire j\u2019ai une bite), est un\u00a0<em>drag king<\/em>\u00a0qui courtise une femme noire h\u00e9t\u00e9rosexuelle, Kit Porter. Or il dispara\u00eet abruptement de la s\u00e9rie lorsqu\u2019elle le surprend sans son phallus, le marqueur par excellence de la virilit\u00e9 en Occident. \u00a0Pris au jeu de sa performance, il s\u2019est identifi\u00e9 \u00e0 la figure de l\u2019homme h\u00e9t\u00e9rosexuel qu\u2019il donnait \u00e0 voir; \u00e0 moins que \u00e7a ne soit la sc\u00e9nariste (aid\u00e9e par les producteurs) qui ait consid\u00e9r\u00e9 ce protagoniste comme non viable?<\/p>\n<p>Le deuxi\u00e8me personnage de lesbienne masculine, Moira Sweeney, n\u2019appara\u00eet qu\u2019\u00e0 la troisi\u00e8me saison de la s\u00e9rie qui en compte six. Or \u00e0 peine sortie du placard, elle d\u00e9cide de s\u2019engager sur la voie de la transition sexuelle et devient Max (le plus grand). La testost\u00e9rone (autre marqueur de la virilit\u00e9) est d\u00e9sormais accessible, bien qu\u2019\u00e0 ses risques et p\u00e9rils, sur le march\u00e9 noir. Max, comme Marijo (<em>Gazon maudit<\/em>, 1995), tombe par ailleurs enceint, comme si tant qu\u2019elle s\u2019av\u00e8re possible, la maternit\u00e9 pr\u00e9valait sur toutes autres consid\u00e9rations. Ainsi, parall\u00e8lement \u00e0 la d\u00e9-lesbianisation des lesbiennes s\u2019affichant comme f\u00e9minines, on assiste \u00e0 l\u2019\u00e9vanescence de celles se pr\u00e9sentant comme masculines.<\/p>\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>In absentia<\/strong><\/h2>\n\n\n<p>Un fil rouge traverse les repr\u00e9sentations examin\u00e9es: la polarisation des lesbiennes en f\u00e9minines et masculines. Tandis que les premi\u00e8res sont instrumentalis\u00e9es en mod\u00e8les de beaut\u00e9 f\u00e9minine (pour les femmes) et objets de d\u00e9sir et de conqu\u00eate (pour les hommes), les deuxi\u00e8mes sont marginalis\u00e9es sur la base de leur r\u00e9sistance au syst\u00e8me h\u00e9t\u00e9rosexuel de la conformit\u00e9 du genre au sexe. L\u2019accentuation du statut social ou \u00abracial\u00bb (Ciasullo, 2012) de ces derni\u00e8res mises par ailleurs sur le potentiel classisme ou racisme des spectateurs. Si les f\u00e9minines sont pr\u00e9sentes parce qu\u2019elles sont non rep\u00e9rables en tant que lesbiennes, ce que Roseanne Kennedy (1994) nomme \u00abthe absence-presence\u00bb; les deuxi\u00e8mes ne le sont qu\u2019en tant que\u00a0<em>ugly bad girls<\/em>, un peu comme les jeunes hommes noirs rel\u00e9gu\u00e9s aux r\u00f4les de\u00a0<em>bad boys<\/em>\u00a0dans les productions hollywoodiennes.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s l\u2019hypersexualisation des lesbiennes dans les ann\u00e9es quatre-vingt-dix, a prolif\u00e9r\u00e9, dans les ann\u00e9es 2000, le ph\u00e9nom\u00e8ne de la fausse lesbianisation d\u2019h\u00e9t\u00e9rosexuelles notoires. L\u2019apparition syst\u00e9matique de m\u00e9ga stars<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"2\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002e2f0000000000000000_30824\"><sup class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--hover-on-desktop \" data-mfn=\"2\" data-mfn-post-scope=\"000000003e45bb14000000003cc379b9_7238\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-000000003e45bb14000000003cc379b9_7238-2\">2<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-000000003e45bb14000000003cc379b9_7238-2\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"2\">Britney Spears et Madonna aux MTV Video Music Awards de 2003, Shakira et Rihanna dans <em>Can\u2019t Remember to Forget You<\/em> (2014), Pen\u00e9lope Cruz pour la compagnie Schweppes en 2014. Ces exemples sont tir\u00e9s de l\u2019article \u00abSchweppes, les m\u00e9dias et le mythe de la lesbienne id\u00e9ale\u00bb de la revue Barbieturix. Un autre exemple notoire est le clip <em>T\u00e9l\u00e9phone<\/em> de Lady Gaga et Beyonc\u00e9 (2009).<\/span><\/sup>\u00a0dans des clips \u00e9vocateurs du \u00ablesbianisme\u00bb \u00e9moustillant de la pornographie, a fini de vider cette notion de sa dimension politique. Car ce que masque l\u2019ensemble des repr\u00e9sentations que je viens d\u2019analyser, c\u2019est ce qui peut inciter des femmes \u00e0 refuser de s\u2019inscrire dans un couple homme-femme (encore in\u00e9galitaire puisque les femmes n\u2019ont toujours pas les m\u00eames possibilit\u00e9s et salaires \u00e0 travail \u00e9gal que les hommes, \u00e9cart qui s\u2019accentuent quand elles sont racis\u00e9es), de vivre une maternit\u00e9 traditionnelle (qui tient une majorit\u00e9 de femmes pauvres en otages dans le contexte d\u2019une parentalit\u00e9 non partag\u00e9e \u00e0 \u00e9galit\u00e9 et d\u2019infrastructures sociales inad\u00e9quates) et de perp\u00e9tuer la famille patri-nucl\u00e9aire (o\u00f9 les femmes, en plus de travailler \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur du foyer, se retrouvent responsables des t\u00e2ches domestiques qu\u2019elles assument gratuitement)<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"3\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002e2f0000000000000000_30824\"><sup class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--hover-on-desktop \" data-mfn=\"3\" data-mfn-post-scope=\"000000003e45bb14000000003cc379b9_7238\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-000000003e45bb14000000003cc379b9_7238-3\">3<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-000000003e45bb14000000003cc379b9_7238-3\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"3\">Pour une synth\u00e8se de la situation actuelle des femmes, voir Attan\u00e9 <em>et al.<\/em> (2015).<\/span><\/sup>. Ce sont ces trois piliers, soit la division sexu\u00e9e du travail, la mise \u00e0 l\u2019\u00e9cart des femmes du politique et leur isolement les unes des autres, que les lesbiennes menacent par leur choix de vie.<\/p>\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>De la r\u00e9sistance<\/strong><\/h2>\n\n\n<p>Sans ce que Colette Guillaumin (1992) a appel\u00e9 l\u2019appropriation priv\u00e9e et collective de la classe des femmes (corps, esprit, travail, temps, etc.), ou \u00absexage\u00bb, l\u2019\u00e9conomie capitaliste n\u2019aurait pu prendre l\u2019expansion qu\u2019elle a connue. Le contr\u00f4le que les gouvernements ont exerc\u00e9 sur ce groupe social h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne, afin qu\u2019il produise et entretienne gratuitement les classes laborieuses (Federici, 2014), a en outre permis aux \u00e9tats imp\u00e9rialistes d\u2019envahir d\u2019autres nations, de les d\u00e9pouiller de leurs ressources et d\u2019exploiter leurs populations.<\/p>\n<p>Cette appropriation des femmes ne s\u2019est pas produite sans r\u00e9sistance de leur part. Dans les plantations des Cara\u00efbes et des \u00c9tats-Unis, certaines esclaves recouraient aux seules solutions \u00e0 leur port\u00e9e, soit le suicide ou l\u2019infanticide. Dans le cas du meurtre de leurs filles, elles leur \u00e9vitaient, outre l\u2019inhumanit\u00e9 de l\u2019asservissement, les viols et autres s\u00e9visses que leurs ma\u00eetres leur infligeaient d\u2019autant plus cruellement qu\u2019ils les voyaient comme non dignes du minimum de respect qu\u2019ils accordaient aux femmes blanches (hooks, 1981). Le lesbianisme, auquel recourent une vari\u00e9t\u00e9 d\u2019individus class\u00e9s femmes, constitue une autre forme de r\u00e9sistance \u00e0 cette appropriation.<\/p>\n<p>Pour Monique Wittig, \u00e0 l\u2019origine de la th\u00e9orie du lesbianisme mat\u00e9rialiste, les cat\u00e9gories qui \u00e9tablissent une diff\u00e9rence de nature entre des groupes sociaux masquent toujours un rapport de domination. Historiquement, les classes de sexe ont servi \u00e0 d\u00e9finir les \u00abhommes\u00bb comme les repr\u00e9sentants de la condition humaine et les \u00abfemmes\u00bb, comme un cas \u00abparticulier\u00bb de cette condition<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"4\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002e2f0000000000000000_30824\"><sup class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--hover-on-desktop \" data-mfn=\"4\" data-mfn-post-scope=\"000000003e45bb14000000003cc379b9_7238\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-000000003e45bb14000000003cc379b9_7238-4\">4<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-000000003e45bb14000000003cc379b9_7238-4\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"4\">La langue fran\u00e7aise t\u00e9moigne de cette position interm\u00e9diaire (entre mati\u00e8re et humain) r\u00e9serv\u00e9e aux femmes. Combien de substantifs signifient \u00e0 la fois une chose et un m\u00e9tier: cuisini\u00e8re, jardini\u00e8re, coiffeuse, etc.<\/span><\/sup>. Juges et parties, les premiers ont d\u00e9cr\u00e9t\u00e9 les secondes moins intelligentes et vertueuses qu\u2019eux. La m\u00eame situation s\u2019est produite avec les personnes de couleur, les colonis\u00e9s-es, les pauvres, les immigrants-es, etc. Les groupes sociaux en position d\u2019en exploiter d\u2019autres d\u00e9clarent ces derniers naturellement \u00abserviables\u00bb, \u00abd\u00e9vou\u00e9s\u00bb, \u00abaltruistes\u00bb, entendre \u00abinf\u00e9rieurs\u00bb.<\/p>\n<p>Dans la mesure o\u00f9 les lesbiennes politis\u00e9es ne se d\u00e9finissent pas par rapport aux hommes, Wittig consid\u00e8re qu\u2019elles rompent le contrat social de la \u00abpens\u00e9e\u00a0<em>straight<\/em>\u00bb (1992) qu\u2019elle nomme le r\u00e9gime \u00abh\u00e9t\u00e9rosexuel\u00bb, alors que d\u2019autres pr\u00e9f\u00e8rent le qualifier d\u2019\u00abh\u00e9t\u00e9rosocial\u00bb (Charest, 1994) pour bien souligner le fait qu\u2019il englobe l\u2019ensemble du syst\u00e8me politique et non seulement sa \u00abnorme h\u00e9t\u00e9rosexuelle\u00bb (voir la th\u00e9orie<em>\u00a0queer<\/em>). Wittig \u00e9crit: \u00ab\u201c lesbienne\u201d est le seul concept que je connaisse qui soit au-del\u00e0 des cat\u00e9gories de sexe parce que le sujet d\u00e9sign\u00e9 n\u2019est pas une femme, ni \u00e9conomiquement, ni politiquement, ni id\u00e9ologiquement\u00bb (1980: 83). Elle pr\u00e9cise que ce sujet n\u2019est pas plus un homme puisque les lesbiennes ne b\u00e9n\u00e9ficient pas des privil\u00e8ges r\u00e9serv\u00e9s \u00e0 ces derniers, privil\u00e8ges qu\u2019elles d\u00e9noncent.<\/p>\n<p>Cette perspective sur le lesbianisme tranche avec celle qui circule d\u2019ordinaire et que reproduit\u00a0<em>Le Petit Robert<\/em>: \u00abhomosexualit\u00e9 f\u00e9minine\u00bb (2003: 1476). Cette formule laisse entendre que le lesbianisme serait l\u2019exact pendant de l\u2019\u00abhomosexualit\u00e9 masculine\u00bb, comme si les deux groupes sociaux, et les classes de sexe dont ils sont issus, \u00e9taient \u00e9quivalents en termes de moyens financiers, de statuts sociaux, de possibilit\u00e9s d\u2019\u00e9panouissement et de luttes. Or \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de la plan\u00e8te, les individus cat\u00e9goris\u00e9s \u00abfemmes\u00bb sont beaucoup plus pauvres et violent\u00e9es que les hommes, mais aussi beaucoup moins libres et instruits qu\u2019eux:\u00a0<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-advgb-columns advgb-columns-wrapper\" id=\"advgb-cols-e6d4487e-d20e-485f-9d63-0c6fa79cc966\"><div class=\"advgb-columns-container\"><div class=\"advgb-columns advgb-columns-row advgb-is-mobile advgb-columns-1 layout-100 mbl-layout-stacked vgutter-10\">\n<div class=\"wp-block-advgb-column advgb-column\" id=\"advgb-col-c5ecb966-31c9-4043-9755-bd618a95f4fe\"><div class=\"advgb-column-inner\" style=\"border-style:none;border-width:1px\">\n<blockquote class=\"wp-block-quote\">\n<p><em>Les femmes constituent 70 % des 1,2 milliard de personnes vivant avec moins de 1 dollar\/jour. L\u2019\u00e9galit\u00e9 salariale n\u2019existe dans aucun pays. Ainsi, dans l\u2019Union europ\u00e9enne, les femmes gagnent en moyenne 17 % de moins que les hommes. Partout le ch\u00f4mage, la pr\u00e9carit\u00e9, le travail non qualifi\u00e9 et \u00e0 temps partiel touchent en premier lieu les femmes<\/em><sup class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--hover-on-desktop \" data-mfn=\"5\" data-mfn-post-scope=\"000000003e45bb14000000003cc379b9_7238\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-000000003e45bb14000000003cc379b9_7238-5\">5<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-000000003e45bb14000000003cc379b9_7238-5\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"5\"><a href=\"http:\/\/www.adequations.org\/spip.php?rubrique1\">http:\/\/www.adequations.org\/spip.php?rubrique1<\/a>, consult\u00e9 le 1e septembre 2014.<\/span>.\u00a0<\/p>\n<\/blockquote>\n<\/div><\/div>\n<\/div><\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-advgb-columns advgb-columns-wrapper\" id=\"advgb-cols-50207bbf-77c9-4982-a4cf-34ec7eaa71b6\"><div class=\"advgb-columns-container\"><div class=\"advgb-columns advgb-columns-row advgb-is-mobile advgb-columns-1 layout-100 mbl-layout-stacked vgutter-10\">\n<div class=\"wp-block-advgb-column advgb-column\" id=\"advgb-col-31af3fd1-70ce-4839-8f4e-350028684520\"><div class=\"advgb-column-inner\" style=\"border-style:none;border-width:1px\">\n<blockquote class=\"wp-block-quote\">\n<p><em>Chaque ann\u00e9e, quatre millions d\u2019entre elles sont vendues et achet\u00e9es pour le mariage forc\u00e9, l\u2019esclavage, la prostitution. Des 40 millions de personnes qui sont prostitu\u00e9es dans le monde, la grande majorit\u00e9 sont des femmes et des enfants<\/em><sup class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--hover-on-desktop \" data-mfn=\"6\" data-mfn-post-scope=\"000000003e45bb14000000003cc379b9_7238\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-000000003e45bb14000000003cc379b9_7238-6\">6<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-000000003e45bb14000000003cc379b9_7238-6\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"6\"><a href=\"http:\/\/www.adequations.org\/spip.php?article963\">http:\/\/www.adequations.org\/spip.php?article963<\/a>, consult\u00e9 le 1e septembre 2014.<\/span>.<\/p>\n<\/blockquote>\n<\/div><\/div>\n<\/div><\/div><\/div>\n\n\n<p>Les d\u00e9finitions doxiques du lesbianisme comme une homosexualit\u00e9 f\u00e9minine ou une sexualit\u00e9 parmi d\u2019autres gomment la r\u00e9sistance qu\u2019il repr\u00e9sente \u00e0 un r\u00e9gime reposant sur l\u2019accessibilit\u00e9 des femmes, et le contr\u00f4le de leur capacit\u00e9 reproductive. Que cette r\u00e9sistance soit revendiqu\u00e9e ou non par les lesbiennes elles-m\u00eames ne la r\u00e9duit en rien. Par ailleurs, si toutes ne sont pas politis\u00e9es, peu ignorent le statut in\u00e9galitaire des femmes, les injonctions qui p\u00e8sent sur elles et les injustices qu\u2019elles vivent sinon dans leur entourage imm\u00e9diat, \u00e0 tout le moins \u00e0 travers le monde. Dans le cadre du pr\u00e9sent texte, j\u2019entends le terme \u00ablesbienne\u00bb dans le sens suivant: tout \u00eatre autonome ayant subi la socialisation impos\u00e9e aux membres de la classe particularis\u00e9e des \u00abfemmes\u00bb et r\u00e9servant son attention la plus soutenue et sa vie intime aux \u00eatres ayant ce m\u00eame parcours.<\/p>\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Quand la perspective se renverse<\/strong><\/h2>\n\n\n<p>Pour d\u00e9crire les repr\u00e9sentations des lesbiennes dans les mass-m\u00e9dia, le n\u00e9ologisme \u00ablesbicide\u00bb me semble plus appropri\u00e9 que le mot \u00ablesbophobie\u00bb. Officiellement, \u00ablesbophobie\u00bb renvoie aux effets crois\u00e9s de l\u2019homophobie et du sexisme. Litt\u00e9ralement, il s\u2019entend comme la peur du lesbianisme. Or, on vient de le voir, c\u2019est bien davantage \u00e0 son oblit\u00e9ration que l\u2019on assiste. Dans les faits, celle-ci s\u2019op\u00e8re par la mise en place de m\u00e9canismes, symboliques et mat\u00e9riels, qui vont de l\u2019invisibilisation \u00e0 la r\u00e9cup\u00e9ration, des insultes au viol punitif, du m\u00e9pris au meurtre. En ce sens, elle cible moins une identit\u00e9 sexuelle qu\u2019auraient les lesbiennes que leur r\u00e9alit\u00e9 m\u00eame, non une nature qui leur serait propre, mais leur positionnement politique sur l\u2019\u00e9chiquier h\u00e9t\u00e9rosocial.<\/p>\n<p>Sauf exception, l\u2019accessibilit\u00e9 des \u0153uvres de lesbiennes s\u2019affichant comme telles n\u2019est pas plus acquise que ne l\u2019est leur pr\u00e9sence dans les m\u00e9dias. Historiquement, les \u0153uvres de lesbiennes les plus largement diffus\u00e9es l\u2019ont \u00e9t\u00e9 parce que ces derni\u00e8res avaient cach\u00e9 cet aspect de leur vie. Je ne citerai que deux exemples contemporains chez nos voisins du sud: ceux de l\u2019auteure Susan Sontag (1933-2004) et de la photographe des magazines\u00a0<em>Rolling Stone<\/em>,\u00a0<em>Vanity Fair<\/em>\u00a0et\u00a0<em>Vogue,<\/em>\u00a0Annie Leibovitz (Davidson, 2011). Il faudra attendre le d\u00e9c\u00e8s de la premi\u00e8re pour que l\u2019on apprenne, \u00e0 travers de bouleversantes photos de la seconde, qu\u2019elles \u00e9taient des compagnes de vie (ces photos montrent, entre autres, les derniers moments du combat de Sontag contre le cancer). \u00c0 ce stade de sa carri\u00e8re, la qualit\u00e9 du travail de Leibovitz ne risquait plus d\u2019\u00eatre remise en question, sa r\u00e9putation internationale \u00e9tant solidement \u00e9tablie. Elle \u00e9tait alors et est encore aujourd\u2019hui la photographe la plus reconnue de la plan\u00e8te (Bellafante, 2003). Inutile toutefois de chercher dans les \u0153uvres de telles c\u00e9l\u00e9brit\u00e9s, pourtant engag\u00e9es \u00e0 gauche, des repr\u00e9sentations du lesbicide.<\/p>\n<p>Du c\u00f4t\u00e9 des artistes s\u2019identifiant clairement comme lesbiennes, mais beaucoup moins m\u00e9diatis\u00e9es, je ne peux passer sous silence Zanele Muholi, photographe noire d\u2019Afrique du Sud. L\u2019\u0153uvre imposante de cette \u00abmilitante visuelle\u00bb, comme elle se d\u00e9crit, atteste du lesbicide<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"7\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002e2f0000000000000000_30824\"><sup class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--hover-on-desktop \" data-mfn=\"7\" data-mfn-post-scope=\"000000003e45bb14000000003cc379b9_7238\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-000000003e45bb14000000003cc379b9_7238-7\">7<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-000000003e45bb14000000003cc379b9_7238-7\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"7\">\u00abCorrective rape is on the rise in South Africa. More than 10 lesbians are raped or gang-raped weekly, as estimated by Luleki Sizwe, a South African nonprofit. It is estimated that at least 500 lesbians become victims of corrective rape every year and that 86% of black lesbians in the Western Cape live in fear of being sexually assaulted, as reported by the Triangle Project in 2008\u00bb (Di Silvio, 2011).<\/span><\/sup>\u00a0et y r\u00e9agit: \u00abShe uses photography to humanise and seek justice for the survivors of sexual violence, as well as those who have lost their lives<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"8\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002e2f0000000000000000_30824\"><sup class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--hover-on-desktop \" data-mfn=\"8\" data-mfn-post-scope=\"000000003e45bb14000000003cc379b9_7238\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-000000003e45bb14000000003cc379b9_7238-8\">8<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-000000003e45bb14000000003cc379b9_7238-8\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"8\"><a href=\"http:\/\/www.visibleproject.org\/blog\/award\/award-2013\/inkanyiso-zanele-muholi\/\">http:\/\/www.visibleproject.org\/blog\/award\/award-2013\/inkanyiso-zanele-muholi\/<\/a>.<\/span><\/sup>\u00a0\/ \u00ab<em>Elle utilise la photographie pour humaniser les survivantes des violences sexuelles et demander r\u00e9paration pour elles ainsi que pour celles qui n\u2019ont pu y survivre<\/em>\u00bb. Elle documente par ailleurs les viols dits \u00abcorrectifs\u00bb et les fun\u00e9railles de lesbiennes assassin\u00e9es dans son pays sur le site\u00a0<em>Inkanyiso<\/em><sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"9\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002e2f0000000000000000_30824\"><sup class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--hover-on-desktop \" data-mfn=\"9\" data-mfn-post-scope=\"000000003e45bb14000000003cc379b9_7238\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-000000003e45bb14000000003cc379b9_7238-9\">9<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-000000003e45bb14000000003cc379b9_7238-9\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"9\"><a href=\"http:\/\/inkanyiso.org\/\">http:\/\/inkanyiso.org\/<\/a>, consult\u00e9 le 8 septembre 2014.<\/span><\/sup>\u00a0(mot zulu qui signifie \u00ablumi\u00e8re\u00bb) qu\u2019elle a fond\u00e9. On y apprend, par exemple, que Disebo Gift Makau (23 ans), dont l\u2019enterrement a eu lieu le 23 ao\u00fbt 2014, a \u00e9t\u00e9 cruellement tortur\u00e9e avant de mourir.<\/p>\n<p>Voici comment le site de la Ga\u00eet\u00e9 Lyrique de Paris pr\u00e9sentait Muholi lors de son passage dans la ville fran\u00e7aise en novembre 2013:<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-advgb-columns advgb-columns-wrapper\" id=\"advgb-cols-8be06efd-303a-4882-91db-b73924c4de56\"><div class=\"advgb-columns-container\"><div class=\"advgb-columns advgb-columns-row advgb-is-mobile advgb-columns-1 layout-100 mbl-layout-stacked vgutter-10\">\n<div class=\"wp-block-advgb-column advgb-column\" id=\"advgb-col-9492a4f4-0ad3-419b-b741-f2787896f418\"><div class=\"advgb-column-inner\" style=\"border-style:none;border-width:1px\">\n<blockquote class=\"wp-block-quote\">\n<p><em>Zanele Muholi s\u2019est int\u00e9ress\u00e9e \u00e0 la photographie en r\u00e9alisant la valeur de ce support comme outil de sensibilisation \u00e0 la cause des victimes d\u2019homophobie, des viols et des homicides commis sur les lesbiennes. Ses portraits, frontaux, assum\u00e9s, racontent la fiert\u00e9 d\u2019une jeune g\u00e9n\u00e9ration de femmes et d\u2019hommes d\u00e9cid\u00e9s \u00e0 refuser en bloc discrimination et commis\u00e9ration<\/em><sup class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--hover-on-desktop \" data-mfn=\"10\" data-mfn-post-scope=\"000000003e45bb14000000003cc379b9_7238\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-000000003e45bb14000000003cc379b9_7238-10\">10<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-000000003e45bb14000000003cc379b9_7238-10\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"10\"><a href=\"http:\/\/gaite-lyrique.net\/photographies\/diaporama-de-zanele-muholi-photographe-realisatrice-et-activiste\">http:\/\/gaite-lyrique.net\/photographies\/diaporama-de-zanele-muholi-photographe-realisatrice-et-activiste<\/a>, consult\u00e9 le 9 mai 2014.<\/span>.\u00a0<\/p>\n<\/blockquote>\n<\/div><\/div>\n<\/div><\/div><\/div>\n\n\n<p>\u00abEn Afrique du Sud, d\u00e9clare la photographe, plus de 500 lesbiennes sont assassin\u00e9es chaque ann\u00e9e [\u2026] et des milliers subissent [\u2026] le viol \u201ccorrectif\u201d cens\u00e9 les ramener \u00e0 l\u2019h\u00e9t\u00e9rosexualit\u00e9\u00bb<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"11\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002e2f0000000000000000_30824\"><sup class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--hover-on-desktop \" data-mfn=\"11\" data-mfn-post-scope=\"000000003e45bb14000000003cc379b9_7238\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-000000003e45bb14000000003cc379b9_7238-11\">11<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-000000003e45bb14000000003cc379b9_7238-11\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"11\"><a href=\"http:\/\/www.barbieturix.com\/2013\/10\/29\/zanele-muholi-du-queer-en-afrique\/\">http:\/\/www.barbieturix.com\/2013\/10\/29\/zanele-muholi-du-queer-en-afrique\/<\/a> consult\u00e9 le 12 mai 2014.<\/span><\/sup>. Mais si tout le monde a entendu parler de Sontag et a vu au moins une, sinon plusieurs photos de Leibovitz, Muholi et son \u00abartivisme<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"12\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002e2f0000000000000000_30824\"><sup class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--hover-on-desktop \" data-mfn=\"12\" data-mfn-post-scope=\"000000003e45bb14000000003cc379b9_7238\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-000000003e45bb14000000003cc379b9_7238-12\">12<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-000000003e45bb14000000003cc379b9_7238-12\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"12\">St\u00e9phanie Lemoine et Samira Ouardi donnent cette d\u00e9finition: \u00abL\u2019artivisme est l\u2019art d\u2019artistes militants [\u2026]. Art engag\u00e9 et engageant, il cherche \u00e0 mobiliser le spectateur, \u00e0 le sortir de son inertie suppos\u00e9e, \u00e0 lui faire prendre position\u00bb, dans <em>Artivisme: art militant et activisme artistique depuis les ann\u00e9es 60<\/em> (4e de couverture, 2010).<\/span><\/sup>\u00bb restent largement m\u00e9connus du grand public.<\/p>\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Un corpus lesbien<\/strong><\/h2>\n\n\n<p>Trois \u0153uvres, chacune d\u2019une artiste provenant d\u2019un pays occidental distinct, constituent le corpus que j\u2019analyse dans la suite de ce texte. Pour s\u00e9lectionner ces \u0153uvres, j\u2019ai retenu trois crit\u00e8res. Le premier est la visibilit\u00e9 de l\u2019artiste en tant que lesbienne; le deuxi\u00e8me, la (toute) relative accessibilit\u00e9 des \u0153uvres et le troisi\u00e8me, leur appartenance \u00e0 un m\u00eame genre artistique.<\/p>\n<p>On ne s\u2019\u00e9tonnera pas qu\u2019un th\u00e8me aussi charg\u00e9 politiquement que le lesbianisme ait \u00e9t\u00e9 propos\u00e9 sous des emballages trompeurs, non seulement dans les m\u00e9dias mais \u00e9galement dans la litt\u00e9rature. Au si\u00e8cle dernier, il en a \u00e9t\u00e9 ainsi du\u00a0<em>lesbian pulp<\/em>\u00a0dont les couvertures pornographiques ne laissaient rien pr\u00e9sager de la qualit\u00e9 des textes par ailleurs encadr\u00e9s par les codes moraux que l\u2019on devine (Fortier, 1998: 32). Plus r\u00e9cemment, des artistes lesbiennes se sont tourn\u00e9es vers des genres marginaux leur permettant d\u2019avoir un meilleur contr\u00f4le sur la repr\u00e9sentation visuelle et textuelle de leur r\u00e9alit\u00e9, comme la bande dessin\u00e9e. Cette forme connait une telle popularit\u00e9 depuis le d\u00e9but du si\u00e8cle qu\u2019on serait tent\u00e9 de l\u2019associer \u00e0 l\u2019\u00e9mergence de mouvements de r\u00e9volte et d\u2019indignation face aux dictatures politiques et \u00e9conomiques.\u00a0<\/p>\n<p>Oc\u00e9anerosemarie, une com\u00e9dienne fran\u00e7aise ayant mont\u00e9 un spectacle inspir\u00e9 de sa vie, a ainsi choisi de transposer ce dernier sous cette forme en 2013. En quatri\u00e8me de couverture de l\u2019album intitul\u00e9\u00a0<em>La Lesbienne invisible<\/em><sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"13\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002e2f0000000000000000_30824\"><sup class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--hover-on-desktop \" data-mfn=\"13\" data-mfn-post-scope=\"000000003e45bb14000000003cc379b9_7238\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-000000003e45bb14000000003cc379b9_7238-13\">13<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-000000003e45bb14000000003cc379b9_7238-13\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"13\"> Co-sc\u00e9naris\u00e9 avec Murielle Magellan, illustrations de Sandrine Revel (Delcourt, 2013).<\/span><\/sup>, on lit qu\u2019\u00abelle d\u00e9crypte sous le trait malicieux de Sandrine Revel [l\u2019illustratrice] les id\u00e9es re\u00e7ues sur les lesbiennes\u2026 [\u2026]\u00bb. N\u2019\u00e9tant pas b\u00e9d\u00e9iste, elle a d\u00fb faire appel \u00e0 cette dessinatrice, ainsi qu\u2019\u00e0 une sc\u00e9nariste. Pour rester dans les limites du genre et \u00e9viter la lourdeur de formules comme l\u2019auteure, la sc\u00e9nariste et\/ou l\u2019illustratrice, j\u2019ai opt\u00e9 pour des \u0153uvres enti\u00e8rement cr\u00e9\u00e9es (c\u2019est-\u00e0-dire \u00e9crites et dessin\u00e9es) par une seule et m\u00eame personne.<\/p>\n<p>Les trois \u0153uvres graphiques que j\u2019ai retenues sont parues entre 2010 et 2014, et ont toutes \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9es par une artiste prim\u00e9e.\u00a0<em>Le bleu est une couleur chaude<\/em><sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"14\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002e2f0000000000000000_30824\"><sup class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--hover-on-desktop \" data-mfn=\"14\" data-mfn-post-scope=\"000000003e45bb14000000003cc379b9_7238\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-000000003e45bb14000000003cc379b9_7238-14\">14<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-000000003e45bb14000000003cc379b9_7238-14\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"14\">Premi\u00e8re bande dessin\u00e9e \u00e0 inspirer un film, <em>La vie d\u2019Ad\u00e8le: Chapitres 1 et 2<\/em>, celui-ci re\u00e7oit la Palme d\u2019Or en 2013.<\/span><\/sup>, de la Fran\u00e7aise Julie Maroh, para\u00eet en 2010,\u00a0<em>Are You My Mother? A Comic Drama<\/em><sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"15\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002e2f0000000000000000_30824\"><sup class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--hover-on-desktop \" data-mfn=\"15\" data-mfn-post-scope=\"000000003e45bb14000000003cc379b9_7238\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-000000003e45bb14000000003cc379b9_7238-15\">15<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-000000003e45bb14000000003cc379b9_7238-15\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"15\">Traduit par <em>C\u2019est toi ma maman? Un drame comique<\/em>, trad. de l\u2019anglais par Lili Sztajn et Corinne Julve (Deno\u00ebl, 2013).<\/span><\/sup>\u00a0de l\u2019Am\u00e9ricaine Alison Bechdel, en 2013, et enfin <em>J\u2019aime les filles<\/em> de la Canadienne d\u2019origine ab\u00e9naquise, Obom (pseudonyme de Diane Obomsawin), en 2014. Contrairement au titre et \u00e0 la pr\u00e9sentation de la b\u00e9d\u00e9<em>\u00a0La lesbienne invisible<\/em><sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"16\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002e2f0000000000000000_30824\"><sup class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--hover-on-desktop \" data-mfn=\"16\" data-mfn-post-scope=\"000000003e45bb14000000003cc379b9_7238\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-000000003e45bb14000000003cc379b9_7238-16\">16<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-000000003e45bb14000000003cc379b9_7238-16\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"16\">\u00abLa\u00bb lesbienne dont il est question dans cet album ne bouscule pas les codes de la f\u00e9minit\u00e9.<\/span><\/sup>, il n\u2019y a pas de r\u00e9f\u00e9rences directes ici \u00e0 l\u2019oblit\u00e9ration des lesbiennes ou aux pr\u00e9jug\u00e9s qu\u2019elles doivent affronter. Comme pour Oc\u00e9anerosemarie, et de l\u2019aveu des artistes elles-m\u00eames, le propos s\u2019inspire d\u2019exp\u00e9riences v\u00e9cues.<\/p>\n<p>Devant cette d\u00e9marche autobiographique des artistes, on s\u2019attendait, du c\u00f4t\u00e9 de la r\u00e9ception, au silence habituel ou \u00e0 un \u00e9reintement des \u0153uvres. Or celles-ci \u2212dans la mesure o\u00f9 elles traitent de la d\u00e9couverte de l\u2019attirance sexuelle, de l\u2019amour et de la qu\u00eate de soi\u2013 ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9clar\u00e9es universelles. S\u2019inspirant de l\u2019\u0153uvre de Maroh, un r\u00e9alisateur tournera un film (<em>La vie d\u2019Ad\u00e8le<\/em>) qui gagne la Palme d\u2019or en 2013. Celle de Bechdel d\u00e9croche le titre de\u00a0<em>New York Times Bestseller<\/em>. Enfin, celle r\u00e9cemment parue d\u2019Obom fait l\u2019objet d\u2019une r\u00e9ception plus qu\u2019\u00e9logieuse, si bien que la b\u00e9d\u00e9iste r\u00e9alise \u00e0 l\u2019heure actuelle un film d\u2019animation \u00e0 partir de sections de son album. Ainsi, dans les trois cas, la reconnaissance est au rendez-vous. Comment expliquer cette r\u00e9ussite? Est-ce l\u2019engouement actuel pour les r\u00e9cits de vie et les histoires illustr\u00e9es, combin\u00e9 au talent ind\u00e9niable des artistes? Ou est-ce le monde qui est en train de changer? Commen\u00e7ons par voir comment ces \u0153uvres sont pr\u00e9sent\u00e9es.<\/p>\n<p>Dans\u00a0<em>Le bleu est une couleur chaude<\/em>, Maroh raconte le basculement de la vie de Cl\u00e9mentine \u00able jour o\u00f9 elle rencontre Emma, une jeune fille aux cheveux teints en bleu, qui lui fait d\u00e9couvrir toutes les facettes du d\u00e9sir et lui permettra d\u2019affronter le regard des autres\u00bb (4e de couverture). Dans\u00a0<em>Are You My Mother?<\/em>, Bechdel, \u00e0 travers \u00abune qu\u00eate pour comprendre sa relation complexe avec sa m\u00e8re, [\u2026] une femme dont les aspirations artistiques ont baign\u00e9 [son] enfance<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"17\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002e2f0000000000000000_30824\"><sup class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--hover-on-desktop \" data-mfn=\"17\" data-mfn-post-scope=\"000000003e45bb14000000003cc379b9_7238\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-000000003e45bb14000000003cc379b9_7238-17\">17<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-000000003e45bb14000000003cc379b9_7238-17\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"17\">Il s\u2019agit de ma traduction.<\/span><\/sup>\u00bb (4e de couverture), \u00absonde les origines de son homosexualit\u00e9 et [\u2026] la difficult\u00e9 de se b\u00e2tir une vie amoureuse harmonieuse<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"18\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002e2f0000000000000000_30824\"><sup class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--hover-on-desktop \" data-mfn=\"18\" data-mfn-post-scope=\"000000003e45bb14000000003cc379b9_7238\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-000000003e45bb14000000003cc379b9_7238-18\">18<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-000000003e45bb14000000003cc379b9_7238-18\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"18\"><a href=\"http:\/\/www.20minutes.fr\/livres\/1253791-20131123-c-maman-drame-comique-alison-bechdel-chez-denoel-graphic-paris-France\">http:\/\/www.20minutes.fr\/livres\/1253791-20131123-c-maman-drame-comique-alison-bechdel-chez-denoel-graphic-paris-France<\/a> consult\u00e9 le 14 mai 2014.<\/span><\/sup>\u00bb. Enfin, dans\u00a0<em>J\u2019aime les filles<\/em>, Obom \u00abmet en image dix courts r\u00e9cits de premiers \u00e9mois v\u00e9cus par des filles qui aiment les filles, chacune d\u2019elles repr\u00e9sent\u00e9e par un animal diff\u00e9rent [\u2026]\u00bb (4e de couverture de la version anglaise de l\u2019\u0153uvre<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"19\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002e2f0000000000000000_30824\"><sup class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--hover-on-desktop \" data-mfn=\"19\" data-mfn-post-scope=\"000000003e45bb14000000003cc379b9_7238\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-000000003e45bb14000000003cc379b9_7238-19\">19<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-000000003e45bb14000000003cc379b9_7238-19\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"19\">Je traduis. <em>On Loving Women<\/em> (Drawn &amp; Quarterly, 2014) est sign\u00e9 Diane Obomsawin (plu\u00f4t qu\u2019Obom) et est traduit par Helge Dasher. Le dessin qui appara\u00eet sur sa premi\u00e8re de couverture est beaucoup plus pudique que celui qui appara\u00eet sur celle de la version originale. Par ailleurs, la quatri\u00e8me de couverture originale ne comporte qu\u2019un dessin, alors que celle de la traduction rassemble, outre un dessin diff\u00e9rent, une citation d\u2019un commentaire \u00e9logieux et un r\u00e9sum\u00e9.<\/span><\/sup>).<\/p>\n<p>Ces r\u00e9sum\u00e9s \u00e9clairent la teneur des titres. Celui, d\u00e9claratif, de Maroh,\u00a0<em>Le bleu est une couleur chaude<\/em>, en renversant la perception admise sur la \u00abtemp\u00e9rature\u00bb de cette couleur dite \u00abfroide\u00bb, illustre le bouleversement que produit un amour lesbien sur la vision h\u00e9t\u00e9rosociale du monde qui nous est inculqu\u00e9e. L\u2019association du bleu, couleur de l\u2019infini et donc de la libert\u00e9, \u00e0 Emma, artiste et militante au sein du mouvement LGBT, est d\u2019autant plus \u00e9loquente qu\u2019elle bouscule les codes sociaux contemporains qui r\u00e9servent cette couleur, comme on le sait, aux gar\u00e7ons. Sa chevelure bleue marquerait en ce sens son d\u00e9sir de vivre dans une soci\u00e9t\u00e9 plus ouverte et inclusive. Il faut sans doute rappeler que cette \u0153uvre para\u00eet dans une France qui s\u2019affiche intol\u00e9rante vis-\u00e0-vis de l\u2019homosexualit\u00e9 et des questions li\u00e9es au genre. Cette intol\u00e9rance est toutefois contest\u00e9e de l\u2019int\u00e9rieur par un ensemble d\u2019organismes progressifs. Comme Emma, sa cr\u00e9atrice Maroh, n\u00e9e en 1985, s\u2019oppose activement au conservatisme de son pays. Il n\u2019en va toutefois pas de m\u00eame pour le personnage de la jeune Cl\u00e9mentine, qui n\u2019arrivera \u00e0 vivre son lesbianisme que dans le secret et l\u2019invisibilit\u00e9.<\/p>\n<p>Le titre interrogatif de Bechdel\u00a0<em>Are You My Mother?<\/em>\u00a0est quant \u00e0 lui, emprunt\u00e9 \u00e0 un conte pour enfants de P. D. Eastman. Dans ce conte, un oisillon, \u00e9clos pendant que sa m\u00e8re est en qu\u00eate de nourriture pour lui, part \u00e0 sa recherche. Comme il ne sait pas \u00e0 quoi elle ressemble, il demande successivement \u00e0 un chien, un chat, un avion et une pelleteuse m\u00e9canique s\u2019ils sont sa m\u00e8re. Cette r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 une \u0153uvre qui para\u00eet en 1960, soit l\u2019ann\u00e9e de la naissance de Bechdel, est aussi un indicateur historique sur le plan des droits des minorit\u00e9s, quasi inexistants \u00e0 l\u2019\u00e9poque. Dans cette Am\u00e9rique-l\u00e0, les femmes sont encore soumises \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 l\u00e9gale de leur mari et les homosexuels passent pour de dangereux d\u00e9viants. Ce contexte r\u00e9pressif contribue \u00e0 expliquer l\u2019attitude distante de la m\u00e8re de Bechdel vis-\u00e0-vis de sa fille. D\u2019une part, cette \u00e9pouse traditionnelle et croyante \u00e9tait aux prises avec un \u00e9poux col\u00e9rique et contr\u00f4lant, dont les aventures homosexuelles clandestines pesaient comme une \u00e9p\u00e9e de Damocl\u00e8s sur la famille. D\u2019autre part, elle \u00e9tait dou\u00e9e pour la musique et l\u2019art dramatique, et souffrait de ne pas pouvoir se r\u00e9aliser sur le plan artistique. Elle encouragera d\u2019ailleurs sa fille \u00e0 le faire, allant m\u00eame jusqu\u2019\u00e0 lui conseiller de ne pas avoir d\u2019enfants pour y arriver<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"20\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002e2f0000000000000000_30824\"><sup class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--hover-on-desktop \" data-mfn=\"20\" data-mfn-post-scope=\"000000003e45bb14000000003cc379b9_7238\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-000000003e45bb14000000003cc379b9_7238-20\">20<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-000000003e45bb14000000003cc379b9_7238-20\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"20\">\u00abJ\u2019ai re\u00e7u ce message de ma m\u00e8re: n\u2019aie pas d\u2019enfant (<em>rires<\/em>). Elle ne l\u2019a jamais dit mot pour mot. Mais je le savais. J\u2019ai toujours eu le sentiment qu\u2019avoir des enfants l\u2019a emp\u00each\u00e9e de mener sa vie, de s\u2019\u00e9manciper. C\u2019\u00e9tait donc \u00e0 moi de faire les choses qu\u2019elle n\u2019a jamais pu faire.\u00bb <a href=\"http:\/\/www.lesinrocks.com\/2014\/02\/21\/actualite\/societe\/alison-bechdel-nos-parents-peuvent-nous-rabaisser-et-nous-reprimer-11475950\/\">http:\/\/www.lesinrocks.com\/2014\/02\/21\/actualite\/societe\/alison-bechdel-nos-parents-peuvent-nous-rabaisser-et-nous-reprimer-11475950\/<\/a> consult\u00e9 le 14 mai 2014.<\/span><\/sup>. Bechdel fera plus, elle deviendra, au grand dam de sa m\u00e8re, non seulement f\u00e9ministe militant en faveur de l\u2019avortement, mais \u00e9galement lesbienne!<\/p>\n<p>Le titre de l\u2019\u0153uvre graphique d\u2019Obom provient lui aussi d\u2019un emprunt. \u00abJ\u2019aime les filles\u00bb est l\u2019intitul\u00e9 d\u2019une chanson de Jacques Lanzman. Il est aussi son refrain r\u00e9p\u00e9t\u00e9 vingt-quatre fois en trois minutes vingt-cinq secondes. Il s\u2019agit en fait d\u2019une anaphore, la figure de style par excellence de l\u2019obsession, mais aussi du plaidoyer, de la d\u00e9termination, en l\u2019occurrence \u00e0 dire son \u00abamour\u00bb des filles. Interpr\u00e9t\u00e9e par un Jacques Dutronc charmeur, cette chanson eut un succ\u00e8s retentissant lors de sa sortie en 1967. Obom a alors neuf ans, l\u2019\u00e2ge des premi\u00e8res fascinations qui se portent, dans son cas, sur les chevaux, Superwoman et les filles, une formule explosive que la chanson de Lanzman cristallise dans un tout autre sens que celui de l\u2019\u00e9poque.<\/p>\n<p>Dans son \u0153uvre, cr\u00e9\u00e9e 46 ans plus tard, Obom op\u00e8re le d\u00e9tournement du cadre h\u00e9t\u00e9rosexuel et sexiste de la chanson, qui donne la parole \u00e0 un homme collectionneur de jeunes femmes<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"21\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002e2f0000000000000000_30824\"><sup class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--hover-on-desktop \" data-mfn=\"21\" data-mfn-post-scope=\"000000003e45bb14000000003cc379b9_7238\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-000000003e45bb14000000003cc379b9_7238-21\">21<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-000000003e45bb14000000003cc379b9_7238-21\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"21\">Dans la version du 16 novembre 1967 (Archives INA) que l\u2019on trouve en ligne \u00e0 l\u2019adresse suivante : <a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=E0xRuumAY6Y\">https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=E0xRuumAY6Y<\/a>, Dutronc est entour\u00e9 de six jolies jeunes femmes, trois post\u00e9es derri\u00e8re un cadre vertical vide et trois assises par terre \u00e0 m\u00eame le plancher. Il se prom\u00e8ne de l\u2019une \u00e0 l\u2019autre tandis qu\u2019elles restent immobiles et silencieuses. Au moment o\u00f9 il s\u2019assied dans un fauteuil confortable, une septi\u00e8me jeune femme vient lui apporter un t\u00e9l\u00e9phone afin qu\u2019il puisse r\u00e9pondre aux \u00abfilles\u00bb qui l\u2019appellent sans qu\u2019on entende jamais leur voix. Consult\u00e9 le 16 septembre 2014.<\/span><\/sup>. Elle raconte ainsi la d\u00e9couverte que font dix lesbiennes, dont elle-m\u00eame, de leur attirance pour une fille. De la sorte, elle remplace l\u2019univers du fantasme sexuel don-juanesque, ou du r\u00e9cit de vie d\u2019un s\u00e9ducteur, sugg\u00e9r\u00e9s par la chanson de Lanzman et la performance qu\u2019en donne Dutronc, par un moment cl\u00e9 de la vie de lesbiennes. La promenade du chanteur entre des filles sages comme des images et interchangeables, s\u2019est transform\u00e9e en une suite de rencontres originales entre individus dot\u00e9s d\u2019une parole propre (parfois en langue des signes<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"22\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002e2f0000000000000000_30824\"><sup class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--hover-on-desktop \" data-mfn=\"22\" data-mfn-post-scope=\"000000003e45bb14000000003cc379b9_7238\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-000000003e45bb14000000003cc379b9_7238-22\">22<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-000000003e45bb14000000003cc379b9_7238-22\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"22\">Dans l\u2019\u00abautob\u00e9d\u00e9graphie\u00bb intitul\u00e9e <em>C\u2019est tomb\u00e9 dans l\u2019oreille d\u2019une sourde<\/em> (<em>Canadian Disability Activism Beyond the Charter: Location Artistic and Cultural Interventions<\/em>, sous la direction de M. Orsini et C. Kelly, UBC Press, 2014), V\u00e9ro Leduc met bien en relief l\u2019importance du point de vue: Qui \u00abparle\u00bb et pour qui ?<\/span><\/sup>) et d\u2019une agentivit\u00e9 que l\u2019ordre lesbicidaire n\u2019arr\u00eate pas.<\/p>\n<p><em>J\u2019aime les filles<\/em>\u00a0est la plus ludique et la plus d\u00e9pouill\u00e9e des trois \u0153uvres du corpus. Plut\u00f4t que d\u2019aborder la dimension psychologique des personnages, l\u2019artiste s\u2019appuie sur des topos \u00e9vocateurs pour les lesbiennes, comme la combativit\u00e9 des Amazones ou la libert\u00e9 des chevaux sauvages. Obom recourt par ailleurs \u00e0 la forme animale pour repr\u00e9senter l\u2019ensemble de ses personnages, lesbiens et non lesbiens. De la sorte, elle nous rappelle que nous appartenons tous \u00e0 la m\u00eame esp\u00e8ce. Avec une grande \u00e9conomie de mots et de traits, Obom ravive dans notre m\u00e9moire la premi\u00e8re fois o\u00f9 un \u00e9moi, faisant s\u2019emballer notre c\u0153ur, nous a saisis.<\/p>\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Repr\u00e9sentations du lesbicide<\/strong><\/h2>\n\n\n<p>Les affronts que subissent les lesbiennes ne constituent pas le sujet principal des trois \u0153uvres, mais ils sont loin d\u2019en \u00eatre absents. C\u2019est dans l\u2019album de Maroh qu\u2019ils occupent le plus de place et p\u00e8sent le plus lourdement sur le r\u00e9cit. Cela n\u2019est gu\u00e8re \u00e9tonnant \u00e0 la lumi\u00e8re des d\u00e9bats qui s\u00e9vissent en France depuis quelques ann\u00e9es. Alors que la repr\u00e9sentation directe d\u2019offenses fait l\u2019objet d\u2019\u00e0 peine six pages sur les 290 pages de l\u2019\u0153uvre de l\u2019Am\u00e9ricaine Bechdel et de trois des 81 pages de celui de la Canadienne francophone Obom, elle s\u2019\u00e9tale sur 32 des 151 pages que comporte\u00a0<em>Le Bleu est une couleur chaude<\/em>. Cette proportion \u00e9quivaut \u00e0 21 % de l\u2019\u0153uvre contre plus ou moins trois pour cent pour les deux autres.<\/p>\n<p>Le personnage le plus touch\u00e9 par les manifestations de haine vis-\u00e0-vis du lesbianisme est d\u2019ailleurs la jeune narratrice de cette histoire. Cl\u00e9mentine a 15 ans au moment o\u00f9 elle voit Emma pour la premi\u00e8re fois. Celle-ci marchait bras dessus bras dessus avec son amante dans la rue. La vision de cette fille aux cheveux bleus d\u00e9clenche une forte attirance chez elle, attirance qui lui fait \u00abhorreur\u00bb (19), comme elle l\u2019\u00e9crit dans son journal. Elle a int\u00e9gr\u00e9 la perception fortement n\u00e9gative de l\u2019homosexualit\u00e9 que v\u00e9hicule son entourage. Apr\u00e8s une ann\u00e9e de refoulement de son sentiment, elle osera aborder cette inconnue plus \u00e2g\u00e9e qu\u2019elle, geste qui lui vaudra d\u2019\u00eatre ostracis\u00e9e par ses amis. \u00c9berlu\u00e9e, Cl\u00e9mentine confronte une copine en lui demandant pourquoi elle l\u2019ignore soudainement. Le visage tordu par le d\u00e9go\u00fbt, celle-ci r\u00e9torque: \u00ab\u00c7a me donne envie de gerber rien que de penser que t\u2019\u00e9tais ma copine et que je t\u2019ai invit\u00e9e \u00e0 dormir chez moi\u00bb (63). Seul un gar\u00e7on de son groupe d\u2019amis, qui, on l\u2019apprendra par la suite, est dans le placard, lui restera fid\u00e8le.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s cet \u00e9pisode, Cl\u00e9mentine vivra du d\u00e9ni, des tiraillements, ainsi que des rencontres secr\u00e8tes avec Emma: \u00abMaintenant\u2026 Nous sommes tr\u00e8s proches. [\u2026] J\u2019attends\u2026 retenant mon souffle [\u2026]. Puis l\u2019instant d\u2019apr\u00e8s, la honte me gagne, je me hais\u00bb (83). L\u2019ann\u00e9e de ses 17 ans, ses parents d\u00e9couvrent sa relation avec Emma et la flanquent \u00e0 la porte: \u00abmon p\u00e8re d\u00e9figur\u00e9 par la col\u00e8re m\u2019a d\u00e9clar\u00e9 \uf0b2si tu pars avec elle, tu n\u2019es plus ma fille\uf0b2\u00bb (132). Elles emm\u00e9nagent ensemble et vivent un grand amour. Mais les rejets que Cl\u00e9mentine a subis l\u2019ont profond\u00e9ment affect\u00e9e et son d\u00e9sir de garder leur relation secr\u00e8te cr\u00e9e des tensions entre elles. Cl\u00e9mentine d\u00e9veloppe une d\u00e9pendance aux m\u00e9dicaments. Leur impact sur sa sant\u00e9 fragile sera d\u00e9vastateur. Durant sa trenti\u00e8me ann\u00e9e, elle tombe tr\u00e8s malade et Emma doit l\u2019emmener d\u2019urgence \u00e0 l\u2019h\u00f4pital. Elle se heurte \u00e0 un m\u00e9decin qui refusera cat\u00e9goriquement de la renseigner sur l\u2019\u00e9tat de Cl\u00e9mentine: \u00abJe ne peux parler qu\u2019\u00e0 un membre de sa famille\u00bb (146). Apr\u00e8s le d\u00e9c\u00e8s de celle-ci, son p\u00e8re, qu\u2019Emma n\u2019avait pas revu depuis qu\u2019il avait mis sa fille \u00e0 la porte, lui crachera sa haine sans daigner s\u2019adresser directement \u00e0 elle: \u00abJe ne vois pas ce que cette d\u00e9prav\u00e9e qui l\u2019a conduite \u00e0 sa perte fait ici\u00bb (27). Pas question qu\u2019il admette la part qu\u2019il a jou\u00e9 dans la d\u00e9tresse de sa fille. Il g\u00e2che de plus l\u2019ultime demande que cette derni\u00e8re lui avait faite: accueillir Emma une seule nuit sous son toit.<\/p>\n<p>Outre les r\u00e9actions de rejet et de haine que suscite le lesbianisme, Maroh montre leur effet sur sa narratrice, qui se d\u00e9nigre, s\u2019isole et se d\u00e9truit. Du c\u00f4t\u00e9 de\u00a0<em>J\u2019aime les filles<\/em>, les manifestations d\u2019animosit\u00e9 sont davantage circonscrites et compens\u00e9es par la pr\u00e9sence d\u2019autres lesbiennes ou d\u2019h\u00e9ro\u00efnes (Superwoman), ainsi qu\u2019un climat politique plus favorable (ann\u00e9es 70 et 80). Ainsi, leurs cons\u00e9quences sont beaucoup moins dramatiques que dans le r\u00e9cit de Maroh. La premi\u00e8re occurrence de celles-ci survient dans l\u2019\u00abHistoire de Sasha\u00bb. Lors d\u2019une prise de photos en photomaton, Sasha ne peut se retenir de donner un baiser \u00e0 sa meilleure amie. Celle-ci r\u00e9agit en criant au viol: \u00abJe suis rest\u00e9e bloqu\u00e9e pendant plusieurs ann\u00e9es pour faire les premiers pas\u00bb (5\/19<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"23\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002e2f0000000000000000_30824\"><sup class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--hover-on-desktop \" data-mfn=\"23\" data-mfn-post-scope=\"000000003e45bb14000000003cc379b9_7238\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-000000003e45bb14000000003cc379b9_7238-23\">23<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-000000003e45bb14000000003cc379b9_7238-23\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"23\"> La pagination n\u2019est donn\u00e9e que pour chaque histoire. Le premier chiffre renvoie \u00e0 cette pagination tandis que le second donne la page de l\u2019ensemble de l\u2019\u0153uvre \u00e0 partir de la pagination de la premi\u00e8re histoire.<\/span><\/sup>). Sasha ne s\u2019emp\u00eachera toutefois pas d\u2019\u00eatre claire d\u00e9sormais sur son attirance pour les filles, ce qui lui vaudra d\u2019\u00eatre sollicit\u00e9e par nombre de camarades d\u00e9sireuses \u00abde vivre une exp\u00e9rience homosexuelle\u00bb (7\/21), mais sans le pr\u00e9ciser. Cette curiosit\u00e9, qui peut donner \u00e0 la personne sollicit\u00e9e l\u2019impression d\u2019\u00eatre populaire, l\u2019instrumentalise, comme s\u2019en rend vite compte Sasha: \u00abil n\u2019y avait pas d\u2019amour\u00bb (7\/21). La derni\u00e8re occurrence d\u2019un affront se produit dans le r\u00e9cit qui suit imm\u00e9diatement celui-ci, r\u00e9cit qui a lieu dans la campagne qu\u00e9b\u00e9coise. Elle est le fait d\u2019une m\u00e8re qui, d\u00e9couvrant la relation de sa fille avec une amie, d\u00e9cide de l\u2019envoyer en Ontario pour les s\u00e9parer. Comme la situation se reproduit dans ce lieu, la m\u00e8re lui fait subir une humiliante visite chez un gyn\u00e9cologue, tient un conseil de famille culpabilisant et l\u2019envoie chez sa grande s\u0153ur \u00e0 Montr\u00e9al, la privant ainsi de son cheval ador\u00e9.<\/p>\n<p>Sans surprise, puisqu\u2019elle a opt\u00e9 pour un roman graphique de pr\u00e8s de 300 pages, les repr\u00e9sentations les plus complexes du lesbicide se trouvent chez Bechdel. Elles impliquent la m\u00e8re de la narratrice, une femme profond\u00e9ment religieuse que les aventures homosexuelles de son mari ont fortement \u00e9prouv\u00e9e<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"24\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002e2f0000000000000000_30824\"><sup class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--hover-on-desktop \" data-mfn=\"24\" data-mfn-post-scope=\"000000003e45bb14000000003cc379b9_7238\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-000000003e45bb14000000003cc379b9_7238-24\">24<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-000000003e45bb14000000003cc379b9_7238-24\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"24\">Dans le tome pr\u00e9c\u00e9dent des m\u00e9moires de Bechdel, qui traite de sa relation \u00e0 son p\u00e8re d\u00e9c\u00e9d\u00e9 en 1980, on apprend que ce dernier s\u2019est retrouv\u00e9 devant la justice pour avoir courtis\u00e9 un jeune homme mineur.<\/span><\/sup>. L\u2019incapacit\u00e9 de la m\u00e8re \u00e0 accepter le lesbianisme revendiqu\u00e9 de sa fille ne l\u2019emp\u00eache toutefois pas de la soutenir financi\u00e8rement apr\u00e8s ses \u00e9tudes pour qu\u2019elle puisse s\u2019imposer dans son art.<\/p>\n<p>Bechdel relate la r\u00e9action de sa m\u00e8re lorsqu\u2019elle lui apprend qu\u2019un \u00e9diteur est int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 publier une de ses b\u00e9d\u00e9s qui met en sc\u00e8ne des lesbiennes: \u00abIsn\u2019t that a rather narrow scope \/\u00a0<em>N\u2019est-ce pas d\u2019une port\u00e9e limit\u00e9e<\/em>\u00bb (181), lui r\u00e9pond-t-elle froidement, avant d\u2019ajouter \u00abYou\u2019re not going to use your real name, are you? \u00a0\/\u00a0<em>Tu ne vas pas utiliser ton vrai nom, n\u2019est-ce pas?<\/em>\u00bb (182). Au moment o\u00f9 Bechdel lui annonce que le contrat pour le premier tome de sa s\u00e9rie Dykes to Watch Out For est sign\u00e9, sa m\u00e8re revient \u00e0 la charge en lui demandant de ne pas utiliser son vrai nom: \u00abI don\u2019t want the relatives talking about you. What attitude am I suppose to take? Defend you? Laugh it off? \u00a0\/\u00a0<em>Je ne veux pas que la parent\u00e9 se mette \u00e0 parler de toi. Quelle attitude suis-je cens\u00e9e adopter ? Te d\u00e9fendre ? En rire ?<\/em>\u00bb (228). Jouant sur les sentiments, elle ajoute: \u00abCan\u2019t you understand me \u00a0\/\u00a0<em>Ne veux-tu pas me comprendre?<\/em>\u00bb (229). En une autre occasion, Bechdel souffrant d\u2019une rupture amoureuse, se r\u00e9fugiera en vain chez sa m\u00e8re, qui n\u2019aura pas un mot de r\u00e9confort pour elle.<\/p>\n<p>L\u2019une des lignes de force qui se d\u00e9ploient dans cette \u0153uvre complexe est la mise au jour par Bechdel de la nature des tensions qui existaient chez chacun de ses parents (l\u2019homosexualit\u00e9 refoul\u00e9e du p\u00e8re et les ambitions artistiques r\u00e9prim\u00e9es de la m\u00e8re<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"25\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002e2f0000000000000000_30824\"><sup class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--hover-on-desktop \" data-mfn=\"25\" data-mfn-post-scope=\"000000003e45bb14000000003cc379b9_7238\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-000000003e45bb14000000003cc379b9_7238-25\">25<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-000000003e45bb14000000003cc379b9_7238-25\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"25\">\u00ab s\u2019int\u00e9resse au rapport \u00e0 la m\u00e8re [\u2026][et] analyse avec minutie la difficult\u00e9 pour une femme de se poser comme sujet \u00bb, <a href=\"http:\/\/evene.lefigaro.fr\/livres\/livre\/alison-bechdel-lili-sztajn-corinne-julve-c-est-toi-ma-maman-2352658.php\">http:\/\/evene.lefigaro.fr\/livres\/livre\/alison-bechdel-lili-sztajn-corinne-julve-c-est-toi-ma-maman-2352658.php<\/a><\/span><\/sup>), mais \u00e9galement entre eux. Ils ne s\u2019entendaient pas et n\u2019\u00e9taient pas heureux d\u2019\u00eatre parents. Avant cette d\u00e9couverte, Bechdel \u00e9tait convaincue que ses difficult\u00e9s relationnelles \u00e9taient li\u00e9es \u00e0 son \u00abhomosexualit\u00e9\u00bb (156), plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 l\u2019impact sur ses parents de la r\u00e9pression des homosexuels et des femmes et au fait qu\u2019ils la relayaient \u00e0 leur tour avec leurs enfants. Elle comprend que sa fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 ses \u00e9lans, rendue possible par son f\u00e9minisme et sa conscience politique, lui a donn\u00e9 un \u00e9quilibre qu\u2019elle n\u2019aurait pas connu autrement: \u00abIf it weren\u2019t for the unconventionality of my desires, my mind might never have been forced to reckon with my body \u00a0\/ \u00a0<em>N\u2019avait \u00e9t\u00e9 du caract\u00e8re non conventionnel de mes d\u00e9sirs, mon esprit n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9 forc\u00e9 \u00e0 se r\u00e9concilier avec mon corps<\/em>\u00bb (156). Ce constat rejoint celui de Cl\u00e9mentine confiant \u00e0 Emma, \u00e0 la cl\u00f4ture du\u00a0<em>Bleu est une couleur chaude<\/em>: \u00abmon amour, tu m\u2019as sauv\u00e9e d\u2019un monde \u00e9tabli sur des pr\u00e9jug\u00e9s et des morales absurdes pour m\u2019aider \u00e0 m\u2019accomplir enti\u00e8rement\u00bb (153).<\/p>\n<p>Si aucune des \u0153uvres du corpus n\u2019aborde de front la r\u00e9cup\u00e9ration morale et marchande du lesbianisme dans les m\u00e9dias de masse, leurs propres repr\u00e9sentations des lesbiennes s\u2019en distancient grandement. D\u2019une part, elles ne les montrent pas en fonction des genres. D\u2019autre part, les portraits qu\u2019elles dressent d\u2019elles incluent leur situation en regard de la pr\u00e9sence ou de l\u2019absence d\u2019autres lesbiennes et de leur participation ou pas \u00e0 une communaut\u00e9 ou un mouvement militant (f\u00e9ministe, homosexuel, allosexuel).<\/p>\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Le recul salutaire<\/strong><\/h2>\n\n\n<p>Les \u0153uvres de Bechdel, Maroh et Obom repr\u00e9sentent des personnages de lesbiennes aux prises avec une vari\u00e9t\u00e9 d\u2019affronts lesbicidaires. Lorsque ces personnages d\u00e9passent le stade de la d\u00e9couverte des premiers d\u00e9sirs, l\u2019accessibilit\u00e9 \u00e0 des mod\u00e8les ou \u00e0 un entourage aimant devient un pr\u00e9cieux atout pour traverser ces \u00e9preuves. Ce qui distingue le parcours d\u2019Emma de celui de Cl\u00e9mentine, c\u2019est le fait que la premi\u00e8re a pu b\u00e9n\u00e9ficier, en plus du soutien de son amante, de celui de sa m\u00e8re et d\u2019amis politis\u00e9s: \u00abElle [ma m\u00e8re] voulait simplement que je sois heureuse et que je m\u2019accepte en tant que personne [\u2026], elle [Sabine, sa premi\u00e8re amante] m\u2019a initi\u00e9e \u00e0 la culture gay et ses amis sont devenus les miens\u00bb (76-77).<\/p>\n<p>Emma en vient \u00e0 s\u2019engager dans la lutte contre les pr\u00e9jug\u00e9s men\u00e9e par les groupes LGBT. Il en va de m\u00eame pour le personnage d\u2019October dans\u00a0<em>J\u2019aime les filles<\/em>: \u00ab\u00c0 l\u2019\u00e2ge de 15 ans je suis all\u00e9e \u00e0 la \u2018Gay Liberation Front Meeting\u2019\u00bb (5\/57). Le militantisme favorise les \u00e9changes de points de vue et donc le d\u00e9veloppement d\u2019analyses plus fines des m\u00e9canismes de domination. Bechdel montre bien ce processus dans l\u2019ensemble de son \u0153uvre, de<em>\u00a0Dykes to Watch Out For\u00a0<\/em>(1982) \u00e0\u00a0<em>Are You My Mother<\/em>\u00a0(2013), en abordant diverses formes de discrimination, dont le classisme, le racisme, le capacitisme et la transphobie.<\/p>\n<p>Bien que les auteurs n\u2019aillent pas jusqu\u2019\u00e0 illustrer la construction du r\u00e9el, la repr\u00e9sentation de r\u00e9sistances aux tentatives de r\u00e9pression des d\u00e9sirs et des sentiments constitue un apport important du corpus. De mani\u00e8re pr\u00e9visible, c\u2019est dans l\u2019\u0153uvre de la b\u00e9d\u00e9iste la plus jeune que l\u2019illustration des pressions \u00e0 l\u2019h\u00e9t\u00e9rosocialit\u00e9 ressort le plus clairement. Apr\u00e8s une s\u00e9rie d\u2019ostracismes, Cl\u00e9mentine, bien que toujours tr\u00e8s amoureuse d\u2019Emma, se met \u00e0 fr\u00e9quenter, tout juste avant ses trente ans, un coll\u00e8gue en cachette. En se conformant de la sorte aux attentes sociales, elle tente d\u2019all\u00e9ger la souffrance que lui a caus\u00e9e les multiples rejets qu\u2019elle a subis.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 les gains des luttes f\u00e9ministes, les jeunes femmes en \u00e2ge de procr\u00e9er demeurent la cible de fortes pressions de la part de leur entourage et des m\u00e9dias pour enfanter. Apr\u00e8s la deuxi\u00e8me vague du Mouvement de lib\u00e9ration des femmes (MLF), qui d\u00e9non\u00e7ait la r\u00e9duction des femmes \u00e0 leur sexe, on a vu appara\u00eetre, dans les soci\u00e9t\u00e9s occidentales, un discours racoleur qui incitait les jeunes femmes \u00e0 voir leur corps comme une fabuleuse source de pouvoir et la sexualit\u00e9, comme le lieu par excellente de la r\u00e9alisation de soi (le\u00a0<em>Girl Power<\/em>). Elles \u00e9taient invit\u00e9es \u00e0 devenir toujours plus f\u00e9minines et sexy (avec les co\u00fbts en temps et en argent que cette d\u00e9marche comporte), mais aussi plus audacieuses et aventuri\u00e8res, et donc plus \u00e0 risque de vivre des exp\u00e9riences h\u00e9t\u00e9rosexuelles et \u00e0 tomber enceintes. Cl\u00e9mentine, la figure la plus maltrait\u00e9e par son entourage imm\u00e9diat, est aussi la seule \u00e0 s\u2019imaginer m\u00e8re d\u2019un enfant, mais avec Emma comme partenaire.<\/p>\n<p>Bien qu\u2019originales sur le plan du th\u00e8me et de la structure<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"26\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002e2f0000000000000000_30824\"><sup class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--hover-on-desktop \" data-mfn=\"26\" data-mfn-post-scope=\"000000003e45bb14000000003cc379b9_7238\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-000000003e45bb14000000003cc379b9_7238-26\">26<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-000000003e45bb14000000003cc379b9_7238-26\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"26\"> Je n\u2019ai pas la place pour traiter de cet aspect dans cet article.<\/span><\/sup>, sur celui du contenu, les histoires de Bechdel, Maroh et Obom s\u2019inscrivent dans le registre du r\u00e9cit. Ce r\u00e9alisme inclut la repr\u00e9sentation de la sexualit\u00e9 des amantes. Cette derni\u00e8re appara\u00eet explicitement d\u00e8s la page couverture de l\u2019\u0153uvre d\u2019Obom, qui pr\u00e9sente deux amantes nues<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"27\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002e2f0000000000000000_30824\"><sup class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--hover-on-desktop \" data-mfn=\"27\" data-mfn-post-scope=\"000000003e45bb14000000003cc379b9_7238\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-000000003e45bb14000000003cc379b9_7238-27\">27<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-000000003e45bb14000000003cc379b9_7238-27\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"27\">Pour la traduction anglaise, publi\u00e9e chez Drawn &amp; Quarterly (2014), Diane Obomsawin a d\u00fb habiller ces amantes (animalis\u00e9es comme tous les personnages repr\u00e9sent\u00e9s dans <em>J\u2019aime les filles<\/em>) et \u00e9liminer les gestes qui indiquaient leur proximit\u00e9 sexuelle.<\/span><\/sup>\u00a0en train de faire l\u2019amour; d\u00e8s la page 18, dans celle de Maroh, qui illustre un contact sexuel fantasm\u00e9; et, de mani\u00e8re plus discr\u00e8te, aux pages 184 et 188 (sur 289 pages) dans celle de Bechdel<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"28\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002e2f0000000000000000_30824\"><sup class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--hover-on-desktop \" data-mfn=\"28\" data-mfn-post-scope=\"000000003e45bb14000000003cc379b9_7238\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-000000003e45bb14000000003cc379b9_7238-28\">28<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-000000003e45bb14000000003cc379b9_7238-28\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"28\">Les illustrations \u00e9taient plus explicites dans l\u2019\u0153uvre pr\u00e9c\u00e9dente, qui racontait l\u2019histoire de son p\u00e8re homosexuel d\u00e9c\u00e9d\u00e9. Celle-ci relate l\u2019histoire de sa m\u00e8re, une femme croyante qui \u00e9tait toujours vivante au moment de sa parution : elle lui est d\u00e9dicac\u00e9e.<\/span><\/sup>. S\u2019agit-il de montrer une fois pour toutes ce que nombre d\u2019h\u00e9t\u00e9rosexuels et d\u2019homosexuels masculins peinent \u00e0 imaginer, soit une sexualit\u00e9 sans homme, pas m\u00eame sous la forme d\u2019un godemichet? Ou la repr\u00e9sentation de la sexualit\u00e9, rapportant beaucoup plus que la mise en forme de visions du monde, est-elle devenue un crit\u00e8re \u00e9ditorial privil\u00e9gi\u00e9? Bien s\u00fbr, l\u2019un n\u2019exclut pas l\u2019autre, comme en attestent les \u0153uvres du corpus.<\/p>\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Sous la peau des images<\/strong><\/h2>\n\n\n<p>Apr\u00e8s avoir mis en sc\u00e8ne des amantes joyeusement rebelles et insaisissables en s\u2019appropriant la chanson de geste (<em>Les Gu\u00e9rill\u00e8res<\/em>, 1969) et les mythes de m\u00e9tamorphose (<em>Le Corps lesbien<\/em>, 1973), Monique Wittig, \u00e0 l\u2019avant-garde de la repr\u00e9sentation des lesbiennes sur la sc\u00e8ne francophone, s\u2019est ensuite tourn\u00e9e vers des protagonistes plus satiriques et politiques en s\u2019inspirant d\u2019\u0153uvres classiques comme le\u00a0<em>Don Quichotte\u00a0<\/em>de Cervant\u00e8s (<em>Voyage sans fin<\/em>, 1985) et la\u00a0<em>Divine Com\u00e9die<\/em>\u00a0de Dante (<em>Virgile, non<\/em>, 1985). Mais l\u2019\u00e9poque des utopies, entourant l\u2019\u00e9mergence du MLF, et celle des dystopies qui l\u2019a suivie, sont r\u00e9volues.<\/p>\n<p>Dans les \u0153uvres analys\u00e9es ci-haut, les artistes optent pour une approche plus conforme \u00e0 la culture mondialis\u00e9e de l\u2019image. En tant qu\u2019espace de monstration du soi, celle-ci se pr\u00eate parfaitement \u00e0 leur projet autobiographique et favorise une identification plus \u00e9troite du lectorat. En choisissant l\u2019alliage texte-image propre au genre de la bande dessin\u00e9e, elles peuvent \u00e9viter non seulement le sens de leur \u0153uvre, mais contr\u00f4ler \u00e9galement la r\u00e9cup\u00e9ration qui s\u00e9vit \u00e0 l\u2019endroit des lesbiennes dans la culture populaire.<\/p>\n<p>De fait, le r\u00e9alisme en \u0153uvre dans leurs bandes dessin\u00e9es travaille \u00e0 d\u00e9faire l\u2019instrumentalisation et la marginalisation des lesbiennes en recentrant la narration sur leurs pr\u00e9occupations existentielles, leurs ressources et leurs perspectives sur le monde. Les textes-images de Bechdel, Maroh et Obom offrent l\u2019avantage d\u2019\u00eatre non seulement plus attrayants qu\u2019un texte seul, mais \u00e9galement plus d\u00e9mocratiques dans un monde o\u00f9 les cultures se c\u00f4toient et entrent en dialogue plus facilement.<\/p>\n<p>Zanele Muholi a choisi la photographie, ce \u00abm\u00e9dium sans artifices, compr\u00e9hensible et accessible \u00e0 tous, sans distinction de classe, de couleur ou de sexe\u00bb<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"29\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002e2f0000000000000000_30824\"><sup class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--hover-on-desktop \" data-mfn=\"29\" data-mfn-post-scope=\"000000003e45bb14000000003cc379b9_7238\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-000000003e45bb14000000003cc379b9_7238-29\">29<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-000000003e45bb14000000003cc379b9_7238-29\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"29\"><a href=\"http:\/\/www.barbieturix.com\/2013\/10\/29\/zanele-muholi-du-queer-en-afrique\/\">http:\/\/www.barbieturix.com\/2013\/10\/29\/zanele-muholi-du-queer-en-afrique\/<\/a> consult\u00e9 le 12 mai 2014.<\/span><\/sup>, pour donner \u00e0 voir des lesbiennes africaines noires (le lesbianisme \u00e9tant per\u00e7u dans certaines cultures de ce continent comme un \u00abfl\u00e9au\u00bb exclusivement occidental). Ses portraits, qu\u2019elle montre \u00e0 travers le monde, sont au c\u0153ur du combat que la photographe m\u00e8ne contre l\u2019\u00e9limination actuelle et historique des lesbiennes noires, en particulier en Afrique du Sud.<\/p>\n<p>En recourant au dessin, Bechdel, Maroh et Obom se donnent, parall\u00e8lement \u00e0 Muholi, la possibilit\u00e9 de rejoindre un maximum d\u2019\u00eatres humains, incluant les lesbiennes isol\u00e9es ou contraintes \u00e0 la clandestinit\u00e9 pour survivre. Ces artistes ne se laissent pas d\u00e9monter par les armes insidieuses et terriblement s\u00e9duisantes que sont les images 4K, les surfaces ultra HD ou les \u00e9crans R\u00e9tina, car sous la peau de leurs doigts respirent des \u00eatres non financi\u00e8rement modifi\u00e9s.<\/p><style class=\"advgb-styles-renderer\">#advgb-cols-108e7ef7-801c-46d4-a0e5-80742832eaa2{}@media screen and (max-width: 1023px) {#advgb-cols-108e7ef7-801c-46d4-a0e5-80742832eaa2{}}@media screen and (max-width: 767px) {#advgb-cols-108e7ef7-801c-46d4-a0e5-80742832eaa2{}}#advgb-col-f221ca01-07eb-4373-9944-fbf56d78d5db>.advgb-column-inner{}@media screen and (max-width: 1023px) {#advgb-col-f221ca01-07eb-4373-9944-fbf56d78d5db>.advgb-column-inner{}}@media screen and (max-width: 767px) {#advgb-col-f221ca01-07eb-4373-9944-fbf56d78d5db>.advgb-column-inner{}}#advgb-cols-fc419638-a44a-4b65-b99a-aca47a8aaa5c{}@media screen and (max-width: 1023px) {#advgb-cols-fc419638-a44a-4b65-b99a-aca47a8aaa5c{}}@media screen and (max-width: 767px) {#advgb-cols-fc419638-a44a-4b65-b99a-aca47a8aaa5c{}}#advgb-col-87fe76a0-3228-486d-a53d-2986afa5c796>.advgb-column-inner{}@media screen and (max-width: 1023px) {#advgb-col-87fe76a0-3228-486d-a53d-2986afa5c796>.advgb-column-inner{}}@media screen and (max-width: 767px) {#advgb-col-87fe76a0-3228-486d-a53d-2986afa5c796>.advgb-column-inner{}}#advgb-cols-e6d4487e-d20e-485f-9d63-0c6fa79cc966{}@media screen and (max-width: 1023px) {#advgb-cols-e6d4487e-d20e-485f-9d63-0c6fa79cc966{}}@media screen and (max-width: 767px) {#advgb-cols-e6d4487e-d20e-485f-9d63-0c6fa79cc966{}}#advgb-col-c5ecb966-31c9-4043-9755-bd618a95f4fe>.advgb-column-inner{}@media screen and (max-width: 1023px) {#advgb-col-c5ecb966-31c9-4043-9755-bd618a95f4fe>.advgb-column-inner{}}@media screen and (max-width: 767px) {#advgb-col-c5ecb966-31c9-4043-9755-bd618a95f4fe>.advgb-column-inner{}}#advgb-cols-50207bbf-77c9-4982-a4cf-34ec7eaa71b6{}@media screen and (max-width: 1023px) {#advgb-cols-50207bbf-77c9-4982-a4cf-34ec7eaa71b6{}}@media screen and (max-width: 767px) {#advgb-cols-50207bbf-77c9-4982-a4cf-34ec7eaa71b6{}}#advgb-col-31af3fd1-70ce-4839-8f4e-350028684520>.advgb-column-inner{}@media screen and (max-width: 1023px) {#advgb-col-31af3fd1-70ce-4839-8f4e-350028684520>.advgb-column-inner{}}@media screen and (max-width: 767px) {#advgb-col-31af3fd1-70ce-4839-8f4e-350028684520>.advgb-column-inner{}}#advgb-cols-8be06efd-303a-4882-91db-b73924c4de56{}@media screen and (max-width: 1023px) {#advgb-cols-8be06efd-303a-4882-91db-b73924c4de56{}}@media screen and (max-width: 767px) {#advgb-cols-8be06efd-303a-4882-91db-b73924c4de56{}}#advgb-col-9492a4f4-0ad3-419b-b741-f2787896f418>.advgb-column-inner{}@media screen and (max-width: 1023px) {#advgb-col-9492a4f4-0ad3-419b-b741-f2787896f418>.advgb-column-inner{}}@media screen and (max-width: 767px) {#advgb-col-9492a4f4-0ad3-419b-b741-f2787896f418>.advgb-column-inner{}}<\/style><h2 class=\"modern-footnotes-list-heading \">Notes de bas de page<\/h2><ul class=\"modern-footnotes-list \"><li><span>1<\/span><div>Voir l\u2019analyse que propose Ciasullo (2012 : 337) de Jane (Whoopi Golberg) dans <em>Boys on the Side<\/em> (1994) et de Geo (Queen Latifah) dans <em>Set It Off<\/em> (1996).<\/div><\/li><li><span>2<\/span><div>Britney Spears et Madonna aux MTV Video Music Awards de 2003, Shakira et Rihanna dans <em>Can\u2019t Remember to Forget You<\/em> (2014), Pen\u00e9lope Cruz pour la compagnie Schweppes en 2014. Ces exemples sont tir\u00e9s de l\u2019article \u00abSchweppes, les m\u00e9dias et le mythe de la lesbienne id\u00e9ale\u00bb de la revue Barbieturix. Un autre exemple notoire est le clip <em>T\u00e9l\u00e9phone<\/em> de Lady Gaga et Beyonc\u00e9 (2009).<\/div><\/li><li><span>3<\/span><div>Pour une synth\u00e8se de la situation actuelle des femmes, voir Attan\u00e9 <em>et al.<\/em> (2015).<\/div><\/li><li><span>4<\/span><div>La langue fran\u00e7aise t\u00e9moigne de cette position interm\u00e9diaire (entre mati\u00e8re et humain) r\u00e9serv\u00e9e aux femmes. Combien de substantifs signifient \u00e0 la fois une chose et un m\u00e9tier: cuisini\u00e8re, jardini\u00e8re, coiffeuse, etc.<\/div><\/li><li><span>5<\/span><div><a href=\"http:\/\/www.adequations.org\/spip.php?rubrique1\">http:\/\/www.adequations.org\/spip.php?rubrique1<\/a>, consult\u00e9 le 1e septembre 2014.<\/div><\/li><li><span>6<\/span><div><a href=\"http:\/\/www.adequations.org\/spip.php?article963\">http:\/\/www.adequations.org\/spip.php?article963<\/a>, consult\u00e9 le 1e septembre 2014.<\/div><\/li><li><span>7<\/span><div>\u00abCorrective rape is on the rise in South Africa. More than 10 lesbians are raped or gang-raped weekly, as estimated by Luleki Sizwe, a South African nonprofit. It is estimated that at least 500 lesbians become victims of corrective rape every year and that 86% of black lesbians in the Western Cape live in fear of being sexually assaulted, as reported by the Triangle Project in 2008\u00bb (Di Silvio, 2011).<\/div><\/li><li><span>8<\/span><div><a href=\"http:\/\/www.visibleproject.org\/blog\/award\/award-2013\/inkanyiso-zanele-muholi\/\">http:\/\/www.visibleproject.org\/blog\/award\/award-2013\/inkanyiso-zanele-muholi\/<\/a>.<\/div><\/li><li><span>9<\/span><div><a href=\"http:\/\/inkanyiso.org\/\">http:\/\/inkanyiso.org\/<\/a>, consult\u00e9 le 8 septembre 2014.<\/div><\/li><li><span>10<\/span><div><a href=\"http:\/\/gaite-lyrique.net\/photographies\/diaporama-de-zanele-muholi-photographe-realisatrice-et-activiste\">http:\/\/gaite-lyrique.net\/photographies\/diaporama-de-zanele-muholi-photographe-realisatrice-et-activiste<\/a>, consult\u00e9 le 9 mai 2014.<\/div><\/li><li><span>11<\/span><div><a href=\"http:\/\/www.barbieturix.com\/2013\/10\/29\/zanele-muholi-du-queer-en-afrique\/\">http:\/\/www.barbieturix.com\/2013\/10\/29\/zanele-muholi-du-queer-en-afrique\/<\/a> consult\u00e9 le 12 mai 2014.<\/div><\/li><li><span>12<\/span><div>St\u00e9phanie Lemoine et Samira Ouardi donnent cette d\u00e9finition: \u00abL\u2019artivisme est l\u2019art d\u2019artistes militants [\u2026]. Art engag\u00e9 et engageant, il cherche \u00e0 mobiliser le spectateur, \u00e0 le sortir de son inertie suppos\u00e9e, \u00e0 lui faire prendre position\u00bb, dans <em>Artivisme: art militant et activisme artistique depuis les ann\u00e9es 60<\/em> (4e de couverture, 2010).<\/div><\/li><li><span>13<\/span><div> Co-sc\u00e9naris\u00e9 avec Murielle Magellan, illustrations de Sandrine Revel (Delcourt, 2013).<\/div><\/li><li><span>14<\/span><div>Premi\u00e8re bande dessin\u00e9e \u00e0 inspirer un film, <em>La vie d\u2019Ad\u00e8le: Chapitres 1 et 2<\/em>, celui-ci re\u00e7oit la Palme d\u2019Or en 2013.<\/div><\/li><li><span>15<\/span><div>Traduit par <em>C\u2019est toi ma maman? Un drame comique<\/em>, trad. de l\u2019anglais par Lili Sztajn et Corinne Julve (Deno\u00ebl, 2013).<\/div><\/li><li><span>16<\/span><div>\u00abLa\u00bb lesbienne dont il est question dans cet album ne bouscule pas les codes de la f\u00e9minit\u00e9.<\/div><\/li><li><span>17<\/span><div>Il s\u2019agit de ma traduction.<\/div><\/li><li><span>18<\/span><div><a href=\"http:\/\/www.20minutes.fr\/livres\/1253791-20131123-c-maman-drame-comique-alison-bechdel-chez-denoel-graphic-paris-France\">http:\/\/www.20minutes.fr\/livres\/1253791-20131123-c-maman-drame-comique-alison-bechdel-chez-denoel-graphic-paris-France<\/a> consult\u00e9 le 14 mai 2014.<\/div><\/li><li><span>19<\/span><div>Je traduis. <em>On Loving Women<\/em> (Drawn &amp; Quarterly, 2014) est sign\u00e9 Diane Obomsawin (plu\u00f4t qu\u2019Obom) et est traduit par Helge Dasher. Le dessin qui appara\u00eet sur sa premi\u00e8re de couverture est beaucoup plus pudique que celui qui appara\u00eet sur celle de la version originale. Par ailleurs, la quatri\u00e8me de couverture originale ne comporte qu\u2019un dessin, alors que celle de la traduction rassemble, outre un dessin diff\u00e9rent, une citation d\u2019un commentaire \u00e9logieux et un r\u00e9sum\u00e9.<\/div><\/li><li><span>20<\/span><div>\u00abJ\u2019ai re\u00e7u ce message de ma m\u00e8re: n\u2019aie pas d\u2019enfant (<em>rires<\/em>). Elle ne l\u2019a jamais dit mot pour mot. Mais je le savais. J\u2019ai toujours eu le sentiment qu\u2019avoir des enfants l\u2019a emp\u00each\u00e9e de mener sa vie, de s\u2019\u00e9manciper. C\u2019\u00e9tait donc \u00e0 moi de faire les choses qu\u2019elle n\u2019a jamais pu faire.\u00bb <a href=\"http:\/\/www.lesinrocks.com\/2014\/02\/21\/actualite\/societe\/alison-bechdel-nos-parents-peuvent-nous-rabaisser-et-nous-reprimer-11475950\/\">http:\/\/www.lesinrocks.com\/2014\/02\/21\/actualite\/societe\/alison-bechdel-nos-parents-peuvent-nous-rabaisser-et-nous-reprimer-11475950\/<\/a> consult\u00e9 le 14 mai 2014.<\/div><\/li><li><span>21<\/span><div>Dans la version du 16 novembre 1967 (Archives INA) que l\u2019on trouve en ligne \u00e0 l\u2019adresse suivante : <a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=E0xRuumAY6Y\">https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=E0xRuumAY6Y<\/a>, Dutronc est entour\u00e9 de six jolies jeunes femmes, trois post\u00e9es derri\u00e8re un cadre vertical vide et trois assises par terre \u00e0 m\u00eame le plancher. Il se prom\u00e8ne de l\u2019une \u00e0 l\u2019autre tandis qu\u2019elles restent immobiles et silencieuses. Au moment o\u00f9 il s\u2019assied dans un fauteuil confortable, une septi\u00e8me jeune femme vient lui apporter un t\u00e9l\u00e9phone afin qu\u2019il puisse r\u00e9pondre aux \u00abfilles\u00bb qui l\u2019appellent sans qu\u2019on entende jamais leur voix. Consult\u00e9 le 16 septembre 2014.<\/div><\/li><li><span>22<\/span><div>Dans l\u2019\u00abautob\u00e9d\u00e9graphie\u00bb intitul\u00e9e <em>C\u2019est tomb\u00e9 dans l\u2019oreille d\u2019une sourde<\/em> (<em>Canadian Disability Activism Beyond the Charter: Location Artistic and Cultural Interventions<\/em>, sous la direction de M. Orsini et C. Kelly, UBC Press, 2014), V\u00e9ro Leduc met bien en relief l\u2019importance du point de vue: Qui \u00abparle\u00bb et pour qui ?<\/div><\/li><li><span>23<\/span><div> La pagination n\u2019est donn\u00e9e que pour chaque histoire. Le premier chiffre renvoie \u00e0 cette pagination tandis que le second donne la page de l\u2019ensemble de l\u2019\u0153uvre \u00e0 partir de la pagination de la premi\u00e8re histoire.<\/div><\/li><li><span>24<\/span><div>Dans le tome pr\u00e9c\u00e9dent des m\u00e9moires de Bechdel, qui traite de sa relation \u00e0 son p\u00e8re d\u00e9c\u00e9d\u00e9 en 1980, on apprend que ce dernier s\u2019est retrouv\u00e9 devant la justice pour avoir courtis\u00e9 un jeune homme mineur.<\/div><\/li><li><span>25<\/span><div>\u00ab s\u2019int\u00e9resse au rapport \u00e0 la m\u00e8re [\u2026][et] analyse avec minutie la difficult\u00e9 pour une femme de se poser comme sujet \u00bb, <a href=\"http:\/\/evene.lefigaro.fr\/livres\/livre\/alison-bechdel-lili-sztajn-corinne-julve-c-est-toi-ma-maman-2352658.php\">http:\/\/evene.lefigaro.fr\/livres\/livre\/alison-bechdel-lili-sztajn-corinne-julve-c-est-toi-ma-maman-2352658.php<\/a><\/div><\/li><li><span>26<\/span><div> Je n\u2019ai pas la place pour traiter de cet aspect dans cet article.<\/div><\/li><li><span>27<\/span><div>Pour la traduction anglaise, publi\u00e9e chez Drawn &amp; Quarterly (2014), Diane Obomsawin a d\u00fb habiller ces amantes (animalis\u00e9es comme tous les personnages repr\u00e9sent\u00e9s dans <em>J\u2019aime les filles<\/em>) et \u00e9liminer les gestes qui indiquaient leur proximit\u00e9 sexuelle.<\/div><\/li><li><span>28<\/span><div>Les illustrations \u00e9taient plus explicites dans l\u2019\u0153uvre pr\u00e9c\u00e9dente, qui racontait l\u2019histoire de son p\u00e8re homosexuel d\u00e9c\u00e9d\u00e9. Celle-ci relate l\u2019histoire de sa m\u00e8re, une femme croyante qui \u00e9tait toujours vivante au moment de sa parution : elle lui est d\u00e9dicac\u00e9e.<\/div><\/li><li><span>29<\/span><div><a href=\"http:\/\/www.barbieturix.com\/2013\/10\/29\/zanele-muholi-du-queer-en-afrique\/\">http:\/\/www.barbieturix.com\/2013\/10\/29\/zanele-muholi-du-queer-en-afrique\/<\/a> consult\u00e9 le 12 mai 2014.<\/div><\/li><\/ul>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Mais qu\u2019advient-il des figures en marge de ce vieil ordre en habits neufs? Et plus particuli\u00e8rement des lesbiennes politis\u00e9es, sujets du pr\u00e9sent texte? Quel traitement les m\u00e9dias, \u00e0 la solde des empires financiers, leur r\u00e9servent-ils? Et comment elles-m\u00eames repr\u00e9sentent-elles, dans leurs \u0153uvres, les affronts qu\u2019elles vivent? Voil\u00e0 les questions que j\u2019aborde dans ce texte en m\u2019appuyant sur les analyses de l\u2019oppression de la classe des femmes \u00e9labor\u00e9es par les th\u00e9ories du f\u00e9minisme et du lesbianisme mat\u00e9rialistes.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"menu_order":0,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"advgb_blocks_editor_width":"","advgb_blocks_columns_visual_guide":""},"tags":[1313,1264,1009,1295,1330,1331,69,326],"numeros":[],"numeros_cahier_iref":[258],"ppma_author":[43],"acf":{"sections":{"section":"Subversion des codes"},"bibliographie":"ABOUDRAR, Bruno Nassim. 2014.<em>\u00a0Comment le voile est devenu musulman<\/em>, Paris: Flammarion.\r\n\r\nARC, St\u00e9phanie. 2006, Les l<em>esbiennes<\/em>, Paris: Le Cavalier Bleu.\r\n\r\nARC, St\u00e9phanie et Natacha CHETCUTI. 2015. \u00ab\u00c0 l\u2019\u00e9cole de la diversit\u00e9\u2026 Le traitement de l\u2019homosexualit\u00e9 f\u00e9minine dans une s\u00e9rie populaire, l\u2019exemple de \u201cPlus Belle la vie\u201c\u00bb\u00a0<em>Miroir\/Miroir<\/em>, no 4, p. 35-56.\r\n\r\nATTAN\u00c9, Isabelle, Carole BRUGEILLES ET Wilfried RAULT. 2015.\u00a0<em>Atlas mondial des femmes. Les paradoxes de l\u2019\u00e9mancipation<\/em>. Paris: Autrement.\r\n\r\nBARBIETURIX. 23 avril 2014. \u00abSchweppes, les m\u00e9dias et le mythe de la lesbienne id\u00e9ale\u00bb. En ligne:\r\n<a href=\"http:\/\/www.barbieturix.com\/2014\/04\/23\/schweppes-les-medias-et-le-mythe-de-la-lesbienne-ideale\/\">http:\/\/www.barbieturix.com\/2014\/04\/23\/schweppes-les-medias-et-le-mythe-de-la-lesbienne-ideale\/<\/a>. Consult\u00e9 le 24 juin 2015.\r\n\r\nBECHDEL, Allison. 2013a.\u00a0<em>Are You My Mother?<\/em>, Boston et New York: Mariner Books.\r\n\r\n______. 2013b.\u00a0<em>C\u2019est toi ma maman?<\/em>\u00a0trad. de l\u2019anglais par Lili Sztajn et Corinne Julve, Paris: Deno\u00ebl Graphic.\r\n\r\nBELLAFANTE, Gina. 2003. \u00abWhat Celebrity Looks Like: The Annie Leibovitz Aesthetic\u00bb,\u00a0<em>The New York Times<\/em>. En ligne: <a href=\"http:\/\/www.nytimes.com\/2003\/10\/26\/books\/art-what-celebrity-looks-like-the-annie-leibovitz-aesthetic.html\">http:\/\/www.nytimes.com\/2003\/10\/26\/books\/art-what-celebrity-looks-like-the-annie-leibovitz-aesthetic.html<\/a>. Page consult\u00e9e le 15 avril 2015.\r\n\r\nCHAREST, Danielle. 1994. \u00abMadonna ou les boucles\u00bb, dans\u00a0<em>Madonna. \u00c9rotisme et pouvoir<\/em>, sous la dir. de Michel DION, Paris: Kim\u00e9.\r\n\r\nCIASULLO, Ann M. 2012. \u00abMaking Her (In)Visible. Cultural Representations of Lesbianism and the Lesbian Body in the 1990s\u00bb,\u00a0<em>The Gender and Media Reader<\/em>, sous la dir. de M. C. 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Guazzini, Gen\u00e8ve: Entremonde.\r\n\r\nSEAGER, Joni. 2009.\u00a0<em>The Penguin Atlas of Women in the World<\/em>\u00a0(4e \u00e9dition), Brighton: Penguin Books.\r\n\r\nTURCOTTE, Louise. 1996. \u00abQueer Theory: Transgression and\/or Regression?\u00bb\u00a0<em>Canadian Woman Studies<\/em>, Spring, Vol. 16, no 2, p. 118-121.\r\n\r\nWITTIG, Monique. 2001. \u00abParadigme\u00bb, dans\u00a0<em>La Pens\u00e9e straight<\/em>, Paris: Balland.\r\n\r\n______. 1992.\u00a0<em>The Straight Mind and Other Essays<\/em>, Boston: Beacon Press.\r\n\r\n______. 1980. \u00abOn ne na\u00eet pas femme\u00bb,\u00a0<em>Questions f\u00e9ministes<\/em>, no 8, p. 75-84.\r\n\r\nWOLF, Naomi. 1991.\u00a0<em>The Beauty Myth: How Images of Beauty Are Used Against Women<\/em>, New York: William Morrow and Compagnie, NYC.","note_de_bas_de_page":"","pour_citer_ce_document":"Bourque, Dominique, 2016, \u00ab Du lesbicide en images chez Maroch, Bechdel et Obom \u00bb, dans Line Chamberland, Caroline D\u00e9sy et Lori Saint-Martin (dir.), <em>F\u00e9minismes et luttes contre l\u2019homophobie: de l\u2019apprentissage \u00e0 la subversion des codes<\/em>, Cahier de l\u2019IREF no7, en ligne sur Pr\u00e9fiX, <a href=\"https:\/\/revues.uqam.ca\/prefix\/cahiers-iref\/du-lesbicide-en-images-chez-maroch-bechdel-et-obom\/\">https:\/\/revues.uqam.ca\/prefix\/cahiers-iref\/du-lesbicide-en-images-chez-maroch-bechdel-et-obom\/<\/a>","hyperliens":null,"order":11,"date_published":null},"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v22.1 - https:\/\/yoast.com\/wordpress\/plugins\/seo\/ -->\n<title>Du lesbicide en images chez Maroch, Bechdel et Obom | PR\u00c9FIX<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/revues.uqam.ca\/prefix\/cahiers-iref\/du-lesbicide-en-images-chez-maroch-bechdel-et-obom\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_CA\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Du lesbicide en images chez Maroch, Bechdel et Obom | PR\u00c9FIX\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Mais qu\u2019advient-il des figures en marge de ce vieil ordre en habits neufs? 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