Appel à contribution

Le « populaire »: construction d’une catégorie
problématique
La catégorie « populaire » retrouve une certaine actualité en sociologie depuis quelques années à travers une série de publications autobiographiques (Bronner 2023, Alter 2022, Louis 2021, Lagrave 2021), et ethnographiques (Masclet et al. 2020, Schijman 2019). Si ces travaux réactualisent l’étude du « populaire », l’usage de la catégorie ne renvoie pas forcément aux mêmes « réalités ».
Selon Maget (1968) et Dumont (1982), la genèse du « populaire » surviendrait en même temps que l’essor des nationalités et de l’État-nation, qui marque du même coup la formation d’un corps de spécialistes, des « lettrés » et, par distinction, des « illettrés ». Outre la question des lettres, et donc de l’éducation, la question du populaire renvoie aussi à la « question sociale » du 19e siècle. En dépit de l’augmentation des capacités productives des sociétés, la paupérisation ne diminue pas dans la même proportion. Nous la retrouvions jadis chez les personnes associées à la figure du « vagabond », de l’indigent et de l’ouvrier. Nous la retrouvons aujourd’hui chez les personnes insérées dans des réseaux de redistribution étatiques et/ou privés. En plus des dimensions politiques, scolaires et économiques, le populaire renvoie aussi à l’essor des productions culturelles « de masse », des cultures populaires, issues de changements technologiques depuis l’apparition de la radio, de la télévision et d’internet. Les technologies se sont transformées, de même que les figures utilisées pour se représenter les catégories sociales composant nos collectivités (ouvrier, consommateur, influenceur, etc.).
En prenant acte de ce fait, comment penser aujourd’hui le « populaire » en évitant les écueils du populisme et du misérabilisme (Grignon et Passeron 1989)? Comment dépasser les représentations de ce qu’est « le populaire » qui reposent sur une ontologie individuelle d’êtres sociaux plus ou moins libres, autonomes et indépendants (Ramognino et Richard-Bossez 2021)? Comment penser le « populaire » dans la complexité et la diversité de ses manifestations sans poser une détermination de dernière instance par des critères économiques, politiques, technologiques, etc.? Comment, en somme, construire un objet d’étude sociologique à partir d’une catégorie polysémique et problématique? S’il est possible d’observer des variations du contenu qui constitue la catégorie du populaire, comment peut-on concevoir ces variations comme des traces significatives d’une transformation plus générale du mode de production des rapports sociaux?
Deux axes sont proposés pour penser la catégorie « populaire »:
1. Axe théorique: Archéologie théorique de la catégorie à partir des travaux de la sociologie et de l’anthropologie, selon différentes traditions nationales. Définitions de la catégorie dans les travaux actuels et/ou dans vos propres projets d’enquête. Pourquoi utiliser ou non la catégorie plutôt que d’autres telles que la marginalité, l’exclusion, etc.
2. Axe empirique: Faire état de vos propres enquêtes empiriques et montrer le plus explicitement possible l’usage qui a été fait de la catégorie en questionnant ses fondements et ses limites. Se questionner plus concrètement sur ce que nous pourrions qualifier de « modes de vie » et de sociabilités populaires. Faire des analyses comparées de ces modes de vie à travers différentes enquêtes sociologiques et anthropologiques. Ces enquêtes peuvent relever de méthodologies quantitative et qualitative.
Calendrier prévu:
● Soumission d’intention d’article (max. une page) le 16 décembre 2024
● Retour aux auteur·es le 17 janvier 2025
● Pour les propositions retenues, l’article complet sera attendu pour le 25 août 2025
● Après évaluations en double aveugle par les pairs, une version finale des articles retenus sera
attendue le 13 octobre 2025
● Publication du numéro prévue en décembre 2025, ou au début de 2026.
Pour envoyer vos propositions, et pour toute communication au sujet de ce numéro, veuillez écrire à explorations.sociologiques@gmail.com
Bibliographie
Alter N., Sans classe ni place. L’improbable histoire d’un garçon venu de nulle part, Paris, PUF, 2022.
Bronner G., Les origines: pourquoi devient-on qui l’on est?, Paris, Autrement, 2023.
Grignon C. et J.-C. Passeron, Le savant et le populaire: misérabilisme et populisme en sociologie et en littérature, Paris, Seuil, 1989.
Lagrave R.-M., Se ressaisir: enquête autobiographique d’une transfuge de classe féministe, Paris, La Découverte, 2021.
Louis É., Changer: méthode, Paris, Seuil, 2021.
Maget, M. « Problèmes d’ethnographie européenne », dans Ethnologie générale, Paris, La Pléiade, 1968.
Masclet et al., Être comme tout le monde. Employées et ouvriers dans la France contemporaine, Raisons d’agir, Paris, 2020.
Pronovost G. et F. Dumont, Cultures populaires et sociétés contemporaines, Québec, PUQ, 1982.
Ramognino N. et A. Richard-Bossez, La connaissance au cœur du social: catégories élémentaires et activités éducatives, Paris, 2021.
Schijman É, À qui appartient le droit ? Ethnographier une économie de pauvreté, Paris, LGDJ-Lextenso, 2019.