{"id":15505,"date":"2026-03-25T19:32:07","date_gmt":"2026-03-25T19:32:07","guid":{"rendered":"https:\/\/revues.uqam.ca\/feminetudes\/?post_type=articles&#038;p=15505"},"modified":"2026-03-25T19:32:08","modified_gmt":"2026-03-25T19:32:08","slug":"evasion-dans-travesties-kamikaze-de-josee-yvon-limpossible-topographie-de-lailleurs-heterotopique","status":"publish","type":"articles","link":"https:\/\/revues.uqam.ca\/feminetudes\/articles\/evasion-dans-travesties-kamikaze-de-josee-yvon-limpossible-topographie-de-lailleurs-heterotopique\/","title":{"rendered":"\u00c9vasion dans <i>Travesties-Kamikaze<\/i> de Jos\u00e9e Yvon\u00a0: L\u2019impossible topographie de l\u2019Ailleurs h\u00e9t\u00e9rotopique"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"font-weight: 400\">Tenter de pr\u00e9senter et de situer Jos\u00e9e Yvon (1950-1994) exige, du m\u00eame souffle, de <\/span><i><span style=\"font-weight: 400\">nous<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400\"> situer par rapport \u00e0 elle, non seulement par rapport \u00e0 son \u0153uvre mais aussi face aux discours critiques produits \u00e0 son sujet et \u00e0 la place qu\u2019elle occupe ou qu\u2019on lui conf\u00e8re \u2013 c\u2019est-\u00e0-dire celle d\u2019une \u00ab\u00a0marge\u00a0\u00bb \u2013 dans l\u2019histoire litt\u00e9raire qu\u00e9b\u00e9coise. C\u2019est l\u00e0 tout le probl\u00e8me de son \u00ab\u00a0lieu\u00a0\u00bb litt\u00e9raire. Tandis que des critiques la disent \u00e9crivaine au \u00ab\u00a0f\u00e9minisme h\u00e9t\u00e9rodoxe\u00a0\u00bb (Julien Lefort-Favreau, 2014, p.75), \u00ab\u00a0pr\u00e8s de l\u2019esth\u00e9tique trash et d\u00e9sax\u00e9e du punk\u00a0\u00bb (Arsenault, 2014, p.77), certain.e.s soulignent que sa filiation avec la contre-culture am\u00e9ricaine des ann\u00e9es soixante-dix \u00ab\u00a0se fond dans un f\u00e9minisme agressif\u00a0\u00bb (Biron, Dumont et Nardout-Lafarge, 2010, p. 489), et d\u2019autres encore en font une figure avant-gardiste d\u2019un \u00ab\u00a0f\u00e9minisme litt\u00e9raire\u00a0\u00bb qu\u00e9b\u00e9cois (Delvaux, 2009, p. 97), une d\u00e9cal\u00e9e (Maillot, 2016, p. 228), une f\u00e9ministe m\u00e9pris\u00e9e par les f\u00e9ministes de son temps (Boucher, 1978, p.18). Chose certaine, cette po\u00e9tesse, dramaturge, metteure en sc\u00e8ne et romanci\u00e8re jouit depuis la derni\u00e8re d\u00e9cennie d\u2019un regain de visibilit\u00e9, et ce dernier ne peut que s\u2019accro\u00eetre avec la r\u00e9\u00e9dition de ses textes, \u00e0 partir de 2019, par la maison d\u2019\u00e9dition Les herbes rouges.\u00a0<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400\">Or quelques ann\u00e9es plus t\u00f4t, en 2014, la revue <\/span><i><span style=\"font-weight: 400\">Libert\u00e9<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400\"> publiait un ensemble de courts textes<\/span><span style=\"font-weight: 400\">\u00a0<\/span><span style=\"font-weight: 400\">sur l\u2019autrice. Ces textes, sign\u00e9s par Mathieu Arsenault, Catherine Lalonde, Julien Lefort-Favreau et Catherine Mavrikakis, soulignent, depuis des axes diff\u00e9rents, le parti pris de la marginalit\u00e9 et des opprim\u00e9.e.s qui taraude l\u2019\u00e9criture fragmentaire yvonienne. Mais plus encore, ces textes font le constat de l\u2019\u00e9chec des tentatives d\u2019assignation de l&rsquo;\u0153uvre d\u2019Yvon sous un courant litt\u00e9raire ou un esth\u00e9tisme en particulier. Il me semble donc que de tenter de \u00ab\u00a0situer\u00a0\u00bb Yvon nous expose au risque de r\u00e9duire la port\u00e9e de ses textes, et de \u00ab\u00a0d\u00e9signer\u00a0\u00bb l\u2019\u0153uvre et l\u2019autrice plut\u00f4t que d\u2019observer, \u00e0 m\u00eame la mati\u00e8re textuelle, le d\u00e9robement du \u00ab\u00a0situable\u00a0\u00bb qui s\u2019y op\u00e8re. Catherine Mavrikakis propose justement de maintenir l\u2019inassignabilit\u00e9, voire l\u2019irrecevabilit\u00e9 du travail d\u2019Yvon comme condition de sa r\u00e9ception. D\u2019apr\u00e8s ce qu\u2019Arsenault appelle \u00ab son\u00a0\u00e9thique de la marginalit\u00e9\u00a0\u00bb (Arsenault, 2014, p. 77), Jos\u00e9e Yvon revendiquerait une posture liminaire, en marge et en r\u00e9sistance devant toute tentative institutionnelle qui assignerait son \u00e9criture \u00e0 un lieu \u2013 litt\u00e9raire ou politique \u2013 que son \u0153uvre fuit. Oui, car l\u2019\u00e9criture yvonienne agit comme les personnages qu\u2019elle configure\u00a0: par \u00e9vasion, fuite, d\u00e9tournement de phrases et investissement de la marge qui est son (non)lieu. C\u2019est pourquoi, affirme Mavrikakis, \u00ab Jos\u00e9e Yvon [\u2026] est toujours\u00a0\u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la plaque\u00a0\u00bb (Mavrikakis, 2014, p.76).\u00a0Ou alors, pour le dire autrement, elle est en bordure de cette plaque, elle s\u2019y d\u00e9robe.\u00a0 L\u2019\u00e9criture chez Yvon se d\u00e9robe au \u00ab\u00a0plaqu\u00e9\u00a0\u00bb, \u00e0 l\u2019inscription fixe et certaine, au rigide du monde social, politique et litt\u00e9raire. Depuis cette perspective, le d\u00e9robement devient une \u00e9vasion\u00a0: de la \u00ab\u00a0plaque\u00a0\u00bb \u00e0 l\u2019Ailleurs, ce non-lieu toujours ailleurs <\/span><i><span style=\"font-weight: 400\">par rapport \u00e0<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400\"> autre chose, c\u2019est-\u00e0-dire, toujours en <\/span><i><span style=\"font-weight: 400\">marge de<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400\">.\u00a0<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400\">Pr\u00e9cis\u00e9ment, le\u00a0 troisi\u00e8me \u00ab\u00a0roman\u00a0\u00bb d\u2019Yvon<\/span><i><span style=\"font-weight: 400\">, Travesties-kamikaze <\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400\">(1980), relate l\u2019histoire d\u2019une \u00e9vasion\u00a0: celle de Francine alias Jasmine, quatorze ans et principale protagoniste. Sous le grand titre \u00ab\u00a0\u00c9vasion de 3 femmes dangereuses\u00a0\u00bb (Yvon, 2019 [1980], p.16<sup id=\"mfn-content-00000000442d8484000000007e98137f_15505-1\" class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"1\" data-mfn-post-scope=\"00000000442d8484000000007e98137f_15505\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-00000000442d8484000000007e98137f_15505-1\">1<\/a><\/sup><span role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"1\">Les r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 l\u2019ouvrage seront dor\u00e9navant identifi\u00e9es dans le texte par \u00ab TK \u00bb.<\/span>)<\/span><span style=\"font-weight: 400\">, l\u2019annonce de la fugue de l\u2019adolescente contient un indice primordial : elle n\u2019est pas la seule fugueuse. Il s\u2019agit d\u2019un fait cardinal pour la suite du r\u00e9cit, ainsi que pour la suite de ce texte, puisqu\u2019il s\u2019agira de suivre les traces de ces \u00e9vad\u00e9es vers le non-lieu de leur existence, dans les interstices qu\u2019elles habitent et qui forment cette communaut\u00e9 de l\u2019Ailleurs. Et qui dit \u00ab suivre les traces \u00bb dit aussi \u00ab pas \u00e0 pas \u00bb, ce qui explique pourquoi nous plongerons directement dans l\u2019analyse, plut\u00f4t que de g\u00e2cher le plaisir en annon\u00e7ant d\u2019entr\u00e9e de jeu ce qu\u2019elle contient et la direction qu\u2019elle compte emprunter. Il n\u2019y a qu\u2019une r\u00e8gle pour s\u2019immerger dans l\u2019Ailleurs : si vous avez du mal \u00e0 nous suivre, c\u2019est que vous y \u00eates.\u00a0<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400\">***<\/span><\/p>\n<p><i><span style=\"font-weight: 400\">\u00ab\u00a0Lets walk on the wild side\u00a0\u00bb\u00a0<\/span><\/i><\/p>\n<p><i><span style=\"font-weight: 400\">-M\u00e9o Utopie (qui r\u00e9p\u00e8te les paroles de Lou Reed), po\u00e8te et cuisinier de canne de nouilles, p.37.<\/span><\/i><\/p>\n<p><b>Les \u00e9vad\u00e9es\u00a0: une communaut\u00e9 de l\u2019Ailleurs-h\u00e9t\u00e9rotopique.<\/b><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400\">La premi\u00e8re question qui surgit et qui doit \u00eatre adress\u00e9e en amont d\u2019une r\u00e9flexion sur l\u2019Ailleurs est celle de l\u2019origine. Car il ne s\u2019agit pas simplement de savoir que nous nous int\u00e9ressons \u00e0 des \u00e9vad\u00e9es, encore faut-il savoir d\u2019o\u00f9, de quoi ou de qui se sont-elles \u00e9chapp\u00e9es? Conna\u00eetre le lieu vers lequel l\u2019\u00e9vasion dirige son mouvement est contingent, puisqu\u2019une \u00e9vasion pleinement r\u00e9ussie ne laisse aucune trace. Pour se perp\u00e9tuer, elle se doit d\u2019\u00eatre insaisissable. En revanche, nous pourrions supposer qu\u2019elle s\u2019effectue toujours \u00e0 partir d\u2019un lieu d\u00e9termin\u00e9, d\u2019un lieu d\u2019ancrage duquel s\u2019\u00e9vader. Ainsi, pour reconna\u00eetre l\u2019\u00e9vasion en tant que telle, un <\/span><i><span style=\"font-weight: 400\">ici<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400\"> pr\u00e9alable est n\u00e9cessaire pour accomplir son mouvement vers le <\/span><i><span style=\"font-weight: 400\">l\u00e0-bas<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400\">.\u00a0<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400\">Or la narration yvonienne fait l\u2019\u00e9conomie des d\u00e9tails quant aux origines de ses personnages. Il y a l\u00e0 sans doute une ad\u00e9quation avec la logique inh\u00e9rente de l\u2019\u00e9vasion, qui exige la dissimulation des traces. Des trois \u00e9vad\u00e9es annonc\u00e9es au d\u00e9but du roman, seule la trajectoire de Francine sera couverte par la narration. Les deux autres, Sylvie Bouchard et Laurette Garneau, ne seront que des noms. Leur \u00e9vasion est totale, le roman n\u2019en dira gu\u00e8re plus; elles ont disparu.\u00a0 N\u00e9anmoins, le texte fournit d\u2019autres indices sur les origines de certains personnages. C\u2019est le cas de \u00ab\u00a0[la] grande Olive de famille bourgeoise [dont] [l\u2019]\u00e9vasion avait caus\u00e9 bien des \u00e9meutes [\u2026]\u00a0\u00bb (<\/span><i><span style=\"font-weight: 400\">TK<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400\">, p. 26) ; de \u00ab\u00a0 [c]ette clocharde qui sortait de Domr\u00e9my [qui] avou[e] qu\u2019elle fut une bourgeoise\u00a0\u00bb (<\/span><i><span style=\"font-weight: 400\">TK<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400\">, p.39).\u00a0 En amont de la pr\u00e9sentation de la clocharde, la narration affiche \u00e9galement\u00a0: \u00ab\u00a0You go to heaven, once you\u2019ve been to hell\u00a0\u00bb (<\/span><i><span style=\"font-weight: 400\">TK<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400\">, <\/span><i><span style=\"font-weight: 400\">Ibid<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400\">). Si ces quelques \u00e9l\u00e9ments permettent \u00e0 peine de situer les origines de deux personnages dans un univers bourgeois, ils permettent tout de m\u00eame d\u2019envisager l\u2019\u00e9vasion comme une sortie du syst\u00e8me social, une sortie revendiqu\u00e9e plut\u00f4t que subie \u2013 ce qui tiendrait davantage de l\u2019exclusion. En outre, ils demeurent \u00e9loquents sur le mouvement de verticalit\u00e9 qui s\u2019op\u00e8re dans la narration (de bourgeoise \u00e0 clocharde), de m\u00eame que sur l\u2019inversion des rep\u00e8res dans cette verticalit\u00e9 qui s\u2019effectue vers le bas plut\u00f4t que vers le haut (du paradis \u00e0 l\u2019enfer, \u00ab\u00a0n\u00e9e freak elle ne pouvait que grimper\u00a0\u00bb, <\/span><i><span style=\"font-weight: 400\">TK<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400\">, p. 39). Ces deux mouvements \u2013 verticalit\u00e9 et renversement \u2013 s\u2019inscrivent dans un ensemble de proc\u00e9d\u00e9s narratifs qui visent \u00e0 maintenir l\u2019\u00e9tat d\u2019ind\u00e9termination dans lequel vivent et \u00e9voluent les personnages. C\u2019est ainsi qu\u2019ils forment une communaut\u00e9, un \u00ab\u00a0peuple de b\u00e2tards [qui voudraient] bien garder [leurs] privil\u00e8ges\u00a0\u00bb (<\/span><i><span style=\"font-weight: 400\">TK<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400\">, p. 12) c\u2019est-\u00e0-dire conserver le privil\u00e8ge d\u2019\u00eatre sans origines socialement reconnues, sans filiation stable admise par la loi du mariage; illes sont ind\u00e9termin\u00e9.e.s et ind\u00e9terminables, ni identifiables, ni reconnaissables. Illes sont insituables. Ce privil\u00e8ge invers\u00e9 en faveur des b\u00e2tards soutient une lecture de l\u2019\u00e9vasion comprise comme une sortie du monde social, intelligible et situable. C\u2019est pourquoi l\u2019Ailleurs appara\u00eet comme le lieu d\u2019habitation id\u00e9al et id\u00e9alis\u00e9 de cette communaut\u00e9 de b\u00e2tards, de \u00ab\u00a0freak[s]\u00a0\u00bb (<\/span><i><span style=\"font-weight: 400\">TK<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400\">, p.39), d\u2019\u00aboutlaw[s] ou [de] misfit[s]\u00a0 \u00bb (<\/span><i><span style=\"font-weight: 400\">TK<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400\">, p.41).<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400\">Cette communaut\u00e9 de l\u2019Ailleurs est multiple, h\u00e9t\u00e9roclite. Elle comprend \u00ab des travailleuses, des criminelles, des prostitu\u00e9es, de vieilles femmes, des rebelles politiques, des ch\u00f4meuses, des errantes\u00a0\u00bb (<\/span><i><span style=\"font-weight: 400\">TK<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400\">, p. 135) ou des \u00e9vad\u00e9.es qui incarnent tout cela \u00e0 la fois. Ce sont des \u00ab\u00a0sorci\u00e8res sales, des bris\u00e9es violentes [\u2026] des matrones cow-boys\u00a0\u00bb (<\/span><i><span style=\"font-weight: 400\">TK<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400\">, p.25). Gina, \u00ab\u00a0androgyne rocker\u00a0\u00bb (<\/span><i><span style=\"font-weight: 400\">TK<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400\">, p.44) qui \u00ab\u00a0voit la vie comme une fille\u00a0\u00bb (<\/span><i><span style=\"font-weight: 400\">TK<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400\">, p.44), danse dans un club gay o\u00f9 il rencontre Francine-Jasmine, c\u2019est un \u00ab\u00a0\u00e9vad\u00e9[,] il fl\u00e2nait \u00e0 11 ans\u00a0\u00bb, une histoire \u00ab\u00a0si commune\u00a0\u00bb (<\/span><i><span style=\"font-weight: 400\">TK<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400\">, p.116) ; Olive se pique partout, \u00ab\u00a0des tracks sur le bout des doigts\u00a0\u00bb (<\/span><i><span style=\"font-weight: 400\">TK<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400\">, p. 18) ; Gilles, le <\/span><i><span style=\"font-weight: 400\">partner<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400\"> d\u2019Olive, \u00ab\u00a0adore les cunnilingus menstru\u00e9s\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0ne pisse que sur les table de pools\u00a0\u00bb (<\/span><i><span style=\"font-weight: 400\">Ibid<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400\">.), et mourra la gorge tranch\u00e9e pour un r\u00e8glement de compte ; Brigitte r\u00eave de sexe et de soumission \u00e0 l\u2019h\u00f4pital psychiatrique. La communaut\u00e9 de l\u2019Ailleurs se fonde sur la base d\u2019une exclusion sociale. Tous.tes n\u2019ont pas forc\u00e9ment autre chose en commun que leur marginalit\u00e9. Au sein de celle-ci, une multitude de formes de vie se d\u00e9voile, ce qui am\u00e8ne Catherine Mavrikakis \u00e0 qualifier la communaut\u00e9 yvonnienne de \u00ab d\u00e9sincarn\u00e9e et [de] d\u00e9sunie\u00a0\u00bb (Mavrikakis, 2014, p.76).\u00a0 Les personnages de Yvon volent, tuent, se font violer, se font tuer, se piquent, dansent, baisent, se piquent, fument, se piquent, baisent pour quelques dollars, se piquent, tuent, se suicident, \u00e9chouent \u00e0 se suicider, se font violer, r\u00eavent, survivent. La surench\u00e8re d\u2019\u00e9pith\u00e8tes qu\u2019accole la narration \u00e0 ses personnages peut sembler abusive, n\u00e9anmoins elle rel\u00e8ve d\u2019un monde o\u00f9 l\u2019abus appara\u00eet comme une n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019existence. Si nous constatons bel et bien cet abus de qualificatifs, deux cons\u00e9quences en d\u00e9coulent: d\u2019abord, ils permettent ce que Judith Butler appelle une <\/span><i><span style=\"font-weight: 400\">resignification subversive <\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400\">(Butler, 2004, p.208) ; ensuite, une r\u00e9elle adh\u00e9sion \u00e0 toute identification qui serait immuable tombe dans la d\u00e9su\u00e9tude en regard de ce que nous appellerons un d\u00e9bordement s\u00e9mantique.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400\">En identifiant les effets de renversement, de verticalit\u00e9 vers le bas et d\u2019abus de signifiants dans la narration yvonnienne, nous avons jet\u00e9 les bases d\u2019un corr\u00e9lat performatif dans la langue du texte. De m\u00eame, le r\u00e9investissement des \u00e9pith\u00e8tes vulgaires, marginaux ou \u00ab\u00a0trashs\u00a0\u00bb performe et r\u00e9alise une communaut\u00e9 qui se regroupe sous ces mots, qui en effrite le sens. La r\u00e9appropriation des termes initialement mis en circulation par les discours dominants afin d\u2019ostraciser et d\u2019humilier celleux qui sont d\u00e9sign\u00e9.e.s par ces termes permet \u00ab\u00a0de les vider de leur charge d\u2019humiliation\u00a0\u00bb (Butler, 2004, p.208). Suivant Butler, \u00ab\u00a0[\u2026] c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment parce que le discours dominant peut faire l\u2019objet d\u2019une r\u00e9appropriation [du langage] que sa resignification subversive est possible\u00a0\u00bb (Butler, 2004, p.208). Mais plus qu\u2019une subversion, l\u2019autrice th\u00e9orise les possibles d\u2019une telle res\u00e9mantisation selon une \u00ab\u00a0r\u00e9vision potentiellement infinie\u00a0\u00bb (<\/span><i><span style=\"font-weight: 400\">Ibid<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400\">, p. 198). Le mouvement de r\u00e9appropriation du sens doit contenir en germe un mouvement de d\u00e9construction plus ouvert, une sorte de rituel langagier (<\/span><i><span style=\"font-weight: 400\">Ibid<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400\">, p. 210) prof\u00e9r\u00e9 par les sorci\u00e8res yvoniennes<\/span> <span style=\"font-weight: 400\">(<\/span><i><span style=\"font-weight: 400\">TK<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400\">, p. 25-6)\u00a0 permettant la \u00ab\u00a0reformulation continuelle du sujet\u00a0\u00bb (Butler, 2004, <\/span><i><span style=\"font-weight: 400\">Ibid.<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400\">). Mais afin de compl\u00e9ter le rituel, il faut avoir prise sur le langage. Il s\u2019agit d\u2019abord d\u2019invoquer le sens h\u00e9g\u00e9monique vers soi, de s\u2019en saisir, de le vider de sa charge humiliante et finalement, de le d\u00e9placer ailleurs, l\u00e0 o\u00f9 il ne blessera plus. C\u2019est justement ce qu\u2019indique la narration par la voix transversale de l\u2019intertextualit\u00e9\u00a0:\u00a0<\/span><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px\"><span style=\"font-weight: 400\">Nous sommes tous fous, tous enferm\u00e9s. Nous sommes tous li\u00e9s, reli\u00e9s. Et nous ne nous d\u00e9lions, tous, que par la lutte irr\u00e9guli\u00e8re, instantan\u00e9e, o\u00f9 chaque coup ne porte pas, mais d\u00e9porte [\u2026] Nous sommes [\u2026] d\u00e9sign\u00e9s ou rep\u00e9r\u00e9s (<\/span><i><span style=\"font-weight: 400\">TK<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400\">, p.33, citation de Alain Jouffroy dans <\/span><i><span style=\"font-weight: 400\">De l\u2019individualisme r\u00e9volutionnaire<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400\">).<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400\">Il ne s\u2019agit pas uniquement de subvertir le sens, il s\u2019agit de le d\u00e9porter. La r\u00e9f\u00e9rence intertextuelle n\u2019est pas anodine \u2013 elles ne le sont jamais \u2013, elle traduit cette volont\u00e9 de lutte par le langage, lutte dont l\u2019enjeu cardinal est de d\u00e9jouer la binarit\u00e9 entre \u00eatre d\u00e9sign\u00e9 ou \u00eatre rep\u00e9r\u00e9 comme dissident, comme non-d\u00e9sign\u00e9. L\u2019abus d\u2019\u00e9pith\u00e8tes qualificatifs dans le roman participe \u00e0 cette lutte en cours dans le langage. Car l\u2019abus accomplit non seulement un r\u00e9investissement s\u00e9mantique permettant de rendre visible les invisibles \u2013 ou les <\/span><i><span style=\"font-weight: 400\">b\u00e2tards<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400\"> \u2013 mais il ouvre \u00e9galement une possibilit\u00e9 illimit\u00e9e de res\u00e9mantisations. Pris dans un flot illimit\u00e9, le sens d\u00e9borde, l\u2019identit\u00e9 aussi. L\u2019adh\u00e9sion \u00e0 l\u2019un ou \u00e0 l\u2019autre des termes devient soit impossible \u2013 ou \u00e0 tout le moins glissante \u2013, soit toujours susceptible de \u00ab\u00a0perp\u00e9tuer l\u2019instabilit\u00e9\u00a0\u00bb par des \u00ab\u00a0communications secr\u00e8tes de mutations\u00a0\u00bb (<\/span><i><span style=\"font-weight: 400\">TK<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400\">, p. 134).\u00a0<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400\">En surqualifiant, la narration \u00e9corche le sens\u00a0: la s\u00e9mantique surexpos\u00e9e s\u2019\u00e9croule. Le texte est performatif,\u00a0 il r\u00e9alise une communaut\u00e9 inidentifiable et cons\u00e9quemment d\u00e9sidentifi\u00e9e,\u00a0<\/span><i><span style=\"font-weight: 400\">b\u00e2tarde<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400\">, dont le sens et les corps s\u2019inscrivent dans<\/span> <span style=\"font-weight: 400\">l\u2019Ailleurs, ce contre-espace du langage, ce \u00ab\u00a0lieu\u00a0\u00bb de l\u2019ind\u00e9termination, l\u00e0 o\u00f9 le sens et les significations s\u2019effritent\u00a0: \u00ab\u00a0Fou, stupide ou merveilleux\/ quand rien n\u2019atteint plus\/ d\u00e9clenche obligatoire une r\u00e9flexion ailleurs\u00a0\u00bb (<\/span><i><span style=\"font-weight: 400\">TK<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400\">, p.38). L\u2019Ailleurs agit comme d\u00e9clencheur d\u2019une r\u00e9flexion qui se reconduit, d\u2019un sens perp\u00e9tuellement happ\u00e9 par la migration, un sens toujours appel\u00e9 \u00e0 se travestir.\u00a0\u00a0\u00a0<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400\">Par d\u00e9finition, le signe <\/span><i><span style=\"font-weight: 400\">Ailleurs<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400\"> suppose un signifi\u00e9 toujours incertain, ind\u00e9fini. Par exemple, si vous demandez \u00e0 autrui l\u2019endroit o\u00f9 ille demeure, la r\u00e9ponse \u00ab\u00a0ailleurs\u00a0\u00bb n\u2019offre aucune information. Elle est une r\u00e9ponse en n\u00e9gation, un mot qui indique \u00e0 l\u2019autre un d\u00e9sir de ne pas r\u00e9pondre, de ne pas \u00eatre situ\u00e9. Il peut \u00e9galement souligner l\u2019absence d\u2019un lieu proprement d\u00e9fini. Ainsi, un groupe de personnes exclues de la soci\u00e9t\u00e9 seront dites \u00ab\u00a0en marge\u00a0\u00bb de cette derni\u00e8re. Mais l\u00e0 encore, cette marge ne r\u00e9f\u00e8re \u00e0 aucun lieu spatialement attribu\u00e9. L\u2019Ailleurs se rapproche en ce sens du concept foucaldien d\u2019<\/span><i><span style=\"font-weight: 400\">h\u00e9t\u00e9rotopie<\/span><\/i> <i><span style=\"font-weight: 400\">de d\u00e9viation<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400\">. Selon Foucault, les h\u00e9t\u00e9rotopies de d\u00e9viation se d\u00e9finissent comme ces \u00ab\u00a0lieux que la soci\u00e9t\u00e9 m\u00e9nage dans ses marges, [\u2026] [et qui] sont plut\u00f4t r\u00e9serv\u00e9s aux individus dont le comportement est d\u00e9viant par rapport \u00e0 [\u2026] la norme exig\u00e9e\u00a0\u00bb (Foucault, 2009, p. 26-27). Si donc l\u2019Ailleurs est h\u00e9t\u00e9rotopique, il est ce \u00ab\u00a0<\/span><i><span style=\"font-weight: 400\">contre<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400\">-espace\u00a0\u00bb (Foucault, 2009, p. 24, l\u2019auteur souligne) qui a pour r\u00e8gle de \u00ab\u00a0juxtaposer en un lieu r\u00e9el plusieurs espaces qui, normalement, seraient, devraient \u00eatre incompatibles\u00a0\u00bb (Foucault, 2009, p.28-29). Foucault souligne que certaines h\u00e9t\u00e9rotopies deviennent m\u00eame des lieux ouverts, qui maintiennent au dehors (Foucault, 2009, p.32). Cet \u00e9nonc\u00e9 antith\u00e9tique s\u2019arrime ais\u00e9ment \u00e0 l\u2019Ailleurs dont le caract\u00e8re est insituable\u00a0: \u00ab\u00a0on est ailleurs en marchant sur le m\u00eame trottoir\u00a0\u00bb (<\/span><i><span style=\"font-weight: 400\">TK<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400\">, p.121). Ainsi, l\u2019Ailleurs fonctionne comme une h\u00e9t\u00e9rotopie, mais n\u2019est pas forc\u00e9ment un lieu g\u00e9ographique. L\u2019h\u00e9t\u00e9rotopie est son caract\u00e8re, on peut donc parler d\u2019un <\/span><i><span style=\"font-weight: 400\">Ailleurs h\u00e9t\u00e9rotopique<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400\">. S\u2019immis\u00e7ant dans le r\u00e9el, il est liminaire\u00a0: il cohabite sur les m\u00eames trottoirs foul\u00e9s par les gens dit\u00a0\u00ab\u00a0normaux\u00a0\u00bb, mais cela n\u2019emp\u00eache pas celleux de sa communaut\u00e9 de savoir sur quel sol d\u2019ind\u00e9termination ontologique illes posent les pieds. Car si l\u2019Ailleurs peut \u00e9voluer sur le m\u00eame trottoir que la normalit\u00e9, c\u2019est surtout parce que son lieu h\u00e9t\u00e9rotopique s\u2019incarne \u00e0 travers les corps. Pour acc\u00e9der \u00e0 ce contre-espace, les corps doivent se munir de techniques d\u2019\u00e9vasion allant du travestissement aux techniques de disparition de soi.\u00a0<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400\">***<\/span><\/p>\n<p><i><span style=\"font-weight: 400\">\u00ab\u00a0Travesties pour vivre, \u00eatre pour se travestir, travesties du ciel et de la mort, mais puisque nous sommes n\u00e9s nus, chaque v\u00eatement est travesti\u00a0\u00bb <\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400\">(<\/span><i><span style=\"font-weight: 400\">TK<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400\">, p. 55)<\/span><\/p>\n<p><b>D\u2019une strate \u00e0 l\u2019autre\u00a0: travestissement perp\u00e9tuel du corps\u00a0<\/b><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400\">Le th\u00e8me du travestissement est, \u00e0 l\u2019\u00e9vidence, capital dans le texte de <\/span><i><span style=\"font-weight: 400\">Travesties-Kamikaze<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400\">. Aucun corps \u2013 tant du texte que des personnages \u2013 n\u2019y \u00e9chappe. Que le corps du texte fonctionne selon une logique interne de travestissement tend \u00e0 l\u2019inscrire dans un registre performatif, o\u00f9 la structure narrative agit et r\u00e9alise ce que les voix \u00e9nonciatrices mettent en sc\u00e8ne. Le texte est un champ de bataille sur lequel s\u2019\u00e9rige la lutte langagi\u00e8re\u00a0: les mots et les corps en sont les armes. Oscillant entre oralit\u00e9, prose, po\u00e9sie, intertextualit\u00e9, citations sans r\u00e9f\u00e9rences, le texte yvonien est marqu\u00e9 par la transg\u00e9n\u00e9it\u00e9. La voix narrative passe ais\u00e9ment d\u2019une focalisation interne au <\/span><i><span style=\"font-weight: 400\">Je<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400\">, \u00e0 une focalisation externe \u00e0 la troisi\u00e8me personne, et peut m\u00eame prendre une voix collective au <\/span><i><span style=\"font-weight: 400\">nous<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400\">. Les voix \u00e9nonciatrices viennent ainsi renforcer \u00ab\u00a0le d\u00e9sordre interne du corps\u00a0\u00bb (<\/span><i><span style=\"font-weight: 400\">TK<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400\">, p.34) par une focalisation interne fugitive qui, par intermittences, sort de son corps narratif. Les diff\u00e9rentes voix sont des subterfuges \u2013 du latin <\/span><i><span style=\"font-weight: 400\">subter ; <\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400\">\u00ab\u00a0par-dessous\u00a0\u00bb, et <\/span><i><span style=\"font-weight: 400\">fugere ;<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400\"> \u00ab\u00a0fuir\u00a0\u00bb \u2013 au m\u00eame titre que \u00ab\u00a0tous les rapports humains sont des subterfuges\u00a0\u00bb (<\/span><i><span style=\"font-weight: 400\">TK<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400\">, p. 38). Nous pourrions ajouter que chez Yvon,\u00a0tous les proc\u00e9d\u00e9s narratifs sont des subterfuges usant du travestissement et de la transg\u00e9n\u00e9it\u00e9 pour effacer les traces d\u2019une possible identification du texte, comme des corps. M\u00eame le genre des personnages est brouill\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0[\u2026] et <\/span><i><span style=\"font-weight: 400\">le<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400\"> po\u00e8te sortit de la maison des femmes, fianc<\/span><i><span style=\"font-weight: 400\">\u00e9e<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400\"> \u00e0 la violence\u00a0\u00bb (<\/span><i><span style=\"font-weight: 400\">TK<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400\">, p.115, l\u2019autrice souligne). Or, comme l\u2019\u00e9crit Butler dans <\/span><i><span style=\"font-weight: 400\">March\u00e9 au sexe<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400\">,\u00a0\u00a0<\/span><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px\"><span style=\"font-weight: 400\">le travestissement est la structure m\u00eame de l\u2019usurpation d\u2019identit\u00e9 par laquelle tout genre s\u2019assume [\u2026] ; il n\u2019est pas un acte d\u2019expropriation ou d\u2019appropriation [\u2026], le travestissement n\u2019imite aucun original [\u2026], mais le genre est une sorte d\u2019imitation qui ne renvoie \u00e0 aucun original (Butler et Rubin, 2002, p.154).<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400\">En continuit\u00e9 avec ce que nous avons avanc\u00e9 dans la premi\u00e8re partie de l\u2019analyse, nous constatons que le travestissement, en ne renvoyant \u00e0 aucun genre original, est appel\u00e9 \u00e0 se renouveler perp\u00e9tuellement<sup id=\"mfn-content-00000000442d8484000000007e98137f_15505-2\" class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"2\" data-mfn-post-scope=\"00000000442d8484000000007e98137f_15505\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-00000000442d8484000000007e98137f_15505-2\">2<\/a><\/sup><span role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"2\">Bien que la th\u00e9orie du genre ne soit pas explicitement nomm\u00e9e ici, elle demeure agissante dans le texte que nous \u00e9tudions, et nous la consid\u00e9rons comme implicitement sugg\u00e9r\u00e9e par notre analyse et par le propos de l\u2019\u0153uvre yvonienne. <\/span><\/span><span style=\"font-weight: 400\">. C\u2019est pourquoi, chez Yvon, le travestissement est une totalit\u00e9: de la vie, du ciel et de la mort (voir notre citation en exergue, p.7).\u00a0 Plus encore, il est un mode d\u2019\u00eatre (\u00ab\u00a0\u00eatre pour se travestir\u00a0\u00bb). De la m\u00eame mani\u00e8re, la narration conf\u00e8re \u00e0 la fuite de Francine un caract\u00e8re existentiel dit \u00ab\u00a0\u00e9vasi[f], sans rien pour vivre\u00a0\u00bb (<\/span><i><span style=\"font-weight: 400\">TK<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400\">, p. 22). D\u2019<\/span><i><span style=\"font-weight: 400\">\u00e9vad\u00e9e<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400\">,<\/span> <span style=\"font-weight: 400\">donc, elle devient <\/span><i><span style=\"font-weight: 400\">\u00e9vasive<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400\">, une \u00e9vasion en mouvement, comprise comme une modalit\u00e9 d\u2019existence. Nous pouvons cons\u00e9quemment lier le travestissement \u00e0 l\u2019\u00e9vasion, d\u2019abord comme deux modalit\u00e9s d\u2019existence mutuellement irr\u00e9ductibles, mais \u00e9galement comme deux conditions de possibilit\u00e9 r\u00e9ciproques; l\u2019\u00e9vasion est une technique de travestissement et vice-versa. Or une derni\u00e8re technique d\u2019\u00e9vasion, celle de la disparition de soi, se doit d\u2019\u00eatre trait\u00e9e \u00e0 l\u2019aune de ces modes d\u2019\u00eatre, regroup\u00e9s sous l\u2019\u00e9gide de la communaut\u00e9 de l\u2019Ailleurs.\u00a0\u00a0\u00a0<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400\">\u00c0 l\u2019instar de ses personnages, la narration yvonienne est \u00ab\u00a0corrosive d\u2019alibis et de faux plis\u00a0\u00bb (<\/span><i><span style=\"font-weight: 400\">TK<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400\">, p. 100). Elle tend \u00e0 brouiller, masquer, voire dissoudre les codes traditionnels dans un ensemble h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne et fragmentaire. La forme du texte, en collage et en fragments, est elle-m\u00eame une mat\u00e9rialit\u00e9 textuelle trou\u00e9e, en ad\u00e9quation avec \u00ab\u00a0la peau [comme] une infinit\u00e9 de petits trous dont il faut crever la fa\u00e7ade, dans l\u2019embo\u00eetement des corps\u00a0\u00bb (<\/span><i><span style=\"font-weight: 400\">TK<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400\">, p. 15). Cette fa\u00e7ade de la peau fait \u00e9cho \u00e0 la citation que nous avons plac\u00e9e en exergue de cette seconde partie<sup id=\"mfn-content-00000000442d8484000000007e98137f_15505-3\" class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"3\" data-mfn-post-scope=\"00000000442d8484000000007e98137f_15505\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-00000000442d8484000000007e98137f_15505-3\">3<\/a><\/sup><span role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"3\">\u00ab Travesties pour vivre, \u00eatre pour se travestir, travesties du ciel et de la mort, mais puisque nous sommes n\u00e9s nus, chaque v\u00eatement est travesti \u00bb (TK, p. 55)<\/span><\/span><span style=\"font-weight: 400\">. Si la peau est une fa\u00e7ade et que chaque v\u00eatement est travesti, alors la peau devient un v\u00eatement sur la nudit\u00e9, un v\u00eatement qu\u2019il faut arracher, trouer. C\u2019est pour cela que Francine \u00ab\u00a0[\u2026] aime se crever les boutons, se creuser des trous sans sentir la douleur, elle s\u2019extirpe les com\u00e9dons et se fait mal\u00a0\u00bb (<\/span><i><span style=\"font-weight: 400\">TK<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400\">, p. 88). L\u2019autodestruction implicite de ce processus s\u2019arrime \u00e0 une recherche de puret\u00e9. Aux dires de la narratrice\u00a0: \u00ab\u00a0la PURET\u00c9, c\u2019est toujours violent\u00a0\u00bb (<\/span><i><span style=\"font-weight: 400\">TK<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400\">, p. 97). La volont\u00e9 d\u2019extirper ses com\u00e9dons, cette mati\u00e8re s\u00e9bac\u00e9e bouchant les pores de la peau, quitte \u00e0 se faire mal, en t\u00e9moigne. Le corps, chez Yvon, n\u2019est qu\u2019un \u00ab\u00a0monceau de sensations, une membrane\u00a0\u00bb (<\/span><i><span style=\"font-weight: 400\">TK<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400\">, p. 136) qu\u2019il faut arracher, couche par couche, de mani\u00e8re \u00e0 devenir invisible.\u00a0<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400\">C\u2019est ce \u00ab\u00a0devenir invisible\u00a0\u00bb que le sociologue David Le Breton, dans son essai <\/span><i><span style=\"font-weight: 400\">Dispara\u00eetre de soi<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400\">, a th\u00e9oris\u00e9 comme les <\/span><i><span style=\"font-weight: 400\">techniques de blancheur<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400\">. Ces techniques se traduisent, d\u2019une part, par un \u00ab\u00a0d\u00e9sinvestissement du corps\u00a0\u00bb (Le Breton, 2015 p. 91) et, d\u2019autre part, par une recherche de purification (Le Breton, p. 81). La tentative de suicide de Francine-Jasmine ob\u00e9it \u00e0 ce principe purificateur que Le Breton associe \u00e0 ce qui \u00ab\u00a0d\u00e9pouille enfin des scories qui infectent l\u2019existence\u00a0\u00bb (Le Breton, p. 81). Le suicide, pour Le Breton, ne correspond pas forc\u00e9ment \u00e0 une volont\u00e9 de mourir, mais bien davantage \u00e0 une fugue, \u00e0 une \u00ab\u00a0recherche ailleurs d\u2019un lieu pour reprendre son souffle. La mort n\u2019est pas la mort mais une forme de disparition [\u2026]\u00a0\u00bb (Le Breton, <\/span><i><span style=\"font-weight: 400\">Ibid<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400\">.), une volont\u00e9 de \u00ab\u00a0ne plus \u00eatre l\u00e0\u00a0\u00bb (Le Breton, p. 83). Ainsi, ces \u00ab\u00a0techniques de blancheur\u00a0\u00bb correspondent davantage \u00e0 des \u00ab\u00a0tentatives de se d\u00e9barrasser de soi pour \u00e9chapper aux pressions d\u2019une identit\u00e9 intol\u00e9rable\u00a0\u00bb (Le Breton, <\/span><i><span style=\"font-weight: 400\">Ibid<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400\">.). Suivant cette th\u00e9orie, les techniques d\u2019autodestruction du corps utilis\u00e9es par les personnages yvoniens r\u00e9sistent \u00e0 une lecture qui les associerait \u00e0 une vis\u00e9e mortif\u00e8re. Plut\u00f4t, elles visent l\u2019effacement de soi, ce qui conf\u00e8re au corps cette capacit\u00e9 d\u2019\u00eatre \u00ab\u00a0ailleurs en marchant sur le m\u00eame trottoir\u00a0\u00bb (<\/span><i><span style=\"font-weight: 400\">TK<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400\">, p. 121, d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9 p. 5).\u00a0<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400\">L\u2019Ailleurs est alors un lieu o\u00f9 l\u2019on se soustrait des imp\u00e9ratifs d\u2019\u00eatre soi, un lieu de passage entre l\u2019invisibilit\u00e9 et la visibilit\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0clandestines nous vivrons la pratique [d\u2019effacement de soi] jusqu\u2019\u00e0 l\u2019usure\u00a0\u00bb (<\/span><i><span style=\"font-weight: 400\">TK<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400\">, p.139). Dans son essai <\/span><i><span style=\"font-weight: 400\">Le parti pris des animaux<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400\">, Jean-Christophe Bailly \u00e9rige ce libre passage du visible \u00e0 l\u2019invisible en caract\u00e9ristique fondamentale de l\u2019animalit\u00e9, \u00ab\u00a0comme la respiration m\u00eame du vivant\u00a0\u00bb (Bailly, 2013 p. 19). Se crever la peau, d\u00e9boucher ses pores, ce sont l\u00e0 des m\u00e9thodes d\u2019autodestruction qui autorisent la respiration libre de la peau, cette peau que le roman envisage comme un travestissement. Si nous pensons le travestissement comme ce mode d\u2019\u00eatre qui passe d\u2019un subterfuge \u00e0 l\u2019autre, ce jeu entre le visible et l\u2019invisible \u00e9merge alors comme une relation n\u00e9cessaire au vivant. Mais cette n\u00e9cessit\u00e9 de l\u2019existence n\u2019est pas forc\u00e9ment libre. En revanche, par leurs contingences, la disparition de soi et les techniques de blancheur lib\u00e8rent le passage vers l\u2019invisibilit\u00e9, vers l\u2019ailleurs o\u00f9 de nouveaux modes d\u2019\u00eatre attendent d\u2019\u00eatre configur\u00e9s. Par-del\u00e0 leur aspect mortif\u00e8re, ces modes d\u2019\u00eatre sont plut\u00f4t des formes de r\u00e9sistances, rejouant la respiration m\u00eame du vivant dit \u00ab\u00a0animalis\u00e9\u00a0\u00bb par Bailly, mais que l\u2019on peut aussi entendre comme une respiration sous le signe d\u2019une alt\u00e9rit\u00e9 radicale, de ce qui est <\/span><i><span style=\"font-weight: 400\">non-civilis\u00e9<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400\">. L\u2019Ailleurs contient en germe un monde de possibilit\u00e9s utopiques de vivre autrement. Un monde h\u00e9t\u00e9rotopique.\u00a0<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400\">***<\/span><\/p>\n<p><i><span style=\"font-weight: 400\">\u00ab\u00a0Une minorit\u00e9 ne se constitue jamais seule. Mais sur une ligne de fuite qui est autant sa mani\u00e8re d\u2019avancer et d\u2019attaquer.\u00a0\u00bb &#8211; Gilles Deleuze et Claire Parnet <\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400\">(<\/span><i><span style=\"font-weight: 400\">TK<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400\">, p. 59)<\/span><\/p>\n<p><b>Ouverture\u00a0: l\u2019Ailleurs liminaire<\/b><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400\">La volont\u00e9 de r\u00e9sistance de l\u2019Ailleurs ne doit pas \u00eatre n\u00e9glig\u00e9e. L\u2019\u00e9vasion, comme sortie du corps social et comme sortie de soi, ouvre les portes d\u2019un Ailleurs langagier et corporel o\u00f9 \u00ab\u00a0tout est \u00e0 reprendre, tout est toujours \u00e0 reprendre\u00a0\u00bb \u2026 et la narration ajoute\u00a0: \u00ab\u00a0 Mais nous vaincrons\u00a0\u00bb (<\/span><i><span style=\"font-weight: 400\">TK<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400\">, p.102).\u00a0 L\u2019exergue m\u00eame du roman annonce son d\u00e9vouement aux formes de r\u00e9sistance<sup id=\"mfn-content-00000000442d8484000000007e98137f_15505-4\" class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"4\" data-mfn-post-scope=\"00000000442d8484000000007e98137f_15505\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-00000000442d8484000000007e98137f_15505-4\">4<\/a><\/sup><span role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"4\">Le roman est d\u00e9di\u00e9 \u00e0 la Ligue des Femmes de l\u2019IRA, le Irish Republican Army, une organisation paramilitaire f\u00e9minine r\u00e9volutionnaire ; \u00e0 Hiroko Nagata, communiste radicale japonaise ; et \u00e0 Margo St-James et Priscilla Alexander, instigatrices de l\u2019expression \u00ab sex-workers \u00bb et co-fondatrices de COYOTE (1973), une organisation militante en faveur des droits des travailleur.ses du sexe et de la d\u00e9criminalisation de la prostitution. <\/span><\/span><span style=\"font-weight: 400\">, de m\u00eame que sa conclusion\u00a0:<\/span><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px\"><span style=\"font-weight: 400\">nous n\u2019avons pas fini de nous \u00e9puiser<br \/>\n<\/span><span style=\"font-weight: 400\">d\u2019arracher les cuticules du raisonnable<\/span><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px\"><span style=\"font-weight: 400\">d\u2019asthme et de faux pas irrationnels<br \/>\n<\/span><span style=\"font-weight: 400\">se distille en irr\u00e9cup\u00e9rable allaitement.<br \/>\n<\/span><span style=\"font-weight: 400\">(<\/span><i><span style=\"font-weight: 400\">TK<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400\">, p. 140)<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400\">Sans majuscule puisque d\u00e9j\u00e0 commenc\u00e9s, et se soldant sur \u00ab\u00a0l\u2019irr\u00e9cup\u00e9rable allaitement\u00a0\u00bb d\u2019une vitalit\u00e9 toujours d\u00e9j\u00e0 \u00e9chue et \u00e0 reprendre jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9puisement, les derniers vers de <\/span><i><span style=\"font-weight: 400\">Travesties-Kamikaze<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400\"> d\u00e9dient l\u2019Ailleurs \u00e0 cette fonction d\u2019arracheur du raisonnable, de grugeur de la normalit\u00e9. Les h\u00e9t\u00e9rotopies sont ces \u00ab\u00a0lieux qui s\u2019opposent \u00e0 tous les autres, qui sont destin\u00e9s en quelque sorte \u00e0 les effacer, \u00e0 les neutraliser ou \u00e0 les purifier \u00bb (Foucault, 2009, p. 24). L\u2019Ailleurs-h\u00e9t\u00e9rotopique <\/span><i><span style=\"font-weight: 400\">agit\u00a0<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400\">: \u00e0 coup de \u00ab\u00a0faux pas\u00a0\u00bb et de respiration discontinue, \u00ab\u00a0asthmatique\u00a0\u00bb, il ronge les parois du r\u00e9el dans une spatialit\u00e9 autre, liminaire, et, ce faisant, il le modifie, introduit la c\u00e9sure dans sa continuit\u00e9, et ses militant.e.s appliquent ce processus \u00e0 leur corps: \u00ab\u00a0D\u00e9charn\u00e9es nous r\u00e9pondrons\u00a0\u00bb (<\/span><i><span style=\"font-weight: 400\">TK<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400\">, p. 137). Car le subterfuge c\u00f4toie la destruction. Le corps se travestit, le corps se d\u00e9charne. Les personnages s\u2019enfoncent dans l\u2019Ailleurs liminaire \u00e0 l\u2019impossible topographie jusqu\u2019\u00e0 y risquer leur peau. Dans une s\u00e9rie infinie de travestissements, le corps kamikaze creuse le corps social ; une explosion s\u00e9mantique en cha\u00eene nucl\u00e9aire dont nous ne verrons ni le commencement, ni la fin. \u00c0 peine pourrons-nous en sentir l\u2019effondrement, ce tremblement au \u00ab\u00a0centre de la terre, comme une couche de dominos \u00e9pileptiques\u00a0\u00bb (<\/span><i><span style=\"font-weight: 400\">TK<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400\">, p. 134).<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Tenter de pr\u00e9senter et de situer Jos\u00e9e Yvon (1950-1994) exige, du m\u00eame souffle, de nous situer par rapport \u00e0 elle, non seulement par rapport \u00e0 son \u0153uvre mais aussi face aux discours critiques produits \u00e0 son sujet et \u00e0 la place qu\u2019elle occupe ou qu\u2019on lui conf\u00e8re \u2013 c\u2019est-\u00e0-dire celle d\u2019une \u00ab\u00a0marge\u00a0\u00bb \u2013 dans l\u2019histoire [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","meta":{"_acf_changed":true,"advgb_blocks_editor_width":"","advgb_blocks_columns_visual_guide":""},"tags":[114,372,590,301,586,604,587],"numeros":[496],"ppma_author":[567],"class_list":["post-15505","articles","type-articles","status-publish","hentry","tag-analyse-litteraire","tag-communautes-marginalisees","tag-evasion","tag-fuite","tag-josee-yvon","tag-marges","tag-traversties-kamikaze","numeros-vol-24-no-1-marges-et-intersections"],"acf":{"sections":{"section":""},"bibliographie":"Arsenault, Mathieu. \u00ab Jos\u00e9e Yvon, ma contemporaine \u00bb, <em>Libert\u00e9<\/em>, n\u00b0 303, 2014, p. 77-78.\r\n\r\nBailly, Jean-Christophe. <em>Le parti pris des animaux<\/em>, Paris, \u00c9ditions Christian Bourgeois, 2013, 94 p.\r\n\r\nBiron, Michel, Fran\u00e7ois Dumont et \u00c9lisabeth Nardout-Lafarge. <em>Histoire de la litt\u00e9rature qu\u00e9b\u00e9coise<\/em>, Montr\u00e9al, Bor\u00e9al, 2010, 684 p.\r\n\r\nBoucher, Denise. \u00ab Les trottoirs ne sont pas assez larges \u00bb, <em>Mainmise<\/em>, n\u00b0 77, 1er trimestre 1978, p. 17-18.\r\n\r\nButler, Judith. \u00ab Censure implicite et puissance d\u2019agir discursive \u00bb, <em>Le pouvoir des mots. Discours de haine et politique du performatif<\/em>, Paris, \u00c9ditions Amsterdam, 2004, p. 190-217. \r\n\r\nButler, Judith et Gayle Rubin. <em>March\u00e9 au sexe<\/em>, Paris, EPEL, 2002.\r\n\r\nDelvaux, Martine. \u00ab POUP\u00c9ES = dolls \u00bb, <em>Globe: revue internationale d\u2019\u00e9tudes qu\u00e9b\u00e9coises<\/em>, vol. 12, n\u00b02, 2009, p. 95-107.\r\n\r\nFoucault, Michel. <em>Le Corps utopique, suivi de Les H\u00e9t\u00e9rotopies<\/em>, Paris, Nouvelles \u00c9ditions Lignes, 2009.\r\n\r\nGibeau, Ariane. \u00ab \u201cEt maintenant la terre tremble\u201d : mise en fiction et r\u00e9invention de la col\u00e8re dans la prose narrative des femmes au Qu\u00e9bec \u00bb, th\u00e8se, D\u00e9partement d\u2019\u00e9tudes litt\u00e9raires, Universit\u00e9 du Qu\u00e9bec \u00e0 Montr\u00e9al, 2018, 313 f.\r\n\r\nLamy, Jonathan. \u00ab L'am\u00e9rindianit\u00e9 violente de Jos\u00e9e Yvon\u00bb, dans <em>Litt\u00e9rature francophone contemporaine. Essais sur le dialogue et les fronti\u00e8res<\/em>, par Samira Belyazid (dir.), Lewiston: Mellen Press, 2008. p. 117-127.\r\n\r\nLe Breton, David. <em>Dispara\u00eetre de soi. Une tentation contemporaine<\/em>, Paris, M\u00e9taili\u00e9, coll. \u00ab Travers\u00e9es \u00bb, 2015.\r\n\r\nMailhot, Val\u00e9rie. Mailhot. \u00ab La \u201cdislocation r\u00e9volutionnaire\u201d des corps chez Jos\u00e9e Yvon \u00bb, dans <em>La contre-culture au Qu\u00e9bec<\/em>, par Karim Larose et Fr\u00e9d\u00e9ric Rondeau, Montr\u00e9al, Les Presses de l\u2019Universit\u00e9 de Montr\u00e9al, 2016, 530 p.\r\n\r\nMavrikakis, Catherine. \u00ab Inhabiter le monde en po\u00e8te \u00bb, <em>Libert\u00e9<\/em>, n\u00b0 303, 2014, p. 76-77.\r\n\r\nPotvin, Claudine. \u00ab L'hyper-r\u00e9alisme de Jos\u00e9e Yvon: la sc\u00e8ne pornographique \u00bb, dans <em>Trajectoires au f\u00e9minin dans la litt\u00e9rature qu\u00e9b\u00e9co\u00eese (1960-1990)<\/em>, par Lucie Joubert (dir.), Qu\u00e9bec, Nota bene, 2000, p. 197-212.\r\n\r\n\r\nYvon, Jos\u00e9e. <em>Travesties-Kamikaze<\/em>, Montr\u00e9al, Les herbes rouges, 2019 [1980], 140 p.","hyperliens":null,"order":11},"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v28.3 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>\u00c9vasion 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