{"id":6637,"date":"2026-03-20T17:13:18","date_gmt":"2026-03-20T21:13:18","guid":{"rendered":"https:\/\/revues.uqam.ca\/prefix\/?post_type=cahiers_iref&#038;p=6637"},"modified":"2026-05-11T12:57:12","modified_gmt":"2026-05-11T16:57:12","slug":"6637","status":"publish","type":"cahiers_iref","link":"https:\/\/revues.uqam.ca\/prefix\/cahiers-iref\/6637\/","title":{"rendered":"Dans la maison du ma\u00eetre: Femmes blanches et espace domestique dans la litt\u00e9rature du Sud esclavagiste am\u00e9ricain"},"content":{"rendered":"\n<table class=\"wp-block-advgb-table advgb-table-frontend\"><tbody><tr><td><strong>Source du texte<\/strong><br>Article paru dans&nbsp;<em>Blanches et Noires: Histoire(s) des Am\u00e9ricaines au XIXe si\u00e8cle<\/em>, sous la responsabilit\u00e9 d\u2019Isabelle Lehuu (2011)<\/td><\/tr><\/tbody><\/table>\n\n\n<p>Quand para\u00eet en 1852 le roman\u00a0<em>La Case de l\u2019oncle Tom\u00a0<\/em>d\u2019Harriet Beecher Stowe, ce manifeste abolitionniste allait forger un portrait p\u00e9joratif durable du Sud esclavagiste. Immense succ\u00e8s dans le Nord-Est des \u00c9tats-Unis, le r\u00e9cit des m\u00e9saventures du placide oncle Tom n\u2019est pas qu\u2019une d\u00e9nonciation des m\u00e9faits de l\u2019institution particuli\u00e8re<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"1\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002e030000000000000000_38208\"><sup class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--hover-on-desktop \" data-mfn=\"1\" data-mfn-post-scope=\"000000007c672e9b000000004ad058df_6637\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-000000007c672e9b000000004ad058df_6637-1\">1<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-000000007c672e9b000000004ad058df_6637-1\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"1\">L\u2019expression \u00abinstitution particuli\u00e8re\u00bb est la traduction fran\u00e7aise de <em>\u00abpeculiar institution\u00bb<\/em>. Il s\u2019agit d\u2019un euph\u00e9misme utilis\u00e9 dans la premi\u00e8re moiti\u00e9 du 19e si\u00e8cle pour d\u00e9signer l\u2019esclavage et ses ramifications \u00e9conomiques dans le Sud des \u00c9tats-Unis. Il sous-tend que l\u2019esclavage sudiste est relativement b\u00e9nin comparativement aux syst\u00e8mes esclavagistes brutaux existant ailleurs dans le monde.<\/span><\/sup>\u00a0sur le peuple noir. Il est \u00e9galement une critique acerbe de ses effets avilissants sur les Blancs: au contact de l\u2019esclavage, hommes et femmes d\u00e9choient. M\u00eame le foyer, ce royaume victorien de l\u2019ordre et de la vertu, en est affect\u00e9, comme en t\u00e9moigne le fouillis qui r\u00e8gne dans la maison des St-Clare \u00e0 la Nouvelle-Orl\u00e9ans. En effet, la ma\u00eetresse d\u2019oncle Tom, Marie St- Clare, devrait normalement veiller \u00e0 la bonne marche des affaires domestiques. Or, cette vaine coquette, femme-enfant plaintive et \u00e9go\u00efste, ne sait pas tenir maison. Vautr\u00e9e \u00e0 longueur de journ\u00e9e sur un lit de repos dans un opulent salon, cette femme immobile et d\u00e9corative est \u00e0 la source du d\u00e9sordre de ses gens. D\u00e9sirant pallier la d\u00e9ch\u00e9ance de son foyer, son \u00e9poux Augustin St-Clare se voit contraint de recourir aux services de sa cousine Oph\u00e9lia du Vermont, une consciencieuse tornade m\u00e9nag\u00e8re. C\u2019est sans h\u00e9sitation ni scrupule que l\u2019indolente Marie St-Clare remet \u00e0 la d\u00e9vou\u00e9e cousine Oph\u00e9lia les cl\u00e9s des garde-manger et resserres, symbole ultime de l\u2019autorit\u00e9 domestique dans le Sud. La ma\u00eetresse d\u2019esclaves faillit donc complaisamment \u00e0 ses devoirs domestiques (Stowe, 1986).<\/p>\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><strong><em>Bien au-del\u00e0 de la guerre de S\u00e9cession, l\u2019impact de&nbsp;La Case de l\u2019oncle Tom est tel que les personnages cr\u00e9\u00e9s par Harriet Beecher Stowe s\u2019imposent dans l\u2019imaginaire collectif am\u00e9ricain. Oncle Tom devient le Sambo, cet esclave docile et passif que l\u2019on retrouve jusque dans l\u2019historiographie des ann\u00e9es 1960 (Elkins, 1959). De son c\u00f4t\u00e9, l\u2019immobile Marie St-Clare incarne la n\u00e9gligence et l\u2019oisivet\u00e9 des femmes sudistes, tandis que la dynamique cousine Oph\u00e9lia sauve l\u2019honneur de la f\u00e9minit\u00e9 am\u00e9ricaine par son in\u00e9branlable sens du devoir. Femmes du Nord et du Sud apparaissent ainsi en dichotomie quant \u00e0 leur rapport \u00e0 l\u2019espace domestique. Mais cette repr\u00e9sentation de la passivit\u00e9 des ma\u00eetresses d\u2019esclaves trouve-t-elle \u00e9cho dans le Sud? Ou serait-elle plut\u00f4t le produit de pr\u00e9jug\u00e9s abolitionnistes sur l\u2019effet corrupteur de l\u2019institution particuli\u00e8re? Le Sud propose-t-il d\u2019autres repr\u00e9sentations du rapport des femmes \u00e0 l\u2019espace domestique?<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><strong><em>Afin de r\u00e9pondre \u00e0 ces questions, cet article examine des romans, des apologies de l\u2019esclavage, des sermons religieux, des ouvrages didactiques et des livres de cuisine publi\u00e9s durant les p\u00e9riodes&nbsp;antebellum&nbsp;(1830-1860) et&nbsp;postbellum&nbsp;(1866- 1890). Ces ouvrages appartenant \u00e0 des genres litt\u00e9raires bien distincts&nbsp;s\u2019int\u00e9ressent tous \u00e0 la place des femmes blanches dans l\u2019espace domestique, proposant des discours tant\u00f4t convergents, tant\u00f4t divergents. Pour les uns, l\u2019espace domestique sert essentiellement \u00e0 la reproduction et au maternage. Pour d\u2019autres, il sert d\u2019espace de production, voire de cr\u00e9ation. Pour tous, le domestique devient pr\u00e9texte \u00e0 all\u00e9goriser la place des femmes dans une soci\u00e9t\u00e9 esclavagiste et patriarcale. Cet article d\u00e9montre que, tant que l\u2019esclavage r\u00e8gne comme mode de production dans le Sud, la litt\u00e9rature sudiste (tous genres confondus) cantonne les femmes blanches dans une position de subalterne dans l\u2019espace domestique. Avec les grands bouleversements qu\u2019entra\u00eene la guerre de S\u00e9cession, notamment l\u2019effritement du patriarcat sudiste, l\u2019espace domestique devient synonyme de foyer et les femmes en sont d\u00e9sormais les ma\u00eetresses.&nbsp;L\u2019accomplissement de l\u2019id\u00e9al domestique devient enfin possible au Sud.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>L\u2019impossible accomplissement de l\u2019id\u00e9al domestique du Sud?<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><strong><em>Conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019id\u00e9al f\u00e9minin exalt\u00e9 tout au long du dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle, la femme est un ange de vertu, de pi\u00e9t\u00e9 et de soumission qui r\u00e8gne sur le foyer (Welter, 1966). C\u00e9l\u00e9br\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de l\u2019Occident, cet id\u00e9al prend aux \u00c9tats-Unis une connotation toute particuli\u00e8re; on confie en effet aux femmes la mission d\u2019inculquer les valeurs d\u00e9mocratiques \u00e0 leur prog\u00e9niture. Les Am\u00e9ricaines seront donc les m\u00e8res de la jeune r\u00e9publique (Kerber, 1980; Evans, 1989). Durant pr\u00e8s de cinquante ans, la grande pr\u00eatresse du culte de la vie domestique sera Catherine Beecher, s\u0153ur a\u00een\u00e9e de l\u2019auteure de&nbsp;La Case de l\u2019oncle Tom. Dans ses nombreux manuels didactiques, Catherine \u00e9rige en principe l\u2019id\u00e9e que les femmes d\u00e9tiennent le pouvoir de r\u00e9former la soci\u00e9t\u00e9 en r\u00e9formant d\u2019abord leur foyer. Selon elle, l\u2019identit\u00e9 premi\u00e8re des individus est celle du genre, une pens\u00e9e qui s\u2019av\u00e8re une forme archa\u00efque du f\u00e9minisme de la diff\u00e9rence, courant id\u00e9ologique accentuant la diff\u00e9renciation biologique et sociale des genres.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><strong><em>Vou\u00e9e au foyer par sa destin\u00e9e maternelle, la femme s\u2019en remet, pour tout le reste, \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 de l\u2019homme. Le pouvoir des femmes dans la sph\u00e8re priv\u00e9e d\u00e9pend ainsi de leur soumission dans la sph\u00e8re publique. Si elle s\u2019oppose toute sa vie durant au suffrage f\u00e9minin, Catherine Beecher pr\u00e9conise n\u00e9anmoins une action fonci\u00e8rement politique pour les femmes, notamment en usant de leur influence dans les domaines de l\u2019\u00e9ducation, de la vie associative et des affaires religieuses (Sklar, 1973; Leavitt, 2002). Les s\u0153urs Beecher travailleront ensemble \u00e0 la promotion de cette philosophie, notamment en cosignant The American Woman\u2019s Home, or Principles of Domestic Science (1869), un des plus&nbsp;grands succ\u00e8s du genre au dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><strong><em>C\u2019est ainsi impr\u00e9gn\u00e9e de l\u2019id\u00e9al domestique qu\u2019Harriet Beecher Stowe r\u00e9dige son roman abolitionniste, fruit d\u2019une s\u00e9rie d\u2019exp\u00e9riences qui l\u2019am\u00e8nent \u00e0 prendre position dans le d\u00e9bat qui d\u00e9chire alors la nation. Issue d\u2019une famille de pr\u00e9dicateurs du Connecticut, elle est en contact, apr\u00e8s son mariage, avec les tensions aff\u00e9rentes \u00e0 la vie sur la fronti\u00e8re de l\u2019Ohio libre et du Kentucky esclavagiste. Afflig\u00e9e par la mort d\u2019un fils en 1849, elle comprend le d\u00e9sespoir de la m\u00e8re noire s\u00e9par\u00e9e de son petit par les cruelles pratiques mercantiles de l\u2019esclavage. L\u2019ann\u00e9e suivante, elle d\u00e9bute la r\u00e9daction de son roman apr\u00e8s l\u2019adoption de la loi des esclaves fugitifs, loi en vertu de laquelle les Nordistes se doivent de d\u00e9noncer les Afro-Am\u00e9ricains qui tentent d\u2019\u00e9chapper \u00e0 leurs propri\u00e9taires (Hedrick, 1999). De concert avec l\u2019abondante production litt\u00e9raire de Stowe \u2014romans, essais, po\u00e9sie, chroniques domestiques\u2014, l\u2019intention avou\u00e9e de&nbsp;La Case de l\u2019oncle Tom&nbsp;est de fa\u00e7onner la morale de ses contemporains. Un objectif atteint si l\u2019on se fie \u00e0 l\u2019\u00e9pisode l\u00e9gendaire voulant qu\u2019en rencontrant l\u2019auteure, Abraham Lincoln ait d\u00e9clar\u00e9: \u00abSo you\u2019re the little woman who wrote the book that started this great war \/ Alors vous \u00eates la petite femme ayant \u00e9crit le livre qui a d\u00e9clench\u00e9 cette grande guerre\u00bb (Stowe et Stowe, 1911: 203). L\u2019impact politique de Stowe, dont l\u2019\u0153uvre d\u00e9borde d\u2019imagerie domestique, montre de mani\u00e8re \u00e9loquente l\u2019influence que le foyer peut avoir sur le cours des affaires du monde (Matthews, 1989: 34).<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><strong><em>Consid\u00e9rant ces \u00e9l\u00e9ments, l\u2019antipathique Marie St-Clare n\u2019est pas qu\u2019anecdotique. Elle devient, sous la plume d\u2019Harriet Beecher Stowe, l\u2019incarnation d\u00e9natur\u00e9e d\u2019une figure ch\u00e8re \u00e0 la mythologie sudiste: la Belle. Bien que mari\u00e9e et m\u00e8re, elle s\u2019accroche aux plaisirs \u00e9ph\u00e9m\u00e8res de la jeunesse aux d\u00e9pens de son \u00e9poux, de sa prog\u00e9niture et de ses serviteurs. Elle est la preuve de l\u2019impossible accomplissement de l\u2019id\u00e9al domestique par les femmes de l\u2019\u00e9lite sudiste, l\u2019esclavage corrompant leur puret\u00e9 et, par extension, la soci\u00e9t\u00e9 dans son ensemble. Ainsi, c\u2019est pour condamner efficacement la soci\u00e9t\u00e9 esclavagiste et son attachement \u00e0 l\u2019institution particuli\u00e8re qu\u2019Harriet Beecher Stowe nie l\u2019existence d\u2019une sph\u00e8re priv\u00e9e harmonieuse dans le Sud, sph\u00e8re qu\u2019elle consid\u00e8re comme \u00e9tant l\u2019ultime expression de la sup\u00e9riorit\u00e9 du Nord. Ce n\u2019est d\u2019ailleurs pas le fruit du hasard si le seul personnage f\u00e9minin sudiste de La Case de l\u2019oncle Tom qui corresponde au profil d\u2019une ma\u00eetresse de maison exemplaire, en l\u2019occurrence Madame Shelby du Kentucky, vit \u00e0 proximit\u00e9 des \u00c9tats libres. L\u2019appartenance sudiste de cette derni\u00e8re, qui se montre r\u00e9ticente \u00e0 l\u2019\u00e9gard de certaines pratiques inh\u00e9rentes au syst\u00e8me esclavagiste, semble reposer sur un accident g\u00e9ographique (Stowe, 1986: 55, 280). En omettant de&nbsp;pr\u00e9senter plus d\u2019une figure substantielle favorable \u00e0 l\u2019esclavage, l\u2019auteure de La Case de l\u2019oncle Tom \u00e9rige en mod\u00e8le de f\u00e9minit\u00e9 la m\u00e9diocre Marie St-Clare. Elle fait de l\u2019immobilit\u00e9 d\u00e9cadente de cette ma\u00eetresse sudiste la m\u00e9taphore du conservatisme immoral de la soci\u00e9t\u00e9 esclavagiste: la Belle devient l\u2019avatar de la&nbsp;d\u00e9ch\u00e9ance du Sud<\/em><\/strong><strong><sup class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--hover-on-desktop \" data-mfn=\"2\" data-mfn-post-scope=\"000000007c672e9b000000004ad058df_6637\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-000000007c672e9b000000004ad058df_6637-2\">2<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-000000007c672e9b000000004ad058df_6637-2\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"2\">La litt\u00e9raire Kathryn Lee Seidel utilise l\u2019expression \u00abThe Belle as the Fallen South\u00bb. Voir<em>&nbsp;The Southern Belle in the American Novel<\/em>,&nbsp;p. 17.<\/strong><\/span><strong><em>.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n<p>Pourtant, cette repr\u00e9sentation de la f\u00e9minit\u00e9 sudiste v\u00e9hicul\u00e9e dans le roman de Stowe tient beaucoup plus de la fiction que de la r\u00e9alit\u00e9. Marie St-Clare est bien loin d\u2019\u00eatre une ma\u00eetresse d\u2019esclaves typique. Certes, l\u2019asservissement des Afro-Am\u00e9ricains procure au propri\u00e9taire d\u2019une grande plantation des loisirs et des privil\u00e8ges, une r\u00e9alit\u00e9 qui caract\u00e9rise les \u00e9lites en g\u00e9n\u00e9ral et non les soci\u00e9t\u00e9s esclavagistes en particulier. Or, comme l\u2019historiographie sudiste contemporaine l\u2019a montr\u00e9, toutes les femmes blanches adultes effectuent des t\u00e2ches domestiques, peu importe leur fortune familiale. Elles sont les gestionnaires des nombreuses industries domestiques qu\u2019impliquent \u00e0 l\u2019\u00e9vidence les plantations, o\u00f9 oeuvrent plusieurs dizaines d\u2019hommes et de femmes, mais \u00e9galement les r\u00e9sidences urbaines, o\u00f9 vivent dans un p\u00e9rim\u00e8tre restreint parfois plus de vingt personnes blanches et noires (Scott, 1970; Clinton, 1982; Fox-Genovese, 1988). En outre, l\u2019historienne Marli F. Weiner a montr\u00e9 que l\u2019appropriation de l\u2019id\u00e9al domestique par l\u2019\u00e9lite esclavagiste est ind\u00e9niable, dans un contenu analogue au Nord, et ce malgr\u00e9 l\u2019absence, au Sud, des facteurs habituellement avanc\u00e9s pour expliquer le d\u00e9veloppement de cet id\u00e9al, dont l\u2019industrialisation et l\u2019urbanisation (Weiner, 1998: 55). Une telle pr\u00e9sence est sans doute attribuable \u00e0 la culture atlantique commune que partagent le Nord et le Sud des \u00c9tats-Unis avec la Grande-Bretagne depuis l\u2019\u00e9poque coloniale, notamment en mati\u00e8re d\u2019esth\u00e9tique et de rites sociaux (Bushman, 1992; Young, 1999).<\/p>\n<p>Les femmes de l\u2019\u00e9lite sudiste qui aspirent \u00e0 mettre en pratique cet id\u00e9al \u2014et donc \u00e0 imposer leur autorit\u00e9 sur l\u2019espace domestique\u2014 font cependant face \u00e0 des d\u00e9fis consid\u00e9rables qui rel\u00e8vent du particularisme r\u00e9gional. Le monde tel que per\u00e7u par l\u2019id\u00e9al domestique se divise en deux sph\u00e8res parall\u00e8les: une sph\u00e8re publique masculine et une sph\u00e8re priv\u00e9e f\u00e9minine. Dans l\u2019imaginaire victorien, cette derni\u00e8re sph\u00e8re est g\u00e9n\u00e9ralement synonyme d\u2019espace domestique; la femme est reine du foyer. Cette \u00e9quation, cependant, s\u2019applique difficilement \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 sudiste, dissidente de l\u2019association syst\u00e9matique sph\u00e8re f\u00e9minine\/espace domestique associ\u00e9e \u00e0 la tr\u00e8s dichotomique id\u00e9ologie des sph\u00e8res s\u00e9par\u00e9es (Kerber, 1988). En effet, la Grande Maison, c\u0153ur de la plantation, est un espace h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne \u00e0 la fois public et priv\u00e9 o\u00f9 \u00e9voluent hommes et femmes, Blancs et Noirs, libres et asservis. Il est l\u2019apanage d\u2019une \u00e9lite fortun\u00e9e, peu repr\u00e9sentative de la soci\u00e9t\u00e9 sudiste blanche dans son ensemble, mais qui est toutefois \u00e0 l\u2019avant-garde des r\u00e9f\u00e9rents socioculturels. Or, c\u2019est l\u2019espace domestique qui domine l\u2019imaginaire sudiste. Alors que l\u2019industrialisation lib\u00e9rale fait du foyer nordiste un espace f\u00e9minin, la persistance du mod\u00e8le oligarchique agraire dans le Sud-Est consolide la Grande Maison en tant qu\u2019unit\u00e9 de production: c\u2019est un espace \u00e9conomique domin\u00e9 par le planteur, le centre d\u2019un v\u00e9ritable petit village de d\u00e9pendances et de cases d\u2019esclaves. La logique de l\u2019organisation physique externe des grandes plantations refl\u00e8te d\u2019ailleurs cette domination masculine. Le planteur se donne pour mission de transformer l\u2019\u00e9tat chaotique de la nature en un ordre strict et hi\u00e9rarchique; la pr\u00e9cision math\u00e9matique des lignes et des angles droits d\u00e9montre sa sup\u00e9riorit\u00e9. Ainsi, la Grande Maison est \u00e0 l\u2019avant de la plantation, en hauteur si possible, \u00e0 une certaine distance des cases d\u2019esclaves qui ont \u00e9t\u00e9 soigneusement construites en rang\u00e9es (Vlach, 1993: 5; Wright, 1981: 41-50)<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"3\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002e030000000000000000_38208\"><sup class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--hover-on-desktop \" data-mfn=\"3\" data-mfn-post-scope=\"000000007c672e9b000000004ad058df_6637\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-000000007c672e9b000000004ad058df_6637-3\">3<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-000000007c672e9b000000004ad058df_6637-3\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"3\">L\u2019organisation physique interne de la Grande Maison reste, dans l\u2019ensemble, m\u00e9connue, un silence historiographique que d\u00e9plorait d\u2019ailleurs la chercheure Joan E. Cashin dans <em>Our Common Affairs: Texts from Women in the Old South<\/em>, p. 26. Les travaux sur la Virginie \u00e0 l\u2019\u00e9poque coloniale font figure d\u2019exception. De leurs conclusions ressort le d\u00e9veloppement de la notion d\u2019intimit\u00e9 au sein de la famille du planteur, un ph\u00e9nom\u00e8ne qui transforme l\u2019organisation interne de la Grande Maison. Le hall multifonctionnel s\u2019\u00e9clipse au profit d\u2019une multitude d\u2019espaces aux fonctions bien d\u00e9finies (salon, salle \u00e0 manger, boudoir, etc.), un ph\u00e9nom\u00e8ne parall\u00e8le \u00e0 la s\u00e9gr\u00e9gation des espaces entre les Blancs et les Noirs, ces derniers \u00e9tant confin\u00e9s \u00e0 des quartiers s\u00e9par\u00e9s. Voir Daniel Blake Smith, <em>Inside the Great House<\/em>; Rhys Isaac, <em>The Transformation of Virginia<\/em>; Mechal Sobel, <em>The World They Made Together<\/em>.<\/span><\/sup>.<\/p>\n<p>Si, \u00e0 l\u2019instar de leurs compatriotes nordistes, les femmes de l\u2019\u00e9lite sudiste cherchent \u00e0 accomplir l\u2019id\u00e9al domestique, comment \u00e9voluent-elles dans la Grande Maison, un espace d\u2019embl\u00e9e domin\u00e9 par le ma\u00eetre? Selon la production litt\u00e9raire des apologistes de l\u2019institution particuli\u00e8re, l\u2019immobile Marie St- Clare de\u00a0<em>La Case de l\u2019oncle Tom\u00a0<\/em>n\u2019est pas \u00e9trang\u00e8re \u00e0 l\u2019id\u00e9al f\u00e9minin promu en contr\u00e9e esclavagiste.<\/p>\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Un espace de reproduction<\/strong><\/h2>\n\n\n<p>La p\u00e9riode\u00a0<em>antebellum\u00a0<\/em>marque l\u2019apog\u00e9e de la prosp\u00e9rit\u00e9 sudiste et de son affirmation r\u00e9gionale. En r\u00e9ponse \u00e0 la critique abolitionniste qui cro\u00eet dans le Nord-Est, le Sud esclavagiste forge son identit\u00e9. Ses intellectuels emprunteront diff\u00e9rentes voies pour d\u00e9fendre l\u2019institution particuli\u00e8re: trait\u00e9s \u00e0 pr\u00e9tention scientifique, \u00e9conomique, philosophique ou religieuse (Faust, 1977). Ce sont des apologies qui traitent de l\u2019ensemble des aspects de la soci\u00e9t\u00e9 dans l\u2019espoir de justifier les privil\u00e8ges de l\u2019\u00e9lite sudiste. M\u00eame la question de la place des femmes dans l\u2019espace domestique y est abord\u00e9e. L\u2019arch\u00e9type f\u00e9minin qui domine cette production litt\u00e9raire emprunte les traits de la Belle, une femme \u00e0 la fois jeune, capricieuse et d\u00e9licate. Lorsqu\u2019on la compare \u00e0 l\u2019ange du foyer, id\u00e9al occidental par excellence de la femme affair\u00e9e par les multiples fonctions d\u2019\u00e9pouse, de m\u00e8re et de m\u00e9nag\u00e8re, l\u2019attitude oisive de la Belle sudiste s\u2019apparente davantage aux repr\u00e9sentations orientales de la f\u00e9minit\u00e9, un imaginaire d\u2019ailleurs bien enracin\u00e9 dans le Sud esclavagiste, comme l\u2019indique le r\u00e9cit d\u2019un voyageur britannique anonyme:<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-advgb-columns advgb-columns-wrapper\" id=\"advgb-cols-f85ee9a0-a346-4c72-8f3d-3ca7cf12254a\"><div class=\"advgb-columns-container\"><div class=\"advgb-columns advgb-columns-row advgb-is-mobile advgb-columns-1 layout-100 mbl-layout-stacked vgutter-10\">\n<div class=\"wp-block-advgb-column advgb-column\" id=\"advgb-col-a8b6f563-e5e4-4788-bf3b-c07c72f02015\"><div class=\"advgb-column-inner\" style=\"border-style:none;border-width:1px\">\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>It reminded me, on the whole, of what I had heard complacently eulogized in Charleston as a tendency toward \u2018Orientalism\u2019 onthe part of the women, of which the characteristics were repose, fastidiousness, and exclusiveness \u2014one of the many admirable results of the fundamental institution.<\/p>\n<cite><em>Dans l\u2019ensemble, cela m\u2019a rappel\u00e9 ce que, \u00e0 Charleston, j\u2019avais entendu \u00eatre complaisamment louang\u00e9 comme une tendance \u00e0 \u2018l\u2019Orientalisme\u2019 chez les femmes, et dont les caract\u00e9ristiques \u00e9taient la langueur, l\u2019exigence, et l\u2019exclusivit\u00e9 \u2014un des nombreux r\u00e9sultats admirables de l\u2019institution fondamentale&nbsp;<\/em>(Schwaab, 1973: 54).<\/cite><\/blockquote>\n<\/div><\/div>\n<\/div><\/div><\/div>\n\n\n<p>L\u2019\u00e9conomiste et \u00e9ducateur Thomas R. Dew est un des premiers intellectuels sudistes \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir s\u00e9rieusement \u00e0 la question des femmes. Fils d\u2019un planteur virginien, il fonde son \u00e9loge de l\u2019esclavagisme sur des arguments d\u2019ordre \u00e9conomique (Barber, 1999; O\u2019Brien, 2004). Il est dans la jeune trentaine quand il publie anonymement, en 1835, une s\u00e9rie d\u2019articles sur la diff\u00e9rence des sexes dans le\u00a0<em>Southern Literary Messenger<\/em>, alors un p\u00e9riodique influent du Sud (Dew, 1835). Les lois de la nature, d\u2019apr\u00e8s Dew, expliquent les diff\u00e9rences fondamentales entre l\u2019homme et la femme. Moins forte et n\u00e9cessitant moins d\u2019activit\u00e9 physique que l\u2019homme pour se maintenir en sant\u00e9, la femme est naturellement s\u00e9dentaire. Ceci explique, selon lui, la gr\u00e2ce particuli\u00e8re avec laquelle elle remplit les t\u00e2ches domestiques qui, d\u2019un point de vue \u00e9conomique, ont une faible valeur marchande (Dew, 1835: 495). La pr\u00e9sence de l\u2019homme est par cons\u00e9quent n\u00e9cessaire, lui qui fait office de protecteur:<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-advgb-columns advgb-columns-wrapper\" id=\"advgb-cols-054896d2-3c30-4219-b266-93314958386e\"><div class=\"advgb-columns-container\"><div class=\"advgb-columns advgb-columns-row advgb-is-mobile advgb-columns-1 layout-100 mbl-layout-stacked vgutter-10\">\n<div class=\"wp-block-advgb-column advgb-column\" id=\"advgb-col-6fc49b2a-6f2a-4713-b88d-b2e10f244ed6\"><div class=\"advgb-column-inner\" style=\"border-style:none;border-width:1px\">\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>He is the shield of woman, destined by nature to guard and protect her. Her inferior strength and sedentary habits confine her within the domestic circle; she is kept aloof from the bustle and storm of active life; she is not familiarized to the out of door dangers and hardships of a cold and shuffling world (497).<\/p>\n<cite><em>Il est le bouclier de la femme, destin\u00e9 par la nature \u00e0 la surveiller et \u00e0 la prot\u00e9ger. Sa force inf\u00e9rieure et ses habitudes s\u00e9dentaires la confinent \u00e0 la sph\u00e8re domestique; elle est tenue \u00e0 distance du tumulte et des temp\u00eates de la vie active; elle n\u2019est pas famili\u00e8re avec les dangers ext\u00e9rieurs ni avec les obstacles d\u2019un monde froid et d\u00e9routant.<\/em><\/cite><\/blockquote>\n<\/div><\/div>\n<\/div><\/div><\/div>\n\n\n<p>La s\u00e9dentarit\u00e9 de la femme est d\u2019ailleurs li\u00e9e \u00e0 sa fonction reproductrice, r\u00e9duisant substantiellement son champ d\u2019action. La sph\u00e8re des femmes se resserre ainsi autour de l\u2019espace de maternage que sont les chambres d\u2019enfants et de malades. Il ne s\u2019agit, toutefois, que d\u2019une limitation circonstancielle des pr\u00e9rogatives de la femme \u00e0 son r\u00f4le de m\u00e8re, car selon Thomas R. Dew, elle demeure l\u2019\u00e9gale sociale de l\u2019homme (507).<\/p>\n<p>Alors que le commentaire de Thomas R. Dew appara\u00eet relativement nuanc\u00e9, le climat de tension qui marque les ann\u00e9es 1850 rend le propos de George Fitzhugh, avocat et propri\u00e9taire d\u2019une modeste plantation, beaucoup plus virulent. Sans aucun doute le plus c\u00e9l\u00e8bre apologiste de l\u2019esclavage, cet autodidacte virginien issu de la petite bourgeoisie a un go\u00fbt prononc\u00e9 pour la pol\u00e9mique. Agac\u00e9 par le nombre croissant de Noirs affranchis et par la r\u00e9sistance du Nord \u00e0 l\u2019extension de l\u2019esclavage dans les territoires de l\u2019Ouest, il publie, d\u00e8s 1849, un pamphlet intitul\u00e9\u00a0<em>Slavery Justified<\/em>. Ce pr\u00e9lude \u00e0 une production litt\u00e9raire consid\u00e9rable est d\u00e9j\u00e0 porteur des id\u00e9es phares qui marqueront ses \u00e9crits (Gale, 1999). Pour George Fitzhugh, l\u2019esclavage est un donn\u00e9 incontournable des plus grandes civilisations d\u2019Orient et d\u2019Occident. En Am\u00e9rique, la chevaleresque aristocratie paternaliste sudiste lui appara\u00eet clairement sup\u00e9rieure \u00e0 la bourgeoisie capitaliste nordiste. Dot\u00e9e d\u2019un inestimable sens de l\u2019honneur, l\u2019\u00e9lite esclavagiste entretient bienveillamment ses serviteurs, alors que dans les industries des \u00c9tats libres, les ouvriers sont laiss\u00e9s dans la plus sombre des mis\u00e8res par des patrons indiff\u00e9rents. Naturel, l\u2019esclavage est b\u00e9n\u00e9fique non seulement pour les ma\u00eetres, selon George Fitzhugh, mais \u00e9galement pour leurs serviteurs qui, sans surveillance, p\u00e9riraient en raison de leur constitution inf\u00e9rieure, une disposition qui afflige \u00e9galement les femmes.<\/p>\n<p>Dans le chapitre de son ouvrage\u00a0<em>Sociology for the South, or the Failure of Free Society\u00a0<\/em>(1854) qu\u2019il consacre aux droits de la femme, Fitzhugh expose clairement ce \u00e0 quoi le sexe faible peut pr\u00e9tendre: le droit de protection assorti du devoir d\u2019ob\u00e9issance. M\u00eame la conception tr\u00e8s r\u00e9pandue de la sup\u00e9riorit\u00e9 morale des femmes promue par l\u2019id\u00e9al domestique de l\u2019\u00e9poque est rejet\u00e9e par George Fitzhugh, qui veut d\u00e9montrer l\u2019implacable sup\u00e9riorit\u00e9 du patriarche, pilier de la soci\u00e9t\u00e9 esclavagiste, et dont l\u2019autorit\u00e9 lui est attribu\u00e9e par Dieu lui-m\u00eame. D\u2019ailleurs, commentant les personnages d\u2019Harriet Beecher Stowe dans\u00a0<em>La Case de l\u2019oncle Tom<\/em>, il reconna\u00eet d\u2019embl\u00e9e le caract\u00e8re antipathique de Marie St-Clare, mais il s\u2019empresse de faire valoir le contraste entre l\u2019absolue f\u00e9minit\u00e9 de la vaine et languissante Marie St-Clare et la masculinit\u00e9 de la vertueuse et \u00e9nergique cousine Oph\u00e9lia (Fitzhugh, 1854: 215). Seule la premi\u00e8re, de par sa vuln\u00e9rabilit\u00e9, peut pr\u00e9tendre au statut de femme et donc, au droit de protection: \u00abSo long as she is nervous, fickle, capricious, delicate, diffident and dependent, man will worship and adore her. Her weakness is her strength, and her true art is to cultivate and improve her weakness \/\u00a0<em>Tant qu\u2019elle est nerveuse, inconstante, capricieuse, d\u00e9licate, h\u00e9sitante et d\u00e9pendante, l\u2019homme la v\u00e9n\u00e8rera et l\u2019adorera. Sa faiblesse est sa force, son v\u00e9ritable art est de cultiver et d\u2019am\u00e9liorer sa faiblesse<\/em>\u00bb (214). Contrairement \u00e0 Thomas R. Dew qui critique les soci\u00e9t\u00e9s musulmanes \u00e0 cause de l\u2019inf\u00e9riorit\u00e9 sociale des femmes, George Fitzhugh glorifie l\u2019in\u00e9galit\u00e9 des sexes, notamment lorsqu\u2019il \u00e9voque la m\u00e9taphore comparant la femme sudiste \u00e0 la Chinoise emprisonn\u00e9e par ses pieds band\u00e9s, \u00aba slave, but is idle, honored and caressed \/\u00a0<em>Une esclave, mais qui est oisive, honor\u00e9e et caress\u00e9e<\/em>\u00bb (213). La femme sudiste est ainsi vou\u00e9e \u00e0 l\u2019immobilit\u00e9 dans l\u2019espace domestique.<\/p>\n<p>\u00c9tant prot\u00e9g\u00e9e, l\u2019\u00e9pouse du planteur doit, selon cette logique, se montrer docile et d\u00e9f\u00e9rente envers son \u00e9poux dans tous les aspects de la vie, dont l\u2019espace qu\u2019elle occupe dans la sph\u00e8re domestique, comme l\u2019exposait clairement en 1859 un autre ap\u00f4tre de l\u2019institution particuli\u00e8re, le pasteur presbyt\u00e9rien originaire de l\u2019Alabama, Frederick Augustus Ross. Dans l\u2019ouvrage\u00a0<em>Slavery Ordained of God<\/em>, destin\u00e9 \u00e0 un lectorat nordiste, il rappelle le devoir d\u2019ob\u00e9issance des femmes: \u00abNo; you cannot leave your parlor, nor your bedchamber, nor your couch, if your husband commands you to stay there! \/ <em>Non: vous ne pouvez pas quitter votre salon, ni votre chambre, ni votre divan si votre mari vous ordonne\u00a0<\/em><em>d\u2019y rester!<\/em>\u00bb (Ross, 1857). L\u2019autorit\u00e9 du ma\u00eetre est totale. Ainsi formul\u00e9 par la voie du trait\u00e9 philosophique, de la sociologie ou du sermon religieux, ce discours des hommes qui fait l\u2019apologie de la soci\u00e9t\u00e9 esclavagiste et de la place qu\u2019elle accorde aux femmes dans l\u2019espace domestique n\u2019est pas sans cons\u00e9quence. \u00c0 partir d\u2019arguments fond\u00e9s autant sur la nature que sur la volont\u00e9 humaine ou divine, il condamne les femmes, au mieux, \u00e0 la passivit\u00e9 et, au pire, \u00e0 l\u2019immobilit\u00e9.<\/p>\n<p>Les \u00e9crits de ces pan\u00e9gyristes de l\u2019esclavagisme mod\u00e8leront le contenu de l\u2019id\u00e9al domestique au Sud, l\u2019adaptant \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 r\u00e9gionale en \u00e9vacuant, notamment, la notion de sup\u00e9riorit\u00e9 morale des femmes. Si, au quotidien, cet id\u00e9al se vit de fa\u00e7on relativement semblable des deux c\u00f4t\u00e9s de la ligne Mason- Dixon, il est justifi\u00e9 tr\u00e8s diff\u00e9remment par les deux soci\u00e9t\u00e9s. Lieu d\u2019expression de la sup\u00e9riorit\u00e9 morale des femmes, le foyer nordiste est un asile pour les hommes qui doivent combattre les violences du capitalisme sauvage. Au Sud, le foyer est au contraire per\u00e7u, par les chantres de l\u2019institution particuli\u00e8re, comme le c\u0153ur de la soci\u00e9t\u00e9 agraire, un lieu o\u00f9 r\u00e8gne en seigneur le planteur et o\u00f9 les femmes \u2014des \u00eatres physiquement et intellectuellement inf\u00e9rieurs (mais tout de m\u00eame sup\u00e9rieurs aux esclaves)\u2014 sont prot\u00e9g\u00e9es des infamies du monde. Dans sa version sudiste, l\u2019id\u00e9al domestique sacre la force physique et intellectuelle des hommes, l\u2019ob\u00e9issance des femmes et l\u2019exclusion syst\u00e9matique des Afro-Am\u00e9ricains de toutes formes de pouvoir ou de statut. C\u2019est ainsi que, dans l\u2019imaginaire sudiste\u00a0<em>antebellum<\/em>, l\u2019espace domestique est la chasse gard\u00e9e du ma\u00eetre qui prot\u00e8ge les plus faibles -femmes, enfants et esclaves. Si la valorisation de l\u2019oisivet\u00e9 f\u00e9minine permet, \u00e0 un premier degr\u00e9, de faire appara\u00eetre les b\u00e9n\u00e9fices de l\u2019institution particuli\u00e8re pour la classe poss\u00e9dante, elle est toutefois lourde de sens pour les femmes. Bien qu\u2019exotique, ce suppos\u00e9 orientalisme influence \u00e0 la baisse leur statut. En effet, en tant que partie int\u00e9grante de la rh\u00e9torique des apologistes de la Cause, il sous-entend la n\u00e9cessaire soumission des femmes \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 patriarcale dans l\u2019espace domestique. Le recours \u00e0 l\u2019orientalisme \u2014r\u00e9f\u00e9rence universelle\u2014 symbolise ainsi le pouvoir patriarcal du ma\u00eetre sur la Grande Maison; le planteur est, pour reprendre l\u2019expression de William Howard Russell, un \u00abarabe d\u00e9-nomadis\u00e9\u00bb (Russell, 1861: 285).<\/p>\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><strong><em>Ces repr\u00e9sentations orientalisantes ne sont pas sans cons\u00e9quence, comme l\u2019ont montr\u00e9 les rares chercheuses qui se sont int\u00e9ress\u00e9es \u00e0 la probl\u00e9matique du rapport des femmes \u00e0 l\u2019espace physique dans une perspective historique et dont les recherches se sont essentiellement inscrites dans le Nord-Est des \u00c9tats-Unis (Hayden, 1981; Wright, 1980; McMurry, 1988). Ces historiennes voient dans l\u2019organisation de l\u2019espace domestique un moyen de reproduire ou de r\u00e9former les rapports sociaux. Influenc\u00e9es par la g\u00e9ographie et l\u2019architecture, elles appr\u00e9hendent l\u2019espace comme \u00e9tant le reflet de l\u2019organisation sociale. Il est certes facile d\u2019accepter sans penser quel\u2019espace construit par les humains est un arri\u00e8re-fond neutre. Pourtant, les chemins, les places publiques et les boudoirs sont des espaces construits par des hommes \u00e0 l\u2019image de la soci\u00e9t\u00e9 dans laquelle ils \u00e9voluent: en l\u2019occurrence, une soci\u00e9t\u00e9 patriarcale. L\u2019organisation spatiale des \u00e9difices et des communaut\u00e9s amplifie la nature des relations sociales de genre, de race et de classe. Dans toutes les institutions sociales, les activit\u00e9s se produisent dans des lieux sp\u00e9cifiquement d\u00e9finis: c\u2019est la dimension spatiale des institutions sociales. Investir ces lieux physiques, se les approprier, est un acte politique. Comme le sugg\u00e8re Leslie Weisman, investir un espace,&nbsp;c\u2019est acc\u00e9der \u00e0 un statut social, et changer cet espace, c\u2019est intrins\u00e8quement changer l\u2019ordre social (Weisman, 1992). Les id\u00e9aux fa\u00e7onnent ainsi l\u2019espace domestique. Si, dans le Nord, ces id\u00e9aux veulent cr\u00e9er une plus grande \u00e9quit\u00e9, ils sont synonymes d\u2019in\u00e9galit\u00e9 dans le Sud. Devenant de plus en plus r\u00e9actionnaire \u00e0 mesure que la S\u00e9cession se dessine, le Sud&nbsp;antebellum&nbsp;est loin d\u2019\u00eatre un terreau fertile pour les divers courants progressistes qui vont repenser l\u2019espace domestique. Marqu\u00e9 par des normes sexistes \u00e0 l\u2019image de l\u2019Occident, l\u2019espace domestique sudiste est en outre conditionn\u00e9 par les omnipr\u00e9sentes normes racistes du syst\u00e8me esclavagiste. H\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne et \u00e9minemment complexe, l\u2019espace auquel les femmes de l\u2019\u00e9lite sont confin\u00e9es est un v\u00e9ritable microcosme&nbsp;de la soci\u00e9t\u00e9 sudiste.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><strong><em>Si l\u2019on se fie aux repr\u00e9sentations propos\u00e9es par les chantres de l\u2019esclavagisme que sont Thomas R. Dew, George Fitzhugh et Frederick A. Ross, la soci\u00e9t\u00e9 sudiste reproduit l\u2019in\u00e9galit\u00e9 des sexes par l\u2019assignation des femmes aux espaces de reproduction. Les activit\u00e9s productives et cr\u00e9atives des femmes blanches sont ainsi \u00e9vacu\u00e9es des repr\u00e9sentations de ces ambassadeurs de l\u2019ordre sudiste ; elles se voient r\u00e9duites \u00e0 l\u2019existence de matrice. Mais les femmes blanches sont-elles passives, voire immobiles dans la Grande Maison? Sont-elles confin\u00e9es aux espaces de maternage ou encore, pour reprendre l\u2019imaginaire oriental, \u00e0 des espaces s\u00e9gr\u00e9gu\u00e9s sexuellement \u2014sortes de gyn\u00e9c\u00e9e ou de harem sudiste? En d\u00e9pit des efforts des apologistes masculins du syst\u00e8me esclavagiste pour enfermer les femmes dans une oisivet\u00e9 passive via leur rh\u00e9torique orientaliste, leur discours est contredit par des auteures qui partagent pourtant leur agenda pro-esclavagiste. Les apologistes f\u00e9minines de l\u2019institution particuli\u00e8re utilisent en effet leurs propagandes aux accents romanesques pour mettre \u00e0 l\u2019avant-plan l\u2019activit\u00e9 productive des femmes dans l\u2019espace domestique.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Un espace de production<\/strong><\/h2>\n\n\n<p>Alors que la d\u00e9fense de l\u2019institution particuli\u00e8re par des apologistes masculins appara\u00eet au tout d\u00e9but de la p\u00e9riode\u00a0<em>antebellum<\/em>, il faut attendre la publication de\u00a0<em>La Case de l\u2019oncle Tom<\/em>, en 1852<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"4\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002e030000000000000000_38208\"><sup class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--hover-on-desktop \" data-mfn=\"4\" data-mfn-post-scope=\"000000007c672e9b000000004ad058df_6637\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-000000007c672e9b000000004ad058df_6637-4\">4<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-000000007c672e9b000000004ad058df_6637-4\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"4\">Le roman est d\u2019abord publi\u00e9 en feuilleton dans le <em>National Era<\/em> \u00e0 partir de juin 1851.<\/span><\/sup>, avant que des femmes ne leur embo\u00eetent le pas. Le roman \u00e9tant, aux c\u00f4t\u00e9s de la po\u00e9sie et des guides de conduite, une des formes d\u2019\u00e9criture privil\u00e9gi\u00e9es par les femmes du dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle pour exprimer publiquement un point de vue, c\u2019est la voie litt\u00e9raire qu\u2019elles emprunteront tout naturellement pour justifier la soci\u00e9t\u00e9 dont elles sont issues. \u0152uvres remplies des bons sentiments typiques du roman f\u00e9minin de l\u2019\u00e9poque, les multiples r\u00e9pliques au feuilleton d\u2019Harriet Beecher Stowe, dont la plus c\u00e9l\u00e8bre est\u00a0<em>Aunt Phillis\u2019s Cabin; or, Southern Life as it is\u00a0<\/em>(1852) de Mary H. Eastman, appartiennent toutefois davantage \u00e0 la propagande qu\u2019\u00e0 la litt\u00e9rature. D\u2019ailleurs, contrairement aux apologistes masculins de l\u2019esclavage qui multiplieront les publications, les auteures de romans propagandistes ne publieront souvent qu\u2019une seule \u0153uvre;\u00a0elles sont en grande majorit\u00e9 des amatrices. Or, on ne doit pas perdre de vue le radicalisme qu\u2019implique pour une femme du dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle le seul acte d\u2019\u00e9crire et de publier, acte qui refl\u00e8te le d\u00e9sir d\u2019exprimer une identit\u00e9 ind\u00e9pendante et s\u00e9par\u00e9e des p\u00e8res et des maris (Wells, 2003).<\/p>\n<p>L\u2019objectif de cette litt\u00e9rature propagandiste est multiple: justifier l\u2019esclavage en d\u00e9montrant par une rh\u00e9torique \u00e9toff\u00e9e l\u2019inf\u00e9riorit\u00e9 du peuple noir, d\u00e9fendre le caract\u00e8re sudiste en insistant sur son sens de l\u2019hospitalit\u00e9 et, finalement, d\u00e9noncer les maux qui affligent le Nord industriel, comme la pauvret\u00e9 et l\u2019indiff\u00e9rence. Sauver l\u2019honneur des femmes sudistes est \u00e9galement un enjeu majeur. En effet, dans son roman, Harriet Beecher Stowe sous-entend \u00e0 plusieurs reprises leur d\u00e9fection des responsabilit\u00e9s domestiques, que ce soit par la figure lamentable de Marie St-Clare ou par la bouche d\u2019une esclave. Ainsi Dinah, la cuisini\u00e8re des St-Clare, en observant la tornade m\u00e9nag\u00e8re qu\u2019est la cousine Oph\u00e9lia, affirme: \u00abSi c\u2019est ainsi que font les dames du Nord, ce ne sont pas des dames\u00bb. Selon cette domestique imagin\u00e9e par Stowe, les femmes de l\u2019\u00e9lite ne s\u2019impliquent pas dans le fonctionnement de la Grande Maison (Stowe, 1986: 285).<\/p>\n<p>La contestation de cet aspect de\u00a0<em>La Case de l\u2019oncle Tom\u00a0<\/em>par les romanci\u00e8res propagandistes se fait particuli\u00e8rement explicite. En plus de pr\u00e9senter une r\u00e9plique \u00e0 travers la construction des personnages ou les ressorts de l\u2019intrigue, ces auteures usent abondamment de la pseudo-impartialit\u00e9 du narrateur. Dans le roman\u00a0<em>The North and South, or, Slavery and its Contrasts.\u00a0<\/em><em>A Tale of Real Life\u00a0<\/em>(1852), Caroline E. Rush rectifie par ce proc\u00e9d\u00e9 litt\u00e9raire l\u2019image de la ma\u00eetresse d\u2019esclaves, dans un r\u00e9cit qui s\u2019attarde \u00e0 d\u00e9peindre les effets pervers du capitalisme industriel sur la vie d\u2019une famille. Sous sa plume, les femmes de l\u2019\u00e9lite deviennent esclaves des esclaves: \u00abLet me here take occasion to remark, that as a general thing, the greatest slave on a plantation is the mistress. She is like the mother of an immense family, of some fifty up to five or six hundred children. She has them all to look after \/\u00a0<em>Laissez-moi ici saisir l\u2019occasion de relever le fait que, r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale, le plus grand esclave dans une plantation est la ma\u00eetresse. Elle est comme la m\u00e8re d\u2019une immense famille, de cinquante \u00e0 cinq ou six cents enfants. Elle doit tous s\u2019en occuper<\/em>\u00bb (226). Dans la m\u00eame optique, Mary Howard Schoolcraft utilise la voix du narrateur dans\u00a0<em>The Black Gauntlet<\/em>.\u00a0<em>A Tale of Plantation Life in South Carolina\u00a0<\/em>(1860), un roman \u00e0 saveur autobiographique racontant l\u2019infortune d\u2019un planteur et de sa prog\u00e9niture. Comparant le travail des femmes du Nord et du Sud, elle \u00e9crit: \u00abAlthough it is reported that the Northern ladies arrogate to themselves all the enterprise and industry as housekeepers in these United States, they never saw a day in all their lives that could promise all the responsibilities of a Southern Planter\u2019s Wife \/\u00a0<em>Bien qu\u2019il ait \u00e9t\u00e9 rapport\u00e9 que les femmes du Nord, dans ces \u00c9tats-Unis, se saisissent de toutes les initiatives et industries comme des gouvernantes, elles n\u2019ont jamais de leur vie travers\u00e9 un jour qui promette toutes les responsabilit\u00e9s des \u00e9pouses des planteurs du Sud<\/em>\u00bb (113). Ces romans sauvegardent l\u2019honneur de la ma\u00eetresse de plantation de deux mani\u00e8res: d\u2019abord en \u00e9clairant son r\u00f4le productif et, ensuite, en affirmant l\u2019importance du respect de l\u2019id\u00e9al domestique par les femmes de planteurs. Plus qu\u2019une version f\u00e9minine de la pens\u00e9e des pan\u00e9gyristes masculins du Sud esclavagiste, ces apologies romanc\u00e9es proposent une vision diff\u00e9rente du rapport des femmes \u00e0 l\u2019espace domestique.<\/p>\n<p>La mise en \u00e9vidence de la productivit\u00e9 f\u00e9minine entra\u00eene une r\u00e9\u00e9valuation de la sph\u00e8re des femmes, sph\u00e8re que l\u2019on serait port\u00e9, d\u2019embl\u00e9e, \u00e0 \u00e9tendre au-del\u00e0 de l\u2019espace de reproduction d\u00e9fini par les pan\u00e9gyristes masculins de l\u2019esclavage. Or, outre les envol\u00e9es narratives sur les responsabilit\u00e9s qui accablent la ma\u00eetresse de la plantation, on retrouve peu d\u2019exemples dans ces romans qui permettent de conclure que le champ d\u2019action des femmes s\u2019\u00e9tend au-del\u00e0 du p\u00e9rim\u00e8tre de la Grande Maison. Les rares moments o\u00f9 l\u2019on surprend la ma\u00eetresse en train de superviser le travail des serviteurs, elle le fait \u00e0 partir d\u2019un boudoir, d\u2019une chambre ou d\u2019une salle \u00e0 d\u00eener (Butt, 1853: 178). M\u00eame les proches d\u00e9pendances, telles que la cuisine ou le fumoir, semblent \u00eatre exclues de cet espace productif, comme le sugg\u00e8re cet extrait de\u00a0<em>The Black Gauntlet\u00a0<\/em>(1860)<em>:<\/em>\u00abMr. Wyndham went to the store-room, [\u2026] to give\u00a0out dinner to the cook \u2014for there gentlemen think their wives so beautiful and delicate, that they never tax them with the exposure of the sun and damp feet in their journey to the said store-room \/\u00a0<em>M. Wyndham est all\u00e9 \u00e0 la r\u00e9serve [\u2026] pour donner les consignes du d\u00eener au cuisinier \u2014car l\u00e0-bas les gentlemen croient que leurs \u00e9pouses sont si belles et d\u00e9licates qu\u2019ils ne leur imposent jamais de s\u2019exposer au soleil ou d\u2019avoir les pieds humides en se rendant elles-m\u00eames \u00e0 ladite r\u00e9serve<\/em>\u00bb (113). Mr. Wyndham, le planteur du r\u00e9cit de Mary Howard Schoolcraft, remplit une fonction que l\u2019historiographie attribue pourtant \u00e0 son \u00e9pouse. La sph\u00e8re des femmes sudistes appara\u00eet donc tr\u00e8s limit\u00e9e.<\/p>\n<p>Pourtant, le champ d\u2019action des femmes s\u2019\u00e9largit lorsque leurs pr\u00e9rogatives de maternage entrent en jeu. Si les auteures de fiction esclavagiste montrent souvent un serviteur consultant sa ma\u00eetresse \u00e0 propos de questions personnelles dans le salon de la Grande Maison, la situation oppos\u00e9e est \u00e9galement fr\u00e9quente. En effet, les romans pro-sudistes multiplient les mises en situation o\u00f9 la ma\u00eetresse effectue une tourn\u00e9e des quartiers des esclaves afin de veiller au confort de chacun ou de soigner un serviteur \u00e0 m\u00eame sa case (Butt, 1853: 182-183). Mary Howard Schoolcraft se fait particuli\u00e8rement \u00e9loquente sur le d\u00e9vouement maternel de l\u2019\u00e9pouse du planteur dans son roman:<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-advgb-columns advgb-columns-wrapper\" id=\"advgb-cols-090597bf-d123-4d28-9805-cbffaf95f2d1\"><div class=\"advgb-columns-container\"><div class=\"advgb-columns advgb-columns-row advgb-is-mobile advgb-columns-1 layout-100 mbl-layout-stacked vgutter-10\">\n<div class=\"wp-block-advgb-column advgb-column\" id=\"advgb-col-2bd0599d-4395-4d48-b89b-4ef22366a2d0\"><div class=\"advgb-column-inner\" style=\"border-style:none;border-width:1px\">\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>From her very nursery she is taught that the meanest creature on God\u2019s earth is a master or mistress who neglects those that Providence has made utterly dependent on them. Her conscience, educated to this self-denying nobility of action, would feel as wounded by the neglect of her helpless children as by disregard for her hard working slaves [\u2026] the planter\u2019s wife expend in the humble cabin of the sick or afflicted Negro, on her plantation, night or day; for no storm prevents personal attention from house to house of a very ill servant (113).<\/p>\n<cite><em>Ses propres soins attentifs lui enseignent que la plus mesquine des cr\u00e9atures de Dieu est un ma\u00eetre ou une ma\u00eetresse qui n\u00e9glige ceux que la Providence a rendu compl\u00e8tement d\u00e9pendants d\u2019eux. Sa conscience, habitu\u00e9e \u00e0 cette noble action d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9e, se sentirait aussi bless\u00e9e par la n\u00e9gligence envers ses enfants sans d\u00e9fense que par le m\u00e9pris pour ses vaillants esclaves [\u2026] la femme du planteur passe du temps, de nuit comme de jour, dans les humbles cabines des Noirs, malades ou afflig\u00e9s, dans sa plantation; aucune temp\u00eate ne pourrait l\u2019emp\u00eacher d\u2019aller de maison en maison pour prodiguer personnellement de l\u2019attention \u00e0 des serviteurs tr\u00e8s malades<\/em>.<\/cite><\/blockquote>\n<\/div><\/div>\n<\/div><\/div><\/div>\n\n\n<p>Dans ces romans, les femmes de l\u2019\u00e9lite jouissent donc d\u2019une mobilit\u00e9 sur la plantation qui d\u00e9passe la maison. Les sc\u00e8nes qui pr\u00e9sentent une ma\u00eetresse soucieuse du bien-\u00eatre de ses esclaves sont cependant loin d\u2019\u00eatre innocentes. Elles mettent en \u00e9vidence la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 et l\u2019affection du ma\u00eetre \u2014et, par extension, de la ma\u00eetresse \u2014envers ses prot\u00e9g\u00e9s, les serviteurs noirs: c\u2019est un argument cl\u00e9 de la rh\u00e9torique esclavagiste. La fonction de maternage se r\u00e9v\u00e8le essentielle au bon fonctionnement du syst\u00e8me esclavagiste, humanisant une institution \u00e2prement critiqu\u00e9e. La mobilit\u00e9 des femmes devient par cons\u00e9quent fonctionnelle: l\u2019extension de leur sph\u00e8re au del\u00e0 de la Grande Maison est li\u00e9e \u00e0 leur r\u00f4le de reproductrice. Le discours des \u00e9crivaines qui se pr\u00eatent \u00e0 l\u2019exercice de l\u2019apologie s\u2019apparente donc \u00e0 celui de leurs vis-\u00e0-vis masculins que sont Thomas R. Dew, George Fitzhugh et Frederick Augustus Ross. N\u00e9anmoins, en pr\u00e9sentant des personnages f\u00e9minins affair\u00e9s \u00e0 de multiples t\u00e2ches, elles rejettent explicitement les discours qui condamnent les femmes blanches \u00e0 une passivit\u00e9 orientalisante.<\/p>\n<p>Si les apologies f\u00e9minines ne remettent que partiellement en question les conclusions de leurs contreparties masculines, elles proposent toutefois un portrait \u00e9toff\u00e9 des interactions entre la ma\u00eetresse et ses esclaves. Flatteur par nature, le roman propagandiste fr\u00f4le parfois la caricature. En s\u2019improvisant romanci\u00e8re avec\u00a0<em>Antifanaticism: A Tale of the South<\/em>, publi\u00e9 en 1853, Martha Haines Butt, une Virginienne fra\u00eechement \u00e9moulue d\u2019une pension pour jeunes filles riches, jette un regard rose sur la r\u00e9alit\u00e9. Ses personnages sont empreints d\u2019une na\u00efvet\u00e9 qui d\u00e9passe le simple \u00e9loge du Sud. La ma\u00eetresse d\u2019esclaves qu\u2019elle cr\u00e9e, Mrs. M<u>\u00a0\u00a0\u00a0<\/u>, est infiniment juste et g\u00e9n\u00e9reuse. Non seulement apprend-elle \u00e0 lire \u00e0 tous ses esclaves, contrevenant ainsi \u00e0 une des lois les plus fondamentales de l\u2019esclavage sudiste, mais elle lib\u00e8re en outre de toutes corv\u00e9es, pour une quinzaine de jours, une esclave qui s\u2019appr\u00eate \u00e0 se marier! La surench\u00e8re pr\u00e9sente dans le roman de Martha Haines Butt quant \u00e0 la lib\u00e9ralit\u00e9 de l\u2019\u00e9lite sudiste fait cependant figure d\u2019exception. Tout en proposant une vision avantageuse de l\u2019esclavage, ces auteures tentent g\u00e9n\u00e9ralement de demeurer vraisemblables. Une dimension incontournable de ces propagandes romanesques est d\u2019affirmer la sup\u00e9riorit\u00e9 morale et intellectuelle du Blanc sur le Noir. En invoquant l\u2019in\u00e9galit\u00e9 des races pour justifier l\u2019institution particuli\u00e8re, ces romanci\u00e8res improvis\u00e9es ne se contentent pas d\u2019affirmer l\u2019autorit\u00e9 du ma\u00eetre, elles d\u00e9voilent \u00e9galement le visage f\u00e9minin du paternalisme sudiste : les femmes de l\u2019\u00e9lite sont des ma\u00eetresses d\u2019esclaves. Ces auteures viennent brouiller davantage l\u2019image d\u2019inf\u00e9riorit\u00e9 et d\u2019ob\u00e9issance pr\u00f4n\u00e9e par les pan\u00e9gyristes masculins en investissant les ma\u00eetresses d\u2019un certain pouvoir dans l\u2019espace domestique, pouvoir qui ne signifie pas pour autant une reconnaissance civique ou juridique accrue.<\/p>\n<p>Dans ces r\u00e9pliques \u00e0\u00a0<em>La Case de l\u2019oncle Tom<\/em>, la sup\u00e9riorit\u00e9 raciale s\u2019exprime efficacement par la mise en sc\u00e8ne des personnages dans l\u2019espace domestique. Chaque fois qu\u2019un esclave est en pr\u00e9sence de sa ma\u00eetresse, il se retrouve invariablement en position subalterne: dormant au pied du lit, marchant derri\u00e8re sa ma\u00eetresse ou demeurant debout lorsqu\u2019elle est assise. Ce statut d\u2019inf\u00e9riorit\u00e9 semble naturel, il fait partie de l\u2019ordre des choses, comme l\u2019expose avec \u00e9loquence cet extrait de\u00a0<em>The North and South, or, Slavery and its Contrasts.\u00a0<\/em><em>A Tale of Real Life\u00a0<\/em>(1852) de Caroline E. Rush:<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-advgb-columns advgb-columns-wrapper\" id=\"advgb-cols-bde33222-079c-4030-9c6f-e1d408bf96da\"><div class=\"advgb-columns-container\"><div class=\"advgb-columns advgb-columns-row advgb-is-mobile advgb-columns-1 layout-100 mbl-layout-stacked vgutter-10\">\n<div class=\"wp-block-advgb-column advgb-column\" id=\"advgb-col-309f9748-259a-49dc-ab0c-c7b23a93c9c1\"><div class=\"advgb-column-inner\" style=\"border-style:none;border-width:1px\">\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>Seated on a low chair beside the sofa, was a young girl, a splendid specimen of the quadroon. [\u2026] Lulu was not more than sixteen years old, and she sat beside her young mistress, her delicate fingers were diligently employed upon some embroidery, of a complicated pattern (219).<\/p>\n<cite><em>Sur une chaise basse pr\u00e8s du sofa, \u00e9tait assise une jeune fille, splendide sp\u00e9cimen de quarteronne. [\u2026] Lulu n\u2019avait pas plus de seize ans, elle \u00e9tait assise \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de sa jeune ma\u00eetresse, ses doigts d\u00e9licats diligemment occup\u00e9s par une broderie au motif compliqu\u00e9<\/em>.<\/cite><\/blockquote>\n<\/div><\/div>\n<\/div><\/div><\/div>\n\n\n<p>L\u2019assujettissement de l\u2019esclave est tel, que le serviteur que d\u00e9peint le roman propagandiste manifeste l\u2019affection qu\u2019il porte \u00e0 sa ma\u00eetresse en s\u2019abaissant. L\u2019autorit\u00e9 qu\u2019exercent les femmes sur les esclaves reste cependant fort relative. Ces derniers semblent se permettre \u00e0 l\u2019occasion des familiarit\u00e9s inconcevables avec leur ma\u00eetresse en pr\u00e9sence du ma\u00eetre. Ainsi, la Grande Maison demeure la chasse gard\u00e9e du ma\u00eetre, sup\u00e9rieur aux femmes, aux enfants et aux esclaves.<\/p>\n<p>Outils de propagande empruntant la forme de l\u2019\u00e9criture romanesque, les apologies esclavagistes r\u00e9dig\u00e9es par des femmes ont le m\u00e9rite de transformer de fa\u00e7on cr\u00e9dible la figure de la Belle immobile et ob\u00e9issante. Tout en respectant le cadre restrictif du patriarcat des \u00c9tats du Sud, ces auteures donnent aux femmes des pr\u00e9rogatives qui leur permettent de se conformer \u00e0 l\u2019id\u00e9al domestique \u2014pr\u00e9rogatives dont les avaient d\u00e9pouill\u00e9es les pan\u00e9gyristes masculins de l\u2019esclavage, \u00e0 l\u2019instar d\u2019Harriet Beecher Stowe. Cependant, en mettant l\u2019accent sur l\u2019interaction entre la ma\u00eetresse et ses esclaves, ces romans propagandistes laissent peu de place \u00e0 la repr\u00e9sentation de la relation cr\u00e9atrice qu\u2019entretiennent les femmes de l\u2019\u00e9lite \u00e0 l\u2019espace domestique.<\/p>\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Un espace de cr\u00e9ation<\/strong><\/h2>\n\n\n<p>Les romans propagandistes ne repr\u00e9sentent qu\u2019une petite partie de l\u2019ensemble de la production litt\u00e9raire qui \u00e9mane du Sud au cours de la p\u00e9riode\u00a0<em>antebellum<\/em>. En effet, \u00e0 partir des ann\u00e9es 1830, une fiction \u00e9crite par des femmes pour des femmes prosp\u00e8re \u00e0 l\u2019\u00e9chelle des \u00c9tats-Unis. Nouvelles, feuilletons et romans qui appartiennent au genre litt\u00e9raire de la fiction didactique (<em>domestic fiction\u00a0<\/em>en anglais) partagent une intrigue commune: une jeune h\u00e9ro\u00efne \u00e0 l\u2019or\u00e9e de l\u2019\u00e2ge adulte se voit contrainte, dans des circonstances malheureuses, de subvenir \u00e0 ses besoins, jusqu\u2019au jour o\u00f9 elle retrouve la stabilit\u00e9 d\u2019un foyer en se mariant. \u00c0 travers une trame pr\u00e9visible qui inclut \u00e9galement une incontournable sc\u00e8ne de r\u00e9sistance \u00e0 l\u2019autorit\u00e9, cette fiction didactique fait la promotion de\u00a0l\u2019ind\u00e9pendance des femmes (Baym, 1978: 27-29). Ces caract\u00e9ristiques formelles et id\u00e9ologiques propres au genre se retrouvent autant dans les r\u00e9cits qui s\u2019inscrivent dans le Nord industriel que dans le Sud agraire. Cependant, les auteures sudistes de fiction didactique \u2014des professionnelles qui multiplient les publications\u2014, telles Caroline Gilman, Eliza Ann Dupuy et Caroline Lee Whiting Hentz, font plus que proposer une variante r\u00e9gionale du genre; en choisissant le contexte singulier de la plantation, elles endossent implicitement le syst\u00e8me esclavagiste.<\/p>\n<p>En g\u00e9n\u00e9ral, le particularisme sudiste se devine en filigrane dans la fiction didactique; son objectif premier est de pr\u00e9senter des mod\u00e8les d\u2019autonomie aux femmes et non de justifier les institutions serviles \u00e0 l\u2019instar de la litt\u00e9rature propagandiste (Papashvily, 1956). Cela n\u2019exclut pas le d\u00e9sir de ces auteures de prendre part au d\u00e9bat qui divise la nation. L\u2019\u0153uvre de Caroline Lee Whiting Hentz est exemplaire \u00e0 cet effet. Le roman\u00a0<em>The Planter\u2019s Northern Bride <\/em>(1854) raconte la d\u00e9couverte du Sud par la fille d\u2019un leader abolitionniste qui \u00e9pouse un prosp\u00e8re planteur. Consciente de la nature arbitraire du syst\u00e8me servile, Hentz pr\u00e9sente tant des figures de bons que de mauvais ma\u00eetres, une nuance du propos sans doute attribuable \u00e0 sa connaissance approfondie des diff\u00e9rentes r\u00e9gions des \u00c9tats-Unis. N\u00e9e au Massachusetts, le mariage de Hentz avec un \u00e9rudit qui cumule les postes d\u2019enseignement \u00e0 travers le Midwest et le Sud-Est lui procure une vision d\u2019ensemble de la nation (Malloy, 1999). Si sa production litt\u00e9raire ant\u00e9rieure \u00e0 la publication de\u00a0<em>La Case de l\u2019oncle Tom\u00a0<\/em>fait abstraction de l\u2019\u00e9pineuse question de l\u2019esclavage,\u00a0<em>The Planter\u2019s Northern Bride\u00a0<\/em>se r\u00e9v\u00e8le l\u2019apport d\u2019une Sudiste d\u2019adoption \u00e0 la cause de sa terre d\u2019accueil. Alors que le roman\u00a0<em>The Planter\u2019s Northern Bride<\/em>, publi\u00e9 en 1854, est centr\u00e9 sur la question de l\u2019esclavage et int\u00e8gre \u00e0 son intrigue de nombreux serviteurs, le roman\u00a0<em>Eoline, or Magnolia Vale<\/em>, paru deux ans auparavant, en fait abstraction et n\u2019introduit qu\u2019une seule esclave par son nom. Ces silences en disent long sur le statut des Afro-Am\u00e9ricains. Ins\u00e9r\u00e9 dans le r\u00e9cit par souci d\u2019exotisme, le serviteur s\u2019int\u00e8gre au d\u00e9cor. Anonyme figurant, l\u2019esclave est un \u00eatre beaucoup plus pr\u00e8s des animaux que des humains (Dupuy, 1857: 280). L\u2019affirmation de la sup\u00e9riorit\u00e9 des Blancs sur les Noirs, bien qu\u2019\u00e0 l\u2019arri\u00e8re-plan, est donc tout aussi radicale dans la fiction f\u00e9minine sudiste que dans les apologies de l\u2019esclavage \u00e9crites par des hommes et des femmes.<\/p>\n<p>L\u2019espace domestique dans lequel \u00e9volue l\u2019h\u00e9ro\u00efne est l\u2019objet de beaucoup d\u2019attention dans ces romans. Les lieux sont d\u00e9crits avec force d\u00e9tails, chaque pi\u00e8ce faisant l\u2019objet d\u2019un compte rendu pr\u00e9cis. En r\u00e9action \u00e0 la simplicit\u00e9 confortable pr\u00e9conis\u00e9e dans le Nord industriel, les romans sudistes insistent sur la prosp\u00e9rit\u00e9 qui fait la fiert\u00e9 de ce monde rural. Dans\u00a0<em>The Planter\u2019s Daughter\u00a0<\/em>(1857), Eliza Ann Dupuy \u00e9crit \u00e0 ce propos: \u00absuch luxury as would amaze many foreigners, who fancy that in this far away part of the world we are in a state of semi-barbarism \/\u00a0<em>Un luxe tel qu\u2019il impressionnerait plusieurs \u00e9trangers, qui s\u2019imaginent que dans cette r\u00e9gion \u00e9loign\u00e9e du monde, nous vivons dans un \u00e9tat de semi-barbarie<\/em>\u00bb (33). Montrer le luxe de la maison du planteur est un moyen, pour les romanci\u00e8res sudistes, d\u2019affirmer la sup\u00e9riorit\u00e9 du syst\u00e8me esclavagiste.<\/p>\n<p>La plupart des \u00e9l\u00e9ments narratifs de ces romans, \u00e0 l\u2019exclusion de la trame qui est g\u00e9n\u00e9rique, attestent ainsi de leur identit\u00e9 r\u00e9gionale. Parmi les diff\u00e9rences relev\u00e9es par Elizabeth Moss dans son \u00e9tude\u00a0<em>Domestic Novelists in the Old South\u00a0<\/em>(1992), mentionnons que l\u2019ing\u00e9nue sudiste, contrairement \u00e0 sa contrepartie nordiste, n\u2019est orpheline que d\u2019un parent et qu\u2019elle ne jouit pas de la m\u00eame mobilit\u00e9, l\u2019action \u00e9tant plus souvent qu\u2019autrement circonscrite au territoire de la plantation. Les auteures sudistes de fiction didactique sont d\u2019ailleurs indubitablement influenc\u00e9es par les <em>Plantation Novels<\/em>, ces \u00e9loges au chevalier-planteur florissants durant la p\u00e9riode\u00a0<em>antebellum<\/em>, et avec lesquels elles partagent la vision romantique d\u2019un Sud agraire immuable et intemporel (Moss, 1992: 13 et 20). Toutefois, alors que les auteurs majoritairement masculins de\u00a0<em>Plantation Novels\u00a0<\/em>assignent les femmes \u00e0 des r\u00f4les p\u00e9riph\u00e9riques et traditionnels, leurs cons\u0153urs, en revanche, leur accordent des premiers r\u00f4les au parfum d\u2019\u00e9mancipation (Seidel, 1985; Tracy, 1995). En d\u00e9pit du regard \u00e9mancipateur qu\u2019elles posent sur leurs\u00a0h\u00e9ro\u00efnes et, par extension, sur leurs relations avec les hommes, ces auteures demeurent profond\u00e9ment conservatrices dans leur propos, comme le r\u00e9v\u00e8le la structure narrative de cette litt\u00e9rature qui se conclut par l\u2019union de l\u2019ing\u00e9nue soumise au h\u00e9ros fort et autoritaire (Ryan, 1982: 121). Li\u00e9es de pr\u00e8s ou de loin \u00e0 l\u2019\u00e9lite sudiste, les Caroline Gilman, Eliza Ann Dupuy et Caroline Lee Whiting Hentz n\u2019envisagent la place des femmes qu\u2019au sein de la sph\u00e8re domestique, se m\u00e9fiant du f\u00e9minisme naissant qu\u2019elles assimilent au mouvement abolitionniste (Moss, 1992: 25). Malgr\u00e9 tout, l\u2019ind\u00e9pendance morale et intellectuelle qu\u2019elles promeuvent \u2014faute d\u2019\u00eatre civique\u2014 repose sur la croyance que les femmes ont le droit et l\u2019obligation d\u2019exercer leur conscience et leur raison, croyance qu\u2019elles partagent avec leurs cons\u0153urs du Nord.<\/p>\n<p>Reposant sur la jeunesse et la candeur de son h\u00e9ro\u00efne, cette litt\u00e9rature didactique \u00e9vacue la fonction reproductrice des femmes, au contraire des pamphlets justificateurs des Dew et Fitzhugh qui la mettent \u00e0 l\u2019avant-plan. La maladie d\u2019un proche parent, g\u00e9n\u00e9ralement un \u00e9l\u00e9ment cl\u00e9 du r\u00e9cit, reste un des seuls moments o\u00f9 l\u2019h\u00e9ro\u00efne ach\u00e8ve cette fonction de maternage. D\u2019autre part, les figures de femmes matures qui peuplent ces romans f\u00e9minins, des personnages secondaires, sont cantonn\u00e9es dans trois st\u00e9r\u00e9otypes: la m\u00e8re passive, la c\u00e9libataire par vocation et, une variation sur le th\u00e8me de la m\u00e9diocre Marie St-Clare de\u00a0<em>La Case de l\u2019oncle Tom<\/em>, la Belle vieillissante. Le roman\u00a0<em>Louise Elton: or, Things Seen and Heard\u00a0<\/em>(1853), de Mary E. Herndon, illustre ces diff\u00e9rentes r\u00e9alit\u00e9s f\u00e9minines. Devenue gouvernante \u00e0 la suite des d\u00e9c\u00e8s successifs de son p\u00e8re et de son fianc\u00e9, Louise enseigne aux deux fillettes du Colonel Manville. Outre une lointaine m\u00e8re qui brille par son absence, elle est confront\u00e9e \u00e0 la cruaut\u00e9 de la seconde Mrs. Manville, une vaniteuse bigote qui use lib\u00e9ralement du fouet sur ses esclaves et ses beaux-enfants. Lorsque ses \u00e9l\u00e8ves se retrouvent sous la protection de leur oncle, la jeune gouvernante \u00e9migre avec elles dans une immense demeure retir\u00e9e du monde, o\u00f9 la c\u00e9libataire Miss Mathilda g\u00e8re religieusement la maisonn\u00e9e. Faisant face \u00e0 un\u00a0<em>vacuum\u00a0<\/em>de mod\u00e8les f\u00e9minins conformes \u00e0 l\u2019id\u00e9al domestique (qui combine les r\u00f4les de m\u00e8re, d\u2019\u00e9pouse et d\u2019ange du foyer), Louise ne peut compter que sur son propre jugement. Par son r\u00e9cit, Mary E. Herndon met en relief l\u2019<em>agency\u00a0<\/em>ou capacit\u00e9 d\u2019agir de son h\u00e9ro\u00efne.<\/p>\n<p>Les femmes de l\u2019\u00e9lite sudiste deviennent productrices le jour o\u00f9 elles se marient. Avant cette \u00e9tape charni\u00e8re qui marque \u00e9galement le d\u00e9but de leurs obligations de reproductrices, elles entretiennent un rapport de passivit\u00e9 \u00e0 l\u2019espace domestique. C\u2019est donc \u00e0 cet \u00e2ge entre l\u2019enfance et la maturit\u00e9 que l\u2019image orientale propos\u00e9e par les apologistes de la Cause se rapproche le plus de la r\u00e9alit\u00e9 spatiale des femmes blanches. En effet, la jeune sudiste est encourag\u00e9e par la soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 jouir \u00e0 sa guise de son temps<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"5\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002e030000000000000000_38208\"><sup class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--hover-on-desktop \" data-mfn=\"5\" data-mfn-post-scope=\"000000007c672e9b000000004ad058df_6637\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-000000007c672e9b000000004ad058df_6637-5\">5<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-000000007c672e9b000000004ad058df_6637-5\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"5\">De nombreux voyageurs font mention de l\u2019oisivet\u00e9 des jeunes filles sudistes. Barbara Bodichon, <em>An American Diary, 1857- 8<\/em>, p. 56; Harriet Martineau,<em> Retrospect of Western Travel<\/em>, p. 208-220.<\/span><\/sup>. Or, cette oisivet\u00e9 momentan\u00e9e est appr\u00e9hend\u00e9e par les auteures de romans didactiques qui la condamnent d\u2019embl\u00e9e, notamment en pr\u00e9sentant des contre-mod\u00e8les f\u00e9minins qui p\u00e8chent par paresse ou par frivolit\u00e9. Elles font ainsi \u00e9cho aux auteures de manuels de savoir-vivre qui d\u00e9noncent les effets pervers sur la condition f\u00e9minine de cette p\u00e9riode o\u00f9 les plaisirs superficiels se multiplient. En effet, non seulement un go\u00fbt excessif pour la d\u00e9coration personnelle par les v\u00eatements et les bijoux les m\u00e8ne au p\u00e9ch\u00e9 de vanit\u00e9 et les \u00e9carte de leurs devoirs, mais plus encore, ce go\u00fbt nourrit une vision ornementale des femmes qui conduit \u00e0 leur objectivation telle que promue par les apologistes de l\u2019esclavage : la Belle sudiste tr\u00f4ne ainsi parmi les objets que le planteur accumule en signe de son prestige. D\u00e8s lors, l\u2019oisivet\u00e9 des femmes met en danger le foyer, berceau de la civilisation sudiste<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"6\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002e030000000000000000_38208\"><sup class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--hover-on-desktop \" data-mfn=\"6\" data-mfn-post-scope=\"000000007c672e9b000000004ad058df_6637\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-000000007c672e9b000000004ad058df_6637-6\">6<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-000000007c672e9b000000004ad058df_6637-6\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"6\">Le Sud esclavagiste produira tr\u00e8s peu de manuels de savoir-vivre s\u2019adressant sp\u00e9cifiquement \u00e0 un auditoire r\u00e9gional. Certains conna\u00eetront cependant une grande diffusion : Virginia Cary, <em>Letters to a Young Lady on the Death of her Mother<\/em>, 1830 ; Maria J. McIntosh, <em>Woman in America : Her Work and Her Reward<\/em>, 1850.<\/span><\/sup>.<\/p>\n<p>M\u00e9nag\u00e8re en devenir, donc, l\u2019ing\u00e9nue de la fiction f\u00e9minine s\u2019exerce aux t\u00e2ches qu\u2019elle devra assumer une fois devenue ma\u00eetresse de plantation. Ainsi la surprend-t-on parfois en train de superviser des serviteurs ou de repriser quelque v\u00eatement, avant de s\u2019adonner aux loisirs que sa condition lui permet. Dans ses romans d\u2019inspiration gothique, Eliza Ann Dupuy s\u2019assure que son h\u00e9ro\u00efne \u00abdid not lead a useless life \/\u00a0<em>Ne m\u00e8ne pas une vie inutile<\/em>\u00bb (20). Cette pr\u00e9occupation est visible dans la bo\u00eete \u00e0 ouvrage qu\u2019elle glisse dans la description de la chambre \u00e0 coucher de Flora, la protagoniste du roman\u00a0<em>The Country Neighborhood\u00a0<\/em>(1855):<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-advgb-columns advgb-columns-wrapper\" id=\"advgb-cols-79f789e6-fe29-4b4f-8291-08503ff1dcd0\"><div class=\"advgb-columns-container\"><div class=\"advgb-columns advgb-columns-row advgb-is-mobile advgb-columns-1 layout-100 mbl-layout-stacked vgutter-10\">\n<div class=\"wp-block-advgb-column advgb-column\" id=\"advgb-col-8a9676e3-000b-4134-8866-82dd671e45c8\"><div class=\"advgb-column-inner\" style=\"border-style:none;border-width:1px\">\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>It was a large, airy apartment, luxuriously furnished; a carpet, woven in imitation of moss, with a tuft of flowers occasionally peeping through the varied shaded of green, covered the floor; a French bedstead, with lace curtains and snowy coverlet, stoodon one side, and between two large windows was an armoire of dark mahogany, the doors of which were mirrors; a handsome dressing-stand occupied a recess beside the chimney, and on it were two cases of ebony inlaid with pearl \u2014one was a dressing-case, and the other a work-box (20).<\/p>\n<cite><em>C\u2019\u00e9tait un appartement vaste, a\u00e9r\u00e9, luxueusement meubl\u00e9; un tapis, tiss\u00e9 de mani\u00e8re \u00e0 imiter la mousse, avec une touffe de fleurs qui apparaissait \u00e0 l\u2019occasion \u00e0 travers les diff\u00e9rents tons de vert, recouvrait le sol; un ch\u00e2lit fran\u00e7ais, avec des rideaux de dentelle et un dessus-de-lit blanc comme neige, se tenait sur le c\u00f4t\u00e9, et entre deux larges fen\u00eatres se trouvait une armoire d\u2019acajou fonc\u00e9, dont les portes \u00e9taient des miroirs; un beau paravent occupait un recoin pr\u00e8s de la chemin\u00e9e, et sur le dessus il y avait deux bo\u00eetiers d\u2019\u00e9b\u00e8ne incrust\u00e9s de perles \u2014l\u2019un \u00e9tait un \u00e9tui \u00e0 premiers soins et l\u2019autre, une bo\u00eete \u00e0 ouvrage<\/em>.<\/cite><\/blockquote>\n<\/div><\/div>\n<\/div><\/div><\/div>\n\n\n<p>De m\u00eame, dans\u00a0<em>The Planter\u2019s Daughter<\/em>, Pauline fait office de secr\u00e9taire pour son planteur de p\u00e8re, mettant de l\u2019ordre dans ses papiers et g\u00e9rant sa correspondance (Dupuy, 1857: 34). Pour cette \u00e9crivaine, dont l\u2019\u00e9diteur annoncera certains de ses romans sous le couvert de \u00abr\u00e9pliques sudistes\u00bb \u00e0\u00a0<em>La Case de l\u2019oncle Tom<\/em>, montrer les femmes de l\u2019\u00e9lite sudiste accomplissant leur fonction de productrice \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la sph\u00e8re domestique est primordial; elle d\u00e9construit, de la sorte, le st\u00e9r\u00e9otype de la Belle sudiste oisive et immobile (Castagna, 1999: 136).<\/p>\n<p>Dans l\u2019ensemble, n\u00e9anmoins, les fonctions de productrice et de reproductrice de l\u2019h\u00e9ro\u00efne prennent peu d\u2019importance dans la fiction f\u00e9minine. Par cons\u00e9quent, les espaces de la Grande Maison qui sont r\u00e9serv\u00e9s \u00e0 ces fonctions \u2014en l\u2019occurrence les chambres d\u2019enfants et de malades et les d\u00e9pendances servant aux industries domestiques\u2014 sont \u00e0 peine esquiss\u00e9s par les \u00e9crivaines. D\u2019autres espaces, en revanche, mobilisent leur attention: les chambres et boudoirs o\u00f9 les femmes se retrouvent entre elles et, surtout, les salons o\u00f9 se r\u00e9unissent hommes et femmes. Dans cette litt\u00e9rature qui vise \u00e0 promouvoir l\u2019<em>agency\u00a0<\/em>ou capacit\u00e9 d\u2019agir des femmes, la chambre \u00e0 coucher rev\u00eat un caract\u00e8re sacr\u00e9. On recense de nombreuses descriptions d\u00e9taill\u00e9es de ce lieu individuel ou collectif: la fille unique dispose d\u2019une pi\u00e8ce bien \u00e0 elle, les s\u0153urs partagent un m\u00eame lit, alors que la gouvernante occupe la m\u00eame chambre que ses pupilles. Que cette chambre soit modeste ou grandiose (d\u00e9pendamment du statut de l\u2019h\u00e9ro\u00efne), elle joue toujours le m\u00eame double r\u00f4le: tant\u00f4t refuge intime o\u00f9 l\u2019on s\u2019adonne \u00e0 la lecture et \u00e0 l\u2019\u00e9criture, tant\u00f4t th\u00e9\u00e2tre des confidences entre s\u0153urs, amies, voisines ou cousines (Dupuy, 1855: 35). La chambre \u00e0 coucher est un espace de\u00a0<em>sororit\u00e9\u00a0<\/em>d\u2019o\u00f9 les hommes sont exclus.<\/p>\n<p>L\u2019espace domestique pr\u00e9sent\u00e9 dans la fiction f\u00e9minine sudiste est loin d\u2019\u00eatre sexuellement s\u00e9gr\u00e9gu\u00e9. Au contraire, les appartements mixtes \u00e0 vocation familiale et\/ou sociale de la Grande Maison \u2014tels salon, salle \u00e0 manger et biblioth\u00e8que\u2014 dominent le paysage romanesque. Espace de repr\u00e9sentation sociale, le salon est un v\u00e9ritable petit mus\u00e9e dans lequel on entasse, en signe de la prosp\u00e9rit\u00e9 du planteur, une multitude d\u2019objets soumis \u00e0 l\u2019admiration des visiteurs. Fen\u00eatre sur la sph\u00e8re publique, il est l\u2019espace attitr\u00e9, par les \u00e9crivaines de romans populaires, au\u00a0<em>courtship\u00a0<\/em>(Stowe, 1987: 67-68). C\u2019est dans cette pi\u00e8ce qu\u2019hommes et femmes de tous \u00e2ges conversent, dansent, prennent le th\u00e9 ou jouent aux cartes. \u00c0 une \u00e9poque o\u00f9 la pratique d\u2019un instrument de musique est particuli\u00e8rement valoris\u00e9e, le salon est \u00e9galement un espace d\u2019expression, voire de cr\u00e9ation pour les femmes. L\u2019h\u00e9ro\u00efne, presque toujours dou\u00e9e d\u2019un talent musical exceptionnel, partage volontiers son art avec les parents et amis qui forment\u00a0son modeste auditoire. Plus qu\u2019une vitrine d\u2019exposition, le salon s\u2019av\u00e8re, telle une zone franche, le seul espace o\u00f9 les femmes font figures d\u2019\u00e9gales sociales des hommes, comme le mentionnait d\u2019ailleurs Thomas R. Dew dans ses r\u00e9flexions en 1835 (Dew, 1835: 507).<\/p>\n<p>Outre quelques pi\u00e8ces bien d\u00e9finies dans lesquelles les femmes jouissent d\u2019une certaine autorit\u00e9, en particulier les espaces de maternage, un aspect majeur de l\u2019organisation de la vie familiale est une pr\u00e9rogative f\u00e9minine. Th\u00e8me incontournable du roman didactique, la mission de transformer la maison en foyer (de\u00a0<em>House\u00a0<\/em>\u00e0\u00a0<em>Home<\/em>) est confi\u00e9e aux femmes, conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019id\u00e9al domestique. Quelques personnages f\u00e9minins, plus ou moins secondaires dans le r\u00e9cit, ont ainsi la charge consid\u00e9rable d\u2019am\u00e9nager, de d\u00e9corer et m\u00eame de concevoir la Grande Maison, un d\u00e9fi qu\u2019elles rel\u00e8vent d\u2019ailleurs avec diligence et enthousiasme. Dans\u00a0<em>The Country Neighborhood\u00a0<\/em>d\u2019Eliza Ann Dupuy, une voisine volontaire, Mrs. Wilmot, s\u2019active \u00e0 superviser la construction d\u2019une r\u00e9sidence dans une plantation nouvellement acquise (Dupuy, 1855: 16). Dans\u00a0<em>Recollections of a Southern Matron\u00a0<\/em>de Caroline Gilman, Mrs. Packard, la m\u00e8re effac\u00e9e de l\u2019h\u00e9ro\u00efne, r\u00e9am\u00e9nage la maisonn\u00e9e apr\u00e8s l\u2019incendie qui l\u2019a ravag\u00e9e, une t\u00e2che qui pr\u00e9domine m\u00eame sur son r\u00f4le de m\u00e8re et d\u2019\u00e9pouse au foyer (Gilman, 1838: 158). Mrs. Manville, la belle-m\u00e8re vaniteuse de\u00a0<em>Louise Elton\u00a0<\/em>de Mary H. Herndon, est derri\u00e8re la conception intelligente d\u2019une superbe demeure (Herndon, 1853: 21). D\u2019abord le mandat de celle qui est en charge de la gestion domestique, g\u00e9n\u00e9ralement une femme mature, cette fonction d\u2019organisation est \u00e9galement assum\u00e9e par les orphelines de m\u00e8re. Ainsi Eoline, h\u00e9ro\u00efne du roman \u00e9ponyme de Caroline Lee Whiting Hentz, est-elle surprise s\u2019affairant \u00e0 d\u00e9corer le salon (Hentz, 1852: 25).<\/p>\n<p>Gr\u00e2ce \u00e0 une intrigue g\u00e9n\u00e9rique centr\u00e9e sur une h\u00e9ro\u00efne en qu\u00eate d\u2019ind\u00e9pendance, la fiction didactique sudiste propose une solution de rechange \u00e0 l\u2019arch\u00e9type de la Belle passive et immobile, laquelle se r\u00e9v\u00e8le encore plus \u00e9toff\u00e9e que celle propos\u00e9e dans les apologies sudistes empruntant la forme romanesque. En mettant \u00e0 l\u2019avant-plan le pouvoir des femmes sur l\u2019espace domestique, ces \u0153uvres fortement influenc\u00e9es par l\u2019id\u00e9al domestique font de la Grande Maison un espace de cr\u00e9ation, d\u2019expression personnelle, voire de transformation. Et pourtant, cet instrument de promotion du pouvoir des femmes sur l\u2019espace domestique ne s\u2019affranchit pas pour autant du cadre patriarcal qui pr\u00e9vaut dans les \u00c9tats du Sud. Alors que la trame narrative de la fiction f\u00e9minine repose sur l\u2019exp\u00e9rience, v\u00e9cue par l\u2019h\u00e9ro\u00efne, d\u2019une s\u00e9rie de circonstances qui la contraignent \u00e0 s\u2019exiler pour subvenir \u00e0 ses besoins, les romanci\u00e8res se montrent peu loquaces quant au lieu d\u2019asile de leur protagoniste, souvent une pension pour jeunes filles. Elles accordent, en revanche, une importance presque d\u00e9mesur\u00e9e \u00e0 la demeure familiale, reprenant une conception de l\u2019identit\u00e9 f\u00e9minine ch\u00e8re \u00e0 Catherine Beecher et aux autres th\u00e9oriciennes nordistes de l\u2019id\u00e9al domestique. Pour ces \u00abf\u00e9ministes pragmatiques\u00bb, comme les d\u00e9signe Nina Baym, le foyer est le centre de la soci\u00e9t\u00e9 (Baym, 1978: 18). Il est un espace d\u2019accomplissement o\u00f9 les femmes ont un r\u00e9el pouvoir d\u2019influencer les institutions d\u00e9mocratiques, tant et aussi longtemps qu\u2019elles se soumettent \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 patriarcale. Dans l\u2019univers romanesque qui prend vie sous la plume des femmes, les hommes sont sans conteste les ma\u00eetres.<\/p>\n<p>En effet, peu importe la vivacit\u00e9 de temp\u00e9rament ou l\u2019\u00e9tendue des pr\u00e9rogatives qu\u2019une auteure attribue \u00e0 son h\u00e9ro\u00efne, l\u2019ascendant du ma\u00eetre est incontournable. Si cette emprise ne rev\u00eat pas, dans la fiction f\u00e9minine, le caract\u00e8re brutal des pamphlets r\u00e9actionnaires de George Fitzhugh ou de Frederick Augustus Ross, elle est tout aussi insidieuse. Lorsqu\u2019une femme organise l\u2019espace domestique, elle le fait dans l\u2019esprit de servir et de plaire au ma\u00eetre. C\u2019est, en quelque sorte, un pouvoir ali\u00e9n\u00e9. P\u00e8re, fr\u00e8re ou \u00e9poux, la figure patriarcale du planteur commande la d\u00e9f\u00e9rence des subordonn\u00e9s: femmes, enfants et esclaves. \u00c0 ce propos, l\u2019\u0153uvre de Caroline Lee Whiting Hentz est r\u00e9v\u00e9latrice. Critiquant la notion d\u2019inf\u00e9riorit\u00e9 intellectuelle des femmes ch\u00e8re aux id\u00e9ologues masculins de son \u00e9poque, elle ne remettra pourtant jamais en question l\u2019autorit\u00e9 masculine, comme l\u2019illustre son roman\u00a0<em>Eoline or Magnolia Vale\u00a0<\/em>paru en 1852. Eoline, enfant ch\u00e9rie d\u2019un riche planteur, se fait enseignante de musique dans une\u00a0pension pour jeunes filles apr\u00e8s avoir tenu t\u00eate \u00e0 son p\u00e8re. L\u00e0, pourtant adul\u00e9e par une ribambelle de fillettes, elle n\u2019aspire qu\u2019\u00e0 retrouver le confort et la qui\u00e9tude du toit paternel. Morale de cette histoire? La place des femmes de l\u2019\u00e9lite est au foyer. Peu importe la vitalit\u00e9 que l\u2019auteure peut insuffler \u00e0 son h\u00e9ro\u00efne, ses d\u00e9sirs ultimes seront modul\u00e9s par la volont\u00e9 du patriarche. Ce n\u2019est donc pas un hasard si Eoline est orpheline de m\u00e8re et non de p\u00e8re. Selon la chercheure Caroline Gonda, la centralit\u00e9 de la relation p\u00e8re-fille dans ce type de romans vise \u00e0 renforcer l\u2019ordre social. Tout au long du dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle, la fiction f\u00e9minine joue ainsi un r\u00f4le essentiel dans la socialisation des femmes et dans la construction de l\u2019h\u00e9t\u00e9rosexualit\u00e9 (Gonda, 1996: 212).<\/p>\n<p>Le rapport des femmes sudistes \u00e0 l\u2019espace domestique n\u2019est-il que soumission, voire qu\u2019ali\u00e9nation? C\u2019est malheureusement ce qu\u2019affirmait d\u00e9j\u00e0 Caroline Howard Gilman, en 1838, dans la conclusion de\u00a0<em>Recollections of a Southern Matron<\/em>, version sudiste de son immense succ\u00e8s populaire\u00a0<em>Recollections of a New-England Housekeeper\u00a0<\/em>(1835). Alors que la jeune Cornelia vient de raconter pendant plus de deux cent pages, avec humour et l\u00e9g\u00e8ret\u00e9, sa rencontre et son mariage avec l\u2019homme dont elle est amoureuse, la voil\u00e0 qui met un terme aux ann\u00e9es de bonheur au profit de celles du devoir et de l\u2019abn\u00e9gation. Ces sentiments sont tangibles dans cet extrait o\u00f9 elle parle de son \u00e9poux:<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-advgb-columns advgb-columns-wrapper\" id=\"advgb-cols-274860bd-07bc-43a1-a461-bd14e77fcf67\"><div class=\"advgb-columns-container\"><div class=\"advgb-columns advgb-columns-row advgb-is-mobile advgb-columns-1 layout-100 mbl-layout-stacked vgutter-10\">\n<div class=\"wp-block-advgb-column advgb-column\" id=\"advgb-col-9adc1e1e-8494-439c-a1f3-5b88e5f8f499\"><div class=\"advgb-column-inner\" style=\"border-style:none;border-width:1px\">\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>If the reign of romance was really waning, I resolved not to chill his noble confidence, but to make a steadier light rise on his affections. If he was absorbed in reading, I sat quietly waiting the pause when I should be rewarded by the communication of ripe ideas; if I saw that he prized a tree which interfered with my flowers, I sacrifice my preference to a more sacred feeling (256).<\/p>\n<cite><em>Si le r\u00e8gne de l\u2019amour d\u00e9clinait vraiment, je m\u2019\u00e9tais r\u00e9solue \u00e0 ne pas refroidir sa noble confiance, mais plut\u00f4t \u00e0 \u00e9lever ses sentiments pour qu\u2019ils atteignent une forme plus stable et mod\u00e9r\u00e9e. S\u2019il \u00e9tait absorb\u00e9 par la lecture, je m\u2019asseyais silencieusement dans l\u2019attente de la pause pendant laquelle je devais \u00eatre r\u00e9compens\u00e9e par la communication d\u2019id\u00e9es m\u00fbrement r\u00e9fl\u00e9chies; si je voyais qu\u2019il prisait un arbre qui nuisait \u00e0 mes fleurs, je sacrifiais mes pr\u00e9f\u00e9rences au nom d\u2019un sentiment plus sacr\u00e9<\/em>.<\/cite><\/blockquote>\n<\/div><\/div>\n<\/div><\/div><\/div>\n\n\n<p>Cet \u00e9pilogue est troublant consid\u00e9rant l\u2019auteure de cette prose. Gilman est, au moment de la r\u00e9daction de ce roman, une \u00e9crivaine et une \u00e9ditrice bien en vue de Charleston. N\u00e9e \u00e0 Boston dans une famille de la bourgeoisie intellectuelle, elle est l\u2019\u00e9pouse du r\u00e9v\u00e9rend unitarien Samuel Gilman et la m\u00e8re de six enfants (Prenatt, 1999: 54-55). Malgr\u00e9 une carri\u00e8re stimulante, cette sudiste d\u2019adoption reste profond\u00e9ment lucide quant \u00e0 la condition des femmes dans l\u2019Am\u00e9rique\u00a0<em>antebellum<\/em>. Voil\u00e0 sans aucun doute l\u2019essence de ce que l\u2019historienne Joan A. Cashin qualifiait de culture de la r\u00e9signation \u2014une culture exacerb\u00e9e par la guerre (Cashin, 1996: 7-9).<\/p>\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>La reconstruction de l\u2019espace domestique sudiste<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><strong><em>\u00c9norme rupture historique, la guerre de S\u00e9cession (1861-1865) entra\u00eene la d\u00e9construction presque totale de la configuration de l\u2019espace domestique sudiste. Dans un premier temps, le climat d\u2019incertitude occasionn\u00e9 par le d\u00e9clenchement des hostilit\u00e9s entre le Nord et le Sud accentue l\u2019autorit\u00e9 du patriarche. D\u00e9fenseur de l\u2019institution particuli\u00e8re, il se dresse, tel un bouclier (pour reprendre la m\u00e9taphore de Thomas R. Dew), pour pr\u00e9server ses subalternes de l\u2019adversit\u00e9. Comme le rappellent George Fitzhugh et les autres apologistes de l\u2019esclavage, en restant soumises, les femmes peuvent exiger des hommes qu\u2019ils les prot\u00e8gent: c\u2019est leur devoir d\u2019ob\u00e9issance assorti d\u2019un droit de protection. Avec les troupes de l\u2019Union qui envahissent les \u00c9tats rebelles,&nbsp;cependant, la confiance dans la facult\u00e9 des hommes de faire office de boucliers protecteurs s\u2019effondre (Faust, 1996; Schultz, 1989). \u00c9tant l\u2019incarnation architecturale de l\u2019esclavagisme paternaliste sudiste, la Grande Maison surplombant la plantation devient pour l\u2019ennemi l\u2019ultime symbole \u00e0 an\u00e9antir. De nombreuses r\u00e9sidences seront ainsi incendi\u00e9es, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 pill\u00e9es. Non seulement l\u2019espace domestique est-il souill\u00e9, mais le corps des femmes est parfois viol\u00e9. Le patriarche c\u00e9l\u00e9br\u00e9 dans les pamphlets esclavagistes \u00e9choue lamentablement \u00e0 tenir sa promesse de protection. En outre, la d\u00e9faite du Sud et l\u2019affranchissement des esclaves signifient la perte d\u2019une main-d\u2019\u0153uvre accomplissant de multiples t\u00e2ches li\u00e9es aux industries domestiques, une perte qui bouleverse profond\u00e9ment le rapport des femmes \u00e0 l\u2019espace dont elles ont la responsabilit\u00e9. H\u00e9ritant de la charge de travail qu\u2019assumait parfois une demi- douzaine de serviteurs (couturi\u00e8re, cuisini\u00e8re, blanchisseuse, valet, etc.), les privil\u00e9gi\u00e9es de la d\u00e9funte institution particuli\u00e8re doivent r\u00e9apprendre \u00e0 faire fonctionner leur m\u00e9nage seules ou avec l\u2019assistance d\u2019un ou de deux employ\u00e9s.&nbsp;Les femmes de l\u2019\u00e9lite sudiste doivent maintenant se red\u00e9finir : de ma\u00eetresses&nbsp;d\u2019esclaves, elles deviennent ma\u00eetresses de maison.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n<p>Ce nouveau r\u00f4le sera enseign\u00e9 aux femmes du Sud par les livres de cuisine et les manuels d\u2019\u00e9conomie familiale qui se multiplient durant la p\u00e9riode de Reconstruction. Apr\u00e8s la guerre, ces livres pratiques prennent le relais des romans didactiques sudistes qui tombent alors en d\u00e9su\u00e9tude (Moss, 1992: 220). \u00c0 leur fa\u00e7on, chacun de ces ouvrages se pr\u00e9sente aux m\u00e9nag\u00e8res comme un rem\u00e8de pour venir \u00e0 bout du marasme domestique, comme le laissent entendre les \u00e9diteurs de\u00a0<em>Mrs. Porter\u2019s New Southern Cookery Book\u00a0<\/em>(1871) dans leur pr\u00e9face: \u00abHoping that our efforts and care may tend to lighten the labors and anxieties of the painstaking housewives throughout our land \/\u00a0<em>Nous esp\u00e9rons que nos efforts et nos soins contribuent \u00e0 all\u00e9ger les t\u00e2ches et les anxi\u00e9t\u00e9s des consciencieuses femmes au foyer \u00e0 travers notre pays<\/em>\u00bb (iv). Tr\u00e8s peu exploit\u00e9s \u00e0 ce jour en histoire sociale, les livres de cuisine constituent une source int\u00e9ressante pour comprendre l\u2019influence de la guerre civile sur l\u2019espace domestique. Comme le souligne l\u2019historien Alan Grubb, ces ouvrages g\u00e9n\u00e9ralement sous-estim\u00e9s ont pourtant un potentiel qui d\u00e9passe le cadre restreint de l\u2019histoire de l\u2019alimentation (Grubb, 1991). \u00c0 l\u2019instar des manuels de savoir-vivre, le Sud de la premi\u00e8re moiti\u00e9 du dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle ne g\u00e9n\u00e8re que de rares livres de cuisine s\u2019adressant sp\u00e9cifiquement \u00e0 un auditoire r\u00e9gional<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"7\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002e030000000000000000_38208\"><sup class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--hover-on-desktop \" data-mfn=\"7\" data-mfn-post-scope=\"000000007c672e9b000000004ad058df_6637\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-000000007c672e9b000000004ad058df_6637-7\">7<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-000000007c672e9b000000004ad058df_6637-7\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"7\">Parmi les rares livres de cuisine sudistes publi\u00e9s durant la premi\u00e8re moiti\u00e9 du dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle, on compte Phineas Thorton,<em> The Southern Gardener and Receipt Book<\/em> (1840) et Sarah Rutledge, <em>The Carolina Housewife, or House and Home<\/em> (1847).<\/span><\/sup>. Or, avec la profonde rupture des m\u0153urs qu\u2019entra\u00eene la guerre de S\u00e9cession, la demande pour une litt\u00e9rature didactique pratique cro\u00eet et les titres se multiplient. Pr\u00e9sent\u00e9s au lectorat comme \u00e9tant des outils permettant en quelque sorte de r\u00e9sorber la crise qui secoue les foyers sudistes, ces livres de cuisine enseignent autant de nouvelles recettes que des moyens d\u2019organiser le domestique. Il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019un produit litt\u00e9raire strictement f\u00e9minin, comme le soulignait Estelle Wood Wilcox dans la pr\u00e9face de son ouvrage\u00a0<em>The Dixie Cook-Book\u00a0<\/em>(1883): \u00abIt is a woman\u2019s book, compiled and sold by women, and in the interest of women, and will, it is believed, be fully appreciated by all earnest women \/\u00a0<em>C\u2019est un livre de femmes, compil\u00e9 et vendu par des femmes, dans l\u2019int\u00e9r\u00eat des femmes et qui, nous le croyons, sera enti\u00e8rement appr\u00e9ci\u00e9 par toutes les femmes s\u00e9rieuses<\/em>\u00bb (vi). De toute \u00e9vidence, les auteures de cette litt\u00e9rature \u00e9mergente trouvent aupr\u00e8s\u00a0des classes moyennes et sup\u00e9rieures sudistes un auditoire r\u00e9ceptif comme l\u2019indiquent les nombreuses r\u00e9\u00e9ditions dont font l\u2019objet certains titres. La consommation de solutions standardis\u00e9es par les femmes de l\u2019\u00e9lite sudiste marque ainsi un tournant majeur dans leurs habitudes; auparavant, elles tendaient plut\u00f4t \u00e0 collecter recettes et conseils d\u00e9coup\u00e9s dans des p\u00e9riodiques pour les coller ensuite dans des cahiers personnalis\u00e9s.<\/p>\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><strong><em>Guid\u00e9e par les auteures de livres de cuisine et de manuels d\u2019\u00e9conomie domestique, la transition de ma\u00eetresse d\u2019esclaves \u00e0 ma\u00eetresse de maison se fait de fa\u00e7on relativement harmonieuse pour la jeune g\u00e9n\u00e9ration. Mais cette transition est beaucoup plus douloureuse pour les femmes plus \u00e2g\u00e9es qui regrettent am\u00e8rement l\u2019organisation domestique&nbsp;antebellum&nbsp;(Censer, 2003: 67). L\u2019influence conserva-trice de la d\u00e9faite et les repr\u00e9sentations pass\u00e9istes qu\u2019elle g\u00e9n\u00e8re transpireront dans l\u2019\u00e9criture autobiographique, dans les romans, mais \u00e9galement dans les livres de cuisine. Les auteures de livres pratiques posent ainsi un regard antinomique sur le rapport des femmes \u00e0 l\u2019espace domestique durant les ann\u00e9es les plus prosp\u00e8res de l\u2019esclavagisme. En effet, tout en mettant de l\u2019avant l\u2019esprit d\u2019initiative et la nature laborieuse des ma\u00eetresses de plantation, elles glorifient l\u2019oisivet\u00e9 de la Belle sudiste et l\u2019ob\u00e9issance absolue au patriarche. Probablement en r\u00e9action \u00e0 la surcharge de travail que les femmes doivent maintenant assumer, certaines auteures brossent un portrait statique du pass\u00e9, la f\u00e9minit\u00e9 de la p\u00e9riode d\u2019avant-guerre s\u2019incarnant dans l\u2019indolence, l\u2019oisivet\u00e9, voire l\u2019immobilit\u00e9 de la Belle qui tr\u00f4ne au salon. Produit culturel \u00e0 l\u2019instar du roman ou de la po\u00e9sie, le livre de cuisine contribue ainsi \u00e0 la fabrication de la mythologie de la Belle sudiste, comme le montre la pr\u00e9face de la r\u00e9\u00e9dition de 1870 de Mrs. Hill\u2019s Cook Book:<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-advgb-columns advgb-columns-wrapper\" id=\"advgb-cols-2b108dd9-eb6d-4df7-b71e-13dab8291a9d\"><div class=\"advgb-columns-container\"><div class=\"advgb-columns advgb-columns-row advgb-is-mobile advgb-columns-1 layout-100 mbl-layout-stacked vgutter-10\">\n<div class=\"wp-block-advgb-column advgb-column\" id=\"advgb-col-75013e9c-c943-4416-b7d0-81d1ad727fe9\"><div class=\"advgb-column-inner\" style=\"border-style:none;border-width:1px\">\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>Every mother, wife, and daughter must now become a practical operator in the domestic circle. Each should be emulous to excel in neatness, industry, usefulness and economy. The days for romance have passed, if they ever existed ; the nights for the dreamy visions of elegance and luxury in connection with a life of indolence have suddenly given place to the day of enterprise and industry. A crisis is upon us which demands the development of the will and energy of Southern character. Its prestige in the past gives earnest of a successful future. As woman has been queen in the parlor, so if need be, she will be queen in the kitchen (6).<\/p>\n<cite><em>Chaque m\u00e8re, \u00e9pouse et fille doit maintenant devenir une op\u00e9ratrice pratique dans la sph\u00e8re domestique. Chacune devrait se d\u00e9passer pour exceller dans l\u2019ordre, l\u2019industrie, l\u2019utilit\u00e9 et l\u2019\u00e9conomie. Les jours du romantisme sont termin\u00e9s, s\u2019ils ont jamais exist\u00e9; les nuits faites de visions r\u00eaveuses de l\u2019\u00e9l\u00e9gance et du luxe qui accompagnent une vie d\u2019indolence ont soudainement laiss\u00e9 la place \u00e0 des jours vou\u00e9s \u00e0 l\u2019entreprise et \u00e0 l\u2019industrie. Nous sommes en situation de crise, laquelle demande le d\u00e9veloppement de la volont\u00e9 et de l\u2019\u00e9nergie du caract\u00e8re sudiste. Son prestige pass\u00e9 est garant de son succ\u00e8s futur. La femme a \u00e9t\u00e9 la reine du salon; s\u2019il le faut, elle sera la reine de la cuisine&nbsp;<\/em>(6).<\/cite><\/blockquote>\n<\/div><\/div>\n<\/div><\/div><\/div>\n\n\n<p>Derri\u00e8re est dor\u00e9navant le paradis perdu, selon E.W. Warren dans cet extrait qui t\u00e9moigne qu\u2019\u00e0 peine quelques ann\u00e9es apr\u00e8s la fin du conflit fratricide, on \u00e9taye d\u00e9j\u00e0 la m\u00e9moire d\u2019un Sud esclavagiste id\u00e9alis\u00e9. Avec la glorification de la Belle passive, l\u2019id\u00e9al f\u00e9minin sudiste s\u2019apparente de plus en plus \u00e0 Marie St-Clare de <em>La Case de l\u2019oncle Tom\u00a0<\/em>\u2014une figure qu\u2019avaient pourtant \u00e9nergiquement d\u00e9nonc\u00e9e les auteures de romans sudistes, lesquelles avaient notamment insist\u00e9 sur l\u2019<em>agency\u00a0<\/em>ou capacit\u00e9 d\u2019agir des femmes blanches dans l\u2019espace domestique. Il n\u2019est pas \u00e9tonnant, dans ce contexte, de voir l\u2019h\u00e9ro\u00efne\u00a0volontaire dispara\u00eetre progressivement de la litt\u00e9rature sudiste au profit d\u2019un h\u00e9ros patriarcal, le chevalier-planteur, et d\u2019une faire-valoir, la Belle orientalis\u00e9e.<\/p>\n<p>En ces temps de transition douloureuse o\u00f9 les ressources d\u2019autrefois se sont envol\u00e9es, faire plus avec moins est l\u2019obsession du livre de cuisine\u00a0<em>postbellum<\/em>, comme l\u2019indique le sous-titre du manuel de Mrs. Porter: \u00abCompanion for Frugal and Economical Housekeepers \/\u00a0<em>Compagnon de la femme de maison frugale et \u00e9conome<\/em>\u00bb. Au sommet de l\u2019\u00e9chelle des valeurs domestiques sudistes, le faste ostentatoire inh\u00e9rent au syst\u00e8me esclavagiste c\u00e8de la place \u00e0 la frugalit\u00e9 selon Estelle Woods Wilcox:<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-advgb-columns advgb-columns-wrapper\" id=\"advgb-cols-19091a3e-b227-41b0-af4e-4b27e3b68aa4\"><div class=\"advgb-columns-container\"><div class=\"advgb-columns advgb-columns-row advgb-is-mobile advgb-columns-1 layout-100 mbl-layout-stacked vgutter-10\">\n<div class=\"wp-block-advgb-column advgb-column\" id=\"advgb-col-d4957de2-9d9e-4812-801e-f26d6dfee168\"><div class=\"advgb-column-inner\" style=\"border-style:none;border-width:1px\">\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>Fortunately it is becoming fashionable to economize, and housekeepers are really finding a pleasure and satisfaction in searching out and seeking to stop the numberless household leaks, and to exercise the thousand little economies which thoughtful and careful women understand so well and practice so gracefully (5).<\/p>\n<cite><em>Heureusement, il devient \u00e0 la mode d\u2019\u00e9conomiser, et les femmes de maison trouvent un plaisir et une satisfaction r\u00e9els \u00e0 d\u00e9couvrir et \u00e0 colmater les nombreuses fuites du m\u00e9nage, de m\u00eame qu\u2019\u00e0 faire mille petites \u00e9conomies que les femmes pr\u00e9venantes et prudentes comprennent si bien et pratiquent avec tant de gr\u00e2ce<\/em>.<\/cite><\/blockquote>\n<\/div><\/div>\n<\/div><\/div><\/div>\n\n\n<p>\u00c9conomiser est \u00e0 l\u2019ordre du jour du Sud de l\u2019apr\u00e8s-guerre, qui adh\u00e8re ainsi \u00e0 la philosophie domestique nordiste de la premi\u00e8re moiti\u00e9 du XIX<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle, initi\u00e9e notamment par l\u2019ouvrage\u00a0<em>The Frugal Housewife\u00a0<\/em>(1829) de Lydia Maria Child. Plus que de simples livres de recettes culinaires, ces manuels sont de v\u00e9ritables guides didactiques. Nombre de leurs auteures s\u2019affichent d\u2019ailleurs comme des partisanes de l\u2019\u00e9conomie domestique, cette science pour les femmes esquiss\u00e9e par Catherine Beecher dans\u00a0<em>A Treatise on Domestic Economy, for the Use of Young Ladies at Home, and at School\u00a0<\/em>(1841). En plus de proposer un \u00e9ventail de conseils sur le soin des malades, le lavage et la nutrition, certaines vont m\u00eame jusqu\u2019\u00e0 donner des indications pr\u00e9cises sur l\u2019organisation id\u00e9ale de quelques pi\u00e8ces de la maison (Rosser, 1895: 12-13). L\u2019espace domestique est profond\u00e9ment transform\u00e9, notamment par la migration de la cuisine, traditionnellement situ\u00e9e \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur dans un b\u00e2timent s\u00e9par\u00e9, vers l\u2019int\u00e9rieur de la r\u00e9sidence principale (Censer, 2003: 79). Ces changements t\u00e9moignent de la ressemblance grandissante entre l\u2019exp\u00e9rience quotidienne des femmes du Nord et du Sud.<\/p>\n<p>Il n\u2019est pas \u00e9tonnant, dans ce contexte, que certaines auteures se montrent plus revendicatrices quant \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 des femmes sur l\u2019espace domestique: \u00abHome is woman\u2019s sphere \/\u00a0<em>La maison est la sph\u00e8re de la femme<\/em>\u00bb, pour reprendre les mots de Theresa C. Brown de Caroline du Sud dans son ouvrage\u00a0<em>Modern Domestic Cookery: Being a Collection of Receipts Suitable for all Classes of Housewives; Together with Many Valuable Household Hints\u00a0<\/em>(1871). Elles cherchent ainsi \u00e0 r\u00e9\u00e9quilibrer la balance des pouvoirs entre les hommes et les femmes, tentant, par le fait m\u00eame, d\u2019amoindrir l\u2019ascendant du patriarche sur le foyer. S\u2019appropriant enti\u00e8rement cet espace qui \u00e9tait jusqu\u2019alors sous autorit\u00e9 masculine, les anciennes ma\u00eetresses d\u2019esclaves reconstruisent l\u2019espace domestique sudiste en s\u2019inspirant de conceptions nordistes du domestique.<\/p>\n<p>Comme l\u2019ont not\u00e9 les historiens de la Reconstruction, la d\u00e9faite aura en effet une certaine influence conservatrice sur les femmes de l\u2019\u00e9lite sudiste qui, en grand nombre, aspirent \u00e0 revenir dans le giron du patriarche (Rable, 1989; Whites, 1995; Clinton, 1995). Ce d\u00e9sir d\u2019un retour dans la maison du ma\u00eetre s\u2019explique par la nostalgie du syst\u00e8me esclavagiste: la soumission est en effet un moindre mal en p\u00e9riode de ruine et de disette. Elles joueront ainsi un r\u00f4le pr\u00e9dominant dans l\u2019\u0153uvre de comm\u00e9moration, apr\u00e8s la guerre, d\u2019un Sud chevaleresque et patriarcal afin de restaurer l\u2019ordre\u00a0<em>antebellum\u00a0<\/em>et, par extension, de racheter l\u2019honneur des hommes \u2014\u00e9mascul\u00e9s par la d\u00e9faite des \u00c9tats conf\u00e9d\u00e9r\u00e9s. Or, cet activisme des femmes \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur du foyer, que ce soit par l\u2019organisation de c\u00e9r\u00e9monies ou par l\u2019\u00e9rection de monuments aux anciens combattants, ne devient possible qu\u2019\u00e0 partir du moment o\u00f9 les femmes du Sud peuvent mettre enti\u00e8rement en pratique l\u2019id\u00e9al domestique. Ayant\u00a0dor\u00e9navant plus d\u2019influence dans la sph\u00e8re priv\u00e9e, elles peuvent aspirer \u00e0 transformer la sph\u00e8re publique. En d\u00e9pit de ses accents nostalgiques, la reconstruction\u00a0<em>postbellum\u00a0<\/em>de l\u2019espace domestique repr\u00e9sente donc une r\u00e9elle transformation des rapports de genre dans le Sud. Il faudra attendre la deuxi\u00e8me vague f\u00e9ministe au milieu du vingti\u00e8me si\u00e8cle pour que les femmes am\u00e9ricaines \u2014tant du Nord que du Sud\u2014 s\u2019aper\u00e7oivent que l\u2019id\u00e9al domestique est un leurre; elles rejetteront alors l\u2019espace domestique comme espace privil\u00e9gi\u00e9 de pouvoir.<\/p>\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Conclusion<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><strong><em>\u00c0 la fin de cette exploration de la litt\u00e9rature sudiste&nbsp;antebellum&nbsp;et&nbsp;postbellum, certaines conclusions s\u2019imposent. Analyse du discours sur le rapport des femmes \u00e0 l\u2019espace domestique plut\u00f4t qu\u2019examen de l\u2019occupation r\u00e9elle de la Grande Maison (qu\u2019un corpus strictement litt\u00e9raire ne permet pas d\u2019appr\u00e9hender), cet article fait appara\u00eetre non pas un, mais plusieurs discours qui se confirment et\/ou s\u2019infirment: discours \u00e0 pr\u00e9tention scientifique, discours religieux, discours propagandiste, discours romanesque, discours didactique, etc. Une minorit\u00e9 d\u2019auteurs v\u00e9hiculent une conception tr\u00e8s restrictive qui condamnerait les femmes \u00e0 l\u2019immobilit\u00e9 si ce n\u2019\u00e9tait de leur fonction de reproductrice. La majorit\u00e9, cependant, rejette cette immobilit\u00e9 et pr\u00e9sente des solutions de rechange qui \u00e9largissent, \u00e0 diff\u00e9rents niveaux, le champ d\u2019action des femmes dans l\u2019espace domestique. Aucun auteur ne remet n\u00e9anmoins en question l\u2019autorit\u00e9 du planteur sur l\u2019espace domestique \u2014une autorit\u00e9 consid\u00e9r\u00e9e essentielle au maintien de l\u2019\u00e9quilibre de la soci\u00e9t\u00e9 sudiste, profond\u00e9ment&nbsp;conservatrice.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><strong><em>Reposant sur le devoir de protection du ma\u00eetre, cet ordre est d\u00e9stabilis\u00e9 par la guerre. D\u00e9poss\u00e9d\u00e9 de son cheptel humain et manquant \u00e0 prot\u00e9ger ses subordonn\u00e9s, le patriarche semble, \u00e0 premi\u00e8re vue, perdre de son pouvoir sur la Grande Maison. En adoptant une interpr\u00e9tation lin\u00e9aire de l\u2019histoire, on pourrait supposer que la ma\u00eetresse profite de ce recul du ma\u00eetre pour s\u2019approprier tout l\u2019espace domestique \u00e0 l\u2019instar de sa cons\u0153ur nordiste, embrassant ainsi enti\u00e8rement l\u2019id\u00e9al domestique. Cette interpr\u00e9tation, cependant, omet le potentiel de rupture d\u2019un \u00e9v\u00e9nement de la trempe de la guerre de S\u00e9cession. Le backlash sur l\u2019imaginaire sudiste est consid\u00e9rable. Plut\u00f4t que de s\u2019affranchir compl\u00e8tement de l\u2019emprise patriarcale, les femmes du Sud postbellum miseront sur le pass\u00e9, du moins sur le plan id\u00e9ologique. Elles h\u00e9siteront encore un temps avant de s\u2019aventurer dans le sentier inconnu de&nbsp;l\u2019\u00e9mancipation.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><strong><em>Le paradoxe Marie St-Clare, m\u00e9diocre incarnation de la f\u00e9minit\u00e9 sudiste cr\u00e9\u00e9e par Harriet Beecher Stowe dans La Case de l\u2019oncle Tom, reste donc entier. Mod\u00e8le pour les ap\u00f4tres masculins de l\u2019esclavage, contre-mod\u00e8le pour les auteures de romans propagandistes ou didactiques, elle symbolisera durant des d\u00e9cennies le meilleur et le pire d\u2019une civilisation r\u00e9volue.<\/em><\/strong><\/p>\n<style class=\"advgb-styles-renderer\">#advgb-col-a8b6f563-e5e4-4788-bf3b-c07c72f02015>.advgb-column-inner{}@media screen and (max-width: 1023px) {#advgb-col-a8b6f563-e5e4-4788-bf3b-c07c72f02015>.advgb-column-inner{}}@media screen and (max-width: 767px) {#advgb-col-a8b6f563-e5e4-4788-bf3b-c07c72f02015>.advgb-column-inner{}}#advgb-cols-f85ee9a0-a346-4c72-8f3d-3ca7cf12254a{}@media screen and (max-width: 1023px) {#advgb-cols-f85ee9a0-a346-4c72-8f3d-3ca7cf12254a{}}@media screen and (max-width: 767px) {#advgb-cols-f85ee9a0-a346-4c72-8f3d-3ca7cf12254a{}}#advgb-col-a8b6f563-e5e4-4788-bf3b-c07c72f02015>.advgb-column-inner{}@media screen and (max-width: 1023px) 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Il s\u2019agit d\u2019un euph\u00e9misme utilis\u00e9 dans la premi\u00e8re moiti\u00e9 du 19e si\u00e8cle pour d\u00e9signer l\u2019esclavage et ses ramifications \u00e9conomiques dans le Sud des \u00c9tats-Unis. Il sous-tend que l\u2019esclavage sudiste est relativement b\u00e9nin comparativement aux syst\u00e8mes esclavagistes brutaux existant ailleurs dans le monde.<\/div><\/li><li><span>2<\/span><div>La litt\u00e9raire Kathryn Lee Seidel utilise l\u2019expression \u00abThe Belle as the Fallen South\u00bb. Voir<em>&nbsp;The Southern Belle in the American Novel<\/em>,&nbsp;p. 17.<\/strong><\/div><\/li><li><span>3<\/span><div>L\u2019organisation physique interne de la Grande Maison reste, dans l\u2019ensemble, m\u00e9connue, un silence historiographique que d\u00e9plorait d\u2019ailleurs la chercheure Joan E. Cashin dans <em>Our Common Affairs: Texts from Women in the Old South<\/em>, p. 26. Les travaux sur la Virginie \u00e0 l\u2019\u00e9poque coloniale font figure d\u2019exception. De leurs conclusions ressort le d\u00e9veloppement de la notion d\u2019intimit\u00e9 au sein de la famille du planteur, un ph\u00e9nom\u00e8ne qui transforme l\u2019organisation interne de la Grande Maison. Le hall multifonctionnel s\u2019\u00e9clipse au profit d\u2019une multitude d\u2019espaces aux fonctions bien d\u00e9finies (salon, salle \u00e0 manger, boudoir, etc.), un ph\u00e9nom\u00e8ne parall\u00e8le \u00e0 la s\u00e9gr\u00e9gation des espaces entre les Blancs et les Noirs, ces derniers \u00e9tant confin\u00e9s \u00e0 des quartiers s\u00e9par\u00e9s. Voir Daniel Blake Smith, <em>Inside the Great House<\/em>; Rhys Isaac, <em>The Transformation of Virginia<\/em>; Mechal Sobel, <em>The World They Made Together<\/em>.<\/div><\/li><li><span>4<\/span><div>Le roman est d\u2019abord publi\u00e9 en feuilleton dans le <em>National Era<\/em> \u00e0 partir de juin 1851.<\/div><\/li><li><span>5<\/span><div>De nombreux voyageurs font mention de l\u2019oisivet\u00e9 des jeunes filles sudistes. Barbara Bodichon, <em>An American Diary, 1857- 8<\/em>, p. 56; Harriet Martineau,<em> Retrospect of Western Travel<\/em>, p. 208-220.<\/div><\/li><li><span>6<\/span><div>Le Sud esclavagiste produira tr\u00e8s peu de manuels de savoir-vivre s\u2019adressant sp\u00e9cifiquement \u00e0 un auditoire r\u00e9gional. Certains conna\u00eetront cependant une grande diffusion : Virginia Cary, <em>Letters to a Young Lady on the Death of her Mother<\/em>, 1830 ; Maria J. McIntosh, <em>Woman in America : Her Work and Her Reward<\/em>, 1850.<\/div><\/li><li><span>7<\/span><div>Parmi les rares livres de cuisine sudistes publi\u00e9s durant la premi\u00e8re moiti\u00e9 du dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle, on compte Phineas Thorton,<em> The Southern Gardener and Receipt Book<\/em> (1840) et Sarah Rutledge, <em>The Carolina Housewife, or House and Home<\/em> (1847).<\/div><\/li><\/ul>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Bien au-del\u00e0 de la guerre de S\u00e9cession, l\u2019impact de La Case de l\u2019oncle Tom est tel que les personnages cr\u00e9\u00e9s par Harriet Beecher Stowe s\u2019imposent dans l\u2019imaginaire collectif am\u00e9ricain. Oncle Tom devient le Sambo, cet esclave docile et passif que l\u2019on retrouvejusque dans l\u2019historiographie des ann\u00e9es 1960 (Elkins, 1959). De son c\u00f4t\u00e9, l\u2019immobile Marie St-Clare incarne la n\u00e9gligence et l\u2019oisivet\u00e9 des femmes sudistes, tandis que la dynamique cousine Oph\u00e9lia sauve l\u2019honneur de la f\u00e9minit\u00e9 am\u00e9ricaine par son in\u00e9branlable sens du devoir. Femmes du Nord et du Sud apparaissent ainsi en dichotomie quant \u00e0 leur rapport \u00e0 l\u2019espace domestique. Mais cette repr\u00e9sentation de la passivit\u00e9 des ma\u00eetresses d\u2019esclaves trouve-t-elle \u00e9cho dans le Sud? Ou serait-elle plut\u00f4t le produit de pr\u00e9jug\u00e9s abolitionnistes sur l\u2019effet corrupteur de l\u2019institution particuli\u00e8re? Le Sud propose-il d\u2019autres repr\u00e9sentations du rapport des femmes \u00e0 l\u2019espace domestique?<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"menu_order":0,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"advgb_blocks_editor_width":"","advgb_blocks_columns_visual_guide":"","footnotes":""},"tags":[1238,368,362,214,360,406,363],"numeros":[],"numeros_cahier_iref":[253],"ppma_author":[1362],"class_list":["post-6637","cahiers_iref","type-cahiers_iref","status-publish","hentry","tag-africaines-americaines","tag-antiracisme","tag-etats-unis","tag-etudes-feministes","tag-feminisme-noir","tag-sciences-sociales","tag-xixe-siecle","numeros_cahier_iref-cahier-2"],"acf":{"sections":{"section":""},"bibliographie":"BARBER, William J. 1999. \u00abDew, Thomas Roderick\u00bb,\u00a0<em>American National Biography<\/em>, vol. 6, New York: Oxford University Press.\r\n\r\nBAYM, Nina. 1993 (1978)\u00a0<em>Woman\u2019s Fiction: A Guide to Novels by and about Women in America, 1820- 70<\/em>, Urbana: University of Illinois Press.\r\n\r\nBEECHER, Catherine E. 1841.\u00a0<em>A Treatise on Domestic Economy, for the Use of Young Ladies at Home, and at School<\/em>, Boston: Marsh, Capen, Lyon and Webb.\r\n\r\nBEECHER, Catherine E. et Harriet Beecher STOWE. 1869.\u00a0<em>The American Woman\u2019s Home Or Principles Of Domestic Science: Being A Guide To The Formation And Maintenance Of Economical Healthful Beautiful And Christian Homes<\/em>, New York: J.B. 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Oncle Tom devient le Sambo, cet esclave docile et passif que l\u2019on retrouvejusque dans l\u2019historiographie des ann\u00e9es 1960 (Elkins, 1959). De son c\u00f4t\u00e9, l\u2019immobile Marie St-Clare incarne la n\u00e9gligence et l\u2019oisivet\u00e9 des femmes sudistes, tandis que la dynamique cousine Oph\u00e9lia sauve l\u2019honneur de la f\u00e9minit\u00e9 am\u00e9ricaine par son in\u00e9branlable sens du devoir. Femmes du Nord et du Sud apparaissent ainsi en dichotomie quant \u00e0 leur rapport \u00e0 l\u2019espace domestique. Mais cette repr\u00e9sentation de la passivit\u00e9 des ma\u00eetresses d\u2019esclaves trouve-t-elle \u00e9cho dans le Sud? Ou serait-elle plut\u00f4t le produit de pr\u00e9jug\u00e9s abolitionnistes sur l\u2019effet corrupteur de l\u2019institution particuli\u00e8re? 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