{"id":6820,"date":"2026-03-22T14:26:14","date_gmt":"2026-03-22T18:26:14","guid":{"rendered":"https:\/\/revues.uqam.ca\/prefix\/?post_type=cahiers_iref&#038;p=6820"},"modified":"2026-03-23T14:28:08","modified_gmt":"2026-03-23T18:28:08","slug":"chapitre-2-reperes-theoriques","status":"publish","type":"cahiers_iref","link":"https:\/\/revues.uqam.ca\/prefix\/cahiers-iref\/chapitre-2-reperes-theoriques\/","title":{"rendered":"Chapitre 2: Rep\u00e8res th\u00e9oriques"},"content":{"rendered":"\n<table class=\"wp-block-advgb-table advgb-table-frontend\"><tbody><tr><td><strong>Source du texte<\/strong><br>Article paru dans&nbsp;<em>La traite des femmes pour l\u2019exploitation sexuelle commerciale: entre le d\u00e9ni et l\u2019invisibilit\u00e9<\/em>, sous la responsabilit\u00e9 de Lyne Kurtzman, Sandrine Ricci et Marie-Andr\u00e9e Roy (2012)<\/td><\/tr><\/tbody><\/table>\n\n\n<p>Voici quelques rep\u00e8res pour penser la traite prostitutionnelle. Deux principales pistes conceptuelles guident notre r\u00e9flexion critique: le patriarcat et le capitalisme n\u00e9olib\u00e9ral. Dans un premier temps, nous esquissons les contours du nouvel ordre patriarcal qui prend place dans nos soci\u00e9t\u00e9s. Nous proposons quelques pistes de r\u00e9flexion sur la difficile question du consentement et sur le mode de reproduction du sexage. Dans un deuxi\u00e8me temps, nous pr\u00e9sentons quelques caract\u00e9ristiques du capitalisme n\u00e9olib\u00e9ral en contexte de mondialisation des march\u00e9s et examinons ses liens avec le d\u00e9veloppement de l\u2019industrie du sexe et de la traite. Enfin, nous pr\u00e9sentons les logiques politiques \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans les deux principales postures sur la prostitution inscrites pour l\u2019une, dans le courant abolitionniste, et, pour l\u2019autre, dans le courant r\u00e9glementariste. Nous terminons ce chapitre avec quelques \u00e9l\u00e9ments \u00e0 retenir.<\/p>\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>2.1 Le nouvel ordre patriarcal<\/strong><\/h2>\n\n\n<p>La traite des femmes \u00e0 des fins d\u2019exploitation sexuelle existe et se d\u00e9veloppe dans des soci\u00e9t\u00e9s de type patriarcal dans lesquelles se re\/produisent des rapports de domination entre les hommes et les femmes. Ce syst\u00e8me induit une construction normative et hi\u00e9rarchis\u00e9e des sexes et des genres masculins et f\u00e9minins et montre une grande capacit\u00e9 d\u2019adaptation, au gr\u00e9 des changements sociaux.<\/p>\n<p>Au cours des cinquante derni\u00e8res ann\u00e9es, la condition des femmes a connu des transformations importantes gr\u00e2ce aux luttes f\u00e9ministes et ce, particuli\u00e8rement dans les pays occidentaux: reconnaissance juridique du droit \u00e0 l\u2019\u00e9galit\u00e9, av\u00e8nement de la contraception et d\u2019un plus grand acc\u00e8s \u00e0 l\u2019avortement, participation massive des femmes au march\u00e9 du travail, acc\u00e8s \u00e0 l\u2019\u00e9ducation postsecondaire, etc. De telles avanc\u00e9es ont permis une importante \u00e9volution des rapports sociaux de sexe, mais elles ne sauraient faire oublier le chemin qui reste \u00e0 parcourir pour parvenir \u00e0 la pleine \u00e9galit\u00e9\u00a0de fait: double et triple t\u00e2ches, violence, pauvret\u00e9, exploitation sexuelle, pour ne nommer que ces enjeux, demeurent le lot d\u2019une part importante des femmes. Bref, au Qu\u00e9bec comme ailleurs, le patriarcat fait preuve de r\u00e9silience; il se transforme pour mieux exercer sa domination et pr\u00e9server son pouvoir. Nous discernons deux mouvements dans cette transformation de l\u2019ordre patriarcal, l\u2019un traditionnel, l\u2019autre nouveau. Le premier, l\u2019ordre patriarcal traditionnel, demeure toujours en place, m\u00eame s\u2019il a connu une certaine \u00e9rosion. Le second se d\u00e9ploie progressivement, notamment pour pr\u00e9server les acquis du premier.<\/p>\n<p>Dans l\u2019ordre patriarcal traditionnel, la diff\u00e9rence entre les sexes impose des mod\u00e8les normatifs de femmes mutuellement exclusifs: d\u2019une part, des femmes \u00e9pouses et m\u00e8res et, d\u2019autre part, des femmes prostitu\u00e9es, cat\u00e9gories qui ont chacune un rapport sp\u00e9cifique avec le groupe des hommes. Aux femmes \u00e9pouses et m\u00e8res est d\u00e9volue la responsabilit\u00e9 d\u2019assurer la reproduction de la force de travail des hommes et de \u00abfaire leur devoir\u00bb pour la reproduction biologique de la famille. Aux femmes prostitu\u00e9es, particuli\u00e8rement parce qu\u2019elles sont issues des classes sociales d\u00e9favoris\u00e9es ou consid\u00e9r\u00e9es inf\u00e9rieures, il revient de veiller au \u00abconfort sexuel\u00bb de tous les hommes qui en font la requ\u00eate,\u00a0toutes classes sociales confondues. Les hommes n\u2019ont qu\u2019\u00e0 naviguer entre le foyer et le bordel pour combler tous leurs fantasmes.<\/p>\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><em>2.1.1 Cumul des r\u00f4les f\u00e9minins (m\u00e8re, \u00e9pouse, prostitu\u00e9e)<\/em><\/h3>\n\n\n<p>Le nouvel ordre patriarcal impose toujours ces r\u00f4les et mod\u00e8les normatifs, mais les femmes doivent d\u00e9sormais les cumuler. Composant avec les nouveaux droits des femmes (droit au travail et \u00e0 l\u2019autonomie \u00e9conomique, droit \u00e0 la \u00ablibert\u00e9 sexuelle\u00bb, etc.) et d\u00e9voyant une partie de ceux-ci pour servir les int\u00e9r\u00eats masculins, le patriarcat appelle les femmes \u00e0 \u00eatre\u00a0<em>\u00e0 la fois<\/em>\u00a0de bonnes \u00e9pouses, de bonnes m\u00e8res, de bonnes travailleuses et de bonnes amantes avec leur conjoint (L\u00e9vy, 2006).<\/p>\n<p>Il nous faut afficher le \u00abglamour\u00bb des stripteaseuses, l\u2019assurance des danseuses de cabaret, le pouvoir sexuel des stars du XXX dans la n\u00e9gociation avec les hommes. Il nous faut acheter leurs produits d\u00e9riv\u00e9s pour avoir une sexualit\u00e9 lib\u00e9r\u00e9e, accepter les codes de la pornographie pour \u00abassumer\u00bb \u00abnotre\u00bb sexualit\u00e9 ou \u00abnotre\u00bb f\u00e9minit\u00e9. Les articles sur les techniques de \u00abl\u2019effeuillage\u00bb ou la danse-poteau (<em>Pole dance)<\/em>\u00a0se multiplient. Selon les journaux<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"1\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002e030000000000000000_38053\"><sup class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--hover-on-desktop \" data-mfn=\"1\" data-mfn-post-scope=\"000000005a013618000000007f9987c4_6820\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-000000005a013618000000007f9987c4_6820-1\">1<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-000000005a013618000000007f9987c4_6820-1\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"1\">L\u2019auteure analyse notamment des discours sur la sexualit\u00e9 f\u00e9minine produits par des magazines f\u00e9minins fran\u00e7ais et publi\u00e9s sur leurs sites Web.<\/span><\/sup>, ils doivent devenir un appoint \u00e9rotique pour les femmes \u00ablib\u00e9r\u00e9es\u00bb. Or ces pratiques sont issues du syst\u00e8me prostitutionnel, et les hommes les consomment dans ce cadre. Mais ils ne nous sont pas pr\u00e9sent\u00e9s sous leur aspect de service sexuel, seulement sous le masque de l\u2019\u00e9panouissement personnel et du cadeau amoureux (Ferrand, 2010: 8).<\/p>\n<p>Les impacts de cette tendance se ressentent \u00e9videmment dans la sph\u00e8re priv\u00e9e, alors que des conduites sexuelles \u2013parfois extr\u00eames\u2013 jusqu\u2019alors r\u00e9serv\u00e9es \u00e0 la porno s\u2019observent dans le quotidien de \u00abMonsieur et Madame tout le monde\u00bb. En ce sens, elle pr\u00e9sente des accointances fortes avec le ph\u00e9nom\u00e8ne de pornographisation de l\u2019espace public (ce que Ariel Levy [2005] qualifie de\u00a0<em>raunch culture)<\/em>, qui caract\u00e9rise l\u2019utilisation d\u2019images et de codes inspir\u00e9s par la pornographie dans divers m\u00e9dias.<\/p>\n<p>La derni\u00e8re vogue en mati\u00e8re d\u2019a\u00e9robie se d\u00e9cline autour d\u2019un poteau de danseuse, les stars du cin\u00e9ma XXX ont droit \u00e0 des entrevues t\u00e9l\u00e9vis\u00e9es \u00e0 heure de grande \u00e9coute, sans oublier les publicit\u00e9s et les reportages de mode qui pr\u00e9sentent des mannequins aux fronti\u00e8res de l\u2019extase pour un oui ou pour un non. Les femmes noires, prisonni\u00e8res de repr\u00e9sentations ancestrales animalisantes, semblent encore davantage hypersexualis\u00e9es et objectiv\u00e9es, comme en t\u00e9moigne la majorit\u00e9 des vid\u00e9oclips diffus\u00e9s en boucle sur les cha\u00eenes sp\u00e9cialis\u00e9es, soulignant ainsi ce que les chanteurs d\u00e9bitent ouvertement \u00e0 grand renfort de st\u00e9r\u00e9otypes misogynes (Ricci, 2007).<\/p>\n<p>Face \u00e0 un tel \u00e9talage \u2013et comme le montrent bien les discours et les exp\u00e9riences des jeunes femmes que nous avons analys\u00e9s\u2013 il nous appara\u00eet \u00e9galement crucial de penser concomitamment la contrainte \u00e0 l\u2019h\u00e9t\u00e9rosexualit\u00e9 (Rich, 1981) et la sexualisation pr\u00e9coce des filles (Bouchard\u00a0<em>et<\/em>\u00a0<em>al<\/em>., 2005), parce qu\u2019il faut bien un dressage pr\u00e9coce pour qu\u2019un maximum de femmes:<\/p>\n<ul>\n<li>int\u00e9riorisent que l\u2019amour de type \u00abromance h\u00e9t\u00e9rosexuelle\u00bb constitue l\u2019id\u00e9al \u00e0 atteindre, \u00abla grande aventure du f\u00e9minin\u00bb (Chetcuti, 2012);<\/li>\n<li>acquiescent \u00e0 l\u2019id\u00e9e que les hommes et leur libido pr\u00e9sent\u00e9e comme irr\u00e9pressible ont le droit \u00e0 ce que les femmes soient constamment disponibles pour les s\u00e9duire et les satisfaire sexuellement;<\/li>\n<li>assimilent l\u2019id\u00e9e que le mode d\u2019\u00eatre-femme passe par l\u2019objectivation et la soumission sexuelle;<\/li>\n<li>acceptent au plus vite cette culture o\u00f9 le sexe est omnipr\u00e9sent, \u00e0 grands renforts de st\u00e9r\u00e9otypes sexistes.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Comme la prostitution, la pornographisation de l\u2019espace public concourt non seulement \u00e0 la banalisation d\u2019une vision des femmes comme objets sexuels, mais \u00e0 sa l\u00e9gitimation et \u00e0 son impr\u00e9gnation sociale (Poulin et Laprade, 2006; Levy, 2005; Conseil du statut de la femme, 2008).<\/p>\n<p>Le champ du domestique se trouve particuli\u00e8rement travers\u00e9 de tensions et de contradictions. S\u2019y s\u2019affrontent, des discours et des pratiques qui tendent, d\u2019une part, vers l\u2019\u00e9galit\u00e9 entre les sexes et, d\u2019autre part, vers le maintien des privil\u00e8ges masculins, la hi\u00e9rarchie entre les sexes et la division sexuelle du travail. Le nouvel ordre patriarcal, qui n\u2019est plus parfaitement d\u00e9ploy\u00e9<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"2\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002e030000000000000000_38053\"><sup class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--hover-on-desktop \" data-mfn=\"2\" data-mfn-post-scope=\"000000005a013618000000007f9987c4_6820\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-000000005a013618000000007f9987c4_6820-2\">2<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-000000005a013618000000007f9987c4_6820-2\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"2\"> On observe un effritement de l\u2019ordre patriarcal dans l\u2019espace domestique notamment gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019\u00e9galit\u00e9 juridique des conjoints, une approche lib\u00e9rale de la contraception et de l\u2019avortement, l\u2019autonomie \u00e9conomique d\u2019un nombre croissant de femmes et le partage partiel des t\u00e2ches domestiques.<\/span><\/sup>\u00a0dans la sph\u00e8re domestique, contribue \u00e0 maintenir en place une classe de femmes sp\u00e9cialis\u00e9es, les \u00abprostitu\u00e9es\u00bb, dont l\u2019exploitation \u2212\u00e0 l\u2019aune des principes n\u00e9olib\u00e9raux\u2212 permet de garantir \u00e0 l\u2019ensemble des hommes des relations sexuelles tarif\u00e9es multiples et vari\u00e9es. L\u2019exigence d\u2019une disponibilit\u00e9 quasi infinie de ces \u00abservices sexuels\u00bb en vertu d\u2019un pr\u00e9sum\u00e9 \u00abdroit au sexe\u00bb des hommes constitue m\u00eame un mode renouvel\u00e9 d\u2019affirmation du patriarcat dans nos soci\u00e9t\u00e9s actuelles. Ce \u00abdroit\u00bb se traduit par des pressions constantes sur l\u2019ensemble des femmes. \u00c0 grands renforts de repr\u00e9sentations pornographiques, on les exhorte \u00e0 une pseudo lib\u00e9ration sexuelle. Or, le corps et la sexualit\u00e9 appropri\u00e9s des femmes les conduisent \u00e0 \u00eatre consid\u00e9r\u00e9es \u2212et souvent \u00e0 se consid\u00e9rer elles-m\u00eames\u2212 comme des objets sexuels au service des hommes, tant ces derniers sont les sujets de la sexualit\u00e9.<\/p>\n<p>Ainsi, l\u2019affirmation du pouvoir du groupe des hommes sur le groupe des femmes passe, entre autres, par le droit de ceux-ci de d\u00e9velopper une industrie du sexe (pornographie, prostitution, tourisme sexuel, etc.) qui assure \u00e0 l\u2019ensemble des hommes tous les \u00abservices sexuels\u00bb d\u00e9sir\u00e9s. Ce droit implique donc de recruter une classe de femmes \u00e0 cet effet et, fait r\u00e9cent, de promouvoir et de faire reconna\u00eetre la l\u00e9gitimit\u00e9 sociale de cette industrie qui les exploite. S\u2019adossant aux rapports de sociaux de classe ou de \u00abrace\u00bb, la reproduction du patriarcat, effective \u00e0 travers l\u2019exploitation sexuelle, suppose de maintenir et de consolider des fonctions et des r\u00f4les f\u00e9minins et masculins st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9s et sexistes.<\/p>\n<p>La hi\u00e9rarchisation entre les sexes \u00e9tant construite socialement, elle ne peut \u00eatre maintenue que dans la mesure o\u00f9 les personnes qui se retrouvent au sommet de la hi\u00e9rarchie d\u00e9tiennent les outils mat\u00e9riels et id\u00e9ologiques pour la pr\u00e9server. Les outils mat\u00e9riels de ce contr\u00f4le social passent par la violence, les lois et r\u00e8glements, les interventions judiciaires, etc. Les outils id\u00e9ologiques impliquent la capacit\u00e9 de faire croire \u00e0 celles qui se retrouvent \u00e0 la base, en la l\u00e9gitimit\u00e9 (naturalit\u00e9 et \u00abin\u00e9vitabilit\u00e9\u00bb) de leur position de domin\u00e9es et m\u00eame que, de cette position, elles dominent\u00a0<em>en fait<\/em>\u00a0la situation. L\u2019un des outils id\u00e9ologiques servant \u00e0 maintenir de tels rapports de domination entre les sexes consiste en l\u2019exploitation du sentiment amoureux chez les femmes.<\/p>\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><em>2.1.2 Exploitation du sentiment amoureux<\/em><\/h3>\n\n\n<p>En r\u00e9gime patriarcal, o\u00f9 pr\u00e9valent la domination masculine, la hi\u00e9rarchisation des sexes et la contrainte \u00e0 l\u2019h\u00e9t\u00e9rosexualit\u00e9 (Rich, 1981), s\u2019\u00e9labore un genre f\u00e9minin en qu\u00eate de reconnaissance identitaire. Cette reconnaissance passe par le regard masculin, tandis que dans des rapports \u00e9galitaires, cette reconnaissance se vivrait dans la mutualit\u00e9. Construit dans l\u2019oppression et la subordination, le \u00abje\u00bb f\u00e9minin ne trouve pas sa valeur et sa raison d\u2019\u00eatre en lui-m\u00eame, mais dans le regard de l\u2019homme et particuli\u00e8rement dans le regard de l\u2019homme qui se dit amoureux.<\/p>\n<p>Sur un plan historique, une configuration importante de la relation amoureuse est l\u2019amour chevaleresque ou courtois, qui met ni plus ni moins en sc\u00e8ne l\u2019homme chasseur et la femme proie. De nos jours, les romans \u00e0 l\u2019eau de rose de type Harlequin, les com\u00e9dies romantiques hollywoodiennes, les magazines dits f\u00e9minins et autres v\u00e9hiculent \u00e0 grande \u00e9chelle cette mystique de l\u2019amour; les femmes et les filles constituant le principal public r\u00e9cepteur des discours et des images entourant l\u2019amour. \u00catre objet d\u2019amour fait na\u00eetre le sujet femme, sujet particuli\u00e8rement vuln\u00e9rable dans ce contexte, qui d\u00e9pend de l\u2019amour d\u2019un homme ou, plus pr\u00e9cis\u00e9ment, de la croyance en l\u2019amour d\u2019un homme pour exister. De l\u00e0 d\u00e9coulent des agirs de femmes pr\u00eates \u00e0 tout faire et tout accepter \u00abpar amour\u00bb. Simone de Beauvoir et bien d\u2019autres f\u00e9ministes \u00e0 sa suite ont d\u00e9nonc\u00e9 cette vision de l\u2019amour qui implique un rapport fusionnel, ainsi que, \u00e0 divers degr\u00e9s, la renonciation \u00e0 son individualit\u00e9, \u00e0 ses droits, l\u2019abn\u00e9gation, la servitude et la d\u00e9pendance.<\/p>\n<p>Avec son concept de \u00abconscience domin\u00e9e\u00bb, l\u2019anthropologue Nicole-Claude Mathieu (1985) a \u00e9tabli que la situation objective de d\u00e9pendance aux hommes des femmes se traduit par l\u2019envahissement du conscient et de l\u2019inconscient de ces derni\u00e8res, ainsi que l\u2019envahissement de leur corps. Sur le plan de l\u2019identit\u00e9 et \u00e0 un niveau plus psychologique, l\u2019int\u00e9riorisation de l\u2019image d\u00e9valoris\u00e9e que nous renvoie la soci\u00e9t\u00e9 ou un groupe dominant constitue une r\u00e9action tr\u00e8s nocive. Parce que les femmes ont appris \u00e0 ne se percevoir que dans le regard des hommes, elles tendent \u00e0 s\u2019appliquer les jugements n\u00e9gatifs que les hommes (en tant que groupe dominant et non en tant qu\u2019individus) leur appliquent: leur socialisation les dispose au d\u00e9nigrement de soi, \u00e0 l\u2019autocensure, au renoncement. Elles ont int\u00e9rioris\u00e9 leur inf\u00e9riorit\u00e9 et la transmettent \u00e0 leur tour aux enfants en tant qu\u2019agentes de socialisation. Ainsi, l\u2019identit\u00e9 se construit dans l\u2019effacement, la soumission, sinon une culpabilit\u00e9 ou une honte de l\u2019\u00eatre qu\u2019on est, en l\u2019occurrence une femme, dans la soci\u00e9t\u00e9 patriarcale<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"3\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002e030000000000000000_38053\"><sup class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--hover-on-desktop \" data-mfn=\"3\" data-mfn-post-scope=\"000000005a013618000000007f9987c4_6820\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-000000005a013618000000007f9987c4_6820-3\">3<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-000000005a013618000000007f9987c4_6820-3\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"3\">Dans le m\u00eame ordre d\u2019id\u00e9es, l\u2019une des nombreuses cons\u00e9quences de la colonisation et du racisme, deux ph\u00e9nom\u00e8nes qui vont de pair, est que le groupe colonis\u00e9 ou racis\u00e9 finit par int\u00e9rioriser les st\u00e9r\u00e9otypes raciaux.<\/span><\/sup>.<\/p>\n<p>Pr\u00e9sent\u00e9 comme une panac\u00e9e \u00e0 tous les probl\u00e8mes des femmes en m\u00eame temps que leur \u00abdomaine\u00bb par excellence, l\u2019amour ou plut\u00f4t l\u2019exploitation de ce sentiment amoureux des femmes, n\u2019en reste pas moins un \u00e9l\u00e9ment fondationnel du syst\u00e8me patriarcal (Noizet, 1996). Examinons maintenant le consentement comme autre outil id\u00e9ologique de domination.<\/p>\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>2.2 La notion de consentement comme outil id\u00e9ologique de domination<\/strong><sup class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--hover-on-desktop \" data-mfn=\"4\" data-mfn-post-scope=\"000000005a013618000000007f9987c4_6820\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-000000005a013618000000007f9987c4_6820-4\">4<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-000000005a013618000000007f9987c4_6820-4\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"4\"><br>Remerciements \u00e0 Isabelle Courcy, adjointe de recherche \u00e0 l\u2019IREF, pour sa collaboration dans le cadre d\u2019un s\u00e9minaire de l\u2019ARIR sur la notion de consentement et qui a r\u00e9dig\u00e9 une bonne partie de cette section.<\/span><\/h2>\n\n\n<p>L\u2019id\u00e9e du consentement est cruciale dans l\u2019\u00e9chafaudage id\u00e9ologique patriarcal et doit \u00eatre appr\u00e9hend\u00e9e comme l\u2019une des formes mentales (intellectuelle, psychologique, affective\u2026) de l\u2019appropriation des femmes (Guillaumin, 1992). Elle sugg\u00e8re que les personnes domin\u00e9es consentent elles-m\u00eames \u00e0 leur domination (Mathieu, 1985). Le cas pr\u00e9cis du consentement \u00e0 la prostitution soul\u00e8ve la question du consentement \u00e0 sa propre exploitation, ainsi que celle du rapport entre libert\u00e9 sexuelle et droit au travail. Bien que porteuses de cadres th\u00e9oriques et d\u2019argumentaires diff\u00e9rents, des auteures comme Nicole-Claude Mathieu (1985), Genevi\u00e8ve Fraisse (2007) et Michela Marzano (2006) en viennent \u00e0 la conclusion que le consentement ne peut se suffire \u00e0 lui-m\u00eame comme principe justificateur de l\u2019acte prostitutionnel.<\/p>\n<p>Dans l\u2019ordre patriarcal traditionnel, le consentement est articul\u00e9 \u00e0 la nature des femmes: elles sont faites pour \u00abservir\u00bb les hommes que ce soit comme m\u00e8re, comme \u00e9pouse ou prostitu\u00e9e (telle serait leur joie et la voie de leur accomplissement). En cas de r\u00e9sistance, la violence est l\u00e0 pour assurer leur soumission, mais, comme nous l\u2019avons \u00e9voqu\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment, la repr\u00e9sentation qu\u2019ont les femmes d\u2019elles-m\u00eames (inculqu\u00e9e de longue date, faite de d\u00e9pendance, de fragilit\u00e9 et du sentiment d\u2019incompl\u00e9tude si elles vivent sans homme) suffit habituellement pour assurer ce qu\u2019on appelle leur consentement. Or, comme le souligne Mathieu (1985: 232) \u00abPour pouvoir dire d\u2019un sujet domin\u00e9 qu\u2019il consent \u00e0 la domination, encore faudrait-il que ce sujet se soit d\u00e9j\u00e0 r\u00e9v\u00e9l\u00e9 \u00e0 lui-m\u00eame comme sujet dans ce rapport de domination, donc qu\u2019il ait identifi\u00e9 ce rapport et ait proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 une reconnaissance de lui-m\u00eame\u00bb.<\/p>\n<p>La notion de consentement est souvent invoqu\u00e9e en faveur d\u2019un libre exercice, du moins d\u2019une r\u00e9glementation plus souple, de la prostitution. Bri\u00e8vement, cet argumentaire pose la prostitution comme une activit\u00e9 socialement acceptable dans la mesure o\u00f9 elle est effectu\u00e9e \u00abentre adultes consentants\u00bb. Une distinction artificielle est ainsi \u00e9tablie entre prostitution \u00ablibre\u00bb, d\u2019une part, et, prostitution \u00abforc\u00e9e\u00bb d\u2019autre part. Dans la premi\u00e8re, la personne s\u2019ex\u00e9cuterait de son plein gr\u00e9 et consid\u00e8rerait ce qu\u2019elle fait comme un travail. \u00c0 l\u2019inverse, dans le cas de la prostitution dite \u00abforc\u00e9e\u00bb, la personne ne consentirait pas aux rapports sexuels. Que l\u2019on opte pour l\u2019une ou l\u2019autre posture, plusieurs questions fondamentales \u00e9mergent du d\u00e9bat sur la \u00abprostitution\/travail du sexe\u00bb et font en sorte qu\u2019il semble difficile de parvenir, au niveau collectif, \u00e0 un consensus ou, au niveau individuel, \u00e0 une prise de position franche. Or, peut-on r\u00e9ellement penser cette id\u00e9e de consentement sans s\u2019interroger sur les contraintes qui peuvent parfois pousser les individus \u00e0 \u00abconsentir\u00bb \u00e0 quelque chose, en d\u00e9pit de leurs convictions et de leurs croyances personnelles? Comment \u00e9viter l\u2019\u00e9cueil d\u2019une analyse na\u00efve voulant que le consentement r\u00e9v\u00e8le la pleine volont\u00e9 de l\u2019individu ou celui d\u2019une analyse totalisante et d\u00e9terministe du sujet consentant? Comment ne pas tomber dans une morale paternaliste qui dicterait aux individus leurs actes? Enfin, quel doit \u00eatre le degr\u00e9 de sp\u00e9cificit\u00e9 du consentement pour qu\u2019il s\u2019agisse r\u00e9ellement de l\u2019expression d\u2019une volont\u00e9? (Marzano, 2006: 8-9).<\/p>\n<p>Accepter la prostitution d\u2019une personne sous pr\u00e9texte que \u00abc\u2019est son choix\u00bb ou \u00abqu\u2019elle est consentante\u00bb serait faire comme s\u2019il y avait r\u00e9ciprocit\u00e9 et \u00e9galit\u00e9 des individus engag\u00e9s dans l\u2019\u00e9change. Dans cette optique, la reconnaissance du choix individuel primerait sur la dissym\u00e9trie sexuelle. Fa\u00e7on de dire, comme le d\u00e9nonce Fraisse (2007: 57-58), que le principe de libert\u00e9 l\u2019emporterait sur celui d\u2019\u00e9galit\u00e9. Or,<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-advgb-columns advgb-columns-wrapper\" id=\"advgb-cols-47029409-58e1-453b-9d02-6616f5d92ec1\"><div class=\"advgb-columns-container\"><div class=\"advgb-columns advgb-columns-row advgb-is-mobile advgb-columns-1 layout-100 mbl-layout-stacked vgutter-10\">\n<div class=\"wp-block-advgb-column advgb-column\" id=\"advgb-col-3bdc9d2f-c9de-494a-b4c5-99a0c378c939\"><div class=\"advgb-column-inner\" style=\"border-style:none;border-width:1px\">\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p><em>Chacun [\u2026] s\u2019arrange comme il peut, en bricolant avec les cicatrices plus ou moins marqu\u00e9es de son pass\u00e9 les souvenirs plus ou moins refoul\u00e9s de son enfance, et les mod\u00e8les plus ou moins normatifs que l\u2019\u00c9tat, la religion, les parents ou les proches lui ont l\u00e9gu\u00e9s. [\u2026] [C\u2019]est une chose de prendre au s\u00e9rieux la&nbsp;parole de \u00abje\u00bb, c\u2019en est une autre de croire que son consentement suffit \u00e0 l\u00e9gitimer toute sorte de conduite, sans se rendre compte que, parfois, le sujet vit ses choix comme une source de souffrance. (Marzano, 2006: 232)<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<\/div><\/div>\n<\/div><\/div><\/div>\n\n\n<div>\n<p>Selon cette perspective, au vu des contraintes mat\u00e9rielles et psychiques qu\u2019elle subit, m\u00eame si une femme se prostituait volontairement, on ne pourrait justifier la prostitution comme le fruit d\u2019un choix totalement libre. Assez loin des analyses de Mathieu, Marzano ou de Fraisse, on retrouve le point de vue de Judith Butler (Tangy, 2008). La th\u00e9oricienne du f\u00e9minisme \u00abpostmoderne\u00bb argumente en faveur de la mise en \u0153uvre des conditions du meilleur exercice possible de la prostitution. C\u2019est la position d\u00e9fendue par certains organismes qui pr\u00f4nent l\u2019application de strat\u00e9gies de r\u00e9duction des m\u00e9faits analogues \u00e0 celles \u00e9labor\u00e9es par rapport \u00e0 la toxicomanie. Reposant sur une volont\u00e9 de cesser d\u2019enfermer les femmes dans une situation de victimes et de mettre \u00e0 mal la morale normative en mati\u00e8re de sexualit\u00e9, Butler veut placer le sujet \u00e0 la fois en situation de domination et de puissance d\u2019agir.<\/p>\n<p>Dans la perspective \u00abbutl\u00e9rienne\u00bb, le consentement est appr\u00e9hend\u00e9 comme un acte valorisant la capacit\u00e9 d\u2019autonomie de l\u2019individu dans le cadre m\u00eame de la domination (ici pens\u00e9e en termes de rapports de pouvoir normatifs). Il ne s\u2019agirait pas de distinguer \u00able consentement v\u00e9ritable, \u00e9clair\u00e9 et fruit d\u2019une volont\u00e9 d\u2019un consentement jug\u00e9 illusoire, effet d\u2019une soumission, d\u2019un rapport de force asym\u00e9trique ou d\u2019une violence\u00bb, mais plut\u00f4t de \u00abd\u00e9finir et d\u2019organiser au mieux les conditions concr\u00e8tes de son exercice en refusant toute moralisation et toute victimisation des sujets\u00bb (Tangy, 2008: 1). Le consentement chez Butler renvoie \u00e0 l\u2019action individuelle et repr\u00e9sente un acte par lequel le sujet accomplit perp\u00e9tuellement son identit\u00e9 (Tangy, 2008: 7). Le changement social ne peut \u00eatre qu\u2019un r\u00e9am\u00e9nagement des normes dans le cadre du pouvoir (et non la disparition de celles-ci et du syst\u00e8me qui les produisent et les permettent). Ainsi, la puissance d\u2019agir du sujet reposerait sur sa non souverainet\u00e9, sa situation d\u2019interd\u00e9pendance aux autres et son consentement \u00e0 l\u2019\u00e9gard des multiples assignations normatives (Tangy, 2008: 15).<\/p>\n<p>Le consentement de la femme prostitu\u00e9e \u00e0 avoir des relations sexuelles tarif\u00e9es est pr\u00e9sent\u00e9 par Butler \u00abcomme la revendication d\u2019une libert\u00e9 restreinte dans une situation travaill\u00e9e par le pouvoir et que le sujet envahit de mani\u00e8re affirmative\u00bb (Tangy, 2008: 1). Dans cette optique, le consentement de la personne prostitu\u00e9e constituerait un choix strat\u00e9gique structur\u00e9 par des contraintes \u00e9conomiques. Elle am\u00e9nagerait donc, dans un contexte de domination masculine, \u00abune possibilit\u00e9 de conqu\u00e9rir ou de maintenir une autonomie et une int\u00e9grit\u00e9 individuelles\u00bb (Tangy, 2008: 1). De plus, la pratique infiniment vari\u00e9e de la prostitution pourrait int\u00e9grer une part de d\u00e9sir et une part de consentement sans qu\u2019il faille n\u00e9cessairement opposer les deux (Tangy, 2008: 16).<\/p>\n<p>La r\u00e9volution f\u00e9ministe s\u2019est notamment exprim\u00e9e \u00e0 travers la lib\u00e9ration sexuelle des femmes. Cette lib\u00e9ration a entre autres signifi\u00e9 que les femmes refusaient de se soumettre aux diktats des religions sur leur corps et leur sexualit\u00e9, pouvaient affirmer \u00ab\u00a0mon corps m\u2019appartient\u00a0\u00bb ou encore \u00ab\u00a0j\u2019en dispose comme je l\u2019entends\u00a0\u00bb, et consid\u00e9raient qu\u2019il est possible de dissocier amour et exercice de la sexualit\u00e9. Ces composantes de la lib\u00e9ration sexuelle servent toujours d\u2019outils aux femmes pour affirmer leur autonomie et se construire comme sujettes sexuellement libres des contraintes patriarcales. Elles ont aussi \u00e9t\u00e9 en quelque sorte \u00ab\u00a0r\u00e9cup\u00e9r\u00e9es\u00a0\u00bb par l\u2019id\u00e9ologie patriarcale pour l\u00e9gitimer le \u00ab\u00a0travail du sexe\u00a0\u00bb\u00a0: une femme peut librement travailler dans la prostitution puisque son corps lui appartient. Aller \u00e0 l\u2019encontre de cette id\u00e9e d\u2019un travail comme un autre reviendrait suppos\u00e9ment \u00e0 refuser de reconna\u00eetre que les femmes ont le droit de disposer librement de leur corps.<\/p>\n<p>Ce type de raisonnement participe d\u2019un revirement de sens qui d\u00e9coule de la confusion entre prostitution et libert\u00e9 sexuelle. Selon Marzano (2006), le plaidoyer \u2013 notamment postmoderne \u2013 en faveur de la prostitution comme \u00abpratique de r\u00e9sistance\u00bb et de \u00ablib\u00e9ration sexuelle\u00bb sous pr\u00e9texte de s\u2019opposer aux valeurs morales traditionnelles renforcerait bien souvent l\u2019oppression des plus faibles et le pouvoir des plus forts. Le consentement se transformerait ainsi en un moyen d\u2019oppression servant \u00e0 justifier des attitudes violentes qui tirent parti des fragilit\u00e9s et des failles des \u00eatres humains. Bien que Nicole-Claude Mathieu (1985) ne prenne pas explicitement position sur la prostitution dans l\u2019article\u00a0<em>Quand c\u00e9der n\u2019est pas consentir<\/em>, on peut d\u00e9duire, de par son analyse mat\u00e9rialiste de la conscience des femmes, que la prostitution constitue une appropriation du corps et du travail des femmes par les hommes rendue possible par un syst\u00e8me de domination qui s\u2019exerce \u00e0 la fois aux niveaux id\u00e9ologiques et symboliques, ainsi que structurels et mat\u00e9riels. Bref, on ne peut penser la prostitution en ignorant les rapports de domination qui la rende possible, ou du moins, dans lesquels les femmes l\u2019exercent.<\/p>\n<p>\u00c0 partir de ces consid\u00e9rations, il nous apparait n\u00e9cessaire de prendre en compte les contraintes syst\u00e9miques et leurs effets limitatifs sur la conscience des femmes avant de conclure qu\u2019elles consentent \u00e0 la domination masculine. Ainsi, avec Mathieu, on constate que la notion de consentement comporte deux limites importantes: (1) elle ignore la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une prise de conscience de leur condition par les domin\u00e9es et (2) elle pose les diff\u00e9rents groupes (dominants\/domin\u00e9s) dans des positions sym\u00e9triques comme s\u2019ils poss\u00e9daient une conscience identique. Or, pour dire qu\u2019un sujet domin\u00e9 soit consentant \u00e0 sa domination, il faudrait que ce sujet se soit d\u00e9j\u00e0 r\u00e9v\u00e9l\u00e9 \u00e0 lui-m\u00eame comme sujet dans ce rapport de domination (Mathieu, 1985:\u00a0232). Mais ceci est loin d\u2019\u00eatre \u00e9vident. Cons\u00e9quence de la profonde int\u00e9riorisation de son inf\u00e9riorit\u00e9, il est difficile de convaincre les opprim\u00e9s-es de croire \u00e0 leur propre valeur, leurs propres capacit\u00e9s. Ils ou elles sont les \u00a0\u00abh\u00f4tes de leur oppresseur\u00bb, pour reprendre l\u2019expression de Paolo Freire. Pilier de la litt\u00e9rature postcoloniale, Frantz Fanon et d\u2019autres dans son sillage, comme Nicole-Claude Mathieu, ont pens\u00e9 l\u2019int\u00e9riorisation du racisme ou du complexe d\u2019inf\u00e9riorit\u00e9. L\u2019int\u00e9riorisation aboutit, surtout de fa\u00e7on inconsciente, \u00e0 la haine de soi, par exemple en pr\u00e9f\u00e9rant la peau blanche \u00e0 la peau noire ou \u00e0 consid\u00e9rer que les Blancs sont sup\u00e9rieurs, etc. Selon Fanon (1961), le colonis\u00e9 ne connait la culture d\u2019\u00e9mancipation que d\u2019un point de vue th\u00e9orique. Il n\u2019en a pas la pratique. Fanon (1961: 18) affirmait dans\u00a0<em>Les Damn\u00e9s de la terre<\/em>\u00a0que \u00abL\u2019indig\u00e8ne est un \u00eatre parqu\u00e9 [et que] la premi\u00e8re chose que l\u2019indig\u00e8ne apprend, c\u2019est de rester \u00e0 sa place, \u00e0 ne pas d\u00e9passer les limites\u00bb.<\/p>\n<\/div>\n<p>Il n\u2019est donc pas surprenant que la plus forte propension \u00e0 nier l\u2019oppression se retrouve bien souvent du c\u00f4t\u00e9 des personnes opprim\u00e9es. Comme le remarque Mathieu, le d\u00e9ni de leur oppression n\u2019a rien d\u2019\u00e9tonnant, compte tenu du fait \u00abqu\u2019il est tout \u00e0 fait insupportable et traumatisant de se reconna\u00eetre opprim\u00e9(e)\u00bb (Mathieu, 1985: 233). De fait, face \u00e0 l\u2019intol\u00e9rable, la n\u00e9gation de l\u2019oppression constitue souvent un m\u00e9canisme de survie qui peut en retour annihiler les possibilit\u00e9s de changement. Il y a donc plusieurs types de manifestations de l\u2019ali\u00e9nation: une partie de la population se r\u00e9signe au d\u00e9sespoir et \u00e0 la mis\u00e8re morale: elle est \u00abesclave de l\u2019esclavage\u00bb, tandis qu\u2019une partie du groupe prend conscience qu\u2019il faut agir et s\u2019organiser politiquement pour pr\u00e9server la conscience d\u2019une vie digne d\u2019\u00eatre humain. La lutte contre la domination masculine implique donc de d\u00e9construire sa propre appartenance de genre, c\u2019est-\u00e0-dire de remettre en question les rapports de pouvoir inconscients dans lesquels tout individu est engag\u00e9 d\u00e8s sa naissance par le sexe qui lui est assign\u00e9.<\/p>\n<p>Par ailleurs, il importe de souligner le r\u00f4le instrumental de la notion du \u00abconsentement des victimes\u00bb en mati\u00e8re de violences sexuelles, un ph\u00e9nom\u00e8ne qui continue de persister malgr\u00e9 les avanc\u00e9es vers une lib\u00e9ration sexuelle. Le concept de consentement en lien avec les agressions \u00e0 caract\u00e8re sexuel a ainsi toujours \u00e9t\u00e9 au c\u0153ur des d\u00e9lib\u00e9rations lorsqu\u2019une femme accusait un homme de l\u2019avoir violent\u00e9e.\u00a0Notons qu\u2019en 1983, le\u00a0<em>Code criminel<\/em>\u00a0canadien<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"5\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002e030000000000000000_38053\"><sup class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--hover-on-desktop \" data-mfn=\"5\" data-mfn-post-scope=\"000000005a013618000000007f9987c4_6820\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-000000005a013618000000007f9987c4_6820-5\">5<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-000000005a013618000000007f9987c4_6820-5\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"5\">Loi sur les infractions sexuelles C-127.<\/span><\/sup>\u00a0a \u00e9t\u00e9 modifi\u00e9 pour red\u00e9finir le viol, jusqu\u2019alors envisag\u00e9 comme une attaque aux bonnes m\u0153urs, en tant que crime contre la personne, et mettre l\u2019accent sur le degr\u00e9 de violence employ\u00e9e dans la perp\u00e9tration de l\u2019acte d\u2019agression sexuelle et non plus strictement sur la p\u00e9n\u00e9tration d\u2019un p\u00e9nis dans un vagin. Avant cette date, on prenait pour acquis le consentement d\u2019une femme mari\u00e9e pour tout type de contact sexuel de la part du conjoint. La reconnaissance de l\u2019agression sexuelle comme le non-respect du droit des femmes de disposer de leur corps et de leur sexualit\u00e9, en d\u2019autres mots, leur droit de dire non \u00e0 un rapport sexuel constitue un gain majeur des f\u00e9ministes.<\/p>\n<p>Toutefois, suite au tr\u00e8s controvers\u00e9 jugement de la Cour supr\u00eame du Canada dans l\u2019affaire Seaboyer (1992), que plusieurs consid\u00e8rent comme un \u00abretour en arri\u00e8re\u00bb<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"6\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002e030000000000000000_38053\"><sup class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--hover-on-desktop \" data-mfn=\"6\" data-mfn-post-scope=\"000000005a013618000000007f9987c4_6820\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-000000005a013618000000007f9987c4_6820-6\">6<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-000000005a013618000000007f9987c4_6820-6\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"6\"> \u00abCe jugement est un retour en arri\u00e8re puisqu\u2019il r\u00e9introduit l\u2019utilisation judiciaire du pass\u00e9 sexuel des femmes (en \u00e9tirant la liste des circonstances donnant lieu \u00e0 des preuves sur le comportement sexuel)\u00bb selon les auteurs et auteures de <em>\u00c9volution de la loi relative aux agressions sexuelles<\/em> (1994). En ligne. <a href=\"http:\/\/bv.cdeacf.ca\/bvdoc.php?no=1999_05_0013&amp;col=CF&amp;format=htm&amp;ver=old#a29\">http:\/\/bv.cdeacf.ca\/bvdoc.php?no=1999_05_0013&amp;col=CF&amp;format=htm&amp;ver=old#a29<\/a> (consult\u00e9 le 10 f\u00e9vrier 2012)<\/span><\/sup>, de nouvelles dispositions du\u00a0<em>Code criminel\u00a0<\/em>canadien<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"7\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002e030000000000000000_38053\"><sup class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--hover-on-desktop \" data-mfn=\"7\" data-mfn-post-scope=\"000000005a013618000000007f9987c4_6820\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-000000005a013618000000007f9987c4_6820-7\">7<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-000000005a013618000000007f9987c4_6820-7\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"7\">Loi modifiant le Code criminel (agression sexuelle).<\/span><\/sup>\u00a0introduisent la notion de consentement qui est d\u00e9fini comme suit \u00e0 l\u2019article 273.1 du\u00a0<em>Code<\/em>: \u00abl\u2019accord volontaire du plaignant \u00e0 l\u2019activit\u00e9 sexuelle\u00bb (par. 1). L\u2019article sp\u00e9cifie \u00e9galement les situations dans lesquelles le droit consid\u00e8re que le consentement n\u2019est pas valide:<\/p>\n<ol>\n<li>L\u2019accord est manifest\u00e9 par des paroles ou un comportement d\u2019un tiers;<\/li>\n<li>Le plaignant est incapable de former le consentement;<\/li>\n<li>L\u2019accus\u00e9 l\u2019incite \u00e0 l\u2019activit\u00e9 par abus de confiance ou de pouvoir;<\/li>\n<li>Le plaignant manifeste, par ses paroles ou son comportement, l\u2019absence d\u2019accord \u00e0 l\u2019activit\u00e9;<\/li>\n<li>Apr\u00e8s avoir consenti \u00e0 l\u2019activit\u00e9, le plaignant manifeste, par ses paroles ou son comportement, l\u2019absence d\u2019accord \u00e0 la poursuite de celle-ci<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"8\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002e030000000000000000_38053\"><sup class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--hover-on-desktop \" data-mfn=\"8\" data-mfn-post-scope=\"000000005a013618000000007f9987c4_6820\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-000000005a013618000000007f9987c4_6820-8\">8<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-000000005a013618000000007f9987c4_6820-8\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"8\">Paragraphe 2 de l\u2019article 273.1.<\/span><\/sup>.<\/li>\n<\/ol>\n<p>Apr\u00e8s l\u2019adoption de cette nouvelle loi sur les infractions d\u2019agression sexuelle, plusieurs cas ont \u00e9t\u00e9 port\u00e9s jusqu\u2019en Cour supr\u00eame pour mettre en doute cette vision du consentement. Certains agresseurs invoquaient la croyance \u00absinc\u00e8re\u00bb au consentement de la plaignante et la Cour a d\u00fb baliser les circonstances dans lesquelles cette \u00abperception\u00bb peut \u00eatre admise comme d\u00e9fense<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"9\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002e030000000000000000_38053\"><sup class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--hover-on-desktop \" data-mfn=\"9\" data-mfn-post-scope=\"000000005a013618000000007f9987c4_6820\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-000000005a013618000000007f9987c4_6820-9\">9<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-000000005a013618000000007f9987c4_6820-9\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"9\"> Dans une r\u00e9cente affaire trait\u00e9e par la Cour supr\u00eame du Canada, l\u2019agresseur all\u00e9guait qu\u2019avant d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 asphyxi\u00e9e et de devenir inconsciente, la plaignante avait d\u00e9j\u00e0 consenti \u00e0 une relation sexuelle. La majorit\u00e9 des juges a rejet\u00e9 l\u2019id\u00e9e que le consentement pouvait se donner de fa\u00e7on \u00abpr\u00e9alable\u00bb (jugement R. c. J.A.). \u00c9lizabeth Sheehy, professeure \u00e0 la Facult\u00e9 de droit de l\u2019Universit\u00e9 d\u2019Ottawa \u00e9tait l\u2019avocate du Fonds d\u2019action et d\u2019\u00e9ducation juridiques pour les femmes dans cette cause. Elle souligne qu\u2019en maintenant l\u2019exigence que le consentement doit \u00eatre \u00abconscient, continu, concomitant \u00e0 l\u2019activit\u00e9 sexuelle et r\u00e9vocable \u00e0 tout moment\u00bb, la Cour a ainsi permis de maintenir ce qui constitue la pierre angulaire de la loi concernant les agressions \u00e0 caract\u00e8re sexuel. Voir Sheehy, 2011.<\/span><\/sup>.<\/p>\n<p>C\u2019est ainsi que des composantes de notre \u00ablib\u00e9ration sexuelle\u00bb ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9tourn\u00e9es par l\u2019id\u00e9ologie patriarcale pour en venir \u00e0 l\u00e9gitimer le \u00abtravail du sexe\u00bb: une femme peut librement \u00abtravailler\u00bb dans la prostitution puisque son corps lui appartient. Aller \u00e0 l\u2019encontre de cette id\u00e9e d\u2019un travail comme un autre reviendrait suppos\u00e9ment \u00e0 nier le droit des femmes \u00e0 disposer librement de leur corps. Peu importe le contexte, la notion du consentement des femmes \u00e0 un rapport sexuel se trouve ainsi au c\u0153ur du principe de libre disposition de son corps et joue un r\u00f4le instrumental dans le refus syst\u00e9mique d\u2019assurer une r\u00e9elle libert\u00e9 aux femmes.<\/p>\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>2.3 (Re)produire le sexage<\/strong><\/h2>\n\n\n<p>Revenons maintenant aux outils mat\u00e9riels (re)produisant, dans les soci\u00e9t\u00e9s de type patriarcal, la hi\u00e9rarchisation entre les sexes et notamment le syst\u00e8me prostitutionnel qui en d\u00e9coule. L\u2019analyse des formes id\u00e9elles du sexisme et du racisme d\u00e9velopp\u00e9e par Colette Guillaumin (1992) questionne comment les soci\u00e9t\u00e9s fondent en \u00abnature\u00bb des caract\u00e9ristiques physiques comme le sexe et la \u00abrace\u00bb pour ensuite d\u00e9finir des rapports de pouvoir sur la base de ces groupes \u00abnaturels\u00bb. Or, soutient la sociologue, \u00abce sont des rapports sociaux tr\u00e8s concrets et tr\u00e8s quotidiens qui nous fabriquent et non une Nature transcendante (dont nous ne pourrions demander des comptes qu\u2019\u00e0 Dieu), ni une m\u00e9canique g\u00e9n\u00e9tique interne qui nous aurait mises \u00e0 la disposition des dominants\u00bb (Guillaumin, 1992: 82).<\/p>\n<p>Guillaumin d\u00e9montre que la nature sp\u00e9cifique de l\u2019oppression des femmes consiste en leur appropriation individuelle et collective par la classe des hommes. Cette appropriation s\u2019articule autour de 2 axes: 1) le fait mat\u00e9riel, c\u2019est-\u00e0-dire le rapport de pouvoir entre les sexes marqu\u00e9 par la domination masculine; 2) le fait id\u00e9ologique, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019id\u00e9e de \u00abnature\u00bb port\u00e9e par le discours sur les femmes, qui les renvoie invariablement \u00e0 leur biologie, \u00e0 leur corps (un corps pour autrui), \u00e0 leur \u00abdiff\u00e9rence\u00bb. Cette mainmise patriarcale sur les femmes est d\u00e9sign\u00e9e par Guillaumin par le concept de \u00absexage\u00bb. \u00c0 l\u2019instar de l\u2019esclavage, il ne s\u2019agit pas simplement d\u2019un accaparement de leur production mais \u00e9galement de leur personne physique. Il se traduit notamment par l\u2019appropriation du temps et du travail de la conjointe ou de la m\u00e8re sans r\u00e9tribution incluant \u00abla charge physique des membres invalides du groupe\u00bb (enfants, personnes \u00e2g\u00e9es, malades, etc.) ainsi que des autres membres valides, m\u00e2les. Elle se traduit aussi par l\u2019appropriation des produits du corps.<\/p>\n<p>Pour maintenir ce rapport de sexage, il existe une panoplie de moyens qui ont une r\u00e9alit\u00e9 mat\u00e9rielle ou une forme mentale. Avec Guillaumin (1992: 41<em>)<\/em>, nous en retenons deux, dont nous anticipons la valeur heuristique pour l\u2019\u00e9tude de notre probl\u00e9matique\u00a0soit: l\u2019exercice de la violence \u2212en tant que d\u00e9monstration de force \u00abquantitativement non exceptionnelle et surtout socialement significative d\u2019un rapport\u00bb\u2212 et les ressources juridiques.<\/p>\n<p>Dans sa d\u00e9finition g\u00e9n\u00e9rale, la violence repr\u00e9sente un moyen utilis\u00e9 pour imposer sa volont\u00e9 sur une personne ou un groupe de personnes. La violence masculine pratiqu\u00e9e ou annonc\u00e9e, sur soi ou autrui, est un outil traditionnellement efficace du patriarcat. Elle a des impacts sur l\u2019ensemble des femmes, m\u00eame si toutes n\u2019en sont pas personnellement victimes: \u00able dressage psychique ne suffirait pas \u00e0 obtenir la soumission g\u00e9n\u00e9rale des femmes. La menace de la violence, l\u2019usage de la force ach\u00e8vent leur conditionnement\u00bb (Tabet,\u00a01998: 97). Les typologies et analyses f\u00e9ministes de la violence masculine, particuli\u00e8rement dans la sph\u00e8re conjugale, constituent autant de pistes pour comprendre la mise sous emprise que subissent les femmes trafiqu\u00e9es, alors que leurs oppresseurs emploient des m\u00e9thodes \u00e9prouv\u00e9es.<\/p>\n<p>Selon Mathieu (1985), la violence contre le sujet domin\u00e9 ne s\u2019exerce pas seulement d\u00e8s que \u00able consentement faiblit\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire lorsque les femmes d\u00e9sob\u00e9issent \u00e0 l\u2019ordre patriarcal. La violence est en amont, partout et quotidienne. Cette notion d\u2019effet cumulatif est fondamentale. Elle permet de penser la production et la reproduction des rapports de sexe, de m\u00eame que l\u2019int\u00e9riorisation de son inf\u00e9riorit\u00e9, voire la participation \u00e0 sa propre oppression. L\u2019efficacit\u00e9 de la violence sous toutes ses formes est d\u2019autant plus grande quand les femmes sont isol\u00e9es ou font l\u2019objet d\u2019un confinement spatial. Elle est aussi particuli\u00e8rement difficile \u00e0 contrer quand elle est consid\u00e9r\u00e9e l\u00e9gitime socialement ou faisant \u00abnaturellement\u00bb partie des rapports entre les hommes et les femmes.<\/p>\n<p>Un autre moyen de (re)production du sexage r\u00e9side dans les ressources juridiques, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019arsenal de lois, de trait\u00e9s et de r\u00e8glements qui r\u00e9gissent la vie en soci\u00e9t\u00e9, qui ont le pouvoir de sanctionner les pratiques des individus et qui est appliqu\u00e9 par un syst\u00e8me judiciaire. La pratique d\u2019une analyse diff\u00e9renci\u00e9e selon les sexes nous am\u00e8ne \u00e0 constater qu\u2019en r\u00e9gime patriarcal, nombre de lois et de r\u00e8glements ont un impact diff\u00e9rent selon les sexes, et que, malgr\u00e9 leur apparente neutralit\u00e9, ils favorisent souvent un sexe au d\u00e9triment de l\u2019autre. De plus, toutes les lois et r\u00e8glements ne font pas n\u00e9cessairement l\u2019objet d\u2019une application syst\u00e9matique. Et, quand ils sont appliqu\u00e9s, ils ne le sont pas tous de la m\u00eame mani\u00e8re. L\u2019analyse de cette diff\u00e9rence peut permettre de cerner les voies qu\u2019emprunte le syst\u00e8me patriarcal pour se reproduire. Toutes et tous ne sont pas n\u00e9cessairement \u00e9gaux devant la loi.<\/p>\n<p>Enfin, nous constatons que le patriarcat est profond\u00e9ment imbriqu\u00e9 dans toutes les composantes de la soci\u00e9t\u00e9, dans tout ce qui concerne la sexualit\u00e9, dans son \u00e9conomie, tant officielle que souterraine, sa culture, qu\u2019elle soit populaire ou \u00e9litiste, sa politique de droite comme de gauche, ses lois, ses r\u00e9f\u00e9rents religieux, son savoir, etc. Ce patriarcat est, par plusieurs aspects, indiscernable ou \u00abnaturalis\u00e9\u00bb parce qu\u2019inscrit dans la trame m\u00eame du tissu social. En d\u00e9pit du fait qu\u2019il puisse exister des changements sociaux importants comme l\u2019acc\u00e8s (relatif) des femmes \u00e0 l\u2019\u00e9ducation, \u00e0 la contraception et \u00e0 l\u2019avortement, l\u2019\u00e9quit\u00e9 salariale, le patriarcat est \u00e0 m\u00eame de se reproduire parce qu\u2019il poss\u00e8de une extraordinaire capacit\u00e9 d\u2019adaptation et de recomposition. Le pouvoir patriarcal parvient d\u00e8s lors \u00e0 s\u2019inscrire en profondeur dans toute l\u2019organisation sociale y compris dans la structure \u00e9conomique que nous d\u00e9signons sous le vocable de capitalisme n\u00e9olib\u00e9ral.<\/p>\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>2.4 Le capitalisme n\u00e9olib\u00e9ral<\/strong><\/h2>\n\n\n<p>L\u2019appropriation de la production et de la personne physique des femmes dans le patriarcat trouve pleine r\u00e9sonance dans les besoins illimit\u00e9s de production, de consommation et de profitabilit\u00e9 du capitalisme n\u00e9olib\u00e9ral. Rappelons quelques grands param\u00e8tres de ce syst\u00e8me \u00e9conomique n\u00e9olib\u00e9ral: la production de biens et de services au plus bas prix, la consommation de masse, ou ce qu\u2019appellent les \u00e9conomistes lib\u00e9raux orthodoxes \u00abl\u2019accroissement des choix et des opportunit\u00e9s\u00bb, et enfin la libre circulation des produits et des capitaux. Ce dernier param\u00e8tre est caract\u00e9ristique de la phase actuelle du lib\u00e9ralisme \u00e9conomique qui en est une de globalisation des march\u00e9s et des capitaux \u00e0 l\u2019\u00e9chelle plan\u00e9taire.<\/p>\n<p>L\u2019id\u00e9ologie sous-jacente au capitalisme n\u00e9olib\u00e9ral repose sur le postulat suivant: l\u2019\u00e9conomie, (entendue au sens de march\u00e9) est un syst\u00e8me qui fonctionne parfaitement bien seul et qui ne requiert aucune intervention de l\u2019\u00c9tat pour rencontrer ses objectifs. La libre entreprise, la libre concurrence sont les principes moteurs de ce syst\u00e8me qui pr\u00e9tend \u00eatre en mesure d\u2019assurer \u00e0 la fois la production de la richesse et sa r\u00e9partition \u00e9quitable dans la soci\u00e9t\u00e9. Le libre march\u00e9 serait donc non seulement cr\u00e9ateur de richesse, mais il serait dot\u00e9 de m\u00e9canismes spontan\u00e9s d\u2019ajustement qui assureraient le mieux-\u00eatre g\u00e9n\u00e9ral de la soci\u00e9t\u00e9. Ce type d\u2019\u00e9conomie se d\u00e9ploie en interaction avec le d\u00e9veloppement des nouvelles technologies d\u2019information et de communication (NTIC), dont la polyvalence et l\u2019extraordinaire potentiel de diffusion rendent les marchandises mat\u00e9rielles et immat\u00e9rielles plus accessibles et permettent des transferts instantan\u00e9s de capitaux partout dans le monde en fonction de perspectives de profit \u00e0 court terme.<\/p>\n<p>Dans ce type d\u2019\u00e9conomie globalis\u00e9e, l\u2019objectif est d\u2019\u00e9liminer tout obstacle aux \u00e9changes commerciaux et financiers qui se veulent dor\u00e9navant libres de toute entrave. Les \u00c9tats nationaux et les institutions font ainsi l\u2019objet de pressions continues pour que les r\u00e8gles et normes publiques qui encadrent les activit\u00e9s \u00e9conomiques et le monde du travail soient r\u00e9duites au strict minimum ou carr\u00e9ment supprim\u00e9es. Des processus de privatisation, de d\u00e9r\u00e8glementation, de flexibilisation marquent la tendance actuelle vers un march\u00e9 mondial globalis\u00e9 avec pour cons\u00e9quence in\u00e9vitable une d\u00e9gradation des conditions de travail, tant dans les pays riches que dans les pays pauvres ou en voie de d\u00e9veloppement.<\/p>\n<p>S\u2019harmonisant au mod\u00e8le marchand de l\u2019utilisation et de l\u2019\u00e9change, les march\u00e9s du sexe offrent une diversit\u00e9 et un volume sans cesse croissant de corps et de \u00abservices sexuels\u00bb \u00e0 m\u00eame de stimuler et de satisfaire une demande masculine revendiquant son droit d\u2019utilisation du corps des femmes \u00e0 bon prix, en tout temps, en tout lieu. Ces march\u00e9s sont propuls\u00e9s par les incroyables possibilit\u00e9s de commerce procur\u00e9es par les nouvelles technologies d\u2019information et de communication (NTIC). Gr\u00e2ce \u00e0 ces techniques qui pulv\u00e9risent les notions de temps et d\u2019espace, la prostitution est pass\u00e9e en quelques d\u00e9cennies du stade \u00abartisanal\u00bb (ordre patriarcal traditionnel) \u00e0 celui d\u2019une industrie (nouvel ordre patriarcal) qui exploite \u00e0 grande \u00e9chelle le corps de milliers de femmes et d\u2019enfants \u00e0 travers le monde (Aurora Javate de Dios cit\u00e9e dans AQOCI\/CQFD, 2001: 26). Des r\u00e9seaux internet, en particulier, servent de support efficace aux innombrables services publicis\u00e9s ou offerts: pornographie, mariage par correspondance, achats et prestations de \u00abservices sexuels\u00bb de toute nature\u2026 Sans oublier les offres vari\u00e9es de tourisme sexuel, compl\u00e9ment \u00abnaturel\u00bb de la mondialisation sexuelle en cours.<\/p>\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>2.5 Les logiques politiques \u00e0 l\u2019oeuvre dans les diff\u00e9rentes postures sur la prostitution<\/strong><\/h2>\n\n\n<p>La question de la prostitution est complexe car elle implique \u00e0 la fois des dimensions \u00e9thiques, \u00e9conomiques, sociales et politiques, toutes reli\u00e9es \u00e0 des consid\u00e9rations de classe sociale, d\u2019appartenance ethnique et, bien entendu, de genre. Historiquement, les f\u00e9ministes ont souvent consid\u00e9r\u00e9 la prostitution comme l\u2019expression ultime de la violence sexiste. Or, depuis quelques ann\u00e9es, les revendications de certains groupes se r\u00e9clamant de \u00abtravailleuses du sexe\u00bb<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"10\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002e030000000000000000_38053\"><sup class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--hover-on-desktop \" data-mfn=\"10\" data-mfn-post-scope=\"000000005a013618000000007f9987c4_6820\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-000000005a013618000000007f9987c4_6820-10\">10<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-000000005a013618000000007f9987c4_6820-10\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"10\">Dans ce rapport, nous pla\u00e7ons l\u2019expression \u00abtravailleuse du sexe\u00bb ou \u00abservices sexuels\u00bb entre guillemets pour des raisons politiques, afin d\u2019indiquer que nous ne reconnaissons pas la prostitution comme un travail, mais comme une exploitation.<\/span><\/sup>\u00a0ont d\u00e9plac\u00e9 le d\u00e9bat \u00e0 un autre niveau, en affirmant que les femmes ont le droit de choisir de se prostituer. Nous avons expos\u00e9 les limites de la notion de consentement. C\u2019est le genre d\u2019argument qui ne d\u00e9stabilise pas que les f\u00e9ministes car il renvoie \u00e0 une vaste r\u00e9flexion philosophique: le concept de choix peut-il s\u2019appliquer dans un contexte de prostitution? Est-il possible de parler de consentement \u00e0 ce qui peut \u00eatre per\u00e7u comme une forme de violence? En m\u00eame temps, le pr\u00e9jug\u00e9 \u00e0 l\u2019effet que la prostitution \u00abest le plus vieux m\u00e9tier du monde et qu\u2019il existera toujours\u00bb a la peau dure. Certaines affirment qu\u2019il s\u2019agit plut\u00f4t de la plus vieille\u00a0<em>oppression<\/em>\u00a0du monde, d\u2019autres, du plus vieux\u00a0<em>mensonge<\/em>\u00a0du monde, c\u2019est d\u2019ailleurs le titre d\u2019un documentaire sur le sujet r\u00e9alis\u00e9 par \u00c8ve Lamont<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"11\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002e030000000000000000_38053\"><sup class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--hover-on-desktop \" data-mfn=\"11\" data-mfn-post-scope=\"000000005a013618000000007f9987c4_6820\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-000000005a013618000000007f9987c4_6820-11\">11<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-000000005a013618000000007f9987c4_6820-11\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"11\"><em>Le plus vieux mensonge du monde<\/em>, r\u00e9alisation \u00c8ve Lamont, production La CLES, vid\u00e9o de 30 minutes, 2009. <a href=\"http:\/\/www.lacles.org\/images\/stories\/pdf\/bondecommandelpvmdm.pdf\">www.lacles.org\/images\/stories\/pdf\/bondecommandelpvmdm.pdf<\/a><\/span><\/sup>.<\/p>\n<p>S\u2019il est une question qui comporte des divisions et des tensions au sein des f\u00e9ministes partout dans le monde, tant dans les milieux universitaires que dans les organisations sur le terrain, c\u2019est donc bien celle de la prostitution. Deux grandes tendances dominent les d\u00e9bats et orientent diff\u00e9remment les analyses et les actions au sujet de la prostitution<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"12\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002e030000000000000000_38053\"><sup class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--hover-on-desktop \" data-mfn=\"12\" data-mfn-post-scope=\"000000005a013618000000007f9987c4_6820\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-000000005a013618000000007f9987c4_6820-12\">12<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-000000005a013618000000007f9987c4_6820-12\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"12\"> Il existe diff\u00e9rentes typologies pour pr\u00e9senter les diff\u00e9rents courants de pens\u00e9e sur la prostitution. Voir 1) Concertation des luttes contre l\u2019exploitation sexuelle (2008) 2) Louise Toupin (2002).<\/span><\/sup>\u00a0et de la traite des femmes \u00e0 des fins d\u2019exploitation sexuelle<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"13\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002e030000000000000000_38053\"><sup class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--hover-on-desktop \" data-mfn=\"13\" data-mfn-post-scope=\"000000005a013618000000007f9987c4_6820\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-000000005a013618000000007f9987c4_6820-13\">13<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-000000005a013618000000007f9987c4_6820-13\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"13\">Le d\u00e9bat oppose notamment deux organisations luttant contre la traite : la CATW et la GAATW.<\/span><\/sup>. Pour le courant abolitionniste, la prostitution est une violence qui en soi viole les droits humains des femmes prostitu\u00e9es. Pour le courant r\u00e9glementariste, la prostitution est un travail comme un autre et le probl\u00e8me n\u2019est pas la prostitution, mais le regard moraliste que l\u2019on pose sur elle. Pour aborder ces divergences, nous analysons les logiques politiques qui pr\u00e9valent dans ces deux courants<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"14\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002e030000000000000000_38053\"><sup class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--hover-on-desktop \" data-mfn=\"14\" data-mfn-post-scope=\"000000005a013618000000007f9987c4_6820\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-000000005a013618000000007f9987c4_6820-14\">14<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-000000005a013618000000007f9987c4_6820-14\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"14\">Cette section a fait l\u2019objet d\u2019une communication, <em>Le f\u00e9minisme confront\u00e9 \u00e0 ses contradictions et paradoxes internes: prostitution ou travail du sexe<\/em>, pr\u00e9sent\u00e9e par Lyne Kurtzman et Marie-Andr\u00e9e Roy, 5\u00e8me Congr\u00e8s des Recherches F\u00e9ministes dans la Francophonie plurielle, 21-25 octobre 2008, Rabat, Maroc.<\/span><\/sup>.<\/p>\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><em>2.5.1 Le courant abolitionniste<\/em><\/h3>\n\n\n<p>\u00c0 ne pas confondre avec le prohibitionnisme<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"15\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002e030000000000000000_38053\"><sup class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--hover-on-desktop \" data-mfn=\"15\" data-mfn-post-scope=\"000000005a013618000000007f9987c4_6820\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-000000005a013618000000007f9987c4_6820-15\">15<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-000000005a013618000000007f9987c4_6820-15\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"15\">Selon Poulin et <em>al.<\/em> (2009: 12): \u00abLe prohibitionnisme interdit la prostitution et criminalise formellement tous ses acteurs, bien que dans la r\u00e9alit\u00e9 ce sont surtout les personnes prostitu\u00e9es qui subissent la r\u00e9pression. Ce r\u00e9gime juridique est effectif dans une majorit\u00e9 d\u2019\u00e9tats des \u00c9tats-Unis et dans les pays musulmans\u00bb.<\/span><\/sup>, le courant abolitionniste se fonde sur des valeurs et des droits humains tels que l\u2019\u00e9galit\u00e9 des sexes, l\u2019antiracisme, la dignit\u00e9 des personnes, le droit au respect et \u00e0 l\u2019int\u00e9grit\u00e9 du corps. Dans sa dimension politico-juridique, ce courant vise l\u2019abolition de la prostitution; il pr\u00e9conise notamment la mise en place de cadres l\u00e9gaux, \u00e0 l\u2019\u00e9chelle nationale et internationale, qui r\u00e9priment cette institution en p\u00e9nalisant l\u2019industrie de la prostitution, prox\u00e9n\u00e8tes et clients au premier rang, tout en d\u00e9criminalisant les personnes prostitu\u00e9es. La logique politique qui pr\u00e9vaut dans les milieux abolitionnistes peut \u00eatre associ\u00e9e aux valeurs de gauche. Cette mouvance utopique refuse que le r\u00e9el, tel qu\u2019il s\u2019impose \u00e0 l\u2019heure actuelle avec les lois du march\u00e9 global, la mondialisation, le lib\u00e9ralisme sexuel et les institutions patriarcales, soit une fatalit\u00e9 \u00e0 laquelle il faut se r\u00e9signer. Il y a un refus de ce qu\u2019on pourrait appeler des \u00abaccommodements raisonnables\u00bb avec le patriarcat et le n\u00e9olib\u00e9ralisme, et une volont\u00e9 clairement affirm\u00e9e de \u00abchanger le r\u00e9el\u00bb, d\u2019impulser une autre vision du monde de m\u00eame que des pratiques nouvelles en mati\u00e8re de sexualit\u00e9. Ce radicalisme politique et f\u00e9ministe veut en quelque sorte faire reculer le patriarcat qui a r\u00e9ussi, il faut le reconna\u00eetre, \u00e0 renouveler et \u00e0 renforcer ses bases au cours des vingt derni\u00e8res ann\u00e9es en \u00e9laborant un dispositif qui assure \u00e0 tous les hommes la disponibilit\u00e9 sans limites pour des \u00abservices sexuels\u00bb vari\u00e9s \u00e0 bas prix.<\/p>\n<p>D\u00e9non\u00e7ant la banalisation et la \u00abnormalisation\u00bb de la prostitution, le f\u00e9minisme abolitionniste soutient que la prostitution constitue un des moyens privil\u00e9gi\u00e9s par le patriarcat pour exploiter le corps et la personne m\u00eame des femmes, et ce, tant individuellement que collectivement. Ainsi, bien que l\u2019exploitation sexuelle ait des impacts sur l\u2019ensemble des femmes,\u00a0<em>de facto<\/em>\u00a0consid\u00e9r\u00e9es, en tant qu\u2019objets sexuels, comme potentiellement prostituables, elle produit des victimes, principalement des femmes, que l\u2019on \u00absacrifie\u00bb litt\u00e9ralement pour le plaisir et la satisfaction des hommes. Ce \u00absacrifice\u00bb se fait dans la violence tant\u00f4t symbolique (instrumentalisation et chosification des femmes, r\u00e9duction des femmes \u00e0 leurs attributs sexuels \u2013n\u00e9gation de leur statut de personne, tant\u00f4t mat\u00e9rielle (conditions de pratique de la prostitution d\u00e9gradantes, violence physique, incitation \u00e0 la consommation de stup\u00e9fiants, etc.). R\u00e9p\u00e9tons-le, parler de victime, ne signifie pas parler d\u2019une personne absolument sans ressource pour combattre la situation qu\u2019elle vit, mais reconna\u00eetre que la prostitution est un \u00abpouvoir sur\u00bb, une violence, une exploitation et une injustice. Enfin, le courant abolitionniste consid\u00e8re que le d\u00e9veloppement de l\u2019industrie de la prostitution est \u00e9troitement reli\u00e9 \u00e0 la multiplication des r\u00e9seaux de traite des personnes \u00e0 l\u2019\u00e9chelle nationale et internationale, laquelle traite constitue un m\u00e9canisme amenant plus de femmes dans la prostitution.<\/p>\n<p>Sur le terrain juridique, le courant abolitionniste critique la non application des lois existantes et revendique des changements l\u00e9gislatifs sur les plans international et national. Les changements l\u00e9gislatifs nationaux s\u2019inscrivent dans la lign\u00e9e de ceux qui ont \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9s par la Su\u00e8de, il y a une dizaine d\u2019ann\u00e9es: d\u00e9criminalisation des personnes prostitu\u00e9es et support sociocommunautaire pour leur sortie de la prostitution, criminalisation des clients, des prox\u00e9n\u00e8tes et des principaux acteurs de l\u2019industrie du sexe, ainsi qu\u2019un travail de pr\u00e9vention et d\u2019\u00e9ducation. Adopt\u00e9es par plusieurs \u00c9tats, de telles mesures sont d\u00e9sormais qualifi\u00e9es de \u00abmod\u00e8le nordique\u00bb ou \u00abmod\u00e8le scandinave\u00bb.<\/p>\n<p>Sur la sc\u00e8ne politique canadienne, force est de constater qu\u2019on cherche souvent \u00e0 associer l\u2019abolitionnisme \u00e0 l\u2019approche du parti conservateur, lequel soutient la criminalisation de la prostitution, mais, par ailleurs, se montre plut\u00f4t r\u00e9fractaire \u00e0 l\u2019avanc\u00e9e des droits des femmes, nie les in\u00e9galit\u00e9s effectives entre les sexes et met de l\u2019avant une approche moralisatrice des rapports hommes-femmes qui enr\u00e9gimente les femmes dans des r\u00f4les traditionnels d\u2019\u00e9pouse et de m\u00e8re (pour la compl\u00e9mentarit\u00e9 des sexes et non l\u2019\u00e9galit\u00e9). De fait, le courant abolitionniste met en lumi\u00e8re la collusion entre les dogmes \u00e9manant de l\u2019industrie du sexe et ceux du conservatisme social, tous deux servant \u00e0 maintenir le syst\u00e8me patriarcal en selle. Les f\u00e9ministes abolitionnistes souhaitent, \u00e9videmment, se faire davantage d\u2019alli\u00e9s-es dans les partis progressistes qui d\u00e9fendent l\u2019\u00e9galit\u00e9 des sexes afin de sortir du lib\u00e9ralisme individuel.<\/p>\n<p>Le courant abolitionniste est aux prises avec une double temporalit\u00e9: celle de l\u2019action politique qui s\u2019inscrit dans le long terme parce que visant des transformations soci\u00e9tales importantes, au premier chef desquelles l\u2019\u00e9mergence d\u2019une parole de femmes prostitu\u00e9es trop longtemps tue; et celle de l\u2019action sur le terrain avec les personnes prostitu\u00e9es qui s\u2019inscrit dans le court terme pour r\u00e9pondre aux urgences quotidiennes rencontr\u00e9es au contact des r\u00e9alit\u00e9s n\u00e9fastes de la prostitution (toxicomanie, maladies transmissibles sexuellement, sant\u00e9 mentale, blessures, etc.). Il existe donc un risque de secondariser les besoins imm\u00e9diats des femmes prostitu\u00e9es pour mettre de l\u2019avant l\u2019objectif politique de l\u2019abolition de la prostitution. Le d\u00e9fi du courant\u00a0abolitionniste est de conjuguer la n\u00e9cessit\u00e9 de r\u00e9pondre aux besoins imm\u00e9diats des personnes prostitu\u00e9es et l\u2019objectif politique de l\u2019abolition de la prostitution. Cette double temporalit\u00e9 n\u2019est pas sans rappeler celle de la lutte contre la violence des hommes envers les femmes en mati\u00e8re d\u2019agressions sexuelles ou dans la sph\u00e8re domestique.<\/p>\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><em>2.5.2 Le courant r\u00e8glementariste<\/em><\/h3>\n\n\n<p>Le courant r\u00e9glementariste s\u2019oppose au courant f\u00e9ministe abolitionniste qu\u2019il qualifie globalement de moralisateur, voire de violent, au sens o\u00f9 il ne respecterait pas les \u00abchoix\u00bb des personnes prostitu\u00e9es et voudrait imposer aux femmes une vision puritaine de la sexualit\u00e9. Il pr\u00e9conise la d\u00e9criminalisation totale de tous les acteurs et actrices li\u00e9s \u00e0 la prostitution (incluant les clients et prox\u00e9n\u00e8tes) dans un effort de prot\u00e9ger les personnes prostitu\u00e9es. La logique qui pr\u00e9vaut dans les milieux r\u00e9glementaristes s\u2019apparente souvent aux valeurs et aux pratiques mises de l\u2019avant par le n\u00e9olib\u00e9ralisme qui croit fermement que le libre march\u00e9 va s\u2019autor\u00e9guler sans intervention de l\u2019\u00c9tat. Cette mouvance plut\u00f4t individualiste voit dans la prostitution un commerce l\u00e9gitime et in\u00e9vitable. Elle commande donc un certain \u00abr\u00e9alisme\u00bb o\u00f9 il importe avant tout de g\u00e9rer le r\u00e9el et de limiter les abus du syst\u00e8me par l\u2019approche de la r\u00e9duction des m\u00e9faits. Faisant preuve de \u00abpragmatisme\u00bb, ce courant reconna\u00eet l\u2019existence de probl\u00e8mes importants reli\u00e9s \u00e0 la prostitution, mais impute ceux-ci aux l\u00e9gislations r\u00e9pressives et aux pratiques polici\u00e8res harcelantes, ainsi qu\u2019\u00e0 la stigmatisation des femmes prostitu\u00e9es par la soci\u00e9t\u00e9 en g\u00e9n\u00e9ral.<\/p>\n<p>Le courant r\u00e9glementariste ne critique pas le lib\u00e9ralisme sexuel ambiant caract\u00e9ristique de nos soci\u00e9t\u00e9s modernes qui favorise l\u2019exploitation sexuelle, mais cherche \u00e0 am\u00e9liorer les conditions de pratique des femmes prostitu\u00e9es exploit\u00e9es dans cette conjoncture. Le courant r\u00e9glementariste met l\u2019accent sur le droit individuel des femmes de disposer de leur corps, m\u00eame pour le vendre, sur leur choix de pratiques sexuelles diversifi\u00e9es, de m\u00eame que, estimant que le probl\u00e8me de la traite rel\u00e8ve davantage du mythe que de la r\u00e9alit\u00e9, la libre circulation des personnes. Des organismes soutenant cette posture r\u00e9glementariste offrent principalement des services de premi\u00e8re ligne aux personnes qui pratiquent la prostitution, hommes et femmes confondus. Ils soutiennent la prostitution dite volontaire et voit celle-ci comme un moyen possible pour les femmes de travailler et de sortir de la pauvret\u00e9. Refusant de reconna\u00eetre les femmes prostitu\u00e9es comme des victimes du syst\u00e8me patriarcal, ils mettent de l\u2019avant des pratiques d\u2019<em>empowerment<\/em>.<\/p>\n<p>Sur le terrain juridique, ce courant va dans deux principales directions. Premi\u00e8re direction: il r\u00e9clame l\u2019\u00e9limination de toute loi sp\u00e9cifique \u00e0 la prostitution, consid\u00e9rant que les lois existantes qui condamnent les abus faits aux personnes suffisent pour r\u00e9guler la violence pr\u00e9sente dans la prostitution. Il demande par cons\u00e9quent un assouplissement des r\u00e8gles sur l\u2019immigration et des normes du travail pour int\u00e9grer l\u2019activit\u00e9 prostitutionnelle comme un travail. Deuxi\u00e8me direction: il r\u00e9clame une l\u00e9gislation souple cr\u00e9ant des zones de libre exercice de la prostitution sans criminalisation des prox\u00e9n\u00e8tes et des clients. Il appert que, paradoxalement, les partis politiques progressistes ou lib\u00e9raux manifestent une ouverture non n\u00e9gligeable pour cette deuxi\u00e8me option, alors qu\u2019ils sont par ailleurs g\u00e9n\u00e9ralement critiques des politiques de d\u00e9r\u00e8glementation des march\u00e9s.<\/p>\n<p>Louise Toupin (2006) estime qu\u2019il ne faut pas confondre la nature du \u00abtravail du sexe\u00bb avec les conditions dans lequel il est exerc\u00e9. Elle propose d\u2019examiner la notion de prox\u00e9n\u00e9tisme avec les outils de la sociologie du travail, pour d\u00e9m\u00ealer les r\u00e9alit\u00e9s multiples qu\u2019elle englobe et de rep\u00e9rer les dimensions de violence qu\u2019elle peut impliquer. Toutefois, aborder la question de la prostitution principalement sous l\u2019angle des conditions de travail minimise la pr\u00e9pond\u00e9rance du sexisme et l\u2019accaparement des femmes par l\u2019industrie du sexe, ce qui constitue l\u2019exploitation sp\u00e9cifique des femmes et le n\u0153ud du probl\u00e8me, \u00e0 l\u2019aune de la notion de sexage d\u00e9velopp\u00e9e par Colette Guillaumin (1992). Cette posture occulte aussi l\u2019existence d\u2019un syst\u00e8me prostitutionnel d\u2019exploitation des femmes qui touche les femmes pauvres et ethnicis\u00e9es d\u2019une mani\u00e8re beaucoup plus importante.<\/p>\n<p>La limite inh\u00e9rente \u00e0 la posture r\u00e9glementariste est de contribuer directement \u00e0 la reproduction du syst\u00e8me patriarcal et capitaliste, en ne proc\u00e9dant pas \u00e0 une critique f\u00e9ministe de la prostitution et en oblit\u00e9rant les modes de contr\u00f4le des femmes \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans le dispositif prostitutionnel lesquels, sur le registre social, annulent ais\u00e9ment les efforts de l\u2019<em>empowerment<\/em>\u00a0individuel. Comme le formule Yolande Geadah (2003: 126), selon qui cette approche \u00abpro travail du sexe\u00bb pose un probl\u00e8me \u00e9thique majeur, \u00abfaut-il prot\u00e9ger \u00e0 tout prix cette activit\u00e9 lucrative, dans l\u2019int\u00e9r\u00eat de ceux et celles qui r\u00e9ussissent \u00e0 en tirer profit, sans \u00e9gard au fait qu\u2019elle d\u00e9truit la vie de milliers d\u2019autres femmes et enfants dans le monde?\u00bb.<\/p>\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>2.6 \u00c9l\u00e9ments \u00e0 retenir<\/strong><\/h2>\n\n\n<p>Les param\u00e8tres du patriarcat et du capitalisme n\u00e9olib\u00e9ral sont imbriqu\u00e9s et le projet de les articuler \u2013l\u2019un \u00e0 l\u2019autre et aux autres syst\u00e8mes de discrimination\u2013 demeure un d\u00e9fi pour l\u2019imagination et la construction d\u2019un autre futur. La division sexuelle du travail, la hi\u00e9rarchisation sociale, l\u2019appropriation du corps des femmes et leur exploitation \u00e9conomique constituent les bases mat\u00e9rielles du d\u00e9ploiement des activit\u00e9s du capitalisme n\u00e9olib\u00e9ral. L\u2019imbrication de ces syst\u00e8mes d\u2019oppression et d\u2019exploitation engendre et se nourrit des formes de discours centr\u00e9es sur l\u2019individu qui, depuis les ann\u00e9es 1990, r\u00e9-\u00e9mergent et retrouvent une grande l\u00e9gitimit\u00e9. Maintenant que tout est devenu une question de choix, libert\u00e9 et projet individuel, le seul crit\u00e8re capable de r\u00e9gulation sociale devient le consentement des individus.\u00a0<em>Je consens donc je suis\u2026<\/em>\u00a0tel semble le nouveau cr\u00e9do populaire. Pour les femmes, cela peut signifier un recul consid\u00e9rable de leur droit collectif \u00e0 l\u2019\u00e9galit\u00e9 avec les hommes.<\/p><style class=\"advgb-styles-renderer\">#advgb-col-3bdc9d2f-c9de-494a-b4c5-99a0c378c939>.advgb-column-inner{}@media screen and (max-width: 1023px) {#advgb-col-3bdc9d2f-c9de-494a-b4c5-99a0c378c939>.advgb-column-inner{}}@media screen and (max-width: 767px) {#advgb-col-3bdc9d2f-c9de-494a-b4c5-99a0c378c939>.advgb-column-inner{}}#advgb-cols-47029409-58e1-453b-9d02-6616f5d92ec1{}@media screen and (max-width: 1023px) {#advgb-cols-47029409-58e1-453b-9d02-6616f5d92ec1{}}@media screen and (max-width: 767px) {#advgb-cols-47029409-58e1-453b-9d02-6616f5d92ec1{}}#advgb-col-3bdc9d2f-c9de-494a-b4c5-99a0c378c939>.advgb-column-inner{}@media screen and (max-width: 1023px) {#advgb-col-3bdc9d2f-c9de-494a-b4c5-99a0c378c939>.advgb-column-inner{}}@media screen and (max-width: 767px) {#advgb-col-3bdc9d2f-c9de-494a-b4c5-99a0c378c939>.advgb-column-inner{}}<\/style><h2 class=\"modern-footnotes-list-heading \">Notes de bas de page<\/h2><ul class=\"modern-footnotes-list \"><li><span>1<\/span><div>L\u2019auteure analyse notamment des discours sur la sexualit\u00e9 f\u00e9minine produits par des magazines f\u00e9minins fran\u00e7ais et publi\u00e9s sur leurs sites Web.<\/div><\/li><li><span>2<\/span><div> On observe un effritement de l\u2019ordre patriarcal dans l\u2019espace domestique notamment gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019\u00e9galit\u00e9 juridique des conjoints, une approche lib\u00e9rale de la contraception et de l\u2019avortement, l\u2019autonomie \u00e9conomique d\u2019un nombre croissant de femmes et le partage partiel des t\u00e2ches domestiques.<\/div><\/li><li><span>3<\/span><div>Dans le m\u00eame ordre d\u2019id\u00e9es, l\u2019une des nombreuses cons\u00e9quences de la colonisation et du racisme, deux ph\u00e9nom\u00e8nes qui vont de pair, est que le groupe colonis\u00e9 ou racis\u00e9 finit par int\u00e9rioriser les st\u00e9r\u00e9otypes raciaux.<\/div><\/li><li><span>4<\/span><div><br>Remerciements \u00e0 Isabelle Courcy, adjointe de recherche \u00e0 l\u2019IREF, pour sa collaboration dans le cadre d\u2019un s\u00e9minaire de l\u2019ARIR sur la notion de consentement et qui a r\u00e9dig\u00e9 une bonne partie de cette section.<\/div><\/li><li><span>5<\/span><div>Loi sur les infractions sexuelles C-127.<\/div><\/li><li><span>6<\/span><div> \u00abCe jugement est un retour en arri\u00e8re puisqu\u2019il r\u00e9introduit l\u2019utilisation judiciaire du pass\u00e9 sexuel des femmes (en \u00e9tirant la liste des circonstances donnant lieu \u00e0 des preuves sur le comportement sexuel)\u00bb selon les auteurs et auteures de <em>\u00c9volution de la loi relative aux agressions sexuelles<\/em> (1994). En ligne. <a href=\"http:\/\/bv.cdeacf.ca\/bvdoc.php?no=1999_05_0013&amp;col=CF&amp;format=htm&amp;ver=old#a29\">http:\/\/bv.cdeacf.ca\/bvdoc.php?no=1999_05_0013&amp;col=CF&amp;format=htm&amp;ver=old#a29<\/a> (consult\u00e9 le 10 f\u00e9vrier 2012)<\/div><\/li><li><span>7<\/span><div>Loi modifiant le Code criminel (agression sexuelle).<\/div><\/li><li><span>8<\/span><div>Paragraphe 2 de l\u2019article 273.1.<\/div><\/li><li><span>9<\/span><div> Dans une r\u00e9cente affaire trait\u00e9e par la Cour supr\u00eame du Canada, l\u2019agresseur all\u00e9guait qu\u2019avant d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 asphyxi\u00e9e et de devenir inconsciente, la plaignante avait d\u00e9j\u00e0 consenti \u00e0 une relation sexuelle. La majorit\u00e9 des juges a rejet\u00e9 l\u2019id\u00e9e que le consentement pouvait se donner de fa\u00e7on \u00abpr\u00e9alable\u00bb (jugement R. c. J.A.). \u00c9lizabeth Sheehy, professeure \u00e0 la Facult\u00e9 de droit de l\u2019Universit\u00e9 d\u2019Ottawa \u00e9tait l\u2019avocate du Fonds d\u2019action et d\u2019\u00e9ducation juridiques pour les femmes dans cette cause. Elle souligne qu\u2019en maintenant l\u2019exigence que le consentement doit \u00eatre \u00abconscient, continu, concomitant \u00e0 l\u2019activit\u00e9 sexuelle et r\u00e9vocable \u00e0 tout moment\u00bb, la Cour a ainsi permis de maintenir ce qui constitue la pierre angulaire de la loi concernant les agressions \u00e0 caract\u00e8re sexuel. Voir Sheehy, 2011.<\/div><\/li><li><span>10<\/span><div>Dans ce rapport, nous pla\u00e7ons l\u2019expression \u00abtravailleuse du sexe\u00bb ou \u00abservices sexuels\u00bb entre guillemets pour des raisons politiques, afin d\u2019indiquer que nous ne reconnaissons pas la prostitution comme un travail, mais comme une exploitation.<\/div><\/li><li><span>11<\/span><div><em>Le plus vieux mensonge du monde<\/em>, r\u00e9alisation \u00c8ve Lamont, production La CLES, vid\u00e9o de 30 minutes, 2009. <a href=\"http:\/\/www.lacles.org\/images\/stories\/pdf\/bondecommandelpvmdm.pdf\">www.lacles.org\/images\/stories\/pdf\/bondecommandelpvmdm.pdf<\/a><\/div><\/li><li><span>12<\/span><div> Il existe diff\u00e9rentes typologies pour pr\u00e9senter les diff\u00e9rents courants de pens\u00e9e sur la prostitution. Voir 1) Concertation des luttes contre l\u2019exploitation sexuelle (2008) 2) Louise Toupin (2002).<\/div><\/li><li><span>13<\/span><div>Le d\u00e9bat oppose notamment deux organisations luttant contre la traite : la CATW et la GAATW.<\/div><\/li><li><span>14<\/span><div>Cette section a fait l\u2019objet d\u2019une communication, <em>Le f\u00e9minisme confront\u00e9 \u00e0 ses contradictions et paradoxes internes: prostitution ou travail du sexe<\/em>, pr\u00e9sent\u00e9e par Lyne Kurtzman et Marie-Andr\u00e9e Roy, 5\u00e8me Congr\u00e8s des Recherches F\u00e9ministes dans la Francophonie plurielle, 21-25 octobre 2008, Rabat, Maroc.<\/div><\/li><li><span>15<\/span><div>Selon Poulin et <em>al.<\/em> (2009: 12): \u00abLe prohibitionnisme interdit la prostitution et criminalise formellement tous ses acteurs, bien que dans la r\u00e9alit\u00e9 ce sont surtout les personnes prostitu\u00e9es qui subissent la r\u00e9pression. Ce r\u00e9gime juridique est effectif dans une majorit\u00e9 d\u2019\u00e9tats des \u00c9tats-Unis et dans les pays musulmans\u00bb.<\/div><\/li><\/ul>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Voici quelques rep\u00e8res pour penser la traite prostitutionnelle. Deux principales pistes conceptuelles guident notre r\u00e9flexion critique: le patriarcat et le capitalisme n\u00e9olib\u00e9ral. Dans un premier temps, nous esquissons les contours du nouvel ordre patriarcal qui prend place dans nos soci\u00e9t\u00e9s. Nous proposons quelques pistes de r\u00e9flexion sur la difficile question du consentement et sur le mode de reproduction du sexage. Dans un deuxi\u00e8me temps, nous pr\u00e9sentons quelques caract\u00e9ristiques du capitalisme n\u00e9olib\u00e9ral en contexte de mondialisation des march\u00e9s et examinons ses liens avec le d\u00e9veloppement de l\u2019industrie du sexe et de la traite. Enfin, nous pr\u00e9sentons les logiques politiques \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans les deux principales postures sur la prostitution inscrites pour l\u2019une, dans le courant abolitionniste, et, pour l\u2019autre, dans le courant r\u00e9glementariste. 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