{"id":14653,"date":"2020-11-18T15:02:00","date_gmt":"2020-11-18T15:02:00","guid":{"rendered":"https:\/\/revues.uqam.ca\/feminetudes\/?post_type=articles&#038;p=14653"},"modified":"2024-11-10T00:34:55","modified_gmt":"2024-11-10T00:34:55","slug":"genres-et-ville-on-change-la-cassette","status":"publish","type":"articles","link":"https:\/\/revues.uqam.ca\/feminetudes\/articles\/genres-et-ville-on-change-la-cassette\/","title":{"rendered":"Genre(s) et ville : on change la cassette!"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>La ville n\u00e9olib\u00e9rale est un lieu de contr\u00f4le et de production, l\u2019outil d\u2019un syst\u00e8me capitaliste qui s\u2019autor\u00e9gule. Sa grande r\u00e9ussite r\u00e9side dans le fait que le contr\u00f4le qu\u2019elle op\u00e8re est invisible.<\/p><\/blockquote><\/figure>\n\n\n<p><span style=\"font-weight: 400\">La ville n\u00e9olib\u00e9rale est un lieu de contr\u00f4le et de production, l\u2019outil d\u2019un syst\u00e8me capitaliste qui s\u2019autor\u00e9gule. Sa grande r\u00e9ussite r\u00e9side dans le fait que le contr\u00f4le qu\u2019elle op\u00e8re est invisible. Un peu \u00e0 l\u2019image du panoptique, dispositif de surveillance qui permet de voir la personne ou l&rsquo;objet surveill\u00e9 en tout temps en d\u00e9ployant le minimum d&rsquo;effort et d&rsquo;effectif, la ville exerce une surveillance de sa population. C\u2019est un panoptique moderne, bien diff\u00e9rent de celui th\u00e9oris\u00e9 par le philosophe Jeremy Bentham \u00e0 la fin du XVIII<\/span><span style=\"font-weight: 400\">e<\/span><span style=\"font-weight: 400\"> si\u00e8cle et dont les prisons sont le meilleur exemple. Si la surveillance et le contr\u00f4le s\u2019effectuaient auparavant en isolant les individus et en centralisant le pouvoir, ce dernier est maintenant davantage diffus, comme l\u2019explique Byung-Chul Han dans <\/span><i><span style=\"font-weight: 400\">La soci\u00e9t\u00e9 de transparence<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400\"> (2012\/2017). La ville s\u2019assimile alors \u00e0 un panoptique \u00ab\u00a0aperspectiviste dans la mesure o\u00f9 il n\u2019est plus surveill\u00e9 par le centre unique, lieu de toute puissance du regard despotique\u00a0\u00bb (Han, 2012\/2017, p.\u00a084).\u00a0<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400\">Aujourd&rsquo;hui, il n\u2019est plus question d\u2019isolement et de s\u00e9paration des individus, mais bien d\u2019hypercommunication. C\u2019est cette hypercommunication qui permet de recr\u00e9er le contr\u00f4le panoptique. Les gens se parlent et \u00e9changent plus que jamais. \u00c0 travers ces interactions sont v\u00e9hicul\u00e9es certaines normes, lesquelles agissent pour garder les individus sur le droit chemin et leur montrer ce qui est socialement acceptable et ce qui ne l\u2019est pas. La masse va renforcer l\u2019id\u00e9ologie dominante et mettre naturellement de c\u00f4t\u00e9 les id\u00e9es diff\u00e9rentes. Il n\u2019y a pas d\u2019existence en dehors de cette id\u00e9ologie dominante et elle seule peut mener \u00e0 la r\u00e9ussite sociale. Selon Han, le panoptique moderne fonctionne gr\u00e2ce au fait que \u00ab ses habitants collaborent eux-m\u00eames activement \u00e0 son entretien en se donnant en spectacle et en se d\u00e9voilant\u00a0\u00bb (Han, 2012\/2017, p.\u00a085). Le spectacle, entendu ici comme celui th\u00e9oris\u00e9 en 1967 par Guy Debord dans son livre <\/span><i><span style=\"font-weight: 400\">La soci\u00e9t\u00e9 du spectacle<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400\">, produit un certain sentiment de libert\u00e9 et une illusion de choix. Rares sont les gens qui vont contester cette forme de contr\u00f4le qui fait miroiter une r\u00e9alit\u00e9 alt\u00e9r\u00e9e et construite, puisque tout le monde participe d\u2019une certaine fa\u00e7on \u00e0 son entretien, de peur d\u2019\u00eatre mis \u00e0 l\u2019\u00e9cart.\u00a0<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400\">La th\u00e9oricienne f\u00e9ministe Iris Marion Young fait remarquer que la notion de communaut\u00e9 entra\u00eene une n\u00e9gation et une r\u00e9pression des diff\u00e9rences sociales qui sont subsum\u00e9es \u00e0 une id\u00e9e d\u2019unit\u00e9 selon laquelle tous.tes les participants.es partageraient des exp\u00e9riences et des valeurs communes (Casselot, 2017, p. 96). Cette repr\u00e9sentation, cette image unifi\u00e9e et monolithique \u00e0 laquelle tout le monde est soumis et qui est le produit de la communaut\u00e9 de surveillance, ne repr\u00e9sente que la voix de ceux et celles qui ont pu s\u2019exprimer. Or, cette voix est souvent refus\u00e9e aux femmes. Les oubli\u00e9es doivent tout de m\u00eame se conformer. D\u2019abord parce que tout le monde veut pouvoir participer au spectacle et se sentir accept\u00e9, mais aussi parce que, toujours selon Young, \u00ab [l]orsqu\u2019une norme dominante est \u00e9tablie, un individu ou un groupe qui ne s\u2019y conforme pas provoque des r\u00e9actions d\u2019aversion et de d\u00e9go\u00fbt chez l\u2019individu ou le groupe dominant \u00bb (Casselot, 2017, p. 91). Le ph\u00e9nom\u00e8ne se reproduit chaque fois qu\u2019il y a \u00ab d\u00e9viance \u00bb, r\u00e9it\u00e9rant la conduite \u00e0 adopter en fonction du discours h\u00e9g\u00e9monique patriarcal. Pour les femmes, c\u2019est donc un peu comme \u00e9couter en boucle une cassette \u00e9gratign\u00e9e, sauf que cette cassette, ce n\u2019est pas nous qui l\u2019avons mise. Nous sommes, en quelque sorte, toujours des passag\u00e8res \u00e0 bord d\u2019un autobus qui nous fait voir la ville. Toujours la m\u00eame musique, toujours le m\u00eame trajet. Mais cette ville est aussi la n\u00f4tre et il serait bien temps de l\u2019investir.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400\">Dans les derni\u00e8res d\u00e9cennies se sont multipli\u00e9es les analyses de la ville comme lieu de tensions et de relations de pouvoir, notamment bas\u00e9es sur le genre. Cela a donn\u00e9 naissance \u00e0 de nouvelles luttes f\u00e9ministes qui ne sont pas pr\u00e8s d\u2019\u00eatre r\u00e9gl\u00e9es. Le pr\u00e9sent article se veut une r\u00e9flexion sur les in\u00e9galit\u00e9s qui habitent l\u2019espace urbain au niveau de l\u2019exp\u00e9rience des usagers.\u00e8res, d\u2019une part, et des pratiques d\u2019urbanisme et d\u2019am\u00e9nagement, de l\u2019autre. La ville offrant aussi un lieu de r\u00e9sistance, il sera question des solutions envisag\u00e9es par les militantismes contemporains, o\u00f9 l&rsquo;acc\u00e8s au logement est un \u00e9l\u00e9ment central pour toute libert\u00e9 positive.<\/span><\/p>\n<h2><b>L\u2019exp\u00e9rience (urbaine) v\u00e9cue<\/b><\/h2>\n<p><span style=\"font-weight: 400\">L\u2019id\u00e9e serait donc de ne plus \u00eatre touriste chez soi, mais d\u2019habiter la ville au sens o\u00f9 l\u2019entend Heidegger, repris par Fran\u00e7oise Choay, historienne de l\u2019architecture et de l\u2019urbanisme : \u00ab\u00a0L\u2019habiter, c\u2019est l\u2019occupation par laquelle l\u2019homme [ou la femme] acc\u00e8de \u00e0 l\u2019\u00eatre, en laissant surgir les choses autour de soi, en s\u2019enracinant\u00a0\u00bb (1979, p.\u00a057). Selon la philosophe Agata Zielinski, cet enracinement peut s&rsquo;effectuer assez facilement dans la sph\u00e8re priv\u00e9e, \u00e0 diff\u00e9rents degr\u00e9s selon les moyens dont on dispose\u00a0: \u00ab\u00a0En tant que lieu des initiatives personnelles (la d\u00e9coration, les horaires, la mani\u00e8re de vivre), le chez soi repr\u00e9sente l\u2019enracinement de la libert\u00e9 personnelle\u00a0\u00bb (2015, p.\u00a058). C\u2019est par l\u2019action cr\u00e9ative que le \u00ab\u00a0chez-soi\u00a0\u00bb devient un lieu qui refl\u00e8te les valeurs de la personne qui y loge. De cette capacit\u00e9 d\u2019action d\u00e9coule un sentiment de s\u00e9curit\u00e9 \u00ab du fait de la protection d\u2019un environnement connu et d\u2019un espace ma\u00eetris\u00e9\u00a0\u00bb (Zielinski, 2015, p.\u00a058). Que serait la ville si les habitants.es avaient, tout comme pour leurs domiciles respectifs, un pouvoir sur sa cr\u00e9ation et un environnement refl\u00e9tant leurs valeurs\u00a0? Ce serait sans doute un sentiment doux, on s\u2019y sentirait en s\u00e9curit\u00e9 et peut-\u00eatre\u00a0qu\u2019on pourrait s\u2019enraciner et s\u2019approprier cet environnement qui nous ressemble. Malheureusement, les femmes ont plus de difficult\u00e9 que les hommes \u00e0 atteindre ce sentiment de \u00ab\u00a0chez-soi\u00a0\u00bb en ville parce qu\u2019elles ne participent pas suffisamment \u00e0 sa cr\u00e9ation. L\u2019image que renvoient actuellement nos villes occulte la pr\u00e9sence des femmes. Dans un contexte sociopolitique de plus en plus revendicateur pour le droit et la place des femmes dans la soci\u00e9t\u00e9, le g\u00e9ographe Yves Raibaud, auteur de <\/span><i><span style=\"font-weight: 400\">La ville faite par et pour les hommes<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400\">, positionne la ville comme une \u00ab\u00a0nouvelle fronti\u00e8re du f\u00e9minisme\u00a0\u00bb (2015, p.\u00a07).<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400\">La notion de s\u00e9curit\u00e9 est au c\u0153ur d\u2019une utilisation plus \u00e9galitaire des villes par chacun et chacune, puisqu\u2019elle touche l\u2019int\u00e9grit\u00e9 physique autant que psychologique et met en p\u00e9ril l\u2019un des droits les plus fondamentaux, celui de la libert\u00e9. Selon l\u2019anthropologue Huguette Dagenais, l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 se construit \u00e0 partir de l\u2019invisibilisation et de la non-reconnaissance des femmes\u00a0: \u00ab\u00a0Dans les villes comme ailleurs, \u201cle pouvoir d\u2019exclusion est le langage de la domination\u201d et comme il s\u2019exprime par la violence et la peur, il fa\u00e7onne v\u00e9ritablement les comportements\u00a0\u00bb (1980, p.\u00a024). La violence telle qu\u2019entendue ici n\u2019est pas n\u00e9cessairement flagrante ou physique. <\/span><span style=\"font-weight: 400\">Le quotidien d\u2019une femme, comme celui d\u2019une personne racis\u00e9e ou issue d\u2019un groupe minoritaire, peut regorger de micro-agressions telles que des plaisanteries, des insultes, des sifflements, des regards insistants et d\u2019autres formes d\u2019intimidation psychologique (Dagenais, 1980, p.\u00a024). Plus subtiles, ces formes de contr\u00f4le demeurent tr\u00e8s efficaces pour priver les personnes vis\u00e9es du droit fondamental qu\u2019est la s\u00e9curit\u00e9<\/span><span style=\"font-weight: 400\">. Iels y renonceront d\u2019eux-m\u00eames en s\u2019emp\u00eachant de fr\u00e9quenter certains lieux publics, puisque les m\u00e9canismes d\u2019exclusion incombent aux victimes la responsabilit\u00e9 de faire un choix entre la s\u00e9curit\u00e9 et la libert\u00e9. S\u2019iels choisissent cette derni\u00e8re, iels s\u2019exposeront aux dangers potentiels de la sph\u00e8re publique et seront d\u00e8s lors les seuls.es responsables de ce qui leur arrivera, puisqu\u2019iels avaient le choix.\u00a0<\/span><\/p>\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Les femmes peuvent avoir plus de difficult\u00e9 \u00e0 se sentir en s\u00e9curit\u00e9 dans la rue, puisque cet espace est totalement appropri\u00e9 par les hommes.<\/p><\/blockquote><\/figure>\n\n\n<p><span style=\"font-weight: 400\">Les femmes peuvent avoir plus de difficult\u00e9 \u00e0 se sentir en s\u00e9curit\u00e9 dans la rue, puisque cet espace est totalement appropri\u00e9 par les hommes. Cette appropriation est due au fait que les hommes apprennent tr\u00e8s jeunes la ma\u00eetrise de l\u2019espace tandis que les femmes, elles, apprennent le repli sur leur propre espace. En effet, la sociologue Colette Guillaumin note que \u00ab\u00a0[d]ans cet espace public qui n\u2019est pas le leur, la fabrication du corps des femmes repose sur l\u2019\u00e9vitement et non pas sur la confrontation\u00a0\u00bb (1992, p.\u00a0139). Le corps des hommes tend vers l\u2019ext\u00e9rieur, il tend \u00e0 prendre de la place et \u00e0 faire du bruit ; celui des femmes tend vers l\u2019int\u00e9rieur et \u00e0 \u00eatre discret. Contrairement aux hommes, les aptitudes des femmes et leurs exp\u00e9riences du corps \u00e0 corps se font g\u00e9n\u00e9ralement dans l\u2019espace priv\u00e9 par l\u2019aide et le soutien qu\u2019elles apportent aux autres. La proximit\u00e9 physique qu\u2019elles assimileront sera celle d\u2019aidante. Les gar\u00e7ons, quant \u00e0 eux, apprendront \u00e0 lutter et \u00e0 confronter les autres, les menant \u00e0 une appropriation de l\u2019espace davantage affirm\u00e9e que celle des filles. Le <\/span><i><span style=\"font-weight: 400\">manspreading<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400\"> et le <\/span><i><span style=\"font-weight: 400\">manslamming<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400\"> en sont des exemples parfaits. De plus, Raibaud renvoie \u00e0 une analyse sur le harc\u00e8lement de rue men\u00e9e par des chercheuses nord-am\u00e9ricaines, lesquelles \u00ab\u00a0d\u00e9noncent une ghetto\u00efsation des femmes, leur assignation \u00e0 une place identifi\u00e9e, un terrorisme sexuel qui participe \u00e0 l\u2019objectivation du corps des femmes dans la vie publique et donc \u00e0 leur inf\u00e9riorisation\u00a0\u00bb (Raibaud, 2015, p.\u00a029). <\/span><span style=\"font-weight: 400\">L\u2019usage de la ville diff\u00e8re en fonction du sexe, et une bonne partie de cette diff\u00e9rence se constate la nuit. La plupart des femmes, et ce, \u00e0 tout \u00e2ge, adoptent des strat\u00e9gies de pr\u00e9vention pour pouvoir profiter de la vie urbaine. Selon une \u00e9tude men\u00e9e par Arnaud Alessandrin et Johanna Dagorn, les femmes interrog\u00e9es affirment qu\u2019elles utilisent la ville malgr\u00e9 certaines appr\u00e9hensions et parfois seulement \u00e0 la condition d\u2019employer des strat\u00e9gies qui les \u00ab\u00a0autorisent\u00a0\u00bb \u00e0 se d\u00e9placer\u00a0: avoir ses \u00e9couteurs sur les oreilles, faire attention \u00e0 ses v\u00eatements, sortir en groupe, \u00e9viter certains quartiers (2018, p.\u00a010). En outre, 40,2\u00a0% des 5210 r\u00e9pondantes consid\u00e8rent \u00ab\u00a0plut\u00f4t mauvaise\u00a0\u00bb l\u2019ambiance urbaine lors de leurs d\u00e9placements. Les auteurs.es de l\u2019\u00e9tude ajoutent que les participantes \u00ab\u00a0\u00e9vitent de \u201cstationner\u201d seules, s\u2019obligent \u00e0 \u00eatre toujours en mouvement afin de sembler moins accessibles\u00a0\u00bb (p.\u00a010). Cette constatation vient totalement \u00e0 l\u2019encontre de la notion \u00abd\u2019habiter\u00bb \u00e9nonc\u00e9e plus haut. Il est impossible de s\u2019enraciner, de s\u2019approprier un lieu si notre relation \u00e0 ce lieu n\u2019est v\u00e9cue qu\u2019en termes de d\u00e9placements furtifs. Pour s\u2019assurer l\u2019appropriation, il faut s\u2019autoriser \u00e0 fl\u00e2ner et se sentir bien en le faisant. Cette appropriation de l\u2019environnement urbain par les hommes pose donc un probl\u00e8me majeur, et les r\u00e9percussions \u00e0 l\u2019endroit des femmes sont non n\u00e9gligeables puisque ces derni\u00e8res sont priv\u00e9es de l\u2019acc\u00e8s au \u00ab\u00a0chez-soi\u00a0\u00bb en ville.<\/span><\/p>\n<h2><b>L\u2019am\u00e9nagement par et pour les hommes<\/b><\/h2>\n<p><span style=\"font-weight: 400\">Ces probl\u00e8mes de nature sociale sont exacerb\u00e9s par le fait que la mat\u00e9rialit\u00e9 de l\u2019espace urbain rel\u00e8ve d\u2019une profession majoritairement masculine. Marie-\u00c8ve Desroches en fait \u00e9tat dans son article \u00ab\u00a0Le logement comme cl\u00e9 pour le droit \u00e0 la ville des femmes\u00a0\u00bb\u00a0:<\/span> <span style=\"font-weight: 400\">\u00ab La marginalisation des femmes par rapport au march\u00e9 du travail les a historiquement exclues de la participation \u00e0 la construction des villes puisque les m\u00e9tiers de b\u00e2tisseurs des villes comme l\u2019ing\u00e9nierie, l\u2019architecture, la construction et l\u2019urbanisme, sont traditionnellement masculins\u00a0\u00bb (2018, p.\u00a06).\u00a0 Certaines femmes ont toutefois r\u00e9ussi \u00e0 se frayer un chemin et \u00e0 se faire reconna\u00eetre dans la sph\u00e8re intellectuelle entourant l\u2019architecture et l\u2019urbanisme. On peut penser, entre autres, \u00e0 Phyllis Lambert, Blanche Lemco Van Ginkel, Denise Scott Brown et Cornelia Hahn Oberlander, dont les carri\u00e8res d\u2019architectes\/urbanistes sont exceptionnelles, bien que moins connues; ces femmes apparaissent toutes d\u2019ailleurs dans le film documentaire <\/span><i><span style=\"font-weight: 400\">R\u00eaveuses de villes<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400\"> (Hillel, 2018) qui vise \u00e0 reconnaitre leur travail et \u00e0 souligner leur contribution dans l\u2019\u00e9laboration de celles-ci. On peut \u00e9galement penser \u00e0 Jane Jacobs et Fran\u00e7oise Choay, toutes deux cit\u00e9es dans ce texte, dont l\u2019apport intellectuel au domaine de l\u2019urbanisme et de l\u2019architecture est consid\u00e9rable, mais ce n\u2019est toutefois pas suffisant. On revient toujours \u00e0 ce fameux constat paradoxal que pour se positionner dans l\u2019action, les femmes doivent atteindre une certaine repr\u00e9sentation. Autrement il en r\u00e9sulte une double marginalisation des femmes dans les villes\u00a0: \u00ab L\u2019une d\u00e9coule de leur sous-repr\u00e9sentation dans les instances d\u00e9cisionnelles \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de proximit\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire l\u00e0 o\u00f9 se prennent les d\u00e9cisions li\u00e9es \u00e0 la gestion et \u00e0 la planification urbaine et l\u2019autre serait li\u00e9e \u00e0 l\u2019absence de la prise en compte de la variable genre chez les sp\u00e9cialistes de la ville et de son environnement \u00bb (Latendresse, 2005, p. 3).<\/span><\/p>\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Il y a donc un probl\u00e8me au niveau de la conception des villes, puisqu\u2019on n\u00e9glige non seulement l\u2019expertise professionnelle des femmes, mais \u00e9galement leur exp\u00e9rience en tant qu\u2019utilisatrices.<\/p><\/blockquote><\/figure>\n\n\n<p><span style=\"font-weight: 400\">Il y a donc un probl\u00e8me au niveau de la conception des villes, puisqu\u2019on n\u00e9glige non seulement l\u2019expertise professionnelle des femmes, mais \u00e9galement leur exp\u00e9rience en tant qu\u2019utilisatrices. Le d\u00e9calage entre ce qui a \u00e9t\u00e9 pens\u00e9 et la r\u00e9alit\u00e9 n\u2019est pas nouveau. C\u2019est Jane Jacobs, philosophe de l\u2019architecture et de l\u2019urbanisme qui disait\u00a0: \u00ab\u00a0Du commencement jusqu&rsquo;\u00e0 la fin, de Howard et Burnham [pionniers de l\u2019am\u00e9nagement urbain au tournant du XX<\/span><span style=\"font-weight: 400\">e<\/span><span style=\"font-weight: 400\"> si\u00e8cle] jusqu\u2019au dernier en date des amendements \u00e0 la loi sur la r\u00e9novation urbaine, rien de ce qui a \u00e9t\u00e9 concoct\u00e9 n\u2019a de rapport avec la fa\u00e7on dont la ville fonctionne dans la r\u00e9alit\u00e9\u00a0\u00bb (2012, p.\u00a038). Sur le plan de la toponymie, par exemple, Raibaud\u00a0remarque que dans toutes les villes de France et du monde, les rues, places, avenues et monuments c\u00e9l\u00e8brent la m\u00e9moire des \u00ab grands hommes \u00bb (2015, p.\u00a09). Pour le m\u00e9tro, c\u2019est la m\u00eame chose. Sur les 302 stations de m\u00e9tro \u00e0 Paris, seulement trois portent le nom d\u2019une femme (Raibaud, 2015, p.\u00a011). \u00c0 Montr\u00e9al, on ne fait pas mieux. Aucune station ne porte le nom ou ne fait r\u00e9f\u00e9rence directement ou exclusivement \u00e0 une femme. La reine Victoria partage sa station avec l\u2019Organisation de l\u2019aviation civile internationale (Square Victoria-OACI) alors que C\u00f4te Ste-Catherine et Villa-Maria renvoient \u00e0\u00a0 des endroits g\u00e9ographiques nomm\u00e9s en l\u2019honneur de figures religieuses. L\u2019exposition <\/span><i><span style=\"font-weight: 400\">Le m\u00e9tro, v\u00e9hicule de notre histoire <\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400\">(Fondation Lionel-Groulx, 2017),<\/span> <span style=\"font-weight: 400\">pr\u00e9sent\u00e9e \u00e0 la station Place-des-Arts et mettant en vedette les personnes honor\u00e9es par la toponymie du r\u00e9seau, nous le rappelait \u00e0 chaque passage. On y exposait le \u00ab\u00a0boys club\u00a0\u00bb des grands hommes, ceux qui ont contribu\u00e9 par leur savoir-faire et leurs talents \u00e0 l\u2019\u00e9laboration de Montr\u00e9al. Ce cercle d\u2019\u00e9lite ne compte aucune femme, comme si la moiti\u00e9 f\u00e9minine de la population n\u2019avait jamais contribu\u00e9 \u00e0 faire de Montr\u00e9al ce qu\u2019elle est aujourd\u2019hui. Alors que des grandes femmes au Qu\u00e9bec, il y en a. <\/span><i><span style=\"font-weight: 400\">L\u2019actualit\u00e9<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400\"> a d\u2019ailleurs dress\u00e9 en 2011 une liste des \u00ab\u00a035 h\u00e9ro\u00efnes m\u00e9connues du Qu\u00e9bec\u00a0\u00bb<\/span> <span style=\"font-weight: 400\">(Lachance, 2011) et cette liste est loin d\u2019\u00eatre compl\u00e8te. Ce n\u2019est donc pas le choix qui manque\u00a0! Et pourtant\u2026\u00a0<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400\">Ces faits, comme bien d\u2019autres, prouvent que la ville cautionne davantage la capacit\u00e9 cr\u00e9atrice et la r\u00e9ussite des hommes. L\u2019omission des noms de femmes dans l\u2019espace urbain renvoie \u00e0 la bataille livr\u00e9e par Hubertine Auclert, il y a plus d\u2019un si\u00e8cle, sur la visibilit\u00e9 des femmes dans la langue et la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aises : \u00ab L\u2019omission du f\u00e9minin dans le dictionnaire contribue, plus qu\u2019on ne croit, \u00e0 l\u2019omission du f\u00e9minin dans le code [civil] \u00bb (1898\/2010, p. 164). De par ses omissions, la ville patriarcale perp\u00e9tue l\u2019assignation des femmes \u00e0 la sph\u00e8re priv\u00e9e et, en contrepartie, encourage les hommes aux domaines publics. \u00c0 l\u2019inverse, Raibaud souligne qu\u2019\u00ab [a]u-del\u00e0 du symbole, en consacrant une place, un square, une avenue \u00e0 des femmes remarquables, nous honorons leur m\u00e9moire et les inscrivons dans notre patrimoine collectif \u00bb (2015, p. 14). Faisons donc de grandes places en leur honneur et rebaptisons certaines rues ! Si des non-lieux comme la station Place-des-Arts peuvent devenir des lieux anthropologiques, c\u2019est-\u00e0-dire o\u00f9 \u00ab on peut lire des inscriptions du lien social et de l\u2019histoire collective \u00bb (Aug\u00e9, 2010, <\/span><span style=\"font-weight: 400\">p. 172) en faveur des hommes, il semble logique que la m\u00eame chose puisse se produire pour les femmes.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400\">Afin d\u2019inverser la tendance, la Ville de Montr\u00e9al op\u00e8re depuis 2016 une banque toponymique intitul\u00e9e <\/span><i><span style=\"font-weight: 400\">Toponym\u2019elles<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400\"> \u00e0 laquelle les citoyens.ennes peuvent participer et qui vise \u00e0 regrouper le nom de plusieurs personnalit\u00e9s f\u00e9minines pour ainsi augmenter la visibilit\u00e9 des femmes dans l\u2019espace urbain. On constate depuis les cinq derni\u00e8res ann\u00e9es une l\u00e9g\u00e8re hausse de la repr\u00e9sentation des femmes, qui repr\u00e9sentent d\u00e9sormais 7,3\u00a0% des noms de rues et d\u2019espaces publics contrairement \u00e0 6\u00a0% en 2015 (Lacroix-Couture, 2020). Le Centre d\u2019\u00e9cologie urbaine de Montr\u00e9al propose aussi depuis 2009 <\/span><i><span style=\"font-weight: 400\">Les promenades de Jane, <\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400\">initiative apparue en 2007 \u00e0 Toronto \u00e0 la suite du d\u00e9c\u00e8s de Jane Jacobs en 2006 et maintenant repris dans plus de 200 villes \u00e0 travers le monde. Ces promenades visent \u00e0 mettre l\u2019accent sur la participation citoyenne et proposent de voir la ville autrement par des marches exploratoires et \u00e9ducatives. S\u2019inscrivant dans cette logique de r\u00e9appropriation, les marches sont propos\u00e9es et effectu\u00e9es par les citoyens.ennes permettant donc l\u2019acc\u00e8s aux femmes dans l\u2019implication, l\u2019interpr\u00e9tation et le partage de savoirs urbains.\u00a0<\/span><\/p>\n<h2><b>Place \u00e0 l\u2019action citoyenne\u00a0<\/b><\/h2>\n<p><span style=\"font-weight: 400\">Dans de telles circonstances, il appara\u00eet normal que les femmes revendiquent plus de mesures de s\u00e9curit\u00e9 telles que l\u2019acc\u00e8s \u00e0 des taxis non-mixtes\u00a0; une augmentation de la surveillance des stations de tramway, m\u00e9tro et bus\u00a0; un meilleur \u00e9clairage des rues\u00a0; et une pr\u00e9sence humaine s\u00e9curisante dans les espaces publics. Leurs demandes s\u2019inscrivent dans un processus d\u2019action citoyenne visant \u00e0 briser l\u2019\u00e9tat d\u2019inertie auquel elles font face\u00a0: il s\u2019agit d\u2019un \u00ab\u00a0moment n\u00e9cessaire\u00a0\u00bb \u00e0 l\u2019\u00e9panouissement personnel, puisqu\u2019\u00ab\u00a0[e]n s\u2019engageant dans la vie publique, l\u2019individu renoue le fil de ses exp\u00e9riences et se reconstruit lui-m\u00eame\u00a0\u00bb, comme l\u2019explique Jo\u00eblle Zask (2016, p. 106) \u00e0 partir des th\u00e9ories du psychologue et philosophe pragmatique John Dewey. \u00c0 l\u2019\u00e8re de l\u2019urbanisme par projet qui am\u00e8ne les urbanistes \u00e0 effectuer davantage de consultation participative, il sera important qu\u2019iels prennent en compte le point de vue de ces associations de femmes et d\u2019hommes qui luttent contre les in\u00e9galit\u00e9s et revendiquent un droit \u00e0 la \u00ab\u00a0ville heureuse\u00a0\u00bb qui selon Raibaud \u00ab\u00a0doit \u00eatre celle du plaisir, de la jouissance et de la f\u00eate pour toutes et tous, et pas seulement celle des hommes h\u00e9t\u00e9rosexuels \u00e0 la recherche de proies f\u00e9minines\u00a0\u00bb (2015, p.\u00a058).\u00a0<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400\">Ce droit \u00e0 la ville, bien qu\u2019un peu diff\u00e9rent de celui initialement \u00e9nonc\u00e9 dans les travaux d\u2019Henri Lefebvre (1968), concourt \u00e0 un but similaire\u00a0: l\u2019inclusion sociale. Lefebvre, grandement influenc\u00e9 par la pens\u00e9e de Karl Marx, appelle \u00e0 lutter contre le n\u00e9olib\u00e9ralisme, la privatisation des espaces urbains et l\u2019usage mercantile de la ville. Charlotte Mathivet r\u00e9sume la position du philosophe en ces termes : \u00ab\u00a0La ville a \u00e9t\u00e9 prise par les int\u00e9r\u00eats du capital et a cess\u00e9 d\u2019appartenir aux gens, ce pour quoi Lefebvre lutte, \u00e0 travers le droit \u00e0 la ville, pour \u201csauver l\u2019\u00eatre humain comme \u00e9l\u00e9ment principal, protagoniste de la ville qu\u2019il a lui-m\u00eame construite\u201d\u00a0\u00bb (2010, p.\u00a026). La ville n\u00e9olib\u00e9rale a donc perdu sa valeur d\u2019usage au profit d\u2019une valeur d\u2019\u00e9change. David Harvey, g\u00e9ographe et \u00e9conomiste, reprend dans son ouvrage sur le droit \u00e0 la ville les \u00e9crits de Marx : \u00ab\u00a0entre droits \u00e9gaux, la force d\u00e9cide\u00a0\u00bb (1867, cit\u00e9 dans Harvey, 2011, p.\u00a042). Cette constatation est toujours actuelle et les femmes vivent encore les r\u00e9percussions de cette soci\u00e9t\u00e9 qui aspire th\u00e9oriquement \u00e0 l\u2019\u00e9galit\u00e9.\u00a0 En lien avec l\u2019appropriation de la ville, les femmes ont fait beaucoup de chemin, mais les in\u00e9galit\u00e9s de genre persistent\u00a0encore: \u00ab [l]\u2019impartialit\u00e9, souvent pr\u00f4n\u00e9e dans les politiques d\u2019am\u00e9nagement, dissimule un imp\u00e9rialisme culturel patriarcal puisqu\u2019elle sous-tend une construction soi-disant neutre de l\u2019espace qui nie les besoins et r\u00e9alit\u00e9s propres aux femmes, notamment en raison de leur r\u00f4le social li\u00e9 au <\/span><i><span style=\"font-weight: 400\">care<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400\">, ou encore reproduit des formes et dynamiques urbaines discriminantes\u00a0\u00bb (Desroches, 2018, p.\u00a05).\u00a0<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400\">Le logement appara\u00eet alors comme un \u00e9l\u00e9ment central pour vaincre le patriarcat et le capitalisme sauvage et ainsi permettre aux femmes de s\u2019impliquer davantage dans la vie urbaine, ou du moins dans la communaut\u00e9\u00a0: \u00ab Le logement constitue une dimension cruciale de la vie urbaine des femmes : s\u2019y mat\u00e9rialise une large partie de la sph\u00e8re priv\u00e9e o\u00f9 prennent place diff\u00e9rentes oppressions qui p\u00e8sent sur leur appropriation et leur participation \u00e0 la ville\u00a0\u00bb (Desroches, 2018, p.\u00a02). Toujours selon Desroches, cette implication est une capacit\u00e9 d\u2019action qui vient rompre l\u2019inertie et l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 dans laquelle les femmes peuvent souvent se retrouver, puisque le logement \u00ab\u00a0leur procure la force n\u00e9cessaire pour se mobiliser\u00a0\u00bb (2018, p.\u00a013). Il y aurait donc dans l\u2019autonomie une force cr\u00e9atrice qui permet l\u2019appropriation. L\u2019auteure Agata Zielinski pr\u00e9sente dans l\u2019un de ses ouvrages une diff\u00e9rence int\u00e9ressante entre la libert\u00e9 n\u00e9gative qui se d\u00e9finit comme une absence d\u2019entraves et la libert\u00e9 positive qui est la capacit\u00e9 d\u2019inventer, d\u2019agir en tenant compte de la situation (2015, p.\u00a064). Il faudrait davantage de cette libert\u00e9 positive pour les femmes et ce autant dans la sph\u00e8re priv\u00e9e que dans la sph\u00e8re publique. Le domicile et la ville doivent \u00eatre des endroits s\u00e9curitaires qui participent \u00e0 l\u2019<\/span><i><span style=\"font-weight: 400\">empowerment<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400\"> de celles-ci. Cette libert\u00e9 positive peut \u00eatre atteinte, entre autres, gr\u00e2ce \u00e0 des politiques d\u2019habitation et d\u2019am\u00e9nagement qui prendraient mieux en compte les r\u00e9alit\u00e9s diff\u00e9rentes des femmes et les obstacles auxquels elles doivent souvent faire face. L\u2019urbanisme participatif, qui place la participation citoyenne au c\u0153ur de son intervention, pourrait \u00eatre une piste de solution, \u00e0 condition bien s\u00fbr que des mesures soient prises pour aplanir les in\u00e9galit\u00e9s de genre au sein de son syst\u00e8me de participation\u00a0: offrir un temps de parole exclusivement f\u00e9minin, voire des rencontres exclusivement f\u00e9minines, ou encore changer les modes de participation pour \u00e9viter aux femmes d\u2019avoir \u00e0 prendre la parole devant une foule.<\/span><\/p>\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>[&#8230;] en ce qui concerne la ville et les femmes, il appara\u00eet \u00e9vident que les diff\u00e9rents m\u00e9canismes d\u2019exclusion et d\u2019oppression travaillent de concert, que le manque de s\u00e9curit\u00e9 est aliment\u00e9 par l\u2019invisibilit\u00e9, et vice versa.<\/p><\/blockquote><\/figure>\n\n\n<p><span style=\"font-weight: 400\">\u00c0\u00a0la lumi\u00e8re des \u00e9l\u00e9ments apport\u00e9s en ce qui concerne la ville et les femmes, il appara\u00eet \u00e9vident que les diff\u00e9rents m\u00e9canismes d\u2019exclusion et d\u2019oppression travaillent de concert, que le manque de s\u00e9curit\u00e9 est aliment\u00e9 par l\u2019invisibilit\u00e9, et vice versa. L\u2019\u00e9ducation et la socialisation des femmes ont \u00e9galement particip\u00e9 \u00e0 les confiner dans la sph\u00e8re priv\u00e9e, faisant de la ville le terrain de jeu des hommes. Le pr\u00e9sent texte se voulait donc une proposition pour permettre une r\u00e9flexion et une compr\u00e9hension plus que n\u00e9cessaires des diff\u00e9rentes tensions sociales qui concourent \u00e0 fragiliser l\u2019exercice des droits des citoyens.nes. Le droit \u00e0 la ville, droit fondamental dont l\u2019application d\u00e9mocratique et \u00e9galitaire est mise en p\u00e9ril par l\u2019entremise de m\u00e9canismes d\u2019exclusion et de contr\u00f4le, doit \u00eatre r\u00e9habilit\u00e9 \u00e0 l\u2019ensemble de la population. Le texte a \u00e9galement voulu mettre en lumi\u00e8re le potentiel de la ville en tant qu\u2019outil permettant la r\u00e9appropriation de l\u2019espace ainsi qu\u2019une r\u00e9flexion \u00e9thique sur les pratiques professionnelles et les responsabilit\u00e9s li\u00e9es au domaine de l\u2019urbanisme. Les citoyens.nes devraient se rassembler sous l\u2019action d\u2019une force sociale pour revendiquer un acc\u00e8s \u00e9quitable \u00e0 l\u2019environnement urbain, puisque \u00ab l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 entre les citoyens ne se d\u00e9cr\u00e8te pas, mais se construit et se cultive au quotidien, dans toutes nos actions\u00a0\u00bb (Raibaud, 2015, p.\u00a014). La ville est un lieu dichotomique ; elle fragmente, s\u00e9pare et distingue. C\u2019est l\u2019ici et l\u2019ailleurs, le public et le priv\u00e9, le dedans et le dehors o\u00f9 s\u2019exercent des luttes non seulement de classes et de genres, mais aussi de lieux. \u00c0 l\u2019heure d\u2019une urbanisation effr\u00e9n\u00e9e, les probl\u00e8mes et les in\u00e9galit\u00e9s reli\u00e9s \u00e0 la ville ne vont que s\u2019accentuer et tout indique que les femmes seront toujours parmi les premi\u00e8res l\u00e9s\u00e9es. L\u2019importance de la ville et de son am\u00e9nagement ne doit pas \u00eatre sous-estim\u00e9e\u00a0: Choay rappelle que \u00ab\u00a0[s]elon les syst\u00e8mes de formes adopt\u00e9s, le milieu construit peut agir sur le psychisme humain avec une puissance d\u2019agression ou, au contraire, d\u2019int\u00e9gration qu\u2019on n\u2019a pas assez mesur\u00e9e\u00a0\u00bb (1979, p.\u00a069). Si elle agit en ce moment pour les femmes et les groupes minoritaires de fa\u00e7on \u00e0 limiter leurs possibilit\u00e9s d&rsquo;acc\u00e8s et leur visibilit\u00e9, la ville est \u00e9galement le lieu de tous les possibles. Le professeur de sociologie Patrick Baudry fait ainsi valoir que : \u00ab\u00a0[l]a ville produit sans doute une corpor\u00e9it\u00e9 typique, des usages du corps qui correspondent, sur un mode communicationnel surtout non-verbal, \u00e0 la pratique des espaces publics. Mais c\u2019est aussi le corps, dans sa singularit\u00e9 m\u00eame, qui fa\u00e7onne l\u2019urbain\u00a0\u00bb (2012, p.\u00a028). Il est temps de mettre la ville au c\u0153ur des luttes f\u00e9ministes, de la r\u00e9investir et ainsi changer la musique.<\/span><\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La ville n\u00e9olib\u00e9rale est un lieu de contr\u00f4le et de production, l\u2019outil d\u2019un syst\u00e8me capitaliste qui s\u2019autor\u00e9gule. Sa grande r\u00e9ussite r\u00e9side dans le fait que le contr\u00f4le qu\u2019elle op\u00e8re est invisible. La ville n\u00e9olib\u00e9rale est un lieu de contr\u00f4le et de production, l\u2019outil d\u2019un syst\u00e8me capitaliste qui s\u2019autor\u00e9gule. Sa grande r\u00e9ussite r\u00e9side dans le fait [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"advgb_blocks_editor_width":"","advgb_blocks_columns_visual_guide":""},"tags":[162,161,113,159,160],"numeros":[67],"ppma_author":[82],"class_list":["post-14653","articles","type-articles","status-publish","hentry","tag-article-theorique","tag-geographie","tag-reappropriation","tag-urbanisme","tag-villes-et-femmes","numeros-vol-23-no-1-futurs-et-projections"],"acf":{"sections":{"section":"Espaces, corps et genres"},"bibliographie":"<span style=\"font-weight: 400\">Alessandrin, Arnaud et Dagorn, Johanna. (2018). \u00ab Sexisme(s) urbain(s): Jeunes filles et adolescentes \u00e0 l\u2019\u00e9preuve de la ville \u00bb. <\/span><i><span style=\"font-weight: 400\">Enfances Familles G\u00e9n\u00e9rations<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400\">, 30, p. 1-19.<\/span>\r\n\r\n<span style=\"font-weight: 400\">Auclert, Hubertine. (2010). \u00ab La citoyenne \u00bb. Dans Nicole Pellegrin (dir.), <\/span><i><span style=\"font-weight: 400\">Les grandes voix du f\u00e9minisme<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400\">. Paris\u00a0: Flammarion, p. 159-165.<\/span>\r\n\r\n<span style=\"font-weight: 400\">Aug\u00e9, Marc. (2010). \u00abRetour sur les \u201cnon-lieux\u201d \u00bb. <\/span><i><span style=\"font-weight: 400\">Le Seuil<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400\">, 2 (87), p. 171-178.<\/span>\r\n\r\n<span style=\"font-weight: 400\">Baudry, Patrick. (2012). <\/span><i><span style=\"font-weight: 400\">La ville, une impression sociale. <\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400\">Belval\u00a0: \u00c9ditions Circ\u00e9.\u00a0<\/span>\r\n\r\n<span style=\"font-weight: 400\">Han, Byung-Chul. (2012\/2017). <\/span><i><span style=\"font-weight: 400\">La soci\u00e9t\u00e9 de transparence<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400\">. (Olivier Mannoni, trad.). Paris: Puf.<\/span>\r\n\r\n<span style=\"font-weight: 400\">Choay, Fran\u00e7oise. (1979). <\/span><i><span style=\"font-weight: 400\">L\u2019Urbanisme\u00a0: utopies et r\u00e9alit\u00e9s<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400\">. Paris\u00a0: \u00c9ditions du Seuil.<\/span>\r\n\r\n<span style=\"font-weight: 400\">Dagenais, Huguette. (1980). \u00ab Les femmes dans la ville et dans la sociologie urbaine. Les multiples facettes d\u2019une m\u00eame oppression \u00bb. <\/span><i><span style=\"font-weight: 400\">Anthropologie et Soci\u00e9t\u00e9s, <\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400\">4(1), p. 21-36.<\/span>\r\n\r\n<span style=\"font-weight: 400\">Debord, Guy. (1971). <\/span><i><span style=\"font-weight: 400\">La soci\u00e9t\u00e9 du spectacle<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400\">. Paris\u00a0: Champ Libre.<\/span>\r\n\r\n<span style=\"font-weight: 400\">Desroches, Marie-\u00c8ve. (2018). \u00ab Le logement comme cl\u00e9 pour le droit \u00e0 la ville des femmes \u00bb. <\/span><i><span style=\"font-weight: 400\">M\u00e9tropoles<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400\">. R\u00e9cup\u00e9r\u00e9 de <\/span><a href=\"http:\/\/journals.openedition.org\/metropoles\/5577\"><span style=\"font-weight: 400\">http:\/\/journals.openedition.org\/metropoles\/5577<\/span><\/a>\r\n\r\n<span style=\"font-weight: 400\">Fondation Lionel-Groulx. (2017). \u00ab Le m\u00e9tro, v\u00e9hicule de notre histoire- exposition. La fondation Lionel-Groulx \u00bb. R\u00e9cup\u00e9r\u00e9 de www.fondationlionelgroulx.org\/Le-metro-vehicule-de-notre,792.html<\/span>\r\n\r\n<span style=\"font-weight: 400\">Guillaumin, Colette. (1992). \u00ab Le corps construit\u00a0\u00bb. Dans Colette Guillaumin, <\/span><i><span style=\"font-weight: 400\">Sexe, race et pratique du pouvoir\u00a0: l\u2019id\u00e9e de nature<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400\">. Paris\u00a0: C\u00f4t\u00e9 Femmes, p. 117-142.<\/span>\r\n\r\n<span style=\"font-weight: 400\">Jacobs, Jane. (2012). <\/span><i><span style=\"font-weight: 400\">D\u00e9clin et survie des grandes villes am\u00e9ricaines<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400\">. Marseille\u00a0: Parenth\u00e8ses.<\/span>\r\n\r\n<span style=\"font-weight: 400\">Lachance, Micheline. (2011). \u00ab 35 h\u00e9ro\u00efnes m\u00e9connues du Qu\u00e9bec \u00bb. <\/span><i><span style=\"font-weight: 400\">L\u2019actualit\u00e9<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400\">. R\u00e9cup\u00e9r\u00e9 de <\/span><a href=\"https:\/\/lactualite.com\/societe\/35-heroines-meconnues-du-quebec\/\"><span style=\"font-weight: 400\">https:\/\/lactualite.com\/societe\/35-heroines-meconnues-du-quebec\/<\/span><\/a>\r\n\r\n<span style=\"font-weight: 400\">Lacroix-Couture, Fr\u00e9d\u00e9ric. (2020). \u00ab Un peu plus de femmes dans la toponymie montr\u00e9alaise \u00bb. <\/span><i><span style=\"font-weight: 400\">Journal M\u00e9tro<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400\">. R\u00e9cup\u00e9r\u00e9 de https:\/\/journalmetro.com\/local\/saint-laurent\/2425327\/un-peu-plus-de-femmes-dans-la-toponymie-montrealaise\/<\/span>\r\n\r\n<span style=\"font-weight: 400\">Latendresse, Anne. (2005). <\/span><i><span style=\"font-weight: 400\">La ville\u00a0: un espace investi par les femmes et les groupes de femmes?<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400\">. Communication pr\u00e9sent\u00e9e au 4<\/span><span style=\"font-weight: 400\">e<\/span><span style=\"font-weight: 400\"> Congr\u00e8s de Recherches f\u00e9ministes dans la francophonie plurielle, Ottawa. R\u00e9cup\u00e9r\u00e9 de <\/span><a href=\"https:\/\/www.researchgate.net\/profile\/Anne_Latendresse\/publication\/260020312_La_ville_Un_espace_investi_par_les_femmes_et_les_groupes_de_femmes\/links\/0046352f160ca7e140000000\/La-ville-Un-espace-investi-par-les-femmes-et-les-groupes-de-femmes.pdf\"><span style=\"font-weight: 400\">https:\/\/www.researchgate.net\/profile\/Anne_Latendresse\/publication\/260020312_La_ville_Un_espace_investi_par_les_femmes_et_les_groupes_de_femmes\/links\/0046352f160ca7e140000000\/La-ville-Un-espace-investi-par-les-femmes-et-les-groupes-de-femmes.pdf<\/span><\/a>\r\n\r\n<span style=\"font-weight: 400\">Lefebvre, Henri. (1968). <\/span><i><span style=\"font-weight: 400\">Le droit \u00e0 la ville<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400\">. Paris\u00a0: Anthropos.<\/span>\r\n\r\n<span style=\"font-weight: 400\">L\u00f6wy, Ilana. (2006). \u00ab La politique d\u2019in\u00e9galit\u00e9 des r\u00f4les esth\u00e9tiques \u00bb. Dans Ilana L\u00f6wy, <\/span><i><span style=\"font-weight: 400\">L\u2019emprise du genre. Masculinit\u00e9, f\u00e9minit\u00e9, in\u00e9galit\u00e9<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400\">. Paris\u00a0: La Dispute.<\/span>\r\n\r\n<span style=\"font-weight: 400\">Mathivet, Charlotte. (2010). \u00ab Le droit \u00e0 la ville: quelques cl\u00e9s pour comprendre la proposition de cr\u00e9er \u201cun autre monde possible\u201d \u00bb. Dans Ana Sugranyes et Charlotte Mathivet (dir.), <\/span><i><span style=\"font-weight: 400\">Villes pour toutes et tous. Pour le droit \u00e0 la ville, propositions et exp\u00e9riences. <\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400\">Santiago\u00a0: Habitat International Coalition (HIC).<\/span>\r\n\r\n<span style=\"font-weight: 400\">Morin, Violaine et Agathe Touny-Puifferrat. (2017). \u00ab Les nouveaux mots du <\/span><span style=\"font-weight: 400\">\r\n<\/span><span style=\"font-weight: 400\">f\u00e9minisme \u00bb. <\/span><i><span style=\"font-weight: 400\">Le Monde<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400\">. R\u00e9cup\u00e9r\u00e9 de https:\/\/www.lemonde.fr\/societe\/article\/2017\/03\/07\/les-nouveaux-mots-du-feminisme_5090782_3224.html\u00a0<\/span>\r\n\r\n<span style=\"font-weight: 400\">Navaro, Pascale. (2015). <\/span><i><span style=\"font-weight: 400\">Femmes et pouvoir : les\u00a0 changements\u00a0 n\u00e9cessaires<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400\">.\u00a0 Ottawa\u00a0: \u00c9ditions Lem\u00e9ac.<\/span>\r\n\r\n<span style=\"font-weight: 400\">Raibaud, Yves. (2015) <\/span><i><span style=\"font-weight: 400\">La ville faite par et pour les hommes<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400\">. Paris\u00a0: \u00c9ditions Belin.<\/span>\r\n\r\n<span style=\"font-weight: 400\">Hillel, Joseph. (2018). R\u00eaveuses de villes.\u00a0 <\/span><i><span style=\"font-weight: 400\">ONF<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400\">. [documentaire]. R\u00e9cup\u00e9r\u00e9 de <\/span><a href=\"https:\/\/www.onf.ca\/film\/reveuses_de_villes\/\"><span style=\"font-weight: 400\">https:\/\/www.onf.ca\/film\/reveuses_de_villes\/<\/span><\/a>\r\n\r\n<span style=\"font-weight: 400\">Zask, Jo\u00eblle. (2015). \u00ab L\u2019organisation d\u00e9mocratique du public \u00bb. Dans Jo\u00eblle Zask, <\/span><i><span style=\"font-weight: 400\">Introduction \u00e0 John Dewey<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400\">. Paris\u00a0: La d\u00e9couverte.<\/span><span style=\"font-weight: 400\">Zielinski, Agata. (2015). \u00ab \u00catre chez soi, \u00eatre soi. Domicile et identit\u00e9 \u00bb. <\/span><i><span style=\"font-weight: 400\">\u00c9tudes <\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400\">(6), p. 55-65.<\/span>","hyperliens":null,"order":12},"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v22.1 - https:\/\/yoast.com\/wordpress\/plugins\/seo\/ -->\n<title>Genre(s) et ville : on change la cassette! | Revue F\u00e9min\u00c9tudes<\/title>\n<meta name=\"description\" content=\"La ville n\u00e9olib\u00e9rale est un lieu de contr\u00f4le et de production, l\u2019outil d\u2019un syst\u00e8me capitaliste qui s\u2019autor\u00e9gule. 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