
No. 1 (2025): Une proposition de coopération sociologique située dans l’horizon des sciences
Épistémologie pratique
Note des coordonnateurs du premier numéro
Depuis 2020, des personnes étudiantes et des membres du corps professoral de différentes universités québécoises et canadiennes travaillent à la fondation d’une nouvelle revue de sociologie: Explorations sociologiques. L’objectif de la revue est d’offrir un espace de développement et de diffusion de travaux explicitant les opérations au fondement de la production de connaissance sociologique tout autant que celles produisant d’autres formes de connaissances — d’où le terme « d’épistémologie pratique ».
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Une proposition de coopération sociologique située dans l’horizon des sciences (1re partie)
Prise entre science et littérature depuis sa fondation, la sociologie connaît aujourd’hui une prolifération de ses écrits menant au problème déjà anticipé du faible cumul dû à la fragmentation des interprétations du social et aboutissant aux problèmes de transmission d’un tel savoir entre les générations de chercheur.es. À plus ou moins long terme, cette situation risque d’appauvrir le projet d’une sociologie générale qui vise à décrire et à analyser la pluralité des formes de vies sociales constituant les vies humaines. La proposition de collaboration avancée est l’occasion de préciser ce qui nous unit, les modalités de notre coopération en même temps qu’elle explicite notre conception de la sociologie au fondement de la revue, de son architecture en différentes rubriques qui structurent en même temps la plateforme numérique, extension de la revue. Lors de nos premières discussions, nous nous sommes entendus pour tenter de cumuler différents points de vue, sachant que chacun a ses fondements et ses limites, évitant ainsi de les disqualifier a priori, en cohérence avec la démonstration première de la sociologie de la connaissance : toute connaissance est une mise en forme des expériences sociales selon des modalités spécifiques et des règles explicites ou implicites caractérisant les formes sociales de connaissance
PDF (français)6-28
Les formes élémentaires de la connaissance sociologique : Repères sur la constitution d’un schéma intégrateur de la société
Dans cet article, nous chercherons, particulièrement à partir des travaux de Fernand Dumont, de Gilles Houle et de Jean-Michel Berthelot, à exposer le point de vue d’une représentation générale de la société. Plusieurs questions seront abordées en relation avec les assises de notre discipline : quels sont nos critères d’appréhension de la réalité sociale ? Quel est le statut de cette connaissance première par rapport à la réalité empirique et aux modèles construits par les sociologues (ou schèmes d’intelligibilité) ? À notre avis, c’est la légitimité même du discours sociologique et le statut de cette connaissance qui est en jeu en tentant de répondre à ces questions. Notre point de vue reste celui d’une science sociale possible, malgré le pessimisme et le relativisme qui règnent actuellement à cet égard chez les spécialistes en sciences sociales, particulièrement en sociologie. Notre exposé débutera en posant une question qui, même si elle peut sembler de nos jours « taboue », constitue le premier pas obligé de la construction de toute démarche dans notre discipline et qui sera également le fondement de la composition du modèle général : quel est l’objet de la sociologie ? Si la réponse la plus commune demeure « la société », nous poserons cette seconde question : qu’est-ce qu’une société ?
PDF (français)29-54
Pour répondre au problème de la pertinence sociologique. Engager le défi ontologique
Face à la faible portée pratique de ses recherches, face à la faible considération sociale dont elle fait l’objet et face aux polémiques intérieures qui l’agitent encore régulièrement, une question revient souvent : est-ce que les sociologues sont pertinents lorsqu’ils proposent des connaissances sur le monde social ? Cette question masque bien souvent un triple enjeu : celui d’une capacité à réaliser la reconnaissance de ses énoncés, celui d’une capacité à réaliser le caractère d’adéquation entre ses énoncés et le réel observé et enfin celui d’une capacité à réaliser le caractère d’utilité de ses connaissances. À l’occasion de cet article, nous chercherons à aborder le problème de la pertinence en sociologie en soulignant dans un premier temps la précarité de la justification sociologique. Dans un second temps, en nous appuyant sur une définition de la science, nous proposerons que la pertinence de la science repose sur sa capacité à produire de l’objectivité en posant les problèmes de la définition et de l’accès à la réalité qu’elle considère. Enfin, nous verrons dans un troisième temps qu’à la question ontologique « Qu’est-ce que le social ? » les sociologues peinent non seulement à formuler une réponse satisfaisante, mais que la question elle-même pose un problème de pertinence. Considérant que cette difficulté est révélatrice d’un probable « obstacle épistémologique », nous proposerons en conclusion que, face au défi de la précarité de la sociologie, ce soit dans la résolution de leur propre pertinence que les sociologues puissent concrétiser leur pertinence pour les autres. Proposition qui nous conduira à esquisser ce qui nous semble être le problème central de la sociologie contemporaine : celle d’une capacité des sociologues à produire une explication scientifique de leur propre capacité d’explication, autrement dit de résoudre le problème d’une science de la science.
PDF (français)55-97
Les « violences » de l’objectivation. Réflexions épistémologiques sur les conditions de production de la connaissance sociologique à partir de la réception de quelques controverses éthiques en ethnographie
Dans cet article, nous interrogeons les conditions de production du savoir sociologique du point de vue du moment interprétatif dans les enquêtes ethnographiques qui ont été l’objet de controverses plus ou moins récentes. Il n’est pas question ici de prétendre que l’objectivité d’une démarche de recherche soit dépendante de la réception qui en est faite, en particulier par les personnes enquêtées, mais de réfléchir aux « violences de l’objectivation », au statut du sujet et de sa parole dans l’enquête. Nous montrons alors la récurrence d’une explication causale qui tend à reconstruire des entités substantives à travers des conceptions particulières du statut ou du rôle des personnes enquêtées et de leur parole. Comment tenir compte du fait que celles-ci n’ont pas attendu l’arrivée du ou de la sociologue pour rendre leur vie significative? Comment alors conjuguer leurs interprétations à celles du ou de la sociologue?
PDF (français)98-129
Une méthodologie générale de la sociologie? Les médiations sociales de la production de la connaissance sociologique.
Cet article avance qu’une problématique méthodologique des médiations sociales permet de localiser socialement la production de la connaissance sociologique. La méthodologie s’y trouve redéfinie comme un langage favorisant la coopération entre sociologues afin de sortir de l’indifférence ou de la déqualification entre les interprétations du social. Cette coopération est possible parce que l’étude des médiations sociales montre que la pluralité des formes de connaissance compose tant les êtres sociaux que les chercheur(e)s. Elles suscitent chez ces derniers le développement d’un langage général pour décrire les formes sociales constitutives de leur existence et de leurs recherches. La méthodologie est donc objectivation de la démarche heuristique plutôt que prescription de celle-ci. Elle vise à expliciter les règles d’une réciprocité des perspectives entre les observatoires du social contribuant à cette visée de généralité définissant la sociologie comme forme de connaissance.
PDF (français)130-153
Actualité et actualisations de « L’économie comme forme sociale de connaissance », un texte à (re)découvrir
Bien que je n’aie pas eu le privilège de faire la connaissance de Gilles Houle, j’ai pu prendre la mesure, au fil de ma formation sociologique, de son importance en tant que maillon d’une lignée de sociologues québécois et français qui ont contribué à développer et à enseigner une sociologie de la connaissance comme sociologie générale. On peut notamment le compter parmi les héritiers intellectuels de la première école durkheimienne de sociologie ainsi que de l’École de Laval et de Fernand Dumont en particulier, puis parmi les collaborateurs de « l’école aixoise » de sociologie des années 1970 avec Nicole Ramognino, Pierre Vergès et plusieurs autres. Simultanément, il a également été une influence intellectuelle majeure – à titre de directeur de thèse notamment – de ceux auprès de qui j’ai moi-même fait l’apprentissage de cette conception de la sociologie.
Le texte de Gilles Houle intitulé L’économie comme forme sociale de connaissance fût important dans ma formation, étant donné mes intérêts pour l’économie comme objet d’étude et sa problématisation dans la perspective d’une sociologie de la connaissance. Les appréciations que j’en propose ici en représentent quelques actualisations, en ce qu’elles traduisent les façons dont j’ai pu me l’approprier.
154-187
Entretiens sociologiques
Du pensionnat à l’université : le parcours d’une sociologue féministe. Lecture de l’entretien avec Francine Descarries
C’est dans le cadre de son séminaire, « Femmes, féminismes et rapports sociaux de sexe », que j’ai rencontré Francine Descarries, à la fin des années 1990. Comme plusieurs de ses étudiantes, j’avais milité dans des organisations féministes et je voulais faire de la sociologie. Pourtant, des « théories de la société1 » produites par cette sociologie, nous ne connaissions alors que celles qui prenaient l’organisation sexuée du monde social (sa division en groupes de sexe séparés et hiérarchisés) pour une donnée d’évidence première, un non-objet sociologique, une réalité hors d’atteinte des pratiques sociales. Cette sociologie participait ainsi de facto du discours social majoritaire garantissant le maintien de l’ordre sexué.
PDF (français)188-195
Entretien avec Francine Descarries
Née en 1942, Francine Descarries est une sociologue québécoise et une pionnière des études féministes au Québec. Ayant participé à la fondation de l’Institut de recherches et d’études féministes (IREF) en 1990 et du Réseau québécois en études féministes (RéQEF) en 2011, Descarries est reconnue pour ses travaux portant sur la maternité, l’articulation travail-famille et les courants féministes contemporains. Professeure retraitée du Département de sociologie de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) depuis septembre 2022, elle est entre autres l’auteure de l’ouvrage intitulé L’école rose… et les cols roses : reproduction de la division sociale des sexes (1980) et coauteure du livre intitulé Mouvement des femmes et ses courants de pensée : essai de typologie (1988) avec Shirley Roy.
PDF (français)196-236
Comptes-rendus
Compte rendu du lancement du livre La connaissance au coeur du social. Catégories élémentaires et activités éducatives
L’ouvrage collectif intitulé La connaissance au coeur du social. Catégories élémentaires et activités éducatives, dirigé par Nicole Ramognino et Ariane Richard-Bossez1, propose des réflexions approfondies quant à la nature du raisonnement sociologique et à la construction d’un objet d’étude spécifique à la discipline de la sociologie – une ontologie sociologique. La proposition centrale du livre est de reconnaître à la vie humaine une dimension symbolique fondamentale constitutive de toute activité sociale et de connaissance.
PDF (français)237-246
Compte-rendu de « Matière sociale », de Michel Grossetti
Le livre intitulé Matière sociale, de Michel Grossetti, est à la fois singulier et attachant à plusieurs titres. Il propose une conception du social ouverte à bien des approches sociologiques. Ses positions méthodologiques permettent de compenser les points aveugles de telle et telle perspective, propres à différents courants sociologiques, en en donnant des versions qui les rendent complémentaires.
PDF (français)247-256